Une sensibilisation et des retours d’expérience
Des cas d’usage innovants de l’intelligence artificielle (IA) en biologie médicale ont été partagés par le Pr Bruno Lacarelle, chef du pôle biologie-pathologie de l’AP-HM, et Alexandra Cosseron, responsable data science chez Kiro, lors d’une conférence organisée ANFH, en collaboration avec Care Insight et Ethik-IA. L’événement a permis de croiser leurs retours d’expérience avec ceux d’autres experts, dans des domaines tels que l’imagerie médicale, les urgences et l’optimisation du codage médical.
Le Pr Lacarelle a rappelé que la biologie est au cœur de la médecine du 21ᵉ siècle, jouant un rôle clé dans les décisions cliniques et la médecine personnalisée : “Avec plus de 70 % des décisions médicales reposant sur des résultats biologiques, les défis croissants liés au vieillissement de la population, aux maladies chroniques, et à l’autonomisation des patients ne peuvent être relevés sans une biologie performante”. Dans ce contexte, l’intégration des technologies émergentes, dont l’IA, trouvent tout son sens.
Vers une biologie connectée et durable
Lors de son intervention, le Pr Lacarelle a mis en lumière les transformations technologiques et organisationnelles qui redéfinissent la biologie et la pathologie médicales, en insistant notamment sur :
- les technologies émergentes : capteurs portables, tests génétiques délocalisés, prélèvements robotisés, géolocalisation via puces RFID, automatisation du transport (drones, robots) ;
- et les apports de l’IA dans :
- l’automatisation des tâches répétitives et gestion des flux ;
- l’analyse avancée des images et diagnostics assistés sur échantillons tissulaires ;
- le développement de biomarqueurs numériques pour des traitements personnalisés ;
- ainsi que la juste prescription et optimisation des processus hospitaliers.
Ces avancées redessinent également les métiers du laboratoire, conclut le professeur, avec une montée en expertise des biologistes et l’émergence de nouveaux rôles comme celui des “pilotes de process”.
Kiro, une start-up au service d’une biologie médicale augmentée
Fondée en 2018, Kiro est une start-up marseillaise spécialisée dans l’IA appliquée à la biologie médicale. Elle développe des solutions innovantes visant à transformer les données biologiques en informations exploitables pour les professionnels de santé. L’entreprise propose des outils d’aide à la décision, basés sur le traitement de grands volumes de données, pour optimiser les diagnostics et la prise en charge des patients. Parmi ses offres phares figurent des solutions de création de biomarqueurs digitaux, d’analyse prédictive et d’optimisation des flux de laboratoire.
Collaborant avec des établissements de renom comme l’AP-HM et les Hospices civils de Lyon (HCL), Kiro s’impose comme un acteur clé dans le paysage de la digitalisation et la personnalisation de la biologie médicale. En 2023, la start-up avait annoncé levée de fonds de 13,8 millions d’euros pour adapter sa plateforme d’interprétation automatique des comptes-rendus d’analyse biologique aux marchés européen et américain, et commencer à les investir commercialement.
Des prédictions de gravité à la rationalisation des tests :
En 2021, l’AP-HM s’est associée à Kiro pour tester des algorithmes de machine learning sur une vaste base de données biologiques. Son objectif était de prédire la progression du Covid-19 vers des formes graves, à l’aide de biomarqueurs numériques. L’IA a ainsi été appliquée à une cohorte de 18 980 patients uniques, diagnostiqués positifs au Covid-19. Les résultats rapportés sont prometteurs :
- AUC (ultracentrifugation analytique) : 0,95 sur les premiers modèles, 0,89 malgré l’apparition de variants.
- Précision : 0,69 (contre 0,34 sans IA).
- Sensibilité : 0,69 (contre 0,51 sans IA).
- Spécificité : 0,95 (contre 0,85 sans IA).
Ne nécessitant pas la connaissance des comorbidités, de tels modèles, considérés comme robustes, pourraient révolutionner le triage des patients et la gestion hospitalière des soins.
L’enjeu de l’optimisation des prescriptions :
Après cette étude, les deux partenaires ont ouvert des perspectives sur l’optimisation des prescriptions en biologie médicale. “Actuellement, 10 actes concentrent 50 % des prescriptions, malgré l’existence de près de 4 000 tests disponibles”, souligne Alexandra Cosseron. Et d’ajouter : “Ce déséquilibre, combiné à des prescriptions redondantes ou peu pertinentes, engendre des surcoûts évalués à 30 % par an dans les hôpitaux.” La surconsommation de réactifs, les répétitions inutiles et le manque de standardisation aggravent ces problèmes.
Une démarche éco-responsable pour l’AP-HM :
L’optimisation des prescriptions s’inscrit également dans une démarche éco-responsable. L’AP-HM intègre ces objectifs dans une vision “green” qui associe innovation technologique et responsabilité environnementale. Ainsi, en réduisant le nombre d’examens inutiles, les établissements peuvent :
- préserver le capital veineux des patients ;
- limiter la consommation de réactifs et la production de déchets ;
- et réaliser des économies substantielles.
Les cas d’usage partagés lors de cette journée ANFH montrent à quel point l’IA transforme la biologie médicale et la gestion hospitalière. En alliant innovations prédictives et optimisation des processus, les établissements de santé peuvent relever les défis du 21ᵉ siècle, tout en améliorant la qualité des soins et leur impact environnemental.


