La technologie sans fil n’est pas la méthode miracle pour améliorer l’adhésion au traitement. D’après une étude* publiée le 26 juin dans le Jama Internal Medicine, le recours à des flacons de comprimés connectés et la mise en place d’incitations financières chez des patients souffrant d’insuffisance cardiaque n’ont modifié ni la prise de médicaments, ni le taux de réhospitalisation.
Des insuffisants cardiaques peu compliants
Après un infarctus du myocarde, l’arsenal thérapeutique comprenant notamment des bétabloquants, des statines et de l’aspirine a fait la preuve de son efficacité. Ils réduisent considérablement les risques de subir un nouvel accident cardiovasculaire. Mais encore faut-il que les patients prennent scrupuleusement leurs médicaments. Or, à peine plus d’un tiers d’entre eux seraient compliants. Et ce malgré la mise en place de programmes d’éducation thérapeutique, de groupes de soutien, de systèmes de rappel automatique.
Un mix de technologie et d’incitation financière
Des chercheurs de l’université de Philadelphie, en Pennsylvanie, ont donc testé l’intérêt du recours aux nouvelles technologies. L’étude a été menée auprès de 1500 patients souffrant d’insuffisance cardiaque de 2013 à 2016. Dans le groupe d’intervention, 1003 malades étaient équipés de plusieurs outils :
- des flacons de comprimés électroniques sans fil qui mesuraient la prise de médicaments,
- des d’incitations financières pouvant aller jusqu’à 50 dollars en fonction de l’adhésion au traitement
- la possibilité d’inscrire un proche sur une liste afin qu’il soit prévenu dès qu’il ne prenait pas leurs médicaments.
- l’accès à un conseiller personnel qui surveillait et soutenait la motivation du patient.
Des résultats décevants
Après un an de suivi, les auteurs de l’étude ont évalué les taux de réadmission hospitalière pour des problèmes vasculaires ou un décès, ainsi que les taux de réhospitalisation pour toute autre cause, d’adhésion au traitement et le coût de la prise en charge. Résultats :
- Pas de différence significative de réhospitalisation entre les 2 groupes,
- Pas de différence dans l’adhésion au traitement; la proportion de jours couverts était quasiment identique, quel que soit le médicament
- Pas de différence en terme de dépenses médicales
Les multiples raisons d’un échec
Les chercheurs ont été surpris par ces résultats : il s’attendaient à ce que le recours à la technologie soit plus efficace. Des études antérieures avaient montré un impact positif, mais elles évaluaient surtout des incitations financières. Selon eux, cet échec pourrait avoir plusieurs origines. « Peut-être que le nombre important de médicaments rendait l’adhésion au traitement particulièrement délicate, écrivent les chercheurs. Autre possibilité : le design de la génération actuelle de flacons électroniques doit évoluer pour être plus facilement utilisable. »
Cette expérimentation conçue pour tester ce qui pourrait être déployé à grande échelle après un infarctus, sans aucune implication des cliniciens, montre peut-être aussi la nécessité d’un engagement des soignants. La technologie, à elle seule, ne suffira sans doute pas à modifier les comportements des patients.