Actualité

  • Royaume-Uni : les médecins s’inquiètent du projet du NHS de réduire les recrutements au profit de l’IA

    Selon le Financial Times, le NHS England finalise un projet de plan de main-d’œuvre qui réduirait les ambitions de recrutement fixées par le précédent gouvernement conservateur. Le document aurait été préparé sous l’autorité de Wes Streeting avant sa démission la semaine dernière.

    Le nouveau ministre de la Santé, James Murray, devra décider s’il conserve cette orientation. Le texte pourrait être publié dans les prochaines semaines.

    L’IA envisagée pour remplacer certaines fonctions

    Le projet estime que les objectifs actuels constituent « une voie vers la ruine financière ». Il parie sur le développement des soins en ville et à domicile, appuyés par les technologies numériques pour limiter les besoins en personnel. L’IA pourrait remplacer certains rôles. Elle serait notamment utilisée pour structurer une consultation, signaler un niveau de risque ou identifier des informations importantes dans le dossier patient.

    Les hausses annuelles d’effectifs seraient ramenées à 1,1%-2%, contre 2,6%-2,9% dans le plan de 2023. Le projet affirme aussi que la hausse de 50% du nombre de médecins en dix ans n’a pas amélioré l’accès, l’expérience ou les résultats pour les citoyens.

    La BMA dénonce un « pari dangereux »

    La British Medical Association a vivement réagi. Son responsable des questions de main-d’œuvre, le Dr Amit Kochhar, juge « extrêmement décevant » que le gouvernement semble accepter le faible nombre de médecins comme une donnée durable. Il rappelle que les services d’urgences et les cabinets de médecine générale restent sous-dotés. Le Royaume-Uni compte 3,4 médecins pour 1 000 habitants, contre 4,6 en Allemagne.

    Pour la BMA, l’IA peut aider les médecins, mais ne peut pas les remplacer. Le syndicat met aussi en doute la capacité du NHS à déployer une telle technologie à grande échelle.

  • InterSystems obtient la première certification MDR européenne pour un DPI nativement conçu pour l’IA

    À l’occasion de SantExpo 2026, InterSystems annonce avoir obtenu la certification de classe IIa du règlement européen sur les dispositifs médicaux (MDR – règlement UE 2017/745) pour ses solutions de dossier patient informatisé. L’entreprise présente cette homologation comme une première dans l’Union européenne pour un DPI « entièrement unifié » et conçu nativement pour l’intelligence artificielle.

    Cette certification concerne à la fois InterSystems IntelliCare, présenté comme un DPI de nouvelle génération intégrant des capacités d’IA directement dans sa plateforme de données, et InterSystems TrakCare, déjà déployé dans de nombreux établissements de santé à l’international.

    Une IA intégrée au cœur du DPI

    InterSystems distingue son approche de celle reposant sur des briques d’IA ajoutées a posteriori sous forme d’applications tierces. Selon l’éditeur, les fonctionnalités d’intelligence artificielle sont intégrées directement dans l’architecture du DPI et dans les workflows cliniques.

    Parmi les usages mis en avant figurent :

    • la génération de synthèses instantanées des dossiers patients ;
    • la documentation clinique assistée par IA ;
    • des interfaces conversationnelles ;
    • des workflows intelligents avec validation humaine systématique (« human-in-the-loop ») ;
    • des fonctions d’orchestration clinique ambiante capables de capturer et structurer automatiquement les échanges cliniques en temps réel.

    Le système peut également suggérer des documentations médicales ou des prescriptions, soumises ensuite à validation du praticien. Cette certification fixe « un nouveau standard » pour l’intégration de l’IA dans les logiciels de santé.

    Un contexte réglementaire et clinique sous surveillance

    Cette annonce intervient alors que les usages d’IA générative et d’IA scribe dans les environnements cliniques se développent rapidement, mais restent confrontés à des interrogations sur la responsabilité médicale et la gouvernance des données.

    Une étude publiée début 2026 dans Health and Technology montrait que les IA scribes réduisent la charge administrative des médecins, mais font émerger des inquiétudes sur les erreurs possibles et les risques médico-légaux.

    Les chercheurs soulignaient notamment la nécessité de recommandations de bonnes pratiques, de mécanismes de validation humaine et d’un cadre de confiance avant un déploiement massif des outils d’IA clinique.

    Dans ce contexte, la certification MDR obtenue par InterSystems vise à répondre aux exigences européennes en matière de sécurité, de qualité et de supervision des dispositifs intégrant de l’intelligence artificielle.

    InterSystems indique par ailleurs qu’IntelliCare s’appuie sur les capacités historiques d’interopérabilité développées avec TrakCare afin de faciliter son intégration dans les systèmes d’information hospitaliers existants.

  • Une application (Ximi Family) pour coordonner aidants, familles et intervenants à domicile

    La coordination entre familles, intervenants et structures d’aide à domicile reste un point de tension pour le secteur du bien-vieillir. Avec Ximi Family, sa nouvelle application mobile, Xelya entend répondre à ce déficit d’information et de visibilité pour les proches accompagnants.

    Développée par Ximi, la branche de l’éditeur français spécialisée dans les logiciels métiers SaaS pour les services à domicile, l’application centralise les informations liées à l’accompagnement d’une personne aidée. Les aidants peuvent consulter les plannings d’intervention, recevoir des notifications en temps réel, suivre les demandes de modification ou encore échanger avec les professionnels via un cahier de liaison sécurisé.

    L’objectif est de limiter les incompréhensions et de simplifier les échanges entre les acteurs de l’accompagnement à domicile. L’application a également été pensée pour maintenir l’implication des proches à distance car les familles vivent fréquemment éloignées de leurs parents âgés.

    Cette application est présentée comme une manière de redonner une place plus active aux proches dans l’organisation du maintien à domicile.

    Repositionner les aidants dans le parcours d’accompagnement

    L’entreprise met en effet en avant une volonté de replacer les aidants au centre des échanges autour de la personne accompagnée.

    « Ce n’est pas juste une application, c’est un droit d’accès restitué à ceux qui portent le plus », déclare Sami El Kassouf, responsable de service Ximi Family. Cette approche s’inscrit dans une transformation plus large des usages numériques dans le médico-social, où les outils digitaux ne servent plus uniquement à la gestion administrative des structures, mais deviennent des supports de coordination et de communication entre professionnels et familles.

    Le lancement intervient dans un contexte marqué par les tensions sur les métiers du domicile et du grand âge. Les structures doivent composer avec des problématiques de coordination, des contraintes administratives et des besoins de réactivité vis-à-vis des familles.

    En intégrant l’application à son environnement logiciel existant, Ximi cherche à centraliser les données et à réduire la multiplication des canaux de communication.

    Les premiers retours d’utilisateurs mettent en avant une diminution des appels liés aux changements d’organisation et un gain de temps pour les équipes.

    « Dès qu’un planning change, les aidants sont informés en temps réel sur leur téléphone », explique Jérôme Raynaud, dirigeant de Val de Cher Services.

    Au-delà du lancement produit, Ximi Family illustre l’évolution des outils numériques dans les services à domicile, désormais positionnés comme des dispositifs de lien, de transparence et de continuité d’information entre les différents acteurs du prendre soin.

    En France, on compte entre 8 et 11 millions d’aidants.

  • Zoom sur la carte de France de l’accès aux soins : 1 Français sur 4 s’est rendu aux urgences faute de RDV disponible en 2025 (Étude Doctolib)

    Des délais toujours élevés selon les spécialités

    Près de deux tiers des Français ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois, selon l’étude « Cartes de France de l’accès aux soins 2026 », publiée par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès. Réalisée à partir des données de plus de 80 000 professionnels de santé libéraux utilisateurs de la plateforme, l’analyse porte sur 234 millions de consultations effectuées en 2025.

    • La cardiologie reste la spécialité affichant les délais les plus longs, avec 42 jours d’attente en moyenne.
    • La dermatologie suit avec 32 jours.
    • Devant l’ophtalmologie (21 jours).
    • La gynécologie (19 jours).
    • Et la psychiatrie (15 jours).
    • Plus de 70 % des rendez-vous en cardiologie et en dermatologie sont obtenus au-delà de sept jours.

    Les professions de premier recours présentent des délais plus courts : trois jours pour les médecins généralistes, six jours pour les masseurs-kinésithérapeutes, huit jours pour les pédiatres et dix jours pour les chirurgiens-dentistes.

    Des écarts territoriaux marqués

    L’étude met en évidence des disparités importantes selon les départements. En cardiologie, le délai varie de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers. En ophtalmologie, il oscille entre cinq jours en Seine-Saint-Denis et 153 jours dans le Gers. En dermatologie, les délais vont de sept jours en Savoie à 90 jours dans l’Aisne.

    Selon les auteurs, ces écarts dessinent des zones de tension spécifiques à chaque spécialité : un arc allant de l’Occitanie au sud du Massif central en cardiologie, une fracture ouest-centre en ophtalmologie ou encore des tensions dans le nord et le centre-est en dermatologie. L’Île-de-France conserve les délais les plus courts dans la majorité des spécialités.

    Une tension en dermatologie

    Le dermatologue Luc Sulimovic, président du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV) et membre du comité de pilotage de l’étude, souligne une baisse du nombre de praticiens. Selon lui, le nombre de dermatologues a diminué de 18 % entre 2016 et 2026. Le spécialiste attribue cette situation à une insuffisance durable dans la formation des internes. « Il y a une baisse globale du nombre de médecins, et particulièrement de dermatologues. On n’a pas formé assez de médecins et pas assez de dermatologues », explique-t-il.

    Face à cette situation, des dispositifs d’« équipes de soins spécialisés » sont expérimentés en Île-de-France. Des médecins généralistes transmettent des clichés de lésions suspectes à des dermatologues via des systèmes sécurisés de télé-expertise. Les spécialistes déterminent ensuite si une consultation rapide est nécessaire. Luc Sulimovic affirme que ce modèle permet désormais une prise en charge d’un mélanome en huit jours dans certains cas. Il plaide pour une extension du dispositif à d’autres spécialités médicales.

    Téléconsultation et réorganisation des parcours

    L’étude souligne également les effets de certaines réorganisations des soins. En ophtalmologie, le délai médian est passé de 43 jours en 2017 à 21 jours en 2025. Cette évolution est attribuée au développement du travail aidé et à la réorganisation de la filière visuelle.

    La téléconsultation contribue également à réduire certains délais. En médecine générale, le délai médian tombe à moins d’un jour pour les consultations à distance. En dermatologie, il descend à 3,8 jours. Ces usages restent toutefois marginaux dans la plupart des spécialités hors psychiatrie et médecine générale.

    Un renoncement aux soins qui dépasse les publics précaires

    L’étude indique que 63 % des répondants ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois. Les principales raisons évoquées sont l’absence de créneau compatible (45 %) et l’absence de rendez-vous disponible (35 %). Le renoncement concerne particulièrement les cadres (71 %) et les 25-34 ans (75 %), devant les ouvriers et les personnes sans activité. Un patient sur quatre déclare par ailleurs s’être rendu aux urgences faute de rendez-vous accessible en ligne.

    L’étude précise enfin que les délais analysés reposent uniquement sur les rendez-vous effectivement réalisés via Doctolib. Les recherches infructueuses, les refus de nouveaux patients ou les renoncements aux soins ne sont pas intégrés dans les calculs.

  • De l’action territoriale aux enjeux européens : le cadre réglementaire de l’accès aux soins

    Le cadre réglementaire français pour restructurer l’exercice médical

    Depuis plusieurs années, le législateur français tente de pallier le manque de médecins par une restructuration profonde de l’exercice médical, en misant sur le collectif et le transfert de compétences.

    2023 – La loi « Valletoux » :

    Adoptée le 27 décembre 2023, la loi dite « Valletoux », visant à améliorer l’accès aux soins par l’engagement territorial des professionnels, marque un tournant décisif dans l’organisation de la médecine de ville. Ce texte part d’un constat devenu incontournable : face à la pénurie médicale, l’exercice isolé n’est plus viable pour répondre aux besoins de la population. Le législateur a donc choisi d’imposer un changement de paradigme fondé sur la responsabilité collective à l’échelle locale.

    Le mécanisme central de cette réforme repose sur le renforcement considérable des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Désormais, la loi contraint les professionnels de santé d’un même bassin de vie à sortir de leurs silos et à s’organiser de manière coordonnée. Cette mobilisation collective a deux objectifs prioritaires pour résorber les ruptures de prise en charge : d’une part, garantir la continuité de la permanence des soins ambulatoires (PDSa) en assurant une couverture médicale le soir et le week-end ; d’autre part, structurer une réponse solidaire pour attribuer un médecin traitant aux patients les plus vulnérables, en particulier ceux souffrant d’une affection de longue durée (ALD).

    2021 à 2023 – L’accès direct et la révolution de la délégation de tâches :

    Promulguée le 19 mai 2023 dans le sillage de la loi « Rist » de 2021, la loi portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé a opéré une véritable révolution silencieuse au sein de notre système sanitaire. Face à l’engorgement critique des salles d’attente des médecins généralistes et spécialistes, le législateur a fait le choix stratégique de repenser la répartition des compétences. Le texte acte le dépassement du modèle médico-centré classique pour s’orienter vers une optimisation des ressources existantes, en misant massivement sur la délégation de tâches pour fluidifier les parcours de soins.

    Le principal levier d’action de cette transformation réside dans la mise en place de l’accès direct à certaines professions paramédicales. Concrètement, les patients ont désormais la possibilité de consulter des praticiens tels que des kinésithérapeutes ou des orthophonistes sans avoir à obtenir une ordonnance médicale au préalable, à la condition stricte que ces professionnels exercent au sein d’une structure de soins coordonnée. Surtout, cette évolution législative élargit considérablement le périmètre et les prérogatives des infirmiers en pratique avancée (IPA). Ces derniers sont aujourd’hui habilités à assurer de manière autonome le suivi et la prescription pour des patients souffrant de pathologies chroniques. Ce transfert de compétences hautement stratégique permet d’absorber une partie de la demande de soins récurrente, libérant ainsi un temps médical particulièrement précieux pour les médecins traitants.

    2019 – La loi « Ma Santé 2022 » :

    Promulguée le 24 juillet 2019, la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, dite « Ma Santé 2022 », constitue le véritable socle de la réforme sanitaire actuelle. Face à un système à bout de souffle, ce texte ambitieux s’attaque aux causes profondes de la fracture territoriale en proposant une refonte systémique de l’offre de soins. Son objectif principal est de décloisonner les pratiques et de repenser la formation pour anticiper les besoins futurs de la population.

    La mesure la plus emblématique et historique de cette loi est sans conteste la suppression du numerus clausus. Ce dispositif, qui limitait drastiquement et de manière uniforme le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine depuis les années 1970, était devenu l’un des principaux responsables du « ciseau démographique » actuel. Il a été remplacé par un numerus apertus, un système de quotas plus flexible, défini localement en concertation avec les universités et les agences régionales de santé (ARS), afin de s’adapter au plus près des besoins réels de chaque territoire. Au-delà de ce volet formation, la loi « Ma Santé 2022 » a également posé les jalons d’un nouveau maillage territorial en officialisant la création des « hôpitaux de proximité », destinés à garantir un premier niveau de recours sécurisé dans les zones rurales. Enfin, elle a joué un rôle précurseur en posant le cadre juridique nécessaire à la généralisation de la télémédecine, inscrivant définitivement la téléconsultation et la télé-expertise comme des outils officiels et pérennes d’accès aux soins.

    L’accès aux soins comme droit fondamental à l’international

    Si l’organisation des systèmes de santé reste une compétence strictement nationale au sein de l’Union Européenne, les grandes institutions internationales dictent un cadre prescriptif fort pour garantir l’équité sanitaire.

    2017 – Le socle européen des droits sociaux :

    À l’échelle internationale, l’année 2017 a marqué une avancée politique décisive avec la proclamation du Socle européen des droits sociaux, fruit d’un consensus entre le Parlement européen, le Conseil et la Commission européenne. Bien que l’organisation interne des systèmes de soins demeure une compétence strictement nationale pour les États membres, ce texte fondateur élève l’accès à la santé au rang de priorité stratégique pour l’ensemble de l’Union.

    L’impact de ce socle sur les politiques publiques se cristallise autour de son Principe 16, qui consacre explicitement le droit de « toute personne […] d’accéder en temps utile à des soins de santé préventifs et curatifs de qualité et abordables ». Ce principe ne se contente pas d’être une simple déclaration d’intention ; il agit comme une véritable boussole politique pour la Commission européenne. C’est notamment sur cette base juridique et morale que l’Union s’appuie aujourd’hui pour orienter ses puissants fonds structurels, à l’image des plans de relance massifs post-Covid. Ces financements européens sont ainsi directement fléchés vers la numérisation des systèmes de santé nationaux et le déploiement de solutions technologiques innovantes, avec pour objectif concret d’accélérer la résorption des déserts médicaux à travers le continent.

    2015 – L’ODD 3 pour parvenir à la couverture sanitaire universelle :

    Adopté en 2015 dans le cadre de l’Agenda 2030 des Nations Unies, le troisième objectif de développement durable (ODD 3), dédié à la bonne santé et au bien-être, pose un cadre d’action fondamental à l’échelle planétaire. Au cœur de cet engagement international se trouve la cible 3.8, qui fixe aux États membres un impératif ambitieux : parvenir à la couverture sanitaire universelle (CSU). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle à ce titre que l’accès aux soins ne saurait se résumer à une simple prise en charge financière ; il exige tout autant une disponibilité géographique et temporelle effective de professionnels de santé qualifiés pour répondre aux besoins concrets des populations sur l’ensemble des territoires.

    L’impact de ce texte dépasse largement les pays en voie de développement et s’impose comme un défi de premier plan pour des nations dites développées comme la France. En effet, l’OMS anticipe un déficit démographique critique à l’échelle mondiale, estimant qu’il manquera près de 10 millions de soignants d’ici la fin de la décennie. Face à ce constat, ce cadre normatif international incite fortement les gouvernements à repenser leurs modèles d’organisation et à investir massivement dans l’innovation technologique. Le recours aux nouvelles solutions numériques et algorithmiques devient ainsi un levier stratégique indispensable pour compenser cette pénurie de ressources humaines et tenir la promesse d’une couverture de soins véritablement universelle.

  • Diagnostic de l’accès aux soins en France, à l’épreuve de la fracture territoriale et du temps médical

    L’émergence des zones sous-denses

    30% des Français vivent dans une zones où l’accès aux médecins généralistes est insuffisante :

    La notion de « désert médical » a profondément muté au fil des années : elle ne se cantonne plus aux territoires ruraux isolés, mais s’étend désormais de manière préoccupante aux zones périurbaines. Cette nouvelle réalité géographique se traduit par une dégradation alarmante de l’accessibilité potentielle localisée (APL), l’indicateur de référence mesurant l’adéquation entre l’offre et le besoin de soins. En effet, selon les données publiées par la Drees en 2023, ce sont aujourd’hui près de 30 % de la population française qui résident dans une zone où l’accès aux médecins généralistes est jugé insuffisant, marquant une fracture territoriale qui ne cesse de se creuser.

    Cette raréfaction structurelle de l’offre médicale a des répercussions directes sur le suivi individuel des patients, créant une véritable crise de la médecine de premier recours. En 2024, l’Assurance maladie a ainsi tiré la sonnette d’alarme face à un constat sans appel : plus de 6 millions de Français se retrouvent désormais sans médecin traitant déclaré. Plus inquiétant encore pour la pertinence et la sécurité des parcours de soins, près de 500 000 de ces patients souffrent d’une affection de longue durée (ALD). Ces populations fragiles se voient ainsi privées d’une coordination médicale pourtant vitale pour la prise en charge de leurs pathologies chroniques.

    Plusieurs spécialités encore plus rares dans certaines régions :

    Enfin, cette tension territoriale ne se limite pas à la seule médecine générale et frappe de plein fouet l’accès à l’expertise spécialisée. L’érosion de la démographie médicale dans certaines disciplines crée de véritables points de rupture, obligeant les patients à parcourir des distances toujours plus grandes. C’est particulièrement le cas pour des spécialités de premier plan comme l’ophtalmologie ou la gynécologie. Dans ces domaines, l’offre de soins a drastiquement reculé, enregistrant une chute vertigineuse de près de 15 % au cours de la dernière décennie dans certains départements particulièrement sinistrés.

    Un allongement toujours plus important des délais de rendez-vous

    Au-delà de la simple fracture géographique, l’accès aux soins se heurte aujourd’hui à un véritable « mur du temps », caractérisé par un allongement critique des délais d’obtention d’un rendez-vous médical. La disponibilité temporelle est devenue un enjeu tout aussi déterminant que la proximité spatiale pour les patients. Face à des agendas médicaux chroniquement saturés, la contrainte de l’attente s’est progressivement imposée comme le premier facteur de renoncement aux soins, illustrant les limites d’un système qui peine de plus en plus à synchroniser l’offre médicale avec le besoin de prise en charge de la population.

    Des délais pouvant aller jusqu’à plus de 6 mois en ophtalmologie :

    La gravité de cette barrière temporelle est confirmée par les données chiffrées issues des études de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques et des différents observatoires de l’accès aux soins (comme l’Ifop), qui mettent en lumière une situation particulièrement critique du côté de la médecine spécialisée. Les délais d’accès y atteignent des seuils problématiques : en ophtalmologie, l’attente peut grimper jusqu’à 190 jours dans les territoires les plus en tension. Le constat est tout aussi alarmant pour d’autres disciplines de premier plan, avec des délais moyens s’établissant à 95 jours pour une consultation en dermatologie, et à 50 jours du côté de la cardiologie.

    Cette saturation généralisée des cabinets de ville ne se limite pas à la médecine de parcours, mais déclenche une réaction en chaîne créant un dangereux « effet d’engorgement » sur le reste du système de santé. Dans l’incapacité d’obtenir une réponse médicale rapide en ville, les patients se reportent massivement vers les services d’urgences hospitalières, y transférant une pression intenable. Les conséquences de ce dysfonctionnement systémique sont mises en évidence par les rapports de la Cour des Comptes, qui soulignent qu’environ 20 % de ces passages aux urgences relèveraient en réalité de consultations classiques de médecine générale.

    L’accès aux soins qui se heurte au « ciseau démographique »

    Le système de santé français est actuellement confronté à un phénomène structurel redoutable, souvent qualifié de « ciseau démographique ». Cette dynamique périlleuse se caractérise par la collision frontale entre deux courbes démographiques aux trajectoires diamétralement opposées. D’un côté, l’offre de soins se contracte sous l’effet du vieillissement des professionnels de santé ; de l’autre, la demande de prise en charge s’intensifie sous l’effet de la longévité croissante de la population. Ce déséquilibre mécanique fragilise l’ensemble de l’édifice sanitaire, rendant l’équation de l’accès aux soins de plus en plus complexe à résoudre à court et moyen terme.

    45 % des généralistes français ont plus de 55 ans :

    Sur le front de l’offre médicale, le phénomène du « papy-boom » frappe de plein fouet la démographie des praticiens, et plus particulièrement le socle de la médecine de premier recours. Aujourd’hui, les statistiques montrent que près de 45 % des médecins généralistes en exercice ont dépassé le cap des 55 ans. Cette pyramide des âges très déséquilibrée annonce une vague massive de départs à la retraite d’ici la fin de la décennie. Ce creux démographique imminent menace de réduire encore davantage le « temps médical » disponible sur le territoire, d’autant que le flux des nouveaux diplômés peine à compenser ces départs massifs.

    En miroir de cette raréfaction annoncée de l’offre, les besoins de la population n’ont paradoxalement jamais été aussi lourds. L’allongement de l’espérance de vie s’accompagne logiquement d’une augmentation significative des pathologies chroniques. Ainsi, le volume de patients pris en charge au titre d’une affection de longue durée (ALD) – qu’il s’agisse de diabète, de cancers ou de maladies cardiovasculaires – affiche une progression constante de 3 % chaque année. Cette transition épidémiologique modifie en profondeur la nature de la pratique médicale, qui doit désormais absorber une demande nécessitant une coordination des soins de plus en plus spécialisée, continue et intrinsèquement chronophage.

    Des patients qui abandonnent les soins à cause de la difficulté d’accès

    Le diagnostic de cette crise systémique est alarmant : le modèle sanitaire français ne parvient plus à garantir l’équité de traitement sur l’ensemble du territoire. Cette rupture se traduit par des conséquences sociales majeures, chiffrées par le baromètre de Ipsos. Aujourd’hui, un cap critique a été franchi, puisque six Français sur dix déclarent avoir déjà été contraints de renoncer à des soins ou de les reporter, témoignant d’un parcours de santé devenu un véritable parcours d’obstacles qui favorise les retards de diagnostic.

    Les motifs de ce renoncement illustrent d’ailleurs un changement de paradigme inquiétant quant aux barrières d’accès. La contrainte de l’attente s’est imposée comme le premier facteur d’exclusion, avec 54 % des sondés invoquant l’allongement critique des délais de rendez-vous comme cause principale de leur abandon. Les freins purement financiers, tels que les restes à charge liés aux dépassements d’honoraires, n’interviennent désormais que dans une moindre mesure, prouvant que la rareté du temps médical constitue bien la principale fracture sanitaire de notre époque.

  • SantExpo 2026 : « L’Europe a les compétences et les données. Maintenant, il faut passer à la logique du faire » (A. Drezet – Table ronde Lifen)

    La donnée de santé européenne… un potentiel encore sous-exploité

    Dès l’ouverture de la discussion, plusieurs intervenants ont rappelé le contexte : ralentissement relatif de la recherche clinique européenne face aux États-Unis et à la Chine, montée des enjeux géopolitiques autour du cloud et de l’IA, mais aussi arrivée imminente de l’Espace européen des données de santé (European Health Data Space (EHDS)).

    Pour Hela Ghariani, la future architecture européenne doit permettre de rendre la donnée de santé plus lisible, plus accessible et plus exploitable pour les projets de recherche. La Plateforme des données de santé – nouveau nom du Health Data Hub – se positionne ainsi comme un futur opérateur central de cette infrastructure européenne, à travers trois missions : cataloguer les jeux de données disponibles, fournir des environnements sécurisés de traitement et contribuer à l’instruction des demandes d’accès aux données.

    L’objectif affiché est clair : réduire les délais d’accès aux données et offrir davantage de visibilité aux chercheurs comme aux industriels. Un enjeu devenu stratégique à l’heure où les modèles d’IA nécessitent des volumes massifs de données multimodales pour être entraînés.

    Structurer, harmoniser… et accélérer :

    Mais disposer d’un volume important de données ne suffit pas. Encore faut-il que ces données soient exploitables.

    Alexandre Drezet a rappelé que la valeur réelle de la donnée dépend autant de sa qualité que de sa structuration. Les interventions ont mis en évidence plusieurs défis majeurs : données non structurées dans les dossiers patients, hétérogénéité des formats entre pays européens, diversité linguistique, contraintes réglementaires ou encore lenteur des processus d’accès.

    Pour Thomas Josse, l’enjeu européen réside désormais dans la capacité à harmoniser les données pour permettre des analyses multicentriques et internationales. Les industriels attendent aujourd’hui des jeux de données riches, standardisés et interopérables, intégrant aussi bien les données cliniques que l’imagerie ou la génomique.

    La question de la rapidité est également revenue à plusieurs reprises. Plusieurs intervenants ont souligné que la compétition mondiale se joue désormais sur la capacité à accéder rapidement aux données tout en maintenant un haut niveau de sécurité et de conformité.

    Le pari européen d’osciller entre souveraineté et attractivité

    L’un des temps forts de la discussion a porté sur l’équilibre entre protection des données et développement de l’IA européenne.

    Alors que le RGPD est souvent perçu comme un facteur de complexité par les acteurs internationaux, plusieurs intervenants ont défendu une autre lecture : celle d’un modèle européen capable de concilier confiance, souveraineté et innovation.

    Hela Ghariani a notamment insisté sur une idée forte : entraîner des modèles d’IA européens en santé relève désormais de l’intérêt public. Une position qui pourrait progressivement faire évoluer la doctrine autour de l’accès aux données de santé pour les projets d’intelligence artificielle.

    Les échanges ont également mis en avant les forces structurelles de l’Europe : un marché de plus de 700 millions d’habitants, une recherche clinique reconnue, des systèmes hospitaliers riches en données longitudinales et une approche en réseau permettant de fédérer les cohortes à l’échelle continentale.

    Mais plusieurs intervenants ont aussi alerté sur le risque d’un excès de complexité réglementaire. Pour Alexandre Drezet, l’Europe doit désormais « passer à une logique du faire » et assouplir certains cadres pour rester compétitive face aux États-Unis ou à certains pays européens plus agiles, comme l’Espagne.

    Une Europe de la donnée de santé qui reste encore en construction :

    Au-delà des débats réglementaires, cette table ronde a surtout illustré un changement de paradigme : la donnée de santé n’est plus seulement un sujet technique ou réglementaire. Elle devient une infrastructure stratégique pour la souveraineté sanitaire, la recherche clinique et l’intelligence artificielle européenne.

    Tous les intervenants ont partagé un même constat : les prochaines années seront décisives. Entre EHDS, IA générative, structuration des données hospitalières et montée des enjeux de souveraineté cloud, l’Europe entre dans une nouvelle phase de son histoire numérique en santé.

    Reste désormais à transformer cette ambition collective en exécution concrète.

  • Accès aux soins : 63 % des Français ont renoncé à prendre un rendez-vous médical en 2025, (étude Doctolib)

    Des délais toujours élevés selon les spécialités

    Près de deux tiers des Français ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois, selon l’étude « Cartes de France de l’accès aux soins 2026 », publiée par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès. Réalisée à partir des données de plus de 80 000 professionnels de santé libéraux utilisateurs de la plateforme, l’analyse porte sur 234 millions de consultations effectuées en 2025.

    • La cardiologie reste la spécialité affichant les délais les plus longs, avec 42 jours d’attente en moyenne.
    • La dermatologie suit avec 32 jours.
    • Devant l’ophtalmologie (21 jours).
    • La gynécologie (19 jours).
    • Et la psychiatrie (15 jours).
    • Plus de 70 % des rendez-vous en cardiologie et en dermatologie sont obtenus au-delà de sept jours.

    Les professions de premier recours présentent des délais plus courts : trois jours pour les médecins généralistes, six jours pour les masseurs-kinésithérapeutes, huit jours pour les pédiatres et dix jours pour les chirurgiens-dentistes.

    Des écarts territoriaux marqués

    L’étude met en évidence des disparités importantes selon les départements. En cardiologie, le délai varie de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers. En ophtalmologie, il oscille entre cinq jours en Seine-Saint-Denis et 153 jours dans le Gers. En dermatologie, les délais vont de sept jours en Savoie à 90 jours dans l’Aisne.

    Selon les auteurs, ces écarts dessinent des zones de tension spécifiques à chaque spécialité : un arc allant de l’Occitanie au sud du Massif central en cardiologie, une fracture ouest-centre en ophtalmologie ou encore des tensions dans le nord et le centre-est en dermatologie. L’Île-de-France conserve les délais les plus courts dans la majorité des spécialités.

    Une tension en dermatologie

    Le dermatologue Luc Sulimovic, président du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV) et membre du comité de pilotage de l’étude, souligne une baisse du nombre de praticiens. Selon lui, le nombre de dermatologues a diminué de 18 % entre 2016 et 2026. Le spécialiste attribue cette situation à une insuffisance durable dans la formation des internes. « Il y a une baisse globale du nombre de médecins, et particulièrement de dermatologues. On n’a pas formé assez de médecins et pas assez de dermatologues », explique-t-il.

    Face à cette situation, des dispositifs d’« équipes de soins spécialisés » sont expérimentés en Île-de-France. Des médecins généralistes transmettent des clichés de lésions suspectes à des dermatologues via des systèmes sécurisés de télé-expertise. Les spécialistes déterminent ensuite si une consultation rapide est nécessaire. Luc Sulimovic affirme que ce modèle permet désormais une prise en charge d’un mélanome en huit jours dans certains cas. Il plaide pour une extension du dispositif à d’autres spécialités médicales.

    Téléconsultation et réorganisation des parcours

    L’étude souligne également les effets de certaines réorganisations des soins. En ophtalmologie, le délai médian est passé de 43 jours en 2017 à 21 jours en 2025. Cette évolution est attribuée au développement du travail aidé et à la réorganisation de la filière visuelle.

    La téléconsultation contribue également à réduire certains délais. En médecine générale, le délai médian tombe à moins d’un jour pour les consultations à distance. En dermatologie, il descend à 3,8 jours. Ces usages restent toutefois marginaux dans la plupart des spécialités hors psychiatrie et médecine générale.

    Un renoncement aux soins qui dépasse les publics précaires

    L’étude indique que 63 % des répondants ont renoncé à chercher un rendez-vous médical au cours des douze derniers mois. Les principales raisons évoquées sont l’absence de créneau compatible (45 %) et l’absence de rendez-vous disponible (35 %). Le renoncement concerne particulièrement les cadres (71 %) et les 25-34 ans (75 %), devant les ouvriers et les personnes sans activité. Un patient sur quatre déclare par ailleurs s’être rendu aux urgences faute de rendez-vous accessible en ligne.

    L’étude précise enfin que les délais analysés reposent uniquement sur les rendez-vous effectivement réalisés via Doctolib. Les recherches infructueuses, les refus de nouveaux patients ou les renoncements aux soins ne sont pas intégrés dans les calculs.

    Doctolib ; Fondation Jean-Jaurès. Cartes de France de l’accès aux soins 2026. Étude réalisée à partir de 234 millions de consultations effectuées en 2025 auprès de 80 000 professionnels de santé libéraux utilisateurs de Doctolib, publiée le 19 mai 2026. Réseau ICI / Radio France.

  • Données de santé : la CNIL prépare le durcissement des contrôles cybersécurité

    539 demandes d’autorisation en santé

    Dans son rapport annuel 2025, publié le 18 mai, la CNIL met en avant l’augmentation des sollicitations liées à la santé, dans un contexte marqué par l’essor de l’IA, la multiplication des cyberattaques et le renforcement des obligations européennes.

    En 2025, la commission a traité 539 demandes d’autorisation dans le domaine de la santé pour des recherches, études ou évaluations ne relevant pas de ses référentiels. Parmi elles, 406 concernaient directement la recherche en santé.

    L’autorité souligne également avoir lancé plusieurs consultations publiques touchant au secteur sanitaire, notamment sur les dossiers médicaux. Ces travaux s’inscrivent dans une stratégie d’accompagnement des professionnels confrontés à des usages en hausse des données de santé, dans les établissements comme dans l’écosystème numérique.

    Au total, la CNIL a traité 1 351 demandes de conseil et rendu 90 avis sur des projets de loi ou de textes réglementaires.

    @CNIL : Rapport annuel – le bilan et les actions marquantes de la CNIL en 2025

    Les données de santé dans le viseur des contrôles cybersécurité

    La cybersécurité constitue l’un des principaux axes du rapport. La CNIL a reçu 6 167 notifications de violations de données, en hausse de 9,5 % sur un an. Un incident déclaré sur deux relève d’un piratage informatique.

    Les données de santé figurent parmi les catégories explicitement citées par l’autorité dans ses priorités de contrôle pour 2026, aux côtés des données bancaires, de localisation ou des fichiers de l’État.

    La CNIL indique que les contrôles cibleront notamment les organismes ayant subi une violation, faisant l’objet de plaintes ou traitant massivement des données sensibles. Les manquements en matière de cybersécurité représentent déjà un tiers des contrôles et près de 30 % des sanctions prononcées en 2025.

    IA médicale : la CNIL prépare l’application du règlement européen

    Le rapport revient aussi sur l’entrée en application progressive du règlement européen sur l’intelligence artificielle. La CNIL devrait devenir autorité de surveillance du marché pour certains systèmes d’IA à haut risque, notamment dans des domaines touchant à la biométrie ou à l’emploi. Dans cette perspective, l’autorité poursuit ses travaux sur l’IA et les données personnelles. Elle a publié en 2025 plusieurs ressources destinées aux concepteurs et développeurs d’IA, après consultation publique.

    La CNIL participe également au projet PANAME avec l’ANSSI, Inria et le PEReN. Ce programme vise à développer une bibliothèque logicielle capable d’identifier si un modèle d’IA traite des données personnelles.

    Une montée en charge sous contrainte

    Le rapport met enfin en avant l’écart entre l’élargissement des missions de la CNIL et ses moyens. L’autorité dispose de 303 agents pour un budget de 30,2 M€ en 2025.

    Dans son avant-propos, la présidente Marie-Laure Denis estime que l’IA transforme déjà les pratiques des délégués à la protection des données (DPO), de plus en plus impliqués dans les projets d’IA en santé et confrontés à des besoins de montée en compétence technique et juridique.

  • Etude : une IA open source surpasse les opérateurs du 911 pour guider un massage cardiaque

    Un contexte d’urgence où chaque minute compte

    L’IA commence-t-elle à produire des effets cliniques tangibles ? C’est la question posée par une équipe de chercheurs américains avec ChatCPR, un agent conversationnel conçu pour guider en temps réel des témoins d’arrêt cardiaque dans la réalisation d’un massage cardiaque.

    Le projet a été développé par des chercheurs de l’University of California San Diego (UC San Diego), Johns Hopkins et UPMC. Les résultats ont été publiés cette semaine dans le JAMA.

    La rapidité du massage cardiaque conditionne directement les chances de survie. Chaque minute qui retarde la réalisation du CPR réduit son efficacité.

    Les grands modèles testés sur des scénarios de réanimation

    Les chercheurs ont d’abord évalué plusieurs grands modèles de langage, parmi lesquels ChatGPT d’OpenAI, Claude d’Anthropic et Gemini de Google, sur des tâches de guidage CPR. Selon l’équipe, ces modèles fournissaient globalement des instructions correctes sur les bases du massage cardiaque, mais omettaient parfois certaines consignes jugées importantes sur le plan clinique. Les chercheurs ont alors développé ChatCPR afin d’intégrer plus finement les recommandations de réanimation et les séquences critiques nécessaires à la prise en charge.

    Des performances supérieures aux opérateurs du 911

    L’étude a comparé les performances de ChatCPR à celles d’opérateurs du 911 à partir d’enregistrements d’appels d’urgence réels. Selon les auteurs, l’outil a surpassé les dispatchers humains dans la qualité du guidage délivré aux témoins pour initier un massage cardiaque.

    L’équipe insiste toutefois sur le fait que le projet n’est pas présenté comme un produit commercial prêt à remplacer les centres d’appels d’urgence. Les chercheurs ont choisi de publier le système en open source afin de permettre à des organisations de secours, institutions publiques ou entreprises de santé de l’adapter et de le déployer.

    Les matériaux d’entraînement, l’architecture du système, les prompts et les recommandations cliniques utilisées sont rendus publics.

    Un modèle léger pensé pour fonctionner hors ligne

    L’un des choix techniques du projet a consisté à ne pas utiliser les modèles les plus puissants du marché. L’équipe a volontairement conçu ChatCPR à partir d’un modèle de langage plus léger afin de démontrer que la performance dépend aussi de la spécialisation des données, du design conversationnel et de l’intégration clinique.

    Cette approche pourrait permettre un fonctionnement directement sur smartphone sans connexion internet. Les chercheurs y voient également un moyen de limiter les inégalités d’accès aux secours d’urgence.

    La question de l’implémentation au centre du projet

    En publiant ChatCPR en open source, l’équipe espère accélérer les expérimentations, les évaluations cliniques et l’appropriation du système par les acteurs du secours et de la santé.

    Pour les auteurs, l’enjeu dépasse la seule performance des modèles de langage. Ils estiment que la principale difficulté de l’IA en santé réside désormais dans son déploiement dans les parcours de soins et les situations d’urgence.

    Chaque année, plus de 350 000 Américains sont victimes d’un arrêt cardiaque hors de l’hôpital. Près de 90 % n’y survivent pas. Pourtant, seuls 2 % des Américains disposent d’une certification CPR.

     

    * Desai N, Majhail N, Dredze M, et al. An Artificial Intelligence–Enabled Cardiopulmonary Resuscitation Instructor. JAMA Internal Medicine. Published online May 18, 2026. doi:10.1001/jamainternmed.2026.1552