Au cours d’une conférence-débat intitulée « la renaissance de la pharmacie d’officine » proposée aux participants du congrès de la Fédération internationale pharmaceutique (FIP), qui s’est tenu du 2 au 6 septembre 2018 à Glasgow, le professeur en économie de la santé à la Bournemouth University, Darrin Baines, a affirmé que « dans l’objectif de conserver sa place dans le système de santé, l’officine de pharmacie devrait devenir un lieu d’expertise incontournable sur les technologies de santé et se décentrer de la dispensation [de médicaments]« .
« Pour trouver un domaine porteur pour la pharmacie, tournez-vous vers les technologies de santé« , a-t-il insisté : d’après lui, alors que la dispensation s’automatise, le pharmacien, professionnel de santé de premier recours, devrait devenir un expert des technologies que les patients maîtrisent et demandent de plus en plus afin de devenir acteurs de leurs soins, et autour desquelles les systèmes de santé tendent à se construire.
Ainsi, l’officine de pharmacie pourrait devenir un hub de technologies de santé plus qu’un simple lieu de dispensation.
L’officine de demain selon Darrin Baines
Pour s’adapter aux demandes émergentes des patients, l’officine de pharmacie pourrait devenir un local principalement dédié aux technologies de santé : les patients auront rapidement besoin d’un lieu de référence non seulement où se procurer, mais également où paramétrer, reprogrammer et réparer leurs outils connectés, et l’officine peut, en devenant ce lieu de référence, répondre à ce besoin futur des patients.
En outre, l’officine pourrait s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation des patients, et s’écarter de la dispensation. En effet, les nouvelles habitudes de consommation introduites par les banques et les chaînes de supermarché, qui poussent les particuliers à effectuer eux-mêmes leurs opérations d’achat, bancaires, etc. à l’aide de dispositifs connectés tels que des plateformes, des caisse automatiques, et sans employé de comptoir, montrent que la population s’est adaptée à des points de vente automatisés, voire à une absence de points de vente. Dans le domaine de la santé, le même phénomène se retrouve dans le désir de pouvoir commander des médicaments sur internet, voire dans l’engouement pour le télé-suivi : la consommation de soins de santé sort de l’officine.
Aussi, la pharmacie pourrait s’écarter de la dispensation classique au comptoir et s’adapter à ces patients de plus en plus habitués aux technologies et dispositifs innovants.
Les étapes proposées par Darrin Baines pour la refonte du modèle de l’officine
Pour transformer la pharmacie d’officine, le Pr Darrin Baines propose de suivre 5 étapes :
- mettre à disposition des patients des plateformes permettant de se connecter à des médecins, aux autres patients, à la sécurité sociale, de contacter les industriels, les associations, etc. ;
- exploiter le temps d’attente au comptoir pour proposer aux patients de remplir des questionnaires connectés sur leurs usages du médicament, de regarder des programmes d’éducation thérapeutique interactifs, de devenir patient-experts dans le cadre d’une étude, etc. ;
- afin que les patients continuent de recourir à leur pharmacien en premier recours, ancrer cette nouvelle officine technologique dans un réseau de santé incluant les groupes de patients ou de professionnels et les entreprises fournisseuses de dispositifs médicaux, et coordonner le parcours de soins au moyen de la connexion à ce réseau ;
- former les pharmaciens à tout ce qui se rapporte à ces technologies de santé, et pas seulement à ce qui relève du médicament ;
- éduquer le grand public afin de lui permettre de recourir au mieux à cette nouvelle pharmacie technologique.
Les réactions des pharmaciens d’officine
Si certains pharmaciens d’officine participant au congrès ont relevé que l’activité de dispensation – de délivrance du médicament et de conseils associés au traitement – est au cœur de la pharmacie d’officine, cette notion de dispensation pourrait être redéfinie, influencée au bénéfice du patient comme du pharmacien : afin de continuer à servir le patient au mieux et à exister, la pharmacie d’officine, et toutes les activités qui lui sont associées, doit s’adapter au changement, à la technologie.
En conclusion de cette conférence-débat, le président de la FIP, Dominique Jordan, a affirmé que la communauté des pharmaciens d’officine, qui s’inquiète de ses rémunérations futures et de ne plus pouvoir offrir certains services, a le temps de s’adapter à l’innovation technologique.