Renforcer la prévention : un constat partagé

Quelques indicateurs rassurants, mais de nombreux défis :
Depuis l’an dernier, un tableau de bord de 17 indicateurs permet à l’Assurance maladie de mesurer les actions de prévention. En 2022, on note +1,3 point sur la participation au dépistage du cancer du sein, une amélioration de la couverture vaccinale HPV (+4,1 points) ou encore une baisse de 0,7 point du nombre de fumeurs quotidiens (de plus de 15 ans), qui s’établit à 24,8 %.
Cependant, avec 100 000 décès annuels (considérés comme évitables en agissant sur des déterminants de santé comme le tabagisme, l’alcoolisme et la sédentarité), 24 millions de patients qui souffrent de maladies chroniques, des risques environnementaux et le vieillissement de la population, l’intensification des efforts autour de la prévention semble, plus que jamais, nécessaire.
Les priorités de l’Assurance maladie :
La Cnam propose une approche populationnelle autour de quatre publics spécifiques : les jeunes et la santé mentale, les femmes et le cancer du sein, de l’utérus et l’endométriose, et les patients atteints de maladies chroniques, notamment cardio-vasculaires.
- Santé mentale des jeunes : La santé mentale des jeunes est préoccupante compte tenu des dégradations observées ces dernières années. Le rapport souligne une hausse des troubles anxieux et dépressifs chez les adolescents. 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque notable de dépression, particulièrement chez les jeunes filles. Pour y répondre, le rapport propose de renforcer les programmes de prévention en santé mentale, notamment en sensibilisant les professionnels de santé et en intégrant des initiatives spécifiques dans les établissements scolaires. Il recommande également d’améliorer la formation des médecins généralistes pour mieux dépister et prendre en charge les troubles mentaux chez les jeunes. Un des objectifs est de former 300 000 secouristes en santé mentale d’ici 2030.
- Santé des femmes : Le rapport 2025 de la Cnam met en avant des initiatives clés en matière de santé des femmes, notamment la prévention des maladies cardiovasculaires chez les femmes ménopausées. Il propose d’intégrer le dépistage systématique des risques cardiovasculaires dans les consultations de routine, en renforçant la sensibilisation des professionnels de santé. Pour l’endométriose, qui touche 2 à 10 % des femmes en âge de procréer, la Cnam préconise l’évaluation de l’efficacité de l’Endotest en vue de sa généralisation. Concernant les cancers, le rapport souligne la nécessité de renforcer les programmes de dépistage pour le cancer du sein, colorectal et du col de l’utérus, en améliorant l’accès aux kits de dépistage et en déployant des “mammobus” dans les zones rurales. Il propose aussi un suivi proactif des patients à risque élevé de cancer, en collaboration avec le ministère de la Santé et l’Inca.
- Santé cardiovasculaire : En matière de maladies cardiovasculaires, la Cnam insiste sur l’importance d’une approche globale, intégrant la prévention en amont, notamment par la promotion et l’ouverture du remboursement de l’activité physique adaptée, dont l’efficacité est cliniquement prouvée. Le rapport souligne également la nécessité de dépister systématiquement les facteurs de risque associés, afin de prévenir les complications et d’améliorer la prise en charge des patients à long terme.
- Personnes âgées : Le rapport aborde également la santé des personnes âgées, avec des mesures pour réduire la polymédication et prévenir la perte d’autonomie. La mise en place d’un dispositif de prévention précoce de la dépendance est l’une des actions phares pour cette tranche de la population particulièrement vulnérable.
La prévention dès le plus jeune âge, et tout au long du parcours de soins :
Prévention des maladies chroniques, comportements addictifs, santé environnementale, la stratégie nationale de santé (SNS) 2023-2024 met la prévention au cœur de ses recommandations. Le gouvernement mise sur la promotion de la santé dès le plus jeune âge, avec des interventions ciblées dans les écoles pour adopter de bonnes habitudes de vie, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, lutte contre le harcèlement, contre le tabagisme. Objectif : une “première génération sans tabac”, ramener à moins de 5 % le tabagisme chez les jeunes de 17 ans.
“Les écoles ont un rôle important à jouer dans la prévention et la promotion de la santé. Lieu de vie et d’apprentissage pour les enfants et les jeunes, elles constituent un lieu privilégié de détection et peuvent influencer leur développement physique, mental et social”, cite le document.
De l’école à l’Ehpad, du bien vieillir au parcours de soins des maladies chroniques, en passant par la gestion des risques professionnels, la stratégie nationale de santé intègre les nombreuses dimensions de la prévention. Elle propose de maintenir les efforts d’information et de sensibilisation auprès du grand public, d’impliquer l’ensemble des acteurs sociaux et d’adopter une stratégie territoriale, basée sur les régions, leurs ressources et leur connaissance de l’environnement.
Inégalités de prévention : un écart de 20 points dans le dépistage du cancer du sein selon le niveau socio-économique
Les inégalités en termes de santé et de prévention restent un défi en France. Ces inégalités se manifestent par des différences d’accès aux soins, à l’information et aux services de prévention, souvent influencées par des facteurs socio-économiques, géographiques et culturels. Les populations les plus défavorisées, vivant notamment dans des territoires isolés ou en difficulté, sont plus touchées. Elles bénéficient moins des programmes de prévention, comme les dépistages réguliers ou la vaccination, et sont plus exposées à des comportements à risque, tels que le tabagisme ou la mauvaise alimentation. Pour réduire ces disparités, la Stratégie nationale de santé 2023-2033 met l’accent sur des actions ciblées visant à améliorer l’accès à la prévention dans les zones les plus vulnérables, en renforçant les infrastructures de santé et en développant des initiatives locales adaptées aux besoins spécifiques de ces populations. Les objectifs ciblés sont, par exemple : réduire de moitié les écarts d’espérance de vie entre les plus aisés et les plus modestes. Ou bien, d’ici 5 ans, faire progresser de plus de 30 % la part de fruits et légumes dans l’alimentation.
Le numérique comme levier d’accélération de la prévention
La santé numérique joue un rôle dans la prévention, offrant des outils qui améliorent l’accès à l’information, facilitent le suivi des patients et permettent une détection précoce des risques. D’après l’OMS, le numérique peut se révéler efficace pour les patients éloignés géographiquement des établissements de santé, mais aussi pour donner plus d’autonomie aux patients et obtenir leur adhésion, par exemple dans le cadre d’addictions stigmatisées. Promouvoir les outils qui fonctionnent déjà et développer de nouveaux dispositifs innovants font partie du plan.
Le 28 août 2024, l’Agence de l’innovation en santé (AIS) a lancé une nouvelle stratégie nationale d’innovation en prévention, dotée d’un budget de 170 millions d’euros, visant à renforcer la prévention dans huit domaines de santé publique, incluant la santé mentale, les maladies chroniques et la perte d’autonomie. Structurée autour de trois axes (recherche, démonstration de la valeur et industrialisation), cette stratégie s’inscrit dans le cadre du plan Innovation Santé 2030. Elle vise à améliorer le système de santé en passant d’une approche curative à une approche préventive, avec un accent particulier sur l’efficacité des innovations et leur intégration dans le système de santé français. Un AAP a récemment été ouvert pour identifier et soutenir le développement de dispositifs innovants. Santé, recherche et industrie collaborent en faveur de la prévention.
La Cnam préconise d’ailleurs d’élargir des dispositifs de prévention qui sont déjà appliqués et qui ont fait leurs preuves. C’est le cas d’une plateforme de prévention et de soins en orthophonie (PPSO). Ce dispositif vise à améliorer l’accès aux soins orthophoniques grâce à une plateforme de régulation téléphonique et à un site (allo-ortho.com) afin d’identifier la nécessité et le degré d’urgence d’un bilan orthophonique. Aujourd’hui appliqué dans six régions, la Cnam demande la généralisation de ce genre de dispositif, voire de s’en inspirer pour d’autres pathologies.
L’État a la volonté d’intégrer le numérique en santé au service de la prévention. Un quiz interactif de prévention sera disponible dans Mon espace santé pour personnaliser les messages de prévention. Pour lutter contre la fracture numérique, l’État envisage de former 10 000 médiateurs aux enjeux du numérique en santé, ainsi que l’ouverture de Mon espace santé aux aidants. En France, 15 % des personnes sont en situation d’illectronisme.
Pour aller plus loin :
Le Think Tank Health&Tech a fêté 2 ans de travaux sur la Prévention et le numérique, le 12 septembre à Parisanté Campus. Le Pr Didier Lepelletier, président du HCSP, et le Dr Lise Alter, directrice générale de l’AIS, ont fait voix commune pour appeler à une volonté politique incarnée et une coordination nationale des financements des actions de prévention soutenues et accélérées par le numérique. Vous pouvez consulter l’article consacré à cette rencontre sur ce lien : AIS et HCSP appellent à une ambition politique coordonnée de financement des actions soutenues par le numérique.











































