Les données anonymisées de 150 millions d’Américains pendant neuf ans portant sur leurs déplacements, les consultations médicales, les interactions sociales et les taux de vaccination ont permis d’identifier les facteurs de propagation de la grippe aux Etats-Unis. Grâce aux résultats de l’étude* publiée le 27 février 2018 dans le journal eLife, les chercheurs de l’Université de Chicago sont parvenus à mettre au point une photographie de l’épidémie de grippe en haute résolution.
Suivre le virus de la grippe à la trace
Etre capable de prédire l’évolution d’une épidémie de grippe représente un enjeu de santé publique majeur. Or, ces facteurs sont multiples et pour la plupart incontrôlables. En outre, il ne serait pas éthique de conduire une étude randomisée sur des humains pour suivre la propagation de l’infection. Face à ces contraintes, des chercheurs américains de l’Université de Chicago ont opté pour une étude observationnelle reposant sur des grandes quantités de données statistiques.
Des datas cliniques, démographiques, climatiques…
Concrètement, les auteurs de l’étude qui a été publiée le 27 février 2018 dans le journal eLife ont fait le pari du big data. Ils ont donc utilisé :
- les données cliniques (maladie et état de santé) de plus de 150 millions de personnes sur une période de 9 ans et notamment les déclarations d’assurance pour le traitement de syndromes grippaux
- les mesures météorologiques dans chaque état des USA
- les données concernant les déplacements aériens et les déplacements de proximité
- les données démographiques et socioéconomiques issues du recensement
- 1,7 milliard de messages géolocalisés sur Twitter reflétant les mouvements de population sur une période de 3 ans et demi
Ces différentes bases de données ont permis d’extraire des données telles que le taux de couverture vaccinale ou le retour à l’école des enfants et de mesurer leur impact sur la propagation de la grippe. Les chercheurs ont également pu évaluer une sorte de taux de « connectivité sociale » qui repose notamment sur la fréquence des déplacements, des visites chez des amis…
Résultats
La combinaison de toutes ces données a permis de distinguer les principaux facteurs responsables de la propagation de la grippe et de les classer par ordre d’importance :
- 1. Les caractéristiques socio et éthno-démographiques de la population
- 2. Les variables météorologiques : la grippe démarre dans des zones chaudes et humides du sud des Etats-Unis. Le virus se propage ensuite vers le nord, en épargnant plutôt les régions côtières.
- 3. La mutation du virus au cours du temps
- 4. Les déplacements de population. Les auteurs de l’étude ont observé que la grippe se propage d’abord dans des Etats du Sud où les interactions sociales sont fortes, ce qui favorise les risques de transmission du virus.
Un modèle de « prévision météo » de la grippe
Cette étude, financée par le département de la Défense et par le NIH (National Institutes of Health), a permis de prédire le chemin qu’emprunte le virus de la grippe sur le territoire américain.
« C’est une image en très haute résolution, peut-être même supérieure à ce que peuvent faire les CDC, car elle intègre un très grand nombre de données », a déclaré Andrey Rzhetsky, principal auteur de ces travaux. Selon ce dernier, l’utilisation du big data devrait aider les autorités de santé à faire de la prévention chaque automne. « Par exemple, si des symptômes grippaux sont signalés dans un comté, vous pourriez dire aux habitants des comtés voisins de rester à l’écart des foules, ou vous pourriez concentrer les efforts de vaccination dans certains endroits à l’avance », a-t-il ajouté. « Il pourrait être utilisé comme une prévision météo pour la grippe. »