Actualité

  • Psoriasis : Takeda vise jusqu’à 6 milliards de dollars avec une pilule développée par IA

    Une alternative orale aux biothérapies injectables

    Le laboratoire japonais Takeda annonce des résultats positifs pour le zasocitinib, un traitement oral contre le psoriasis en plaques découvert à l’aide de l’IA. Dans deux essais cliniques de phase III, la molécule a atteint ses objectifs, avec plus de 50 % des patients ayant obtenu une peau nette ou quasi nette après 16 semaines de prise quotidienne. Le groupe prévoit de déposer des demandes d’autorisation aux États-Unis et dans d’autres régions en 2026.

    Alors que le marché du psoriasis est dominé par des traitements injectables comme Tremfya de Johnson & Johnson, Skyrizi d’AbbVie ou Cosentyx de Novartis, Takeda mise sur une voie orale avec le zasocitinib. Ce positionnement l’aligne avec d’autres alternatives orales telles que Sotyktu de Bristol Myers et Otezla d’Amgen. Le laboratoire met en avant la simplicité d’une prise quotidienne en comprimé, une demande pour des traitements moins contraignants que les injections.

    Une molécule conçue par IA, acquise pour un montant pouvant atteindre 6 milliards

    Le zasocitinib a été découvert par la biotech américaine Nimbus Therapeutics en utilisant des technologies d’intelligence artificielle. Takeda a acquis les droits du traitement en 2022 dans le cadre d’un accord estimé jusqu’à 6 milliards de dollars. Le groupe fait de l’IA un axe stratégique, intégrant ces outils dans l’ensemble de ses processus de R&D.

  • La situation financière des ESMS sur le portail de la CNSA

    Une exploitation statistique facilitée pour tous les ESSMS sur Data Autonomie

    Les résultats sont agrégés et présentés sans données individuelles, par territoire (France, régions, départements), par catégorie d’établissement et par statut juridique (public, privé sans but lucratif, privé commercial). La base comporte les données des trois derniers exercices comptables achevés : 2022, 2023 et 2024. Elle est présentée sous trois approches :

    • Ensemble : avec une catégorisation par type d’établissement ;
    • La base établissement : par type de public (PA, PH, PA/PH), par catégorie d’ESMS et par région ;
    • La base dossier : par région ou statut juridique, tous publics et types d’établissements confondus.

    Les données de la base sont exploitées au travers d’une dizaine d’indicateurs financiers, en particulier :

    • Le taux de CAF : capacité d’autofinancement / total des recettes ;
    • Le taux de MBE : excédent brut d’exploitation (EBE) / total des recettes ;
    • Le taux de résultat net : résultat net / total des recettes.

    La restitution s’effectue par tableau statistique et par histogramme. Les résultats statistiques sont présentés autour de la médiane, du premier et du dernier déciles (D1 et D9), du premier quartile Q1 (valeur en-dessous de laquelle se situent 25% des établissements ayant les indicateurs financiers les plus faibles) et du 3ème quartile Q3 (valeur au-dessus de laquelle se situent 25% des établissements ayant les indicateurs les plus élevés).

    Zoom sur la situation financière des Ehpad

    Les statistiques concernant les Ehpad sont présentées plusieurs angles :

    Des situations financières selon le caractère lucratif ou non des Ehpad

    Le taux de MBE qui mesure la marge financière dégagée par l’activité diffère selon le statut juridique : l’extraction de données correspondante qui figure dans le tableau ci-dessous établit un taux d’EBE médian pour tous les Ehpad de 2,4% en 2024, mais  il est supérieur (4,3%) pour le privé commercial, et seulement de 1,9% pour le privé non lucratif et de 1,8% pour le public.

    Ehpad : taux de MBE selon le statut juridique

    Base établissement / Statut juridique
    Année : 2023
    Indicateur : Taux de marge brute d’exploitation
    Type de public : PA
    Statut juridique Nb D1 Q1 Médiane Q3 D9
    Total – Périmètre sélectionné 6548 -8.2 % -2.7 % 2.4 % 6.9 % 11.1 %
    France – Privé commercial 1688 -11.5 % -2.1 % 4.3 % 9.4 % 13.6 %
    France – Privé non lucratif 2217 -7.5 % -2.7 % 1.9 % 6.3 % 10.2 %
    France – Public 2643 -7.5 % -2.8 % 1.8 % 5.8 % 9.7 %
    Privé commercial 1688 -11.5 % -2.1 % 4.3 % 9.4 % 13.6 %
    Privé non lucratif 2217 -7.5 % -2.7 % 1.9 % 6.3 % 10.2 %
    Public 2643 -7.5 % -2.8 % 1.8 % 5.8 % 9.7 %

    Des disparités régionales

    Le même ratio financier de taux de marge brute d’exploitation selon les régions fait ressortir une médiane assez uniforme autour de la valeur moyenne de 3,4% ; la dispersion des résultats permet de discerner les situations particulières, comme en Corse, en Guadeloupe et en Ile-de France.

    Ehpad : taux de MBE par région

    Base établissement / Région
    Année : 2024
    Indicateur : Taux de marge brute d’exploitation
    Type de public : PA
    Région Nb D1 Q1 Médiane Q3 D9
    France 6144 -7.3 % -1.3 % 3.4 % 8.0 % 11.8 %
    Total – Périmètre sélectionné 6144 -7.3 % -1.3 % 3.4 % 8.0 % 11.8 %
    Auvergne-Rhône-Alpes 819 -7.7 % -1.7 % 2.8 % 7.0 % 10.7 %
    Bourgogne-Franche-Comté 317 -9.3 % -2.1 % 2.9 % 7.1 % 11.5 %
    Bretagne 389 -4.9 % -1.0 % 2.3 % 6.2 % 9.5 %
    Centre-Val-de-Loire 226 -5.5 % 0.1 % 5.9 % 10.6 % 14.8 %
    Collectivité de Corse 27 -25.5 % -6.2 % 2.1 % 5.4 % 13.4 %
    Collectivités d’Outre-Mer 1 NC NC NC NC NC
    Grand-Est 473 -5.9 % -1.2 % 3.8 % 8.1 % 11.6 %
    Guadeloupe 15 -13.6 % -5.0 % 2.8 % 8.9 % 11.3 %
    Hauts-de-France 459 -7.5 % -1.6 % 3.1 % 7.4 % 11.2 %
    Île-de-France 643 -10.8 % -2.3 % 3.9 % 8.8 % 13.0 %
    La Réunion 15 -3.1 % 0.2 % 4.4 % 9.7 % 11.8 %
    Martinique 8 -6.4 % 2.0 % 4.3 % 5.9 % 7.3 %
    Normandie 312 -5.6 % -0.8 % 3.1 % 7.7 % 11.0 %
    Nouvelle-Aquitaine 773 -7.2 % -1.4 % 3.4 % 7.9 % 11.4 %
    Occitanie 683 -4.0 % 0.5 % 4.8 % 8.6 % 11.9 %
    Pays-de-la-Loire 460 -5.8 % -0.1 % 4.3 % 9.1 % 12.3 %
    Provence-Alpes-Côte d’Azur 524 -11.3 % -3.2 % 3.1 % 8.1 % 12.1 %

    30% Ehpad en difficulté

    Les établissements dont le taux de déficit net est supérieur à 3% des recettes sont considérés par la CNSA comme étant en difficultés. En 2024, 30% des Ehpad étaient dans cette situation, en amélioration par rapport à 2023 (33%). Cela apparaît clairement dans le tableau à la lecture du premier quartile, dans lequel 25% des établissements avaient en moyenne un déficit d’au moins 4,6% et 10% d’au moins 10,2% de leurs recettes.

    Ehpad : taux de résultat net 2024

    Base établissement / Région
    Année : 2024
    Indicateur : Taux de résultat net
    Type de public : PA
    Région Nb D1 Q1 Médiane Q3 D9
    France 6144 -10.2 % -4.6 % -0.2 % 3.0 % 7.0 %
    Total – Périmètre sélectionné 6144 -10.2 % -4.6 % -0.2 % 3.0 % 7.0 %
    Auvergne-Rhône-Alpes 819 -9.9 % -4.9 % -0.7 % 2.4 % 6.7 %
    Bourgogne-Franche-Comté 317 -13.2 % -5.8 % -1.4 % 2.0 % 6.7 %
    Bretagne 389 -6.3 % -3.5 % -0.3 % 2.5 % 5.6 %
    Centre-Val-de-Loire 226 -8.3 % -3.4 % 0.0 % 4.4 % 8.2 %
    Collectivité de Corse 27 -23.3 % -9.9 % 0.2 % 4.0 % 8.9 %
    Collectivités d’Outre-Mer 1 NC NC NC NC NC
    Grand-Est 473 -8.4 % -4.7 % -0.3 % 2.9 % 6.0 %
    Guadeloupe 15 -4.6 % -2.2 % 0.1 % 1.9 % 6.4 %
    Hauts-de-France 459 -10.4 % -4.9 % -0.7 % 3.5 % 7.5 %
    Île-de-France 643 -14.6 % -6.2 % -0.3 % 3.4 % 8.3 %
    La Réunion 15 -8.0 % -4.9 % -0.4 % 2.9 % 4.8 %
    Martinique 8 -0.8 % 0.5 % 1.5 % 3.3 % 4.9 %
    Normandie 312 -8.7 % -4.6 % -0.7 % 2.8 % 8.2 %
    Nouvelle-Aquitaine 773 -9.9 % -4.2 % -0.4 % 2.8 % 6.6 %
    Occitanie 683 -7.3 % -2.8 % 0.2 % 3.3 % 6.7 %
    Pays-de-la-Loire 460 -7.8 % -3.8 % 0.0 % 2.3 % 5.5 %
    Provence-Alpes-Côte d’Azur 524 -14.4 % -5.5 % 0.2 % 3.8 % 8.3 %

    L’ANAP lance le programme Perf Ehpad pour accompagner les Ehpad fragilisés

    L’outil Perf Ehpad a été lancé en 2025 par l’Agence nationale d’appui à la performance (Anap), à la demande des pouvoirs publics, après avoir été testé sur 30 établissements.

    Il a pour objectif de renforcer le pilotage budgétaire des Ehpad les plus fragilisés, afin d’améliorer leur situation financière et leur performance globale. L’objectif est de soutenir 1800 Ehpad d’ici 2027 par un accompagnement sur une durée de 4 mois  afin qu’ils retrouvent des marges de manœuvre financières.

    Les établissements sont identifiés comme étant le plus en difficulté sur leur territoire par les agences régionales de santé (ARS) et les conseils départementaux. La priorité est donnée aux établissements qui ont reçu des aides financières les années précédentes. En 2025 600 Ehpad ont bénéficié de ce dispositif et les premiers retours sont positifs.

    Sur la situation financière des Ehpad

     

  • Virome sanguin : un biomarqueur circulant émergent de la maladie de Crohn

    Une maladie inflammatoire chronique à diagnostic tardif

    La maladie de Crohn touche environ 0,4 % de la population européenne. 10 millions de personnes dans le monde vivent avec une maladie inflammatoire de l’intestin (MICI) selon World IBD. Son diagnostic repose encore sur l’endoscopie, l’imagerie et des biomarqueurs inflammatoires peu spécifiques, souvent réalisés après un retard moyen de 6 à 24 mois, contribuant à une morbidité élevée et à une altération durable de la qualité de vie.

    Une approche métagénomique et computationnelle du sang

    Les équipes de l’Université Paris-Saclay, de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), de Sorbonne Université et de l’AP-HP ont exploré le virome sanguin comme reflet indirect de la dysbiose et de la perméabilité intestinale. Leur stratégie repose sur :

    • Un séquençage haut débit sans à priori,
    • Une analyse bio-informatique de 17 454 vOTUs (viral Operational Taxonomic Units), unités regroupant des génomes viraux selon leur similarité,
    • Une approche non invasive compatible avec les exigences du diagnostic in vitro.

    Une étude observationnelle discriminante

    L’étude observationnelle, publiée dans Gastroenterology, compare 15 patients atteints de Crohn à 14 témoins sains, avec analyses parallèles sang/fèces. Les résultats montrent une discrimination significative uniquement dans le sang, reposant sur :

    • Une beta-diversité Bray-Curtis = 0,001, indiquant une différence statistiquement robuste de composition du virome entre groupes,
    • 46 vOTUs différentiellement abondants dans le sang,
    • Une charge moyenne de 10⁵ particules virales par millilitre de sang.

    Perspectives cliniques

    Moins variable que le virome fécal, le virome sanguin apparaît comme un biomarqueur circulant prometteur pour le diagnostic précoce, le suivi longitudinal et la stratification des patients. Des cohortes de validation élargies et des développements industriels seront nécessaires avant toute application clinique.

     

  • Corilus et Sofia fusionnent pour créer un spécialiste européen des logiciels de santé ambulatoire

    Basée à Ensisheim (Haut-Rhin), Sofia développe des solutions logicielles et de services verticaux destinés aux professionnels de santé indépendants, avec plus de 38 000 soignants utilisateurs, infirmiers, kinésithérapeutes et orthophonistes. Basé à Gembloux près de Namur en Wallonie, Corilus développe des solutions logicielles basées sur le cloud pour médecins généralistes, pharmaciens, dentistes, sages-femmes, spécialistes, ophtalmologues, opticiens, infirmières, kinésithérapeutes et maisons de retraite. Le groupe belge revendique 40 000 professionnels de santé utilisateurs en Belgique et en France, avec quelque 400 collaborateurs en Belgique et en France.

    Corilus affiche un chiffre d’affaires annuel de plus de 55 millions d’euros, contre 34 millions d’euros pour Sofia Développement.

    Le nouvel ensemble combinera l’expérience de Corilus dans le déploiement de solutions SaaS pour de multiples professions, avec le réseau étendu de Sofia sur le marché français des soins ambulatoires. Il prévoit d’accélérer sa feuille de route produit, avec notamment l’intégration de solutions d’intelligence artificielle générative et de télésanté, comme l’assistant Harry AI de Sofia et la solution Helena (Pro) de Corilus, avec également des modules de gestion comptable et de facturation.​

    PSG Equity et Rivean resteront les actionnaires majoritaires conjoints du groupe. Le montant de l’opération n’a pas été dévoilé.

  • Troubles bipolaires : résultats encourageants pour l’expérimentation Passport BP avec Semeia

    L’évaluation indépendante de ce dispositif, réalisée à la demande du Ministère de la Santé et de l’Assurance Maladie par ACE Santé et Heva sous le pilotage de la cellule d’évaluation Article 51, met en évidence une réduction de moitié des tentatives de suicide  (7,6 % avant inclusion contre 3,9 % après inclusion), alors que le risque suicidaire reste l’un des enjeux les plus critiques dans cette pathologie.

    On observe également une diminution de près de moitié du taux d’hospitalisations à temps plein en psychiatrie ( 42,5 % avant inclusion contre 24,8 % après), ainsi qu’une amélioration marquée des scores cliniques (dépression, manie, fonctionnement global) dès les premiers mois du suivi et une amélioration de la prise en charge des maladies cardiovasculaires, avec une augmentation du nombre moyen de traitements (2,2 avant contre 2,8 traitements après par patient)

    Trois plateformes numériques mobilisées

    Ces résultats ont été obtenus grâce à trois plateformes. La première,  MentalWise de Semeia, est un dispositif médical numérique conçu pour le télésuivi des troubles bipolaires et de la dépression :elle recueille quotidiennement des données cliniques et physiologiques ainsi que des informations issues du smartphone du patient, et offre aux équipes une vision en temps réel de son état psychique et physique grâce au croisement de données. Il livre des alertes personnalisées pour permettre une intervention précoce en cas de de besoin.

    La seconde, Happyneuron propose un parcours adaptatif de remédiation cognitive, avec une vingtaine d’exercices ciblant les principales fonctions cognitives, altérées chez près de la moitié (49%) des patients bipolaires.

    La troisième, SIMPLe, est une application de psychoéducation développée par le CHU de Clermont-Ferrand avec l’Institut de Neurosciences de Barcelone. Elle aide les patients à mieux connaitre leur maladie, à suivre leurs symptômes au quotidien et à repérer plus tôt les signes annonciateurs de rechute grâce à des messages individualisés.

  • Bacs à sable IA : le projet de règlement européen critiqué

    Ce texte vient en application de l’article 58, paragraphe 1, du règlement (UE) 2024/1689  (Ai Act) pour définir les règles pour la création, le développement, la mise en œuvre, l’exploitation et la supervision des bacs à sable d’IA.

    Ces dispositifs visent à offrir un cadre règlementaire spécifique, sous la supervision des autorités compétentes, pour “développer, entraîner, valider et tester des systèmes d’IA innovants, y compris en conditions réelles, pendant une durée limitée avant leur mise sur le marché”.

    L’objectif est de renforcer la sécurité juridique pour les innovateurs, tout en assurant la conformité au règlement IA et aux autres textes de l’UE (RGPD, règlement général sur la sécurité des produits), tout en favorisant une innovation responsable, ainsi que la compétitivité et l’accès rapide au marché, notamment pour les PME et les start-ups.

    Chaque État membre de l’UE devra disposer d’un bac à sable règlementaire à portée nationale comme prévu par l’IA Act, d’ici le 2 aout 2026. Le texte prévoit également l’établissement de bacs à sable locaux, régionaux ou européens, ainsi que sectoriels.  Le Contrôleur européen de la protection des données pourra également lancer son propre bac à sable pour les systèmes d’IA des institutions et agences de l’UE.

    Les États sont encouragés par le projet de règlement à créer des bacs à sable conjoints transfrontaliers, éventuellement formalisés par des accords-cadres ou mémorandums, et à développer des bacs à sable sectoriels dans des domaines stratégiques.

    La participation des PME, et notamment des start-up, doit être gratuite sauf coûts exceptionnels ; pour les autres acteurs, les frais doivent rester équitables, transparents et proportionnés, et être communiqués le plus tôt possible

    Quand le système d’IA testé implique des données personnelles, une autorité de protection des données devra être associée au fonctionnement du bac à sable.

    Le texte insiste toutefois sur le fait que la participation à un bac à sable ne vaudra ni certification ni présomption de conformité à l’AI Act, et ne remplacera pas les procédures classiques d’évaluation et de mise sur le marché. Un dialogue parallèle avec des organismes notifiés est encouragé

    Un texte jugé “insuffisant en tant qu’outil d’accélération”

    L’expert Dmitry Etin a publié sur Linkedin une analyse de ce projet de règlement. Il juge ce texte “cohérent en tant qu’instrument de gouvernance” mais “insuffisant en tant qu’outil d’accélération”. Il préconise notamment des améliorations sur la réutilisation des preuves, et une gouvernance des données qui fonctionne réellement dans la pratique.

    “Si les preuves écrites et les rapports de sortie ne sont pas structurés de manière à pouvoir être réutilisés, ils ne seront que des documents supplémentaires dans une pile”, estime-t-il.

    Pour les DM dotés d’IA, la voie à suivre est le règlement MDR: si les résultats du bac à sable ne correspondent pas parfaitement au dossier MDR, le bac à sable deviendra une activité secondaire, or la correspondance n’est pas assurée pour l’instant.

    “La gouvernance des données est un obstacle caché” ajoute le consultant, soulignant que si les hôpitaux constituent l’infrastructure physique des flux de données, ils sont aussi les contrôleurs de données, les propriétaires des workflows et la limite de capacité. Il souligne que ls « coûts exceptionnels » en santé sont souvent liés à l’intégration, à la gouvernance et au temps médical.

    Le recours à l’EHDS (Espace européen des données de santé) va dans le bon sens pour l’utilisation secondaire, mais la question du séquençage n’est pas abordée, ajoute-t-il: si l’accès aux données prend des mois, se posera la question des limites temporelles des bacs à sable.

    Dmitry Etin demande un “package” de preuves standard réutilisable dans tous les secteurs (MDR et au-delà) et un modèle opérationnel plus clair pour la participation des infrastructures physiques (hôpitaux) et le traitement des coûts, “afin que l’accès aux données et les tests en conditions réelles soient prévisibles”.

     

  • Obésité : Mieux repérer et orienter les personnes à risques en France (nouvelle feuille de route 2026-2030)

    Mieux repérer et orienter les personnes à risques

    Alors que près d’un adulte français sur cinq est en situation d’obésité en Frannce, le ministère de la Santé lance une nouvelle feuille de route pour 2026-2030. Conçue pour répondre à l’augmentation des formes sévères et complexes de la maladie, elle s’inscrit dans la continuité des plans précédents tout en corrigeant les fragilités identifiées par les bilans récents et les recommandations de la HAS ou du rapport Laville. L’obésité, maladie chronique multifactorielle, reste marquée par des inégalités sociales et territoriales fortes. Sa prévalence est plus élevée en outre-mer (22,4 %) qu’en métropole (17,9 %), et touche davantage les femmes, en particulier à Mayotte où plus de 50 % des femmes de plus de 45 ans sont concernées. La feuille de route fixe quatre cibles prioritaires :

    • Réduire la progression de l’obésité et améliorer la santé des personnes concernées.
    • Elargir l’accès à des soins de proximité, personnalisés et continus.
    • Accroître le nombre de professionnels formés à la prise en charge.
    • Renforcer l’exploitation des parcours et dispositifs innovants à tous les niveaux de soins.

    Trois axes et 22 actions 

    Le cadre s’organise autour de trois grands axes, traduits en huit mesures et 22 actions :

    Orientation précoce et amélioration des données : 

    • Détection dès la petite enfance via les PMI, le milieu scolaire, les examens de santé et la médecine du travail.
    • Renforcement du recueil de données, notamment épidémiologiques, sur les formes sévères et l’hyperphagie boulimique.

    Renforcement des filières territoriales de prise en charge

    • Accompagnement de l’extension des filières Obésité régionales grâce aux CSO.
    • Intégration de nouveaux traitements, encadrement du parcours bariatrique, amélioration de l’accès au transport adapté et à l’expertise médico-sociale à domicile.

    Formation et outils pour les professionnels

    • Refonte des formations médicales avec l’augmentation des flux en EDN et l’introduction de modules spécifiques dans d’autres spécialités.
    • Déploiement de formations transversales pour les soignants, patients experts et diététiciens.

    Un déploiement amorcé dès 2025

    Trois actions ont préparé le terrain :

    • Extension du maillage territorial : cinq nouveaux CSO ont été créés, portant leur nombre à 42 et couvrant désormais l’ensemble des régions, y compris la Corse, la Guyane et l’outre-mer.
    • Encadrement des prescriptions médicamenteuses : une position nationale pilotée par le GCC-CSO, endossée par 11 sociétés savantes, encadre l’usage des traitements contre l’obésité pour prévenir les mésusages.
    • Généralisation d’un Parcours Coordonné Renforcé (PCR) : un dispositif intégrant soins médicaux et non médicaux pour les adultes en situation complexe sera déployé en 2026. Des parcours dédiés aux enfants et à la chirurgie bariatrique sont en préparation.

    Cette feuille de route est conçue comme un cadre évolutif, co-construit avec les acteurs de terrain, les patients et les professionnels. Elle articule prévention secondaire et tertiaire avec le futur PNNS5 (prévention primaire) pour garantir une continuité d’action. Les agences régionales de santé joueront un rôle dans la déclinaison territoriale. Objectif  : faire de la prise en charge de l’obésité une offre de soins accessible, équitable, coordonnée et durable, à la hauteur des besoins des populations concernées.

    Lancement de la feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge des personnes en situation d’obésité – Ministère de la Santé, de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées

  • L’ePA (dossier patient électronique allemand) a un an : cybersécurité, ergonomie et accès, sont les freins qui ralentissent son adoption

    900 000 utilisateurs actifs, mais seulement 3,6% d’engagement réel

    Jens Baas, président du directoire de la TK (Techniker Krankenkasse), la plus importante caisse d’assurance-maladie du pays, dresse un bilan positif de l’outil : il a enregistré 560 000 connexions de patients pour le mois de décembre et estime à 900 000 le nombre d’assurés qui utilisent déjà activement l’ePA. Selon la Gematik, l’agence allemande de santé numérique, plus de 80% des cabinets médicaux ont déjà consulté ces dossiers. L’agence comptait fin octobre 37 millions de documents versés dans des ePA, et 2,6 millions de plus chaque semaine.

    L’engagement des patients en faveur de ce nouvel outil reste cependant encore modeste : selon une enquête réalisée auprès des caisses et publiée au début du mois par le réseau de médias régionaux RND (Redaktionsnetzwerks Deutschland), seuls 3,6% des titulaires de dossiers créés sont actifs. L’Allemagne a opté pour une création automatique du dossier patient pour chaque assuré, sauf opposition explicite.

    Protection des données, parcours d’inscription, les obstacles de l’ePA

    La TK explique que pour de nombreux patients, le processus d’inscription en plusieurs étapes, rendu nécessaire pour la protection des données de santé, constitue un obstacle. La caisse souligne à cet égard un “avantage décisif “du dossier patient électronique, à savoir qu’il est utile même si son titulaire n’est pas actif. Les résultats d’examens, résultats de laboratoire et ordonnances étant automatiquement intégrées, elles permettront une meilleure vision d’ensemble de la santé du patient et un meilleur ciblage des traitements. Les premiers bénéficiaires seront alors ceux qui souffrent de pathologies multiples, prennent de nombreux médicaments et ceux dont la mobilité est réduite.

    La sécurité des données est un autre obstacle sur le chemin de l’adoption. La spécialiste de cybersécurité Bianca Kastl a pointé des failles dans le système lors d’une présentation faite fin décembre au Chaos Computer Club de Hambourg : comme les terminaux des médecins ne vérifient pas la signature cryptographique, une carte falsifiée permettrait d’accéder aux dossiers. Selon elle, des cybercriminels pourraient obtenir les informations nécessaires pour reproduire la clé des ePA grâce à des fuites de données ou à la complicité d’employés des caisses, et voler des données de santé sensibles. Elle préconise une mise à jour du système de gestion des données des assurés (VSDM), qui vérifie et met à jour les données des assurés sur la carte électronique à chaque visite chez le médecin, un service qui date de 2012.

  • Le Royaume-Uni 4x la France en healthtech : quand l’infrastructure NHS dope les valorisations

    Le Royaume-Uni a levé 2,5 milliards de livres en healthtech pure en 2025 contre 693 millions de dollars pour la France, un écart de 4:1 qui ne sanctionne pas l’innovation mais récompense des choix d’infrastructure radicalement différents.

    Cera : 150 millions prouvent la rentabilité systémique

    Cera a levé 150 millions de dollars en janvier 2025, atteignant le statut de licorne avec une valorisation supérieure à 1 milliard de dollars. Cette levée récompense un modèle économique démontré : les analyses indépendantes confirment que Cera génère 1 million de livres d’économies quotidiennes pour le NHS, réduisant les hospitalisations de 70% grâce à 60 000 visites à domicile IA-guidées chaque jour.

    Ce succès illustre la logique britannique : la healthtech doit prouver sa rentabilité systémique avant valorisation. Collaborant avec 150 gouvernements locaux et deux tiers des systèmes NHS intégrés, Cera démontre comment l’intégration dans un système de santé public massif crée un chemin de liquidité prévisible. La France, sans équivalent du NHS, peine à répliquer cette dynamique systémique où l’adoption institutionnelle précède et justifie les mégadeals.

    67% des financements UK en phase scale : maturité prouvée

    67% des levées britanniques au troisième trimestre 2025 concernaient les phases B et C, traduisant une maturité d’écosystème où les investisseurs privilégient les scale-ups avec traction prouvée. Cette focalisation s’explique par le mandat NHS d’adoption des systèmes EPR et du triage IA, qui transforme le principal goulot d’étranglement : les startups doivent désormais prouver leur interopérabilité avant toute expansion.

    Huma (80 millions en série D) et Lindus Health (55 millions en série B) exemplifient cette logique. Huma déploie sa plateforme dans 3 000 hôpitaux de 70 pays avec 1,8 million d’utilisateurs actifs, tandis que Lindus Health, “l’anti-CRO”, accélère les essais cliniques trois fois plus rapidement grâce à l’IA. Le Royaume-Uni excelle dans la transformation d’infrastructures cliniques en SaaS B2B scalables, créant des entreprises prêtes pour l’acquisition par les grands acteurs hospitaliers mondiaux.

    Ultromics-Cyted : 87 millions pour conquérir FDA avant Europe

    Ultromics (55 millions) et Cyted Health (32,5 millions de livres) illustrent la maîtrise britannique des approbations réglementaires transatlantiques. EchoGO® d’Ultromics est la première IA approuvée FDA pour détecter l’HFpEF et l’amylose cardiaque, deux formes d’insuffisance cardiaque sous-diagnostiquées. Cyted complète avec EndoSign®, approuvé FDA 510(k) pour la détection précancéreuse œsophagienne via biopsie virtuelle.

    Cette stratégie réglementaire crée un avantage concurrentiel majeur : les investisseurs britanniques rémunèrent la conquête FDA comme préalable au scale européen. Les startups UK évitent ainsi la fragmentation MDR européenne pour viser directement le plus grand marché de santé numérique mondial. La France, orientée vers des déploiements hospitaliers précoces (CHU, cliniques privées), accumule traction clinique européenne mais manque ces sceaux réglementaires de premier rang.

    SheMed-Numan : 95 millions D2C en 18 mois, l’agilité britannique

    SheMed (50 millions) et Numan (45 millions de livres) démontrent comment le Royaume-Uni transforme les niches de santé numérique en licornes express. Fondée en avril 2024, SheMed servait déjà 60 000 membres en octobre 2025 via sa plateforme GLP-1 D2C supervisée médicalement, publiant la première étude clinique centrée femmes. Numan double ses revenus vers 150% de croissance 2025 dans la santé masculine numérique.

    Cette vélocité s’explique par l’absence de régulation pharmaceutique lourde : les plateformes numériques contournent le NHS saturé en proposant des services premium personnalisés. Le Royaume-Uni excelle dans la conversion rapide d’insights comportementaux en capital, créant des licornes D2C en moins de deux ans là où la France peine encore à structurer ses 170 startups femtech.

    Nabla domine : 70 millions sans équivalent hexagonal

    Nabla (70 millions en série C) représente l’exception française, déployant des agents IA conversationnels pour professionnels de santé dans 140 pays. Utilisée dans les hôpitaux les plus avancés d’Europe et des États-Unis, la plateforme illustre la capacité française à produire des outils IA horizontaux de classe mondiale.

    Pourtant, aucune autre startup hexagonale n’atteint cette échelle VC. SeqOne (22,6 millions d’euros) excelle en séquençage génomique IA pour 140 laboratoires cliniques, mais les valorisations restent sages. La France produit des technologies de haute qualité sans chemin d’intégration systémique comparable au NHS, limitant mécaniquement les tickets investisseurs et les multiples de sortie.

    Moodwork : 3,1 millions ciblent le burnout entreprise

    Moodwork (3,1 millions d’euros) révèle la spécificité française : plateforme IA contre stress et burnout professionnels, validée par une baisse de 13% du risque de burnout après six mois d’usage. Positionnée B2B entreprise dans le cadre de la Grande Cause Nationale 2025 santé mentale, elle répond à une problématique RH plus qu’hospitalière.

    Cette orientation distingue radicalement les priorités nationales : la healthtech française cible le bien-être professionnel quand le Royaume-Uni priorise l’intégration hospitalière et diagnostique. Résultat : des revenus récurrents stables mais des valorisations bien plus basses, traduisant un positionnement défensif plutôt qu’offensif.

    France 2030 compense : 900 millions publics vs VC privé britannique

    Le plan France 2030 injecte 650 millions d’euros en santé numérique (dont 400 millions pour dispositifs médicaux), complété par 250 millions du plan “Osez l’IA” visant à former 500 000 soignants. Structurellement, 2/3 des healthtech françaises dépendent de financements non-dilutifs Bpifrance/Europe, rendant le CIR (utilisé par 87% des entreprises) essentiel.

    Ce modèle public compense l’écart VC mais crée un paradoxe temporel : les subventions françaises suivent l’innovation quand les mégadeals britanniques la précèdent. Les startups hexagonales mûrissent sur capitaux publics avant confrontation au VC privé international, créant des entreprises résilientes mais retardant mécaniquement les exits à valorisation élevée.

    107 M&A UK consolident vs tension française

    107 transactions M&A au premier semestre 2025 au Royaume-Uni (vs 121 sur l’année 2024 complète) signalent une consolidation massive. Les healthtech achètent 63% des deals, créant des champions européens consolidés par leurs pairs (Sword Health rachète Surgery Hero).

    La France souffre d’un manque criant de liquidité domestique : sans acquéreurs stratégiques de taille intermédiaire, les entrepreneurs français patientent ou exportent à valorisation dépressive. Cette discipline forge néanmoins des business models robustes : Nabla atteint 70 millions sans acquisition intermédiaire, prouvant sa viabilité indépendante.

    Femtech France structure enfin ses 170 acteurs

    170 startups femtech françaises ont vu 39% doubler leur chiffre d’affaires entre 2023-2024, mais le premier fonds dédié n’émerge qu’en juin 2025 (Île-de-France, 5 millions d’euros). 50% prévoient des levées pour 90 millions d’euros au total, structurant enfin un secteur historiquement sous-financé.

    Face à SheMed (licorne express), ce timing français retarde la maturité VC mais prépare une échelle institutionnelle durable. La France transforme enfin la demande femtech en infrastructure de capital, évitant la bulle spéculative britannique.

    L’IA européenne à 65% converge vers complémentarité

    L’IA représente 65% du financement healthtech européen 2025, France et Royaume-Uni convergeant sur cette priorité absolue. Pourtant les vocations divergent : le Royaume-Uni bâtit des plateformes verticales scalables (Cera, Huma, Ultromics) tandis que la France produit des outils horizontaux universels (Nabla agents IA, SeqOne génomique).

    À horizon 2027, cette complémentarité devient symbiotique : les plateformes britanniques auront besoin des outils IA français pour scale interopérable, tandis que les solutions hexagonales nécessiteront les infrastructures d’intégration UK. L’Europe healthtech se structure alors en écosystème paneuropéen cohérent.

    Infrastructure bat l’innovation : leçon 2025

    L’écart 4:1 britannique récompense moins l’innovation que l’infrastructure. Le mandat NHS crée une demande systémique prévisible, les VC américains reconnaissent la densité académique du Triangle d’Or, les 107 M&A structurent des exits liquides.

    La France possède un avantage différé stratégique : outils IA universels + 900 millions publics préparent une échelle post-consolidation. À 2027, les plateformes britanniques acquerront les briques technologiques françaises pour intégration complète, transformant la complémentarité actuelle en leadership européen mutualisé

  • US : l’engagement patient, parent pauvre de l’IA hospitalière selon une étude

    Les outils d’IA n’améliorent pas l’adhésion aux soins selon les hôpitaux

    Alors que les investissements dans les technologies d’intelligence artificielle se multiplient dans les hôpitaux (notamment pour les scribes médicaux automatisés), leur usage pour renforcer l’engagement patient reste à la traîne. C’est ce que révèle une étude publiée en décembre 2025 par le cabinet Sage Growth Partners.

    Sur les 75 dirigeants interrogés, seuls 5 % affirment que leurs outils répondent efficacement aux enjeux d’engagement, comme l’adhésion au traitement ou la réduction des rendez-vous manqués. Ces lacunes ont des conséquences cliniques et financières, en raison du coût élevé des soins évitables. Le problème tient au manque de personnalisation réelle dans les approches actuelles. L’usage de champs standards comme le prénom ou l’âge pour segmenter les messages revient à produire des communications génériques. Comme par exemple envoyer le même rappel de dépistage du cancer du sein à toutes les femmes de plus de 40 ans, sans tenir compte de leurs freins individuels à l’action.

    L’IA peut adapter les messages aux freins individuels, mais les hôpitaux peinent à l’exploiter

    Le rapport plaide pour une approche dite « N-of-1 personalization », qui s’appuie sur les motivations, comportements et obstacles spécifiques à chaque patient. L’IA peut aujourd’hui rendre ce niveau de personnalisation grâce aux avancées récentes comme l’IA agentique et l’apprentissage par renforcement. Cette méthode permet de générer des messages qui prennent en compte des contextes variés : charge mentale liée au travail, besoin de garde d’enfants, anxiété liée au dépistage, etc.

    L’IA appliquée à l’engagement patient reste un champ largement sous-exploité, alors même qu’il recèle un potentiel pour améliorer les parcours de soin et la performance des établissements. La condition : dépasser la personnalisation de façade pour cibler les freins réels.