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  • « En 2019, on était à 686 (médecins), grâce à notre travail collectif d’installation, on est passé à 731 en 2025 » – Nadine Hialé, Présence 64

    Créé en 2017, le guichet unique Présence Médicale 64 s’inscrit dans le schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services au public, qui impose une réflexion conjointe entre préfet et département sur l’accès aux soins.

    Nadine Hialé rappelle qu’« il y avait eu une importante enquête de terrain en santé, au niveau des maires, au niveau des habitants, et au niveau des citoyens, sur une problématique d’accès aux soins ».

    L’État se tourne alors vers le département en lui demandant de travailler sur l’attractivité territoriale, dans une logique de partenariat pour « aller recruter des médecins ».

    La réflexion initiale ne porte pas encore sur un guichet unique, mais sur une mission très opérationnelle de recrutement médical. Deux bassins de vie, correspondant aux zones les plus en tension, sont choisis comme territoires d’expérimentation, afin d’ancrer la démarche dans le réel, avec une approche progressive et centrée sur les besoins du terrain.

    Une méthode fondée sur le lien social et l’ancrage territorial

    Dès l’origine, la démarche repose sur trois convictions :

    • l’installation durable des médecins est avant tout une aventure humaine plutôt qu’un enjeu purement financier,
    • le lien social constitue le levier central de la captation,
    • et la gouvernance doit être participative.

    Nadine Hialé résume cette philosophie en expliquant que « c’est par le lien social qu’on va arriver à capter, à créer de l’ancrage territorial ».

    La méthode consiste à travailler simultanément la vie professionnelle et la vie personnelle des praticiens pour faciliter leur projection. L’ADN de Présence Médicale 64 est donc organisationnel : il s’agit de « créer un état d’esprit » collectif autour de l’accueil, de la rétention et de l’adhésion des médecins au territoire.

    Cette approche se distingue des réponses essentiellement financières portées par la puissance publique depuis des années : « sans subventions », insiste-t-elle, pour se concentrer sur la coordination, la mise en relation et la co-construction de solutions adaptées aux projets de vie des médecins.

    Un collectif inédit de 23 partenaires pour « déverrouiller » le parcours d’installation

    L’innovation revendiquée par les Pyrénées-Atlantiques tient à la constitution d’un collectif large et stable, fédérant 23 organismes partenaires impliqués dans le parcours d’installation.

    Ce collectif associe institutions de santé, intercommunalités, élus locaux et acteurs de terrain, et fonctionne, selon Nadine Hialé, « comme un conseil scientifique, on parle de tout collectivement et on met en place les solutions concrètes ».

    Chaque organisme désigne un référent unique, identifié par le guichet, ce qui permet un traitement fluide des démarches administratives et professionnelles, du statut de remplaçant à l’installation libérale. Les décisions partent des besoins remontés localement et sont ajustées au cas par cas, afin de concilier contraintes réglementaires, attentes des médecins et priorités des élus.

    Des parcours d’installation co-construits, entre projet de vie et projet médical

    Le guichet unique se positionne comme point d’entrée central pour les médecins souhaitant s’installer dans le département, en articulant finement projet de vie et projet médical.

    « Quand le médecin arrive, on traite effectivement la personne avant même qu’il soit médecin », souligne Nadine Hialé, pour illustrer cette approche centrée sur l’individu. L’accompagnement débute souvent dès l’internat, lors de soirées d’accueil qui permettent de fédérer les jeunes et de créer un premier lien avec le territoire. Lorsque l’un d’eux exprime un souhait d’installation, l’équipe explore son projet dans le détail : type de territoire (rural, montagne), mode d’exercice (MSP, exercice coordonné), environnement familial, mobilité du conjoint, logement, garde d’enfants, engagements futurs.

    À partir de ces éléments, Présence Médicale 64 mobilise son maillage territorial pour identifier des structures adaptées, puis organise des remplacements afin de tester l’adéquation humaine et organisationnelle. Le suivi se poursuit après l’installation, notamment sur les aspects de logement et de garde d’enfants, dans une logique d’ancrage durable où « chaque projet est unique ».

    69 médecins installés, 6% de hausse et 98% de rétention en sept ans

    Les responsables de Présence Médicale 64 mettent en avant des résultats quantifiables en matière de démographie médicale. « Quand on a commencé en 2019, au niveau de la population des médecins généralistes libéraux, on était à 686 », rappelle Nadine Hialé, avant de préciser que « grâce à notre travail collectif d’installation, on est passé à 731 médecins généralistes en 2025 », soit une hausse d’environ 6%.

    En sept ans, 69 médecins généralistes ont été installés avec l’appui du guichet unique, dont 63% en zones rurales ou de montagne. L’âge moyen des généralistes a été rajeuni, passant de 53 à 48 ans, en cohérence avec la cible prioritaire des jeunes médecins. La quasi-totalité des installations se fait en exercice libéral, avec une part minoritaire d’exercices mixtes et un recours très limité au salariat. La rétention constitue un indicateur clé : « 98% de nos jeunes qu’on a installés depuis 7 ans exercent toujours en Pyrénées-Atlantiques », insiste-t-elle, pour souligner l’ancrage durable obtenu.

    Un modèle économique « peu coûteux » comparé aux dispositifs financiers classiques

    Présence Médicale 64 insiste sur le caractère relativement peu coûteux de son modèle au regard des résultats. « Notre budget il est de 150 000 € c’est vraiment un budget efficient », explique Nadine Hialé. Ce budget annuel est dédié aux actions de déploiement sur les territoires et cofinancé avec l’ARS. Si l’on ajoute les ressources humaines, une équipe de cinq personnes, et le cofinancement entre département et ARS, l’enveloppe globale avoisine 500 000 euros, précise-t-elle.

    L’équipe revendique un effet de levier important, dans la mesure où chaque intercommunalité ou territoire mobilise ses propres moyens pour compléter l’action du guichet. Un travail de chiffrage est en cours pour objectiver cette contribution globale et documenter ce qu’« un département, en se mobilisant, peut mettre tout en gardant les prérogatives de chacun ».

    Vers une généralisation nationale : CNR, crédits, loi de financement et Cour des comptes

    Le dispositif Présence Médicale 64 a progressivement acquis une visibilité nationale, notamment à la faveur du Conseil national de la refondation (CNR) et des débats sur la généralisation d’un guichet unique pour l’installation des médecins. « On a obtenu en tout 750 000 € de crédit national de la refondation pour 3 choses », détaille Nadine Hialé : consolider le modèle, en faire un concept transposable et trouver une structuration juridique pour sortir du cadre strictement départemental.

    Parallèlement, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 a acté la mise en place de guichets uniques, même si « les décrets d’application, on les attend toujours ». Dans ce contexte, plusieurs institutions nationales, Banque des Territoires, Sénat, Assemblée nationale, Cour des comptes, sollicitent le retour d’expérience de Présence Médicale 64.

    Le dernier rapport de la Cour des comptes, indique-t-elle, « a pris les Pyrénées-Atlantiques comme département précurseur de la mise en place de ce schéma-là ». Une vingtaine de départements ont déjà été accueillis, avec l’idée de partager « la méthode, la manière dont on a travaillé », plutôt qu’une organisation clé en main.

    Une gouvernance politique et une « communication silencieuse » centrées sur l’humain

    Enfin, Présence Médicale 64 se présente comme un dispositif piloté politiquement mais construit sur une « communication silencieuse » et un bouche-à-oreille structuré. Pour faire connaître le dispositif, l’équipe s’appuie prioritairement sur les réseaux d’internes, les syndicats de jeunes médecins, les facultés de médecine et les enseignants. « on fait de la communication silencieuse », explique-t-elle.

    L’innovation est revendiquée comme essentiellement organisationnelle et humaine, avec un pacte d’engagement territorial « virgule par virgule, mot par mot », coécrit avec l’ensemble des acteurs, « toutes couleurs politiques confondues ».

     

  • Données de santé : un projet de décret encadre l’hébergement européen et les accès depuis des États tiers

    Saisie par le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, la Commission nationale de l’informatique et des libertés s’est prononcée sur un projet de décret qui vise à préciser les obligations applicables aux hébergeurs de données de santé à caractère personnel.

    Ce texte s’inscrit dans le prolongement de la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l’espace numérique, qui introduit des exigences nouvelles en matière de souveraineté des données de santé dans l’article L.1111-8 du code de la santé publique.

    Le projet de décret vient en préciser la mise en œuvre opérationnelle, en particulier sur la territorialité de l’hébergement, les conditions de transfert et le contenu des contrats liant les acteurs.

    Hébergement européen et encadrement des accès à distance

    Le texte pose une obligation explicite : les données de santé doivent être hébergées exclusivement sur le territoire de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen.

    Cette exigence concerne le stockage des données, mais admet des accès à distance depuis des États tiers sous conditions strictes. Ces accès doivent reposer soit sur une décision d’adéquation de la Commission européenne, soit sur des garanties appropriées au sens du RGPD.

    L’objectif n’est pas d’imposer le recours à des acteurs européens, mais de garantir une immunité face aux législations extra-européennes susceptibles d’imposer un accès aux données.

    La CNIL soutient cette orientation, qui vise à limiter les risques d’accès non autorisé par des autorités étrangères.

    Transparence dans les contrats d’hébergement

    Le projet de décret introduit de nouvelles mentions obligatoires dans les contrats d’hébergement. Ceux-ci devront désormais détailler :

    • les conditions d’accès à distance depuis des États tiers et les garanties associées ;
    • les réglementations extra-européennes susceptibles d’impliquer un transfert ou un accès aux données ;
    • les mesures mises en œuvre pour limiter ces risques ainsi que les risques résiduels ;
    • l’absence éventuelle de telles réglementations, avec les éléments justificatifs.

    Pour la CNIL, ces obligations renforcent la maîtrise des risques par les parties contractantes et améliorent la lisibilité pour les personnes concernées.

    Le texte prévoit également que les hébergeurs tiennent à jour une cartographie des transferts de données hors UE, des accès à distance et des risques associés. Cette cartographie devra être rendue publique.

    Le projet impose que les contrats précisent les modalités d’exercice des droits des personnes : accès, rectification, effacement, portabilité, limitation et opposition lorsque applicable.

    Vers une convergence avec SecNumCloud

    Le texte s’inscrit dans une dynamique plus large de convergence entre le référentiel d’hébergement des données de santé (HDS) et les standards de sécurité du cloud, notamment la qualification SecNumCloud. La CNIL soutient cet objectif, qui renforce la protection contre les ingérences extra-européennes.

    De manière générale, la CNIL considère que le projet de décret prolonge et renforce les exigences déjà prévues par le référentiel HDS, notamment celles introduites par les évolutions de 2024.

    Elle souligne que ces nouvelles dispositions apportent davantage de transparence et contribuent à une meilleure maîtrise des risques liés aux transferts de données de santé.

    Journal officiel de la République française – N° 73 du 26 mars 2026

  • OCDE : la prise en charge de la dépendance atteindrait 2,8 % du PIB en 2050

    Dépenses SLD : +1,3 point de PIB d’ici 2050 dans l’OCDE, jusqu’à 2,8 % du PIB

    Le vieillissement démographique devrait porter la part des plus de 65 ans à 26,4 % d’ici 2050 dans les pays de l’OCDE, entraînant un quasi-doublement des dépenses publiques de soins de longue durée, selon un modèle de projection intégrant facteurs démographiques, économiques et organisationnels.

    Dans les pays de l’OCDE, la part des personnes âgées de 65 ans et plus est passée de 18,5 % en 2023 à une projection de 26,4 % en 2050, avec un doublement attendu des plus de 80 ans (de 4,9 % à 9,6 %).

    Cette dynamique alimente une hausse mécanique de la demande de services d’aide à la vie quotidienne (alimentation, mobilité, hygiène), au cœur des dispositifs de soins de longue durée (SLD).

    En 2023, ces dépenses représentaient en moyenne 1,8 % du PIB, avec de fortes disparités entre pays (de 4,1 % aux Pays-Bas à moins de 0,5 % en Grèce, au Chili ou au Costa Rica).

    Une dépense appelée à presque doubler

    Selon les projections de l’OCDE, les dépenses publiques de SLD devraient atteindre 2,8 % du PIB en 2050, contre environ 1,5 % aujourd’hui, soit une hausse de 1,3 point de PIB. La composante sociale concentre une part importante de la croissance, avec une augmentation plus rapide liée à l’évolution des modes de vie et à la substitution entre aide informelle et formelle. Cette progression se décompose en deux composantes :

    • La composante sanitaire (aide aux activités essentielles), qui atteindrait 1,7 % du PIB (+0,5 point).
    • La composante sociale (aide à la vie quotidienne élargie), qui atteindrait 1,1 % du PIB (+0,7 point).

    Au-delà du vieillissement, des déterminants multiples

    Si le vieillissement constitue le facteur le plus visible, d’autres dynamiques expliquent la hausse des dépenses.

    • Le recul de l’aide informelle : La baisse de la fertilité, l’augmentation du travail féminin et l’éloignement géographique des familles réduisent la disponibilité des aidants informels. Cette évolution transfère une partie de la prise en charge vers des dispositifs formels plus coûteux.
    • L’effet Baumol : Le secteur des SLD reste fortement intensif en main-d’œuvre et peu automatisable. La progression des salaires, non compensée par des gains de productivité équivalents, entraîne une inflation structurelle des coûts.
    • Les attentes sociétales : L’élévation du niveau de vie s’accompagne d’exigences en matière de qualité, d’accessibilité et de personnalisation des soins, contribuant à l’augmentation des dépenses.

    Trois scénarios pour éclairer les choix publics

    • Scénario de pression sur les coûts : extension de la couverture et amélioration de l’accès : dépenses portées à 3 % du PIB (+0,2 point).
    • Scénario de vieillissement en bonne santé : prévention et réduction de la dépendance : baisse de 0,1 à 0,15 point.
    • Scénario de gains de productivité : recours aux technologies (IA, dispositifs d’assistance, coordination des soins) : réduction de 0,17 à 0,2 point.

    Combinés, les scénarios “prévention” et “productivité” pourraient réduire la hausse projetée de près de 25 %.

    Au-delà des projections, l’OCDE insiste sur la dimension anticipable de ces évolutions. Le vieillissement étant un phénomène prévisible, les États disposent d’une fenêtre pour adapter leurs systèmes.

    Les recommandations portent sur plusieurs leviers :

    • Renforcer les effectifs et l’attractivité des métiers du soin.
    • Investir dans les technologies d’assistance et l’intégration des parcours.
    • Soutenir les aidants informels.
    • Articuler les politiques de SLD avec celles des retraites et de la santé.

    Les dépenses de retraite et de santé sont également appelées à augmenter (respectivement jusqu’à 10 % et 8,8 % du PIB).

    L’OCDE souligne la nécessité d’une approche coordonnée à l’échelle des politiques publiques, qui intègre financement, organisation des soins et équité intergénérationnelle.

    OECD Health Working Papers No. 194. Future long-term care expenditure trajectories across OECD countries

     

  • Younify, une application gratuite structurant l’entraide autour du patient, déployée dans plusieurs services hospitaliers d’Île-de-France

    La maladie, l’accident ou l’hospitalisation ne concernent jamais un individu seul. Ils mobilisent un écosystème familial et amical souvent désorganisé, contraint de gérer urgence et quotidien avec des outils inadaptés : groupes WhatsApp, appels répétitifs, messages éparpillés. Cette fragmentation alourdit la charge mentale des aidants et aggrave l’isolement du patient, alors même que la qualité du soutien entourant ce dernier conditionne directement sa trajectoire de soin et sa récupération. C’est ce constat, vécu de l’intérieur, qui a conduit à la création de Younify.

    Une genèse ancrée dans l’expérience personnelle

    L’application est née de l’expérience de Claire Fourmentin, devenue aidante lorsque sa sœur est tombée gravement malade. Elle conçoit alors un prototype pour structurer le soutien. Rapidement, les équipes médicales y perçoivent une plus-value potentielle pour l’accompagnement des familles, et l’outil gagne en crédibilité sur le terrain hospitalier.

    Une « bulle de soutien » articulée autour de trois fonctions

    Younify se présente comme un espace privé et sécurisé, accessible gratuitement, qui rassemble le patient, ses aidants proches et son entourage élargi. Sa conception s’appuie sur les trois dimensions de la santé définies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : physique, mentale et sociale.

    L’application repose sur trois fonctionnalités principales :

    • Le Journal : permet au patient ou à un aidant de partager des nouvelles une seule fois à l’ensemble de la bulle, supprimant la répétition d’informations à un moment où l’énergie fait défaut.

    • Le Livre d’Or numérique : centralise messages, photos et vidéos de soutien envoyés par l’entourage. Le patient les consulte à son rythme, sans obligation de réponse immédiate.

    • La coordination de l’aide : les besoins concrets — trajets médicaux, repas, garde d’enfants — sont posés dans l’application afin que l’entourage puisse y répondre de façon organisée.

    L’application propose également une fonctionnalité de mise en relation entre patients et aidants partageant des affinités, pour réduire le sentiment d’isolement.

    Un déploiement hospitalier en cours

    L’outil est d’ores et déjà utilisé dans plusieurs services hospitaliers en Île-de-France. Des unités de réanimation et de réadaptation de l’hôpital Raymond-Poincaré comptent parmi les premiers établissements à avoir intégré Younify dans leur approche d’accompagnement. Le corps médical y voit un levier pour apaiser les familles et libérer du temps soignant mobilisé jusqu’alors à répondre aux sollicitations de l’entourage.

    La validation de l’IFEP

    L’Institut Français de l’Expérience Patient (IFEP) a publié, en avril 2026, une analyse favorable à la solution. L’IFEP souligne que Younify permet de soulager la charge mentale des aidants en organisant l’aide autour du patient, en regroupant les messages de soutien et en informant l’entourage sur la pathologie du proche. L’Institut estime que ces éléments contribuent à favoriser une meilleure récupération du patient.

    Pour l’IFEP, l’intérêt de l’outil réside dans sa capacité à replacer la solidarité au cœur du parcours de soin, sans substituer l’entourage aux professionnels de santé, mais en le rendant opérationnel et coordonné.

    Un modèle gratuit, une question de soutenabilité

    Younify est accessible sans frais pour l’utilisateur final, sur iOS et Android. La solution n’est pas positionnée comme un dispositif médical au sens réglementaire, mais comme un outil d’accompagnement. Cette gratuité, pensée pour lever les barrières d’accès, soulève néanmoins la question de la pérennité économique du modèle, en particulier si le déploiement s’étend à d’autres établissements ou régions.

  • Imagerie : le CHU de Nîmes veut diminuer les prescriptions automatiques et repositionner le radiologue dans le parcours de soins

    Face à la hausse du recours à l’imagerie médicale, le CHU de Nîmes et l’ARS Occitanie lancent un projet destiné à améliorer les examens prescrits.

    Baptisée « Pertinence en imagerie : informer, former et impliquer patients et médecins demandeurs à Nîmes », l’initiative vise à limiter les examens inutiles.

    Le projet repose sur un double levier : faire évoluer les pratiques des médecins demandeurs et renforcer l’information des patients. Il s’appuie sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé et sur l’expertise des équipes de radiologie du CHU de Nîmes, engagées dans des démarches de qualité et d’accréditation.

    Moins de prescriptions automatiques et plus de coordination ville-hôpital pour améliorer l’imagerie

    Le CHU de Nîmes fixe plusieurs objectifs.

    • Il s’agit d’abord de réduire les examens non pertinents, en rappelant que le recours à l’imagerie n’est pas systématique.
    • Le projet entend aussi améliorer les échanges avec les médecins demandeurs autour des bonnes pratiques et des recommandations nationales.
    • Autre axe affiché : réaffirmer le rôle du radiologue dans le parcours de soins. L’établissement veut le positionner comme un médecin spécialiste garant du bon usage des examens, et non comme un simple exécutant technique.
    • Le dispositif prévoit aussi d’impliquer davantage les patients dans une démarche de soin plus personnalisée et de renforcer la cohérence des parcours entre la ville et l’hôpital.

    « La radiologie n’est pas un simple service prestataire, mais une spécialité médicale à part entière, au cœur du parcours de soins. Informer et impliquer patients et médecins est essentiel pour garantir le juste examen, au bon moment », indique le Dr Jean Goupil, chef du service de radiologie du CHU de Nîmes et coordonnateur du projet.

    L’enjeu est de renforcer la coordination entre la médecine de ville et l’hôpital

    Pour déployer ce programme, le CHU de Nîmes s’appuie sur des partenaires du territoire : les médecins généralistes, les Communautés professionnelles territoriales de santé, la faculté de médecine Montpellier-Nîmes et des acteurs de la formation en imagerie.

    Le projet s’inscrit dans la continuité d’actions déjà engagées par l’établissement, notamment à travers les formations universitaires, les commissions d’interface radio-clinique, les travaux de recherche et les démarches d’accréditation conduites avec la HAS.

    Un déploiement progressif sur 2026 et 2027

    Le calendrier présenté prévoit une montée en charge par étapes, avec des campagnes de communication au printemps, les premières actions de formation à partir de juin, puis le déploiement complet des outils digitaux et pédagogiques à l’automne. Une évaluation finale doit intervenir fin 2027.

    La stratégie retenue se veut multicanale. Elle combinera supports pédagogiques, outils de formation en ligne, temps d’échange avec les médecins du territoire ainsi que contenus digitaux et multimédias destinés à valoriser l’expertise des radiologues.

    Au-delà de la seule réduction des actes inutiles, le CHU de Nîmes et l’ARS Occitanie présentent ainsi un projet centré sur l’appropriation des recommandations, la circulation de l’information entre professionnels et la participation du patient dans la décision de soin.

     

  • Vivalto Santé lance un Plan Cancer avec 3 instituts et 15 critères de labellisation

    Vivalto Santé annonce la mise en œuvre d’un Plan Cancer destiné à harmoniser ses parcours de soins en cancérologie.

    Le dispositif s’appuie sur une organisation déjà en place, articulée autour de 3 instituts de cancérologie, 14 centres de référence et 15 centres de proximité. Il repose aussi sur un programme interne de labellisation fondé sur 15 critères qualité, avec des plans d’action ciblés selon les établissements.

    Dans un contexte marqué par près de 433 000 nouveaux diagnostics de cancer en France, Vivalto Santé rappelle que la moitié des cas pourraient être évités, en s’appuyant sur les données 2025 de l’Institut national du cancer. Le groupe inscrit son plan dans les orientations nationales de santé et dans sa gouvernance d’entreprise à mission.

    Quatre engagements affichés

    Le Plan Cancer de Vivalto Santé s’organise autour de quatre engagements.

    • Le premier porte sur des prises en charge globales, coordonnées et personnalisées, indépendamment du niveau de revenus ou de couverture sociale des patients.
    • Le deuxième vise à réduire les délais, avec des parcours fléchés et accélérés, notamment pour les biopsies, ainsi que des dispositifs de type « diagnostic en un jour ».
    • Le troisième concerne le renforcement de la proximité territoriale, pour limiter l’éloignement géographique dans le parcours de soins.
    • Le quatrième met l’accent sur l’accompagnement du patient et de ses proches, avec une attention portée au soutien tout au long de la maladie.

    La gradation de l’offre constitue l’ossature du plan.

    Les centres de proximité doivent assurer une prise en charge au plus près du lieu de vie.

    Ils couvrent le dépistage, le diagnostic et la chirurgie du cancer, avec une coordination structurée des parcours, l’accès aux soins de support et un travail avec les professionnels du territoire.

    Les centres de référence proposent une prise en charge complète à toutes les étapes : dépistage, diagnostic, chimiothérapie, hospitalisation complète ou de jour, soins palliatifs, soins de support renforcés et coordination dédiée. Ils disposent d’autorisations de chirurgie carcinologique et d’un accès à la recherche clinique.

    Les instituts de cancérologie rassemblent sur un même site l’ensemble des expertises et des plateaux techniques, dont la radiothérapie et la médecine nucléaire. Ils concentrent toutes les autorisations en chirurgie carcinologique et prennent en charge des situations complexes.

    Cette organisation permettrais aujourd’hui à plus de 10 millions de Français d’être “à moins de 30 minutes d’un centre de référence” ou d’un institut de cancérologie du groupe.

    Prévenir, agir, soutenir

    La feuille de route est structurée autour de trois priorités.

    • Sur la prévention, Vivalto Santé entend renforcer les actions d’information, les opérations de terrain et la promotion d’un dépistage ciblé et régulier, en cohérence avec les recommandations nationales.
    • Sur la prise en charge, le groupe dit mobiliser l’ensemble des spécialités concernées, des oncologues aux hématologues, radiothérapeutes, internistes, spécialistes de la douleur et des soins palliatifs, ainsi que les équipes chirurgicales, du diagnostic à la rééducation-réadaptation. Plus de 20 postes sont dédiés à la coordination dans le groupe, avec un renforcement de la coopération avec la médecine de ville.
    • Vivalto Santé met aussi en avant sa dynamique de recherche clinique en oncologie et en onco-hématologie, avec près de 400 protocoles ouverts, soit une hausse de plus de 20 % en 2025 par rapport à 2024. Le groupe cite également le déploiement de robots chirurgicaux dans plusieurs établissements pour améliorer la précision des prises en charge.

    La télésurveillance comme levier opérationnel

    Dans le versant numérique du plan, Vivalto Santé fait de la télésurveillance un axe de sa stratégie en cancérologie. Le groupe déploie la solution Cureety, présentée comme une plateforme labellisée par la HAS, pour assurer un suivi sécurisé entre deux consultations et détecter plus tôt les situations critiques.

    L’initiative, lancée en 2023, concerne désormais 12 services d’oncologie médicale et 5 services d’onco-hématologie. Plus de 2 500 patients sont suivis chaque mois et plus de 5 000 situations critiques ont déjà été gérées de manière proactive.

    Soins de support et accompagnement à domicile

    Le troisième pilier du plan concerne le soutien aux patients et à leurs proches. Les centres et instituts du groupe proposent des paniers de soins de support et une prise en charge spécialisée de la douleur.

    À domicile, la continuité des soins doit être facilitée par la coordination avec Vivalto Dom, prestataire de services à domicile du groupe, ainsi que par un partenariat récemment noué avec OuiHelp pour l’accès à des services d’aide à domicile.

    Vivalto Santé indique par ailleurs que ses dispositifs d’éducation thérapeutique affichent un taux de satisfaction de 95 %. Plus de 50 patients experts sont aussi mobilisés pour accompagner les patients et leurs proches.

    Ce Plan Cancer doit permettre de “structurer et d’harmoniser l’offre de soins en cancérologie à l’échelle du groupe”. L’objectif est de garantir un parcours fluide, coordonné et accessible, quel que soit le lieu de résidence, en articulant expertise médicale, proximité territoriale et accompagnement des patients.

  • AAP : jusqu’à 50 % de financement pour des projets de déploiement de solutions innovantes en santé (30.06)

    Un dispositif orienté vers le déploiement à grande échelle

    Inscrit dans le plan France 2030, l’appel à projets “Achats publics innovants” cible la diffusion de solutions innovantes déjà disponibles sur le marché, avec une maturité élevée (TRL 9). L’objectif est de soutenir des projets d’intégration opérationnelle dans les établissements sanitaires et médico-sociaux en privilégiant des approches reproductibles.

    Les candidatures pour cette première vague sont ouvertes jusqu’au 30 juin 2026 à 00h00, avec un dépôt en ligne via la plateforme dédiée.

    Des projets financés jusqu’à 50 %

    Le financement prend la forme d’une subvention couvrant jusqu’à 50 % des dépenses éligibles. Les projets doivent présenter un budget minimal de 150 000 euros et s’inscrire dans une durée comprise entre 12 et 24 mois.

    Les dépenses prises en charge incluent notamment :

    • l’achat, la licence ou l’abonnement à la solution,
    • l’intégration technique et le déploiement,
    • la formation et l’accompagnement au changement,
    • l’évaluation du projet,
    • certains frais de personnel directement mobilisés.

    À l’inverse, les dépenses de fonctionnement courant, les investissements immobiliers ou les équipements antérieurs ne sont pas éligibles.

    Des établissements de santé en première ligne

    Les projets doivent s’inscrire dans des priorités telles que l’organisation des soins, le parcours patient, le bloc opératoire, le diagnostic ou encore la transition écologique.

    Le portage du projet doit être assuré par un établissement sanitaire ou médico-social, public ou privé, disposant d’un numéro FINESS, seul ou en groupement. Une équipe projet identifiée est requise.

    Les solutions proposées doivent être déjà disponibles sur le marché, effectivement achetées puis déployées, et répondre aux exigences réglementaires, notamment en matière de RGPD, de sécurité des systèmes d’information et, le cas échéant, d’hébergement des données de santé.

    Une sélection en plusieurs étapes pilotée par l’ANAP

    La procédure de sélection repose sur plusieurs phases : vérification d’éligibilité, instruction initiale par l’ANAP, audition des porteurs, analyse technique et financière approfondie, puis validation finale par un comité de pilotage.

    Les critères d’évaluation portent sur la maturité de la solution, les impacts attendus pour l’établissement, la qualité du déploiement et de la gouvernance, ainsi que le potentiel de diffusion à d’autres structures.

    Une exigence forte sur l’évaluation et la conformité

    L’appel à projets exclut les phases de recherche ou d’expérimentation amont, en se concentrant sur des déploiements effectifs. Les porteurs doivent ainsi définir des indicateurs en amont, prévoir des modalités de suivi robustes et produire des rapports intermédiaires et finaux.

    Le respect du cadre réglementaire constitue un prérequis, notamment en matière de commande publique, de protection des données et de sécurité. L’évaluation de l’impact et la capacité à répliquer le projet dans d’autres établissements sont également au cœur du dispositif.

  • La plateforme de livraison de médicaments Livmed’s en liquidation judiciaire après un an de redressement

    La société Livmed’s, spécialisée dans la livraison de médicaments à domicile, a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Nice.

    Cette décision intervient à l’issue d’une procédure de redressement judiciaire ouverte en avril 2025. L’entreprise a bénéficié d’une période d’observation d’un an, structurée en deux phases de six mois renouvelées, sans parvenir à rétablir sa situation financière.

    Un redressement engagé avec l’objectif de rentabilité

    Placée en redressement judiciaire au printemps 2025, Livmed’s visait alors une restructuration de ses activités. Cette procédure collective devait permettre la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement des dettes sous contrôle judiciaire.

    Cette phase devait conduire l’entreprise à la rentabilité, en s’appuyant sur le soutien de ses actionnaires. Une audience au tribunal de commerce, prévue en juin 2025, devait statuer sur la poursuite de la période d’observation.

    Un modèle BtoBtoC adossé aux officines

    Fondée en 2020, Livmed’s proposait un service de livraison de médicaments et de produits de parapharmacie via une application mobile. Les patients pouvaient téléverser une ordonnance, sélectionner une pharmacie partenaire, régler en ligne et se faire livrer à domicile par un coursier.

    La plateforme revendiquait 2 300 pharmacies partenaires dans plus de 200 villes françaises. Son modèle reposait sur l’absence de facturation pour les officines, avec une rémunération assurée par la logistique et une commission de 15 % sur les ventes de parapharmacie. Des partenariats avec des mutuelles permettaient le remboursement des frais de livraison.

    Des tensions réglementaires avec l’Ordre des pharmaciens

    Depuis sa création, l’entreprise a levé plus de 7 millions d’euros auprès d’investisseurs, dont Sanofi, CMA CGM, Bpifrance et des business angels.

    Son développement a été marqué par un contentieux avec le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, qui l’accusait d’exercer une activité de pharmacie en dehors du cadre légal, en intervenant dans le circuit du médicament.

    Livmed’s contestait cette analyse, se présentant comme un simple intermédiaire logistique. En octobre 2023, le tribunal judiciaire de Paris avait suspendu sa décision dans l’attente d’un jugement de la Cour de justice de l’Union européenne dans une affaire distincte impliquant Doctipharma. En janvier 2025, un médiateur avait été désigné pour favoriser un règlement amiable.

    Les juges ont toutefois estimé que Livmed’s n’intervenait pas directement dans l’acte de vente, la qualifiant de prestataire technique de mise en relation. La société a été condamnée à verser 15.000 euros au Cnop au titre des frais de procédure.

    La juridiction a également considéré que la plateforme avait enfreint le code de la santé publique en facilitant la vente en ligne de médicaments soumis à prescription obligatoire. Elle pouvait en revanche continuer à proposer des médicaments sans ordonnance sous conditions.

    Des difficultés opérationnelles signalées

    Outre les enjeux réglementaires, l’entreprise a également été confrontée à des difficultés opérationnelles. Selon Les Echos, des livreurs ont signalé des retards de paiement et des difficultés à entrer en contact avec la société, notamment via des avis publiés sur la plateforme Trustpilot.

    La liquidation judiciaire met un terme à l’activité de la start-up niçoise, souvent présentée comme un acteur de la digitalisation de l’activité officinale. Aucun projet de reprise n’a été évoqué à ce stade.

  • La Fondation FondaMental lance « BAE », une application gratuite pour prévenir le suicide chez les 12–17 ans

    La Fondation FondaMental annonce le lancement de « BAE », une application mobile gratuite de prévention du suicide destinée aux jeunes de 12 à 17 ans. Le projet, soutenu par la Région Île-de-France dans le cadre d’une Question d’Intérêt Majeur sur la santé mentale, a été développé avec le CHU de Montpellier, le CHU Robert Debré, l’INSERM et l’association ASMA.

    Depuis la pandémie, la Fondation alerte sur la persistance des troubles psychiques chez les adolescents. Grâce au financement régional, plusieurs outils ont été conçus pour soutenir les jeunes Franciliens, dont la plateforme LENA et l’application MyMood.

    Sous l’impulsion du professeur Philippe Courtet, psychiatre au CHU de Montpellier et chercheur à la Fondation FondaMental, « BAE » a été élaborée par une équipe pluridisciplinaire réunissant psychiatres, psychologues et sociologues. Des jeunes ayant traversé des périodes de crise suicidaire ont participé à sa conception afin d’assurer la pertinence et l’accessibilité de l’outil.

    Suivi émotionnel et plan d’action personnalisé

    L’application invite chaque adolescent à évaluer quotidiennement son état émotionnel et à élaborer un plan d’action avec ses parents et son médecin. Le dispositif repose sur une triade de profils connectés, adolescent, parent, professionnel de santé, et fonctionne selon un partage contrôlé des informations pour préserver la confidentialité des échanges.

    L’utilisateur peut compléter son espace personnel en y renseignant ses signaux d’alerte, ses stratégies de régulation ou ses ressources apaisantes : films, musiques, lieux rassurants. Six modules interactifs facilitent la mise en œuvre de ce plan : contacter un proche, relaxation, souvenirs positifs, lieux de réconfort, contenus favoris. Un bouton d’alerte permet de joindre immédiatement un proche ou les services d’urgence (3114 ou SAMU).

    Un outil d’aide, non un suivi médical

    La Fondation rappelle que « BAE » ne se substitue pas à un suivi psychologique ou médical. Les données ne sont pas analysées en temps réel ; en cas de détresse, les utilisateurs doivent contacter les services d’urgence.

    Philippe Courtet souligne que l’objectif est de redonner des repères pour agir rapidement en cas de crise et de rappeler à chaque jeune qu’il n’est pas seul.

    Une initiative soutenue par la Région Île-de-France

    Pour Valérie Pécresse, présidente de la Région, ce projet illustre l’engagement de l’institution en faveur du bien-être des jeunes. La Région mène une politique active de prévention en santé mentale, tout en investissant dans les domaines du logement, de l’emploi, de l’orientation et des transports afin de renforcer l’accompagnement global des adolescents.

    Marion Leboyer, directrice générale de la Fondation FondaMental, voit dans ce lancement une étape supplémentaire vers la mise à disposition d’outils concrets pour répondre aux enjeux de santé mentale : « BAE » complète l’offre déjà portée avec la Région, en s’appuyant sur l’expertise scientifique française.

  • Interopérabilité : un coût de 360 M€ à 1,8 Md€, France Biotech propose une feuille de route

    Une interopérabilité encore largement inaboutie

    L’étude mené sur un panel de 120 sociétés – allant des éditeurs de logiciel, aux institutionnels, en passant par les offreurs de soins et les industriels – met en évidence un paradoxe bien connu des acteurs du secteur : la France dispose d’un tissu riche d’éditeurs, de start-ups et d’établissements engagés dans la transformation numérique, mais peine encore à faire circuler efficacement les données de santé. Ce problème représente un énorme manque à gagner pour les établissements de santé, puisque le collectif estime que la difficulté d’interopérabilité des données de santé coûte à la collectivité entre 360 millions et 1,8 milliard d’euros par an.

    Le coût annuel de l’interopérabilité estimé dans les établissements (achats et dépenses depersonnel) - France Biotech
    Le coût annuel de l’interopérabilité estimé dans les établissements (achats et dépenses de
    personnel) – France Biotech

    En cause, plusieurs facteurs structurels. D’abord, la coexistence de multiples standards techniques, parfois mal implémentés ou interprétés différemment selon les acteurs. Ensuite, une forte hétérogénéité des systèmes d’information hospitaliers, souvent construits par empilement successif de briques logicielles peu compatibles entre elles.

    Résultat : les données sont disponibles, mais difficilement exploitables à grande échelle. Les cas d’usage avancés, en particulier ceux liés à l’intelligence artificielle, à la recherche clinique ou à la médecine personnalisée, se heurtent à des coûts d’intégration élevés et à des délais de déploiement incompatibles avec les attentes du terrain.

    Cette situation n’est pas seulement technique.

    Elle a des conséquences directes sur l’innovation et la qualité des soins :

     des impacts concrets sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

    Est-ce que les problèmes d'interroperabilité impactent les activités de santé ? - France Biotech
    Est-ce que les problèmes d’interroperabilité impactent les activités de santé ? – France Biotech

    Pour les industriels et start-ups, le manque d’interopérabilité constitue un frein à l’industrialisation. Chaque déploiement nécessite des développements spécifiques, limitant les effets d’échelle et ralentissant l’accès au marché. Pour les établissements de santé, cela se traduit par une difficulté à intégrer de nouvelles solutions, même lorsqu’elles sont pertinentes. L’absence de fluidité dans les échanges de données complexifie les parcours patients et limite les gains organisationnels attendus. Enfin, pour les professionnels de santé, cela renforce la fragmentation de l’information, avec des données dispersées dans plusieurs outils, peu ou mal synchronisés. À terme, c’est la qualité et la continuité des soins qui peuvent être impactées.

    Une problématique aussi organisationnelle que technique

    L’un des apports majeurs de l’étude est de dépasser une lecture purement technologique du sujet. L’interopérabilité ne se résume pas à des standards ou à des API : elle repose aussi sur des choix de gouvernance, des modèles économiques et des incitations. Le collectif souligne notamment le manque d’alignement entre les différents acteurs : éditeurs, établissements, pouvoirs publics. Chacun avance avec ses propres contraintes et priorités, sans toujours converger vers une vision commune. Cela conduit à ce que plus de 70% des interrogés expliquent rencontrer des problèmes dans leurs intégrations de données.

    70% des interrogés expliquent rencontrer des problèmes dans leurs intégrations de données - France Biotech
    70% des interrogés expliquent rencontrer des problèmes dans leurs intégrations de données – France Biotech

    Par ailleurs, les incitations économiques restent limitées. L’interopérabilité est souvent perçue comme un coût, en développement, en maintenance, en conformité, sans retour immédiat pour les acteurs qui l’implémentent.

    Trois axes de résolution pour structurer un cadre commun

    Face à ce constat, France Biotech propose une approche pragmatique, articulée autour de plusieurs leviers.

    • Premier axe : renforcer l’adoption et l’implémentation effective des standards existants. Il ne s’agit pas nécessairement d’en créer de nouveaux, mais de mieux utiliser ceux qui sont déjà disponibles, en garantissant leur bonne application.
    • Deuxième levier : améliorer la lisibilité du cadre réglementaire et technique. Les acteurs ont besoin de référentiels clairs, stables et opérationnels pour intégrer l’interopérabilité dès la conception de leurs solutions.
    • Troisième point clé : développer des mécanismes d’incitation. Cela peut passer par des critères d’éligibilité dans les appels d’offres, des financements conditionnés ou encore des dispositifs de labellisation valorisant les solutions réellement interopérables.

    Enfin, le collectif insiste sur la nécessité de renforcer les espaces de collaboration entre acteurs publics et privés. L’interopérabilité ne peut pas être décrétée : elle doit être co-construite.

    Des recommandations qui penchent vers une stratégie nationale plus structurée

    L’étude formule plusieurs recommandations.

    Elle appelle d’abord à une clarification du rôle des pouvoirs publics dans la gouvernance de l’interopérabilité, avec une vision stratégique plus affirmée et une coordination renforcée entre initiatives existantes. Elle recommande également de systématiser l’intégration de l’interopérabilité dans les politiques publiques numériques en santé, en en faisant un prérequis et non un objectif secondaire.

    Autre point central : accompagner les acteurs, notamment les plus petits, dans la mise en conformité. Cela suppose des outils, des guides, mais aussi des dispositifs de soutien financier.

    Enfin, le collectif France Biotech plaide pour une approche plus européenne, afin d’aligner les efforts nationaux avec les dynamiques en cours à l’échelle de l’Union européenne, notamment dans la perspective du développement des espaces européens de données de santé.