Créer une nouvelle spécialité médicale de télémédecine, c’est ce que préconisent des médecins américains du New York-Presbytarian Hospital. Dans un éditorial* publié le 27 novembre 2017 dans le Jama, ils expliquent qu’il est temps de « formaliser un programme d’études » pour préparer les nouvelles générations de médecins aux enjeux de la télémédecine.
Le boum de la télémédecine
Aujourd’hui, 30 à 50% des consultations médicales pourraient être faites à distance. Et grâce au développement des dispositifs de télésurveillance, la part des actes pouvant être pratiqués via la télémédecine pourraient augmenter. Selon les Drs Michael Nochomovitz et Rahul Sharma du New York-Presbytarian Hospital, c’est une des raisons qui plaident pour la création d’une nouvelle spécialité médicale.
Dans l’éditorial publié, les deux praticiens expliquent tout d’abord qu’au cours des 50 dernières années, les spécialités médicales se sont développées au rythme frénétique des avancées scientifiques. Chaque spécialité a, en fait, été découpée en plusieurs « sous-spécialités ». L’arrivée de nouvelles techniques d’imagerie, des robots chirurgicaux et de la laparoscopie a par exemple donné naissance à la chirurgie oncologique, à la radiologie interventionnelle ou encore à la chirurgie du colon et du rectum.
Vers une formation de « medical virtualist » (médecin virtuel)
Plusieurs arguments plaident, selon eux, pour la création d’une telle spécialité :
- le marché mondial de la télémédecine devrait progresser de 30% entre 2017 et 2022 ;
- presque toutes les disciplines médicales proposent des soins virtuels ;
- les entreprises mettent sur pied des centres de télésanté pour leurs salariés ;
- les patients plébiscitent ce mode de prise en charge ;
- des cursus de formation ont été créés par des acteurs privés, mais ils ne sont validés par aucune société savante.
Pour les Drs Michael Nochomovitz et Rahul Sharma, il est donc temps de créer une nouvelle spécialité de « medical virtualist ». « Ce terme pourrait être utilisé pour décrire les médecins qui passent la majorité ou la totalité de leur temps à prendre en charge leurs patients sur un support virtuel. Un consensus professionnel sera nécessaire pour définir un ensemble de compétences de base à développer dans le temps », écrivent les auteurs de l’éditorial. Or, pour le moment, les médecins dispensent des soins dans un univers virtuel « sans formation officielle », regrettent-ils.
Selon eux, cette formation devra définir :
- les bonnes conditions d’un examen physique à distance ;
- comment impliquer le patient ou un proche lors d’une consultation virtuelle ;
- les limites juridiques et cliniques d’un tel exercice, etc.
Et ces compétences devront être partagées par les médecins, les infirmières, les pharmaciens, les nutritionnistes et praticiens d’autres spécialités, puisque la prise en charge est aujourd’hui multidisciplinaire.
Des soins virtuels en complément du face à face
Les auteurs de l’éditorial appellent les pionniers de la télémédecine, les sociétés savantes et les associations médicales à travailler avec les organismes de formation pour mener à bien ce chantier. À leurs yeux, c’est essentiel, car si la télémédecine continue à apporter les preuves de sa pertinence médico-économique, une proportion importante de la nouvelle génération de médecins deviendra des « medical virtualist ».
Avec l’aide d’avatars
Cependant, ils tiennent à souligner que cette médecine à distance n’a pas vocation à remplacer la médecine basée sur la rencontre en face à face. « Les médecins dirigeront des équipes composées à la fois de professionnels dans des cabinets médicaux et des ressources de surveillance à distance », pronostiquent-ils. Ces tâches de télémédecine pourraient même être délégués à « des assistants numériques ou des avatars ».