L’enjeu de la sélection du “bon embryon”
Les techniques d’aide médicale à la procréation ont représenté une révolution mais ce n’est pas une baguette magique. Le taux de naissance atteint au mieux 22% pour les FIV. Sélectionner l’embryon avec les meilleures qualités morpho-cinétiques pour s’implanter reste en effet encore une tâche complexe. Actuellement, pendant la période de culture, l’embryologiste retire les embryons de l’incubateur, généralement à plusieurs reprises, et effectue une évaluation morphologique “instantanée” sous un microscope3. Cette approche est chronophage, subjective et, en substance, n’a guère changé depuis la première naissance par FIV il y a 45 ans. La technologie dite “Time Lapse” est certes intervenue. Concrètement, les embryons sont filmés en continu, des images étant prises toutes les 10 minutes pendant les 5 premiers jours suivant la fécondation.
Plusieurs équipes de recherche ont donc mis au point des algorithmes aptes à sélectionner les embryons en analysant les images, après avoir été entraînés à repérer les plus susceptibles d’intérêt sur des milliers d’images.
Cependant, il manque des preuves solides démontrant leur efficacité par rapport aux méthodes traditionnelles pour que ces techniques soient intégrées en routine dans la pratique clinique. Un certain nombre d’études sur l’IA ont bien suggéré des améliorations significatives dans la cohérence de la notation des embryons mais ces évaluations ont été rétrospectives.
Un 1er essai prospectif :
Une équipe de chercheurs australiens et européens a donc mis sur pied un essai prospectif randomisé de non-infériorité. Leur but : déterminer si l’apprentissage profond aboutit à un taux de grossesse clinique comparable à celle obtenue par des embryologistes formés utilisant les critères morphologiques standard (avec une marge d’infériorité de 5 %). Ils ont eu recours à l’algorithme d’apprentissage profond iDAScore, développé pour utiliser des motifs morphologiques et morphocinétiques à partir d’images de time-lapse sur les six premiers jours de développement de l’embryon. Quelque 1 066 patientes ont été incluses dans l’essai.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 9 août dans Nature Medicine.
Résultats : l’IA plus rapide mais pas plus efficace
- Un taux de grossesse de 46,5% a été obtenu dans le groupe de femmes ayant bénéficié de l’IA contre 48,2% dans le groupe témoin.
- Le taux de naissance vivante était de 39,8 % dans le groupe iDAScore et de 43,5 % dans le groupe utilisant les critères morphologiques standard
- Le taux de grossesses intra-utérines non viables était similaire dans les deux groupes.
- L’évaluation de la qualité des embryons a pris 10 fois moins de temps dans le groupe IA comparé au groupe contrôle (21 secondes vs 208).
Cette étude n’a donc pas pu démontrer la non-infériorité de l’apprentissage profond en termes de taux de grossesse par rapport à technique traditionnelle. « Cependant, elle a montré que l’apprentissage profond accélère de manière significative les temps d’évaluation par rapport à la sélection d’embryons basée sur la morphologie standard », tiennent à souligner les auteurs.
Espoirs déçus pour le time lapse :
Ces derniers font également remarquer que le taux de grossesse constaté dans cette étude est nettement supérieur à leurs prévisions, qui étaient de l’ordre de 35%. « Cette déviation a eu un impact négatif sur la puissance de cet essai à démontrer la non-infériorité », déclarent-ils.
Cet échec s’ajoute à celui du système time-lapse. Le plus grand essai randomisé réalisé sur le sujet, paru dans The Lancet en 2023, a révélé que « ni les conditions de culture stables dans un incubateur à time-lapse ni la méthode de sélection des embryons informatisée n’améliorent les chances de succès d’un traitement de FIV », indiquaient déjà les auteurs.
* Deep learning versus manual morphology-based embryo selection in IVF: a randomized, double-blind noninferiority trial
Illingworth, P.J., Venetis, C., Gardner, D.K. et al.
Nat Med (2024). https://doi.org/10.1038/s41591-024-03166-5



