Le Dr. indien Swati Kapoor (Practo) estime que l’high tech peut changer fondamentalement la manière dont les soins sont livrés et accessibles en Inde en rendant les services de santé plus efficaces et abordable pour les masses.
Cependant, l’industrie a du mal à faire la transition, explique-t-elle dans une tribune publiée fin septembre sur le site d’actualité participatif indien Youthkiawaaz.com.
L’experte présente 5 pistes pour favoriser le développement de la health tech au sein du pays :
1. augmenter les investissements publics dans les programmes de recherche ;
2. encourager les médecins à adopter des nouvelles technologies ;
3. gagner la confiance des consommateurs ;
4. informer les patients sur les avantages d’un système de santé numérique ;
5. promouvoir les nouvelles technologies dédiées au secteur de la santé.
Pour améliorer l’accès aux soins, l’Inde doit se tourner vers la health tech
L’industrie de la santé en Inde devrait toucher 280 milliards de dollars US (238 Mds €) d’ici la fin de 2020. Le domaine des soins est l’un des secteurs les plus importants du pays et a contribué à la richesse de la nation grâce à la prolifération des médecins, des hôpitaux, des cliniques, des laboratoires, au tourisme médical et aux opportunités d’emploi.
Moins de 10 % du budget des hôpitaux indiens est consacré au numérique
Pour continuer à évoluer dans le bon sens, le secteur de la santé doit davantage se tourner vers les nouvelles technologies, analyse la diététicienne Swati Kapoor, afin d’améliorer l’accès aux soins et la qualité des services. Cependant, la majorité des hôpitaux consacrent moins de 10 % de leur budget annuel aux initiatives centrées sur le numérique.
L’experte perçoit cinq manière de changer le visage du secteur de la santé indien afin de le rendre plus compétent et d’offrir de meilleurs services médicaux à tous les citoyens de ce vaste pays :
1. Augmenter le financement public des programmes de recherche
« Bien que le secteur de la santé indien connaisse des opportunités, le gouvernement dépense seulement 30 % de son budget total dédié à la santé dans le domaine des soins de santé primaires », indique le Dr. Kapoor.
Un manque de mesures facilitant l’accès à la santé pour les plus démunis
Le système de santé en Inde est divisé entre le secteur public et le secteur privé. C’est à ce dernier que l’on doit en grande partie l’adoption de nouvelles technologies dans le pays. Il existe quelques programmes gouvernementaux d’assurance-maladie et d’aide pour accéder aux soins, « mais le manque de ce genre d’initiatives pour les citoyens des régions rurales et des zones les plus pauvres conduit à la mise en place d’installations médicales inefficaces et coûteuses pour cette tranche de la population ».
En développant de nouvelles technologies dans l’industrie, les services de soins pourraient devenir moins coûteux, estime la spécialiste. Selon elle, le gouvernement pourrait engager le dialogue avec les acteurs du secteur privé pour les inciter à surmonter ensemble les obstacles rencontrés par les consommateurs. Elle pense également que les politiques et les projets de santé publique pourraient être plus efficaces et moins coûteux s’ils intégraient l’utilisation de technologie numérique.
2. Encourager l’adoption des nouvelles technologie par les médecins
« Les médecins spécialisés dans les nouvelles technologies peuvent changer le secteur de la santé car ils suivent la tendance actuelle de l’industrie », fait remarquer Swati Kapoor. Les patients ont davantage confiance en eux comme ils sont au fait des dernières évolutions du secteur. De plus, les groupes pharmaceutiques, les entreprises de dispositifs médicaux et d’autres professionnels de la santé vont personnaliser leurs produits, leurs services et leurs stratégies marketing en fonction de leurs exigences et donc logiquement proposer des solutions plus modernes et novatrices.
« Les médecins indiens doivent utiliser la technologie et être à jour des dernières tendances, applications mobiles et gadgets pour améliorer l’expérience générale des patients. »
L’intérêt d’un dossier de santé électronique
La gestion d’un vaste système de données sur les patients peut être facilitée en utilisant un dossier de santé électronique (EHR) permettant aux médecins d’accéder facilement à l’historique médical de leurs patients, avance la diététicienne.
Elle indique que plus de 60 % de la population indienne vit dans des villages ayant un accès limité aux hôpitaux, aux médecins qualifiés et aux établissements de santé. « La télémédecine peut offrir une éducation à la santé longue distance et de qualité et une consultation en temps réel à un coût raisonnable pour les personnes issues de différentes régions. »
- Avec l’augmentation du taux de pénétration des smartphones en Inde, WhatsApp, les messages textos, les applications et les courriels peuvent être utilisés par les médecins et les patients pour une consultation. Les virements en ligne ou les portefeuilles mobiles peuvent également être utilisés pour régler plus facilement les frais liés à divers services de soins.
- Les gadgets médicaux comme les thermomètres infrarouges et les stéthoscopes numériques peuvent déterminer avec précision la santé du patient en quelques secondes.
- Les applications mobiles de santé comme celle élaborée par Practo aident les médecins à développer leur présence numérique, à se connecter avec les patients et à gérer efficacement leur programme. La société de santé numérique PEPID offre aussi une formation médicale continue aux médecins et les met à jour sur les diverses maladies et sur leur gestion.
« Une fois que les médecins seront convaincus qu’il est nécessaire d’adopter la voie numérique, l’ensemble de l’industrie suivra. Lorsqu’ils gèrent des startup dédiées à la santé, ils apprennent comment la technologie peut les aider à offrir les meilleurs soins à leurs patients. En retour, ces startup leur délivrent des idées forgées sur le terrain et peuvent innover pour offrir de meilleures solutions de soins technologiques. »
3. Les start-up axées sur la santé doivent gagner la confiance des utilisateurs
« La santé est une affaire personnelle et, par conséquent, les médecins et les patients ne veulent pas compromettre leur vie privée, souligne le Dr. Kapoor. La confiance est le facteur le plus important qui influence l’adoption de la technologie dans le secteur de la santé. Les startup proposant des produits, des applications et des logiciels [dédiés à la santé] doivent garantir à leurs clients que leurs informations personnelles seront sécurisées. »
Selon elle, les startups doivent fonctionner en étroite collaboration avec les médecins, les impliquer dans leurs campagnes de marketing et modifier leurs produits et services pour répondre au mieux aux besoins des clients. Les médecins pourraient ainsi les aider à valider la pertinence de leur technologie pour le secteur de la santé, ce qui entraînera une utilisation accrue de ces services numériques.
4. Informer les patients sur les avantages du numérique
Lorsqu’un médecin utilise les dernières technologies de santé, les patients peuvent être au premier abord méfiants vis-à-vis de l’application en question, de la confidentialité de leurs données et des potentiels problèmes techniques.
Ces facteurs peuvent constituer des obstacles importants à l’adoption à grande échelle des nouvelles technologies de santé, reconnaît la spécialiste. Par conséquent, des efforts doivent être faits pour soulager leurs angoisses et leur permettre de s’adapter à ce changement.
« Les patients doivent être informés sur la façon dont la technologie peut simplifier leur existence et réduire les coûts globaux des services de santé. Par exemple, un patient atteint de diabète peut bénéficier d’une application mobile qui offre une surveillance continue de ses niveaux de glucose, qui est facile à transporter et qui offre des résultats précis et rapides. »
5. Inviter les entreprises pharmaceutiques et de santé à promouvoir les technologies
Les entreprises pharmaceutiques et de santé informent et éduquent les médecins à propos des dernières recherches et progrès dans le domaine de la santé. « Pour générer une tendance technologique dans [l’industrie], (…) les groupes pharmaceutiques peuvent adopter des outils de santé numériques en combinaison avec les médicaments qu’ils commercialisent afin d’offrir de meilleures solutions de soins (…). Par exemple, une foule de dispositifs médicaux, comme l’implant cardiaque, les stimulateurs cardiaques et les défibrillateurs, peuvent rendre la vie d’un patient atteint de maladie cardiovasculaire plus confortable », estime Swati Kapoor.
Novartis est par exemple en train d’élaborer un appareil combinant un dispositif numérique à un médicament pour les patients atteints d’angine de poitrine. L’appareil surveillera l’état des malades et permettra une intervention précoce en leur administrant automatiquement un médicament contre l’insuffisance cardiaque en cas de besoin afin de réduire l’angoisse des patients et les frais liés aux soins d’urgence.
« Les moyens mentionnés ci-dessus pour davantage axer le secteur de la santé indien vers les nouvelles technologies peuvent non seulement changer la façon dont les services de soins sont dispensés mais aussi les rendre plus pratiques et abordables pour tous, résume le Dr. Kapoor. L’adoption d’outils technologiques novateurs dans ce domaine permettra de développer des solutions innovantes pour résoudre les problèmes de santé actuels et futurs. »