Actualité

  • IA & biologie : l’AP-HM collabore avec la start-up Kiro pour améliorer la prise en charge des patients (retex)

    Une sensibilisation et des retours d’expérience

    Des cas d’usage innovants de l’intelligence artificielle (IA) en biologie médicale ont été partagés par le Pr Bruno Lacarelle, chef du pôle biologie-pathologie de l’AP-HM, et Alexandra Cosseron, responsable data science chez Kiro, lors d’une conférence organisée ANFH, en collaboration avec Care Insight et Ethik-IA. L’événement a permis de croiser leurs retours d’expérience avec ceux d’autres experts, dans des domaines tels que l’imagerie médicale, les urgences et l’optimisation du codage médical.

    Le Pr Lacarelle a rappelé que la biologie est au cœur de la médecine du 21ᵉ siècle, jouant un rôle clé dans les décisions cliniques et la médecine personnalisée : “Avec plus de 70 % des décisions médicales reposant sur des résultats biologiques, les défis croissants liés au vieillissement de la population, aux maladies chroniques, et à l’autonomisation des patients ne peuvent être relevés sans une biologie performante”. Dans ce contexte, l’intégration des technologies émergentes, dont l’IA, trouvent tout son sens.

    Vers une biologie connectée et durable

    Lors de son intervention, le Pr Lacarelle a mis en lumière les transformations technologiques et organisationnelles qui redéfinissent la biologie et la pathologie médicales, en insistant notamment sur :

    • les technologies émergentes : capteurs portables, tests génétiques délocalisés, prélèvements robotisés, géolocalisation via puces RFID, automatisation du transport (drones, robots) ;
    • et les apports de l’IA dans :
      • l’automatisation des tâches répétitives et gestion des flux ;
      • l’analyse avancée des images et diagnostics assistés sur échantillons tissulaires ;
      • le développement de biomarqueurs numériques pour des traitements personnalisés ;
      • ainsi que la juste prescription et optimisation des processus hospitaliers.

    Ces avancées redessinent également les métiers du laboratoire, conclut le professeur, avec une montée en expertise des biologistes et l’émergence de nouveaux rôles comme celui des “pilotes de process”.

    Kiro, une start-up au service d’une biologie médicale augmentée

    Fondée en 2018, Kiro est une start-up marseillaise spécialisée dans l’IA appliquée à la biologie médicale. Elle développe des solutions innovantes visant à transformer les données biologiques en informations exploitables pour les professionnels de santé. L’entreprise propose des outils d’aide à la décision, basés sur le traitement de grands volumes de données, pour optimiser les diagnostics et la prise en charge des patients. Parmi ses offres phares figurent des solutions de création de biomarqueurs digitaux, d’analyse prédictive et d’optimisation des flux de laboratoire.

    Collaborant avec des établissements de renom comme l’AP-HM et les Hospices civils de Lyon (HCL), Kiro s’impose comme un acteur clé dans le paysage de la digitalisation et la personnalisation de la biologie médicale. En 2023, la start-up avait annoncé levée de fonds de 13,8 millions d’euros pour adapter sa plateforme d’interprétation automatique des comptes-rendus d’analyse biologique aux marchés européen et américain, et commencer à les investir commercialement.

    Des prédictions de gravité à la rationalisation des tests :

    En 2021, l’AP-HM s’est associée à Kiro pour tester des algorithmes de machine learning sur une vaste base de données biologiques. Son objectif était de prédire la progression du Covid-19 vers des formes graves, à l’aide de biomarqueurs numériques. L’IA a ainsi été appliquée à une cohorte de 18 980 patients uniques, diagnostiqués positifs au Covid-19. Les résultats rapportés sont prometteurs :

    • AUC (ultracentrifugation analytique) : 0,95 sur les premiers modèles, 0,89 malgré l’apparition de variants.
    • Précision : 0,69 (contre 0,34 sans IA).
    • Sensibilité : 0,69 (contre 0,51 sans IA).
    • Spécificité : 0,95 (contre 0,85 sans IA).

    Ne nécessitant pas la connaissance des comorbidités, de tels modèles, considérés comme robustes, pourraient révolutionner le triage des patients et la gestion hospitalière des soins.

    L’enjeu de l’optimisation des prescriptions :

    Après cette étude, les deux partenaires ont ouvert des perspectives sur l’optimisation des prescriptions en biologie médicale. “Actuellement, 10 actes concentrent 50 % des prescriptions, malgré l’existence de près de 4 000 tests disponibles”, souligne Alexandra Cosseron. Et d’ajouter : “Ce déséquilibre, combiné à des prescriptions redondantes ou peu pertinentes, engendre des surcoûts évalués à 30 % par an dans les hôpitaux.” La surconsommation de réactifs, les répétitions inutiles et le manque de standardisation aggravent ces problèmes.

    Une démarche éco-responsable pour l’AP-HM :

    L’optimisation des prescriptions s’inscrit également dans une démarche éco-responsable. L’AP-HM intègre ces objectifs dans une vision “green” qui associe innovation technologique et responsabilité environnementale. Ainsi, en réduisant le nombre d’examens inutiles, les établissements peuvent :

    • préserver le capital veineux des patients ;
    • limiter la consommation de réactifs et la production de déchets ;
    • et réaliser des économies substantielles.

    Les cas d’usage partagés lors de cette journée ANFH montrent à quel point l’IA transforme la biologie médicale et la gestion hospitalière. En alliant innovations prédictives et optimisation des processus, les établissements de santé peuvent relever les défis du 21ᵉ siècle, tout en améliorant la qualité des soins et leur impact environnemental.

     

  • Adoption de la Gen AI : France Num publie 4 guides pratiques pour accompagner les TPE/PME

    Un déploiement naissant au sein des TPE/PME

    L’IA générative gagne du terrain dans les entreprises françaises, notamment parmi les TPE PME. Selon le Baromètre France Num 2024, l’usage de l’IA dans ces structures a bondi de 8 points en un an, avec une adoption notable de la Gen AI, qui constitue désormais l’essentiel des solutions utilisées (10 % des entreprises équipées).

    Les usages de l’IA augmentent et sont tirés par l’IA générative - @ Baromètre France Num 2024
    Les usages de l’IA augmentent et sont tirés par l’IA générative – @ Baromètre France Num 2024

    Selon les résultats d’une enquête de Bpifrance Le Lab, publié en mars 2024, les applications les plus fréquentes se concentrent sur des tâches transversales :

    • analyse et collecte d’informations : utilisée par 56 % des TPE PME sondées, cette fonction optimise la recherche et la gestion de données ;
    • création de contenus écrits : rédaction d’e-mails, de comptes-rendus ou encore de supports de formation (54 %) ;
    • traductions : déployées par 34 % des répondants ;
    • génération visuelle : production de contenus graphiques ou de posts pour les réseaux sociaux (28 %).

    Outre ces fonctions de support, certaines entreprises innovantes placent l’IA générative au centre de leur activité. Les applications avancées incluent la prospection commerciale (17 %), l’assistance au codage (17 %), la relecture automatisée (16 %), ou encore l’aide à la décision grâce aux reportings analytiques (11 %). Si ces usages sont aujourd’hui majoritairement présents dans les services, d’autres secteurs pourraient eux aussi en tirer profit.

    Les usages les plus poussés de l'IA générative restent rares, selon une enquête datant de mars 2024 - @ Bpifrance
    Les usages les plus poussés de l’IA générative restent rares, selon une enquête datant de mars 2024 – @ Bpifrance

    Des guides pratiques pour maîtriser la Gen AI

    C’est dans ce contexte que France Num, initiative gouvernementale dédiée à la transformation numérique des petites entreprises, propose un ensemble de quatre fiches pratiques pour guider les TPE/PME dans l’adoption de l’IA générative. Ces ressources abordent les points suivants :

    • comprendre l’IA générative : une première fiche décrypte les fondements de l’IA générative, sa logique de fonctionnement et son potentiel impact sur les organisations ;
    • explorer les cas d’usage concrets : une deuxième fiche montre, à travers des exemples détaillés, comment l’IA générative peut libérer du temps et améliorer l’efficacité dans divers contextes professionnels ;
    • choisir les solutions adaptées : une troisième fiche aide les entreprises à identifier leurs besoins spécifiques et à sélectionner une solution pertinente ;
    • adopter des pratiques responsables : la dernière fiche propose un tour d’horizon des risques associés à l’IA générative (sécurité, conformité, protection des données) et des précautions à prendre.
    Les 4 fiches pratiques d'IA générative pour les entreprises - @ France Num
    Les 4 fiches pratiques d’IA générative pour les entreprises – @ France Num

    Une collaboration pour une adoption maîtrisée :

    Ces fiches sont le fruit d’un travail collaboratif piloté par la Direction générale des entreprises (DGE), en partenariat avec des acteurs majeurs comme la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), Chambre de commerce et d’industrie (CCI) ou l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria). Elles visent à démocratiser l’usage de l’IA dans les petites structures, en levant les freins liés à la méconnaissance et aux risques perçus.

    Qu’elles soient débutantes ou en quête d’optimisation, les entreprises pourront trouver dans ces fiches pratiques une aide pour intégrer l’IA générative de manière efficace et sécurisée, et ainsi en faire un véritable levier de compétitivité.

     

  • Stratégie nationale : clarifier l’hébergement des données de santé et anticiper le déploiement de l’EHDS

    55 contributions émises dans le cadre de la consultation publique

    Dans le cadre de la consultation publique lancée en septembre 2024 sur la Stratégie nationale des données de santé, 55 contributions ont été recueillies de la part de 42 participants, soulignant l’engagement des différents acteurs dans ce domaine. Cette démarche avait pour but de recueillir des propositions visant à renforcer la réutilisation des données de santé tout en garantissant la confiance et la transparence envers les citoyens. Parmi les contributions marquantes, on retrouve des propositions telles qu’une meilleure représentation des patients dans la gouvernance des données, la mise en place d’une transparence systématique dans leur utilisation, ou encore l’élaboration d’un cadre éthique clair pour garantir la sécurité et la conformité des usages​

    Ces contributions s’inscrivent dans un contexte où les données de santé représentent un levier clé pour l’innovation et la recherche, nécessitant une gouvernance robuste et inclusive. L’objectif était également de rapprocher la France des standards internationaux tout en répondant aux exigences locales, comme un accès simplifié et pérenne aux données pour les chercheurs et professionnels de santé. Ce travail collaboratif a permis d’identifier des priorités stratégiques et a contribué à une réflexion collective sur l’avenir des données de santé en France. Ces points d’attention ont été restitués le 3 décembre 2024 par Aymeric Perchant, coordinateur interministériel de la stratégie d’accélération en santé numérique, et Claude Gissot, directeur de projet AMDAC à la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et de la statistique (Dress) et membre du comité stratégique des données de santé  lors de la Journée nationale de l’innovation en santé numérique.

    Des points d’attention clés pour une gestion responsable des données de santé

    Lors de cette conférence, plusieurs points d’attention ont été soulevés concernant les défis à relever pour améliorer la transparence, la sécurité et l’accessibilité des données. Ces préoccupations, formulées par les experts, visent à garantir une gestion plus éthique, efficace et collaborative des données de santé, tout en anticipant les évolutions à venir dans le cadre du règlement européen. Les acteurs du secteur ont insisté sur l’importance de renforcer la confiance des citoyens, de structurer les données pour répondre aux besoins des soins, de clarifier les modalités d’accès et de financement, et de maintenir un cadre national adapté aux transformations européennes. Les points suivants illustrent ces priorités de manière détaillée.

    Un plan de sensibilisation pour renforcer la confiance et la transparence des citoyens :

    L’un des points essentiels soulignés dans la stratégie nationale des données de santé est l’importance de renforcer la confiance des citoyens en matière d’utilisation de leurs données. Un des axes majeurs pour y parvenir est la mise en place d’un plan de sensibilisation qui informerait l’ensemble des citoyens sur les usages de leurs données et les mesures de protection qui les accompagnent. Ce plan de sensibilisation viserait à créer une meilleure transparence, indispensable pour établir une relation de confiance durable entre les citoyens et les acteurs de santé. La communication sur la sécurité et les usages responsables de ces données serait donc essentielle pour gagner cette confiance.

    Par ailleurs, l’évolution du Comité stratégique des données de santé a été identifiée comme une autre priorité. Ce comité deviendrait un espace central de consultation, réunissant toutes les parties prenantes afin de mieux orienter les décisions stratégiques et garantir une gouvernance transparente et inclusive. La question de l’hébergement des données de santé a également été soulevée, avec une priorité accordée à des infrastructures hautement sécurisées, afin de protéger les informations sensibles. Enfin, la clarification des futures obligations imposées par l’Espace européen des données de santé (EEDS) permettrait de préparer les acteurs à ce nouveau cadre et de faciliter l’adaptation des pratiques à l’échelle européenne.

    Développer des cartographies des données pour mieux répondre aux besoins des filières de soin : 

    Une autre priorité porte sur l’élaboration de cartographies des données de santé, qui permettraient d’identifier plus précisément les ressources disponibles pour mieux répondre aux besoins des parcours de soins. En développant une cartographie claire des données existantes, comme celles du Fonds des données de santé (FDS), il serait possible de faciliter l’accès aux informations cruciales pour les différents acteurs du secteur. Cela permettrait aux professionnels de santé et aux chercheurs d’identifier plus rapidement les données disponibles et d’optimiser leur exploitation au service des patients.

    En parallèle, un effort national et européen est nécessaire pour travailler sur les standards et normes des données, notamment en matière d’interopérabilité. Il est impératif que les données soient de qualité et puissent être partagées de manière fluide entre les différents acteurs de santé, tout en respectant les exigences légales. Dans ce cadre, la mise en place d’un plan de formation spécialisé devient essentielle. Ce programme, qui s’appuierait sur les acteurs publics et universitaires, permettrait de former les professionnels aux défis de l’ère numérique et aux nouvelles exigences en matière de gestion des données de santé.

    Clarifier le fonctionnement et élargir le répertoire des données disponibles :

    Le troisième point d’attention concerne la clarification et l’élargissement du répertoire des données de santé. Un répertoire centralisé et clair est nécessaire pour assurer une meilleure gestion des données et garantir une transparence totale pour tous les acteurs. En co-construisant ce répertoire avec les acteurs volontaires, la France pourra se préparer aux exigences du futur règlement européen, tout en simplifiant l’accès aux données. Cette clarification des modalités de fonctionnement et d’accès favorisera une exploitation plus fluide des ressources disponibles et permettra aux chercheurs et aux institutions de mieux se coordonner.

    Un autre enjeu majeur est la mise en place d’un financement pluriannuel pour soutenir la pérennité des bases de données de santé. Ce soutien financier, élaboré en concertation avec les parties prenantes, est essentiel pour accompagner les détenteurs de données dans leur mise à disposition et permettre la création d’une infrastructure robuste. Le financement à long terme aidera à pérenniser ces initiatives tout en garantissant l’accessibilité et la sécurité des données pour tous les acteurs impliqués.

    Maintenir et développer le cadre national pour anticiper les évolutions européennes :

    Enfin, le dernier point d’attention évoqué porte sur la nécessité de maintenir et de renforcer le cadre national des données de santé. Il a été souligné qu’un des enjeux majeurs était l’amélioration de l’accès au Système national des données de santé (SNDS) et la consolidation des méthodologies de référence existantes. Cette démarche vise à garantir que le cadre national reste en phase avec les standards européens et que les données de santé soient gérées de manière sécurisée et efficace. Le rôle stratégique du Health Data Hub dans l’hébergement du SNDS a été confirmé, avec un accent mis sur la sécurisation des données pour préserver la confidentialité et la confiance des citoyens.

    En parallèle, des négociations au niveau européen seront menées pour définir des principes harmonisés en matière d’utilisation des données de santé, afin de faciliter leur exploitation à l’échelle européenne. Ce travail préparatoire doit être accompagné par une approche pluridisciplinaire, impliquant des experts de divers secteurs, pour anticiper les évolutions à venir. Cette approche permettrait d’identifier de manière proactive les défis à venir et de développer des solutions adaptées pour les surmonter.

  • Roche lance en Europe un test compagnon pour la thérapie ciblée du cancer de l’ovaire

    Cancer de l’ovaire, huitième cause de décès par cancer chez les femmes dans le monde

    Roche Diagnostics obtient le marquage CE pour son test diagnostique compagnon d’immunohistochimie, identifiant les patientes atteintes d’un cancer épithélial de l’ovaire susceptibles d’être éligibles à la thérapie ciblée Elahere, développée par AbbVie, qui conjugue l’anticorps mirvetuximab et le médicament soravtansine. Ce marquage CE fait suite à une autorisation préalable en Autriche et en Allemagne. Désormais, ce test est largement disponible en Europe.

    Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), le cancer de l’ovaire affecte chaque année 66 000 femmes en Europe, entraînant environ 44 000 décès. À l’échelle mondiale, il représente la huitième cause de décès par cancer chez les femmes. Les outils diagnostiques conventionnels, tels que le dosage de l’antigène cancéreux 125 (CA-125) et les tests génétiques pour détecter les mutations des gènes BRCA1/BRCA2, présentent des limites importantes :

    • Une faible sensibilité pour le dépistage précoce.
    • Des délais fréquents dans l’établissement du diagnostic.

    Microscopie optique et immunohistochimie : des avancées pour un diagnostic précis

    Dans ce contexte, Roche Diagnostics a développé un test d’immunohistochimie innovant, ciblant la protéine récepteur alpha du folate (FOLR1), surexprimée dans 90 % des tumeurs ovariennes. Le test, dénommé Ventana FOLR1 RxDx, repose sur les éléments suivants :

    • Utilisation du clone FOLR1-2.1, un anticorps monoclonal d’origine murine spécifiquement dirigé contre la protéine FOLR1. Conçu pour analyser l’expression du récepteur FOLR1 dans des échantillons tumoraux fixés au formol et inclus en paraffine.
    • Une analyse précise des échantillons, facilitée par la microscopie optique.
    • Ce test permet de stratifier les patientes et de les orienter vers une thérapie ciblée avec Elahere d’AbbVie.

    Une amélioration des taux de survie et des chances de traitements

    L’obtention du marquage CE repose sur les données des études cliniques internationales Mirasol, qui a inclus 442 patientes avec un cancer de l’ovaire résistant au platine, réparties dans de nombreux pays, dont les États-Unis, le Canada, la France, l’Espagne, l’Italie et d’autres pays européens. Cette étude a démontré :

    • Une augmentation significative des chances d’identification des patientes éligibles à des thérapies ciblées.
    • Une amélioration significative de la survie sans progression (PFS) de 35 %.
    • Une réduction de 33 % du risque de décès chez les patientes traitées avec Elahere par rapport à celles recevant une chimiothérapie conventionnelle.

     

  • Levée de fonds de 16 millions d’euros pour Raidium, la radiologie avec une IA 2 500 fois plus rapide

    Une IA au service de la radiologie de précision

    Raidium a conçu une technologie basée sur un modèle d’intelligence artificielle multimodal. Ce « copilote numérique » permet aux praticiens d’interagir avec l’IA via des commandes textuelles ou vocales. Intégré aux systèmes de gestion d’images médicales (PACS), cet outil identifie des zones d’intérêt, réalise des mesures avancées et génère des rapports détaillés en temps réel. Le modèle s’appuie sur une base de données de plus d’un milliard d’images médicales pour analyser des cas complexes tels que les cancers métastatiques ou les maladies hépatiques. L’approche de Raidium promet d’être 2 500 fois plus rapide que les méthodes traditionnelles, tout en fournissant une analyse précise.

    Un financement pour soutenir son développement

    La startup a levé 16 millions d’euros en novembre lors d’un tour de financement en seed (une levée de fonds qui permet à une entreprise de financer son premier développement commercial) mené par Newfund et Kurma Partners. Founders Future, Galion.exe, Techmind, Debiopharm et le Conseil européen de l’innovation (EIC) ont également participé à cette levée. Ce financement permettra à Raidium de renforcer son développement technologique, d’accélérer son expansion internationale et de recruter 25 nouveaux collaborateurs spécialisés dans la recherche, la réglementation et les partenariats commerciaux d’ici 2025.

    Des objectifs réglementaires et une stratégie internationale

    Pour étendre sa portée, Raidium vise une double homologation : le marquage CE en et l’autorisation de la FDA aux États-Unis. La société prévoit également d’ouvrir un bureau outre-Atlantique pour renforcer ses opérations dans un marché en forte demande de solutions innovantes en santé numérique. En France, Raidium bénéficie déjà de collaborations stratégiques avec l’AP-HP et des laboratoires pharmaceutiques. Ces partenariats confirment le potentiel de sa solution dans le cadre de la médecine de précision et de la recherche clinique.

     

  • Santé mentale des 10-24 ans : l’Europe explore de nouvelles approches numériques

    Renforcer l’action publique

    Dépression, anxiété, troubles addictifs… La santé mentale, particulièrement celle des jeunes, est désormais la grande cause nationale de santé publique en 2025. Santé publique France pointe une dégradation de la santé mentale des jeunes. La proportion de jeunes âgés de 18 à 24 ans présentant des symptômes dépressifs était de 11,7 % en 2017, contre 20,8 % en 2021. Ces données soulignent l’urgence de renforcer la prévention, la détection et la prise en charge des troubles mentaux. À travers le monde, les professionnels de santé et les décideurs publics œuvrent en ce sens. À l’instar du projet TEAM (Technology Enabled Mental Health for Young People), financé par l’Union européenne dans le cadre d’Horizon 2020, ce programme explore et développe des solutions numériques pour améliorer la santé mentale des jeunes, en rendant les dispositifs plus accessibles, abordables et adaptés aux besoins.

    Une approche collaborative pour améliorer la santé mentale des jeunes

    Le projet IMPROVA (e-Intervention Enhancing Mental Health in Adolescents) s’inscrit dans une dynamique similaire, visant à intégrer les technologies numériques dans la prévention et la gestion des troubles mentaux chez les jeunes. Ce projet se distingue par :

    • Son ambition interdisciplinaire : l’implication de chercheurs, décideurs politiques, enseignants, parents et adolescents constitue un modèle de co-construction.
    • Une attention particulière aux inégalités sociales : car les adolescents défavorisés sont souvent moins pris en charge, aggravant les impacts des troubles mentaux à long terme.
    • Un cadre d’évaluation robuste : la phase pilote avec 6 000 adolescents permet de générer des données solides sur l’efficacité et l’acceptabilité de la plateforme, pouvant servir de référence pour d’autres projets.

    Depuis 2022, la plateforme propose des outils pour prévenir et détecter des troubles mentaux. Elle intègre également des contenus visant à réduire la stigmatisation et les inégalités sociales liées à ces troubles. Ce projet est mené par un consortium européen et bénéficie de l’implication de l’Équipe de recherche en épidémiologie sociale de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm, unité 1136) dirigée par Maria Melchior.

    1 500 jeunes Français dans le groupe de test

    Dès décembre, cette plateforme sera testée auprès de 6 000 adolescents répartis dans plusieurs pays européens. Les objectifs de cette phase de test incluent l’évaluation de l’acceptabilité de la plateforme par les utilisateurs, ainsi que son impact sur la sensibilisation et la détection des troubles. Les résultats attendus orienteront les prochaines étapes, notamment l’extension éventuelle de l’outil à d’autres contextes éducatifs et sanitaires en Europe. D’après les premières estimations, le recours aux outils numériques en santé mentale pourrait élargir l’accès à des solutions adaptées pour les jeunes, tout en renforçant la prévention. La standardisation des interventions numériques pourrait également faciliter leur intégration dans les politiques de santé publique et réduire les disparités d’accès aux soins.

    En France, 1 500 jeunes des académies de Créteil et Versailles participent à cette phase d’évaluation.

     

  • Gen AI : The Lancet annonce de nouvelles règles pour renforcer la transparence de ses journaux

    Un encadrement rigoureux de la publication

    En générant du contenu rapidement et de manière fluide, la Gen AI a le potentiel de révolutionner la publication scientifique. Cela pose cependant plusieurs défis importants, notamment en termes de transparence, d’intégrité et de responsabilité. En 2024, le groupe The Lancet, l’un des plus grands groupes de revues scientifiques dans le monde, a mis en place des mesures spécifiques pour encadrer son usage dans le cadre de ses publications.

    L’une des premières mesures instaurées concerne la transparence : les auteurs doivent désormais déclarer explicitement l’utilisation de l’IA générative au moment de la soumission de leurs articles. Un nouveau système de « case à cocher » a été ajouté dans le processus de soumission, demandant aux auteurs de préciser si l’IA a été utilisée, et de détailler les informations suivantes :

    • le modèle de langage utilisé ;
    • sa version ;
    • ainsi que les prompts employés.

    Ces informations doivent être incluses dans la section des remerciements du manuscrit.

    L’usage de l’IA interdit dans la rédaction des opinions et critiques :

    Au-delà des articles scientifiques eux-mêmes, certaines sections des revues, telles que les commentaires ou les perspectives, doivent rester sous le contrôle exclusif de l’intelligence humaine. The Lancet insiste sur le fait que la Gen AI peut être utilisée uniquement pour la correction grammaticale ou l’amélioration du style, et ne doit en aucun cas interférer avec l’interprétation ou la contextualisation des recherches. Cette distinction est fondamentale, estime le groupe, pour maintenir la valeur ajoutée de l’analyse humaine dans ces espaces critiques.

    Protéger confidentialité et intégrité de la recherche :

    Une autre règle essentielle concerne la confidentialité des recherches en cours. Les relecteurs des manuscrits ne doivent en aucun cas introduire du contenu inédit dans un modèle de langage, afin d’éviter toute violation de la confidentialité des données. Par ailleurs, l’utilisation de l’IA pour créer des figures ou des œuvres graphiques doit se limiter à des tâches de brainstorming ou de suggestions d’idées, afin de prévenir tout risque de violation des droits d’auteur.

    Des risques liés à la Gen AI

    Bien qu’irréfutablement efficace, la IA générative présente des risques notables. Elle est, par exemple, susceptible produire des « hallucinations », c’est-à-dire es informations erronées qui semblent crédibles mais qui manquent de fondement. Ces erreurs peuvent nuire à la confiance du public dans les résultats scientifiques.

    D’autre part, une trop grande dépendance à l’IA pourrait mener à une réduction des compétences humaines, avec des conséquences négatives sur la qualité de la recherche. The Lancet rappelle que l’intégrité scientifique repose sur l’analyse critique et la réflexion humaine, éléments impossibles à reproduire par une machine.

    … Mais des opportunités innombrables aussi :

    Malgré ces risques, l’IA génère aussi de nombreuses opportunités pour la recherche scientifique. Elle pourrait rendre la littérature scientifique plus inclusive, notamment pour les chercheurs non anglophones ou neurodivergents. Elle pourrait également faciliter la gestion des références bibliographiques, en rendant plus visible la recherche issue de diverses cultures et langues. De plus, l’IA pourrait alléger certaines tâches répétitives des chercheurs, comme l’analyse de données ou l’identification des lacunes dans la littérature, tout en augmentant leur productivité. Le journal fait toutefois remarquer qu’il est primordial que l’humain reste responsable de chaque étape du processus de recherche.

    Maintenir les standards d’excellence du journal :

    Le groupe The Lancet affirme rester déterminée à maintenir les plus hauts standards d’intégrité et de transparence dans la publication scientifique. Si, pour lui, la Gen AI offre de nombreux avantages, son utilisation devra être strictement encadrée pour éviter tout abus et garantir que la recherche scientifique continue d’être un domaine dirigé par l’intelligence humaine. Les mesures récentes mises en place au sein du groupe de journaux marquent une étape importante vers l’intégration réfléchie de l’IA dans la science, tout en protégeant les principes fondamentaux de rigueur et de responsabilité.

     

  • Première journée de la société française de la valeur en santé : ensemble, construire un système centré sur la valeur

    Une ouverture sous le signe de la transformation

    Le 25 novembre 2024, la Société Française de la Valeur en Santé (SFVS) a organisé au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences une journée consacrée au Value-Based Healthcare (VBHC). Cette première édition, à la fois ambitieuse et inspirante, a réuni des experts, praticiens, décideurs et industriels pour explorer les leviers nécessaires à la transformation du système de santé français.

    Dr Virginie Luce-Garnier, présidente de la SFVS, a ouvert la journée en rappelant les objectifs de la société : structurer les acteurs autour de la valeur, promouvoir les PROMs (Patient-Reported Outcome Measures) et PREMs (Patient-Reported Experience Measures), et soutenir les professionnels dans cette transition. « Il est temps de passer de la prise de conscience à l’action », a-t-elle affirmé avec conviction.

    Table ronde 1 : comprendre la valeur en santé et ses enjeux

    Sous la modération bienveillante du Pr Philippe Michel (Hospices Civils de Lyon), cette session a exploré pourquoi le VBHC est crucial pour l’avenir du système de santé français :

    • Emmanuelle Rémond (UNAFAM) a évoqué, avec sensibilité et pragmatisme, les défis des patients et l’importance des PROMs pour renforcer leur autonomie. Elle a illustré comment ces outils permettent d’améliorer le dialogue avec les équipes médicales et de personnaliser les soins.
    • Pr Grégory Katz (Université Paris Cité) a partagé des résultats marquants de son expérimentation Article 51 en chirurgie de la cataracte, impliquant 50 médecins et 3 600 patients. Ses travaux montrent que la comparaison des résultats améliore les pratiques : « Ce qui se mesure s’améliore. »
    • Pr Fitsum Guebre-Egziabher (Hospices Civils de Lyon) a mis en avant les bénéfices d’une meilleure coordination des acteurs autour du patient, pour des parcours plus fluides et des soins plus pertinents.
    • Pr Dominique Breilh (Université de Bordeaux) a captivé l’audience en expliquant comment mesurer et valoriser l’impact des soins sur la qualité de vie des patients, au-delà des simples résultats cliniques.
    • Guillaume Couillard (GHU Paris) a rappelé les défis organisationnels des hôpitaux, notamment la nécessité de leadership pour intégrer les innovations et mobiliser les équipes.
    • Laurence Girard (Roche Diagnostics) a plaidé pour des partenariats industrie-soins, soulignant que le VBHC offre une opportunité unique de dépasser les débats coûts-volumes pour se concentrer sur des impacts durables.

    Les échanges ont démontré que le VBHC ne peut réussir qu’en rassemblant toutes les parties prenantes autour d’une vision commune.

    Table ronde 2 : des exemples concrets sur le terrain

    La deuxième table ronde, modérée par Dr Olivier Untereiner (Institut Mutualiste Montsouris), a offert des exemples pratiques de mise en œuvre du VBHC :

    • Dr Elisabetta Scanferla (GHU Paris) a présenté un projet d’intégration des PROMs en psychiatrie, basé sur des questionnaires mesurant le bien-être subjectif, l’amélioration des symptômes et l’expérience des patients. Ce projet révèle des liens subtils mais essentiels entre ces dimensions.
    • Dr Bertrand Semay (Clinique Mutualiste de Saint-Étienne) a partagé son expérience en chirurgie orthopédique, où la cartographie des processus a permis de réduire les pertes d’information et d’améliorer la coordination des soins.
    • Dr Alba Nicolás-Boluda (One Clinic) a détaillé une prise en charge intégrée de l’endométriose, démontrant comment structurer un parcours centré sur les patientes peut transformer les résultats cliniques et l’expérience de soin.
    • Pr Martine Bellanger (ICO) a exploré les effets prédictifs de la qualité de vie initiale des patientes atteintes de cancer du sein sur les résultats après chimiothérapie, mettant en lumière des éléments cruciaux pour guider les décisions thérapeutiques.
    • Maria Belen Lopez (Institut Français de la Valeur en Santé) a présenté les résultats du programme PIMA, une initiative innovante visant à améliorer l’adhérence des patients atteints d’apnée du sommeil, avec une augmentation de 14 % de l’observance et des améliorations significatives de la qualité de vie.

    Perspectives internationales : VBHC en Suisse et en Europe

    Le Pr Florian Rossiaud-Fischer a présenté les travaux de la Société Suisse VBHC, qui se concentre sur la standardisation des indicateurs pour mieux comparer les pratiques.

    Dr João Marques-Gomes et Dr Alba Nicolás-Boluda ont quant à eux décrit les efforts de l’European Association of Value-Based HealthCare, un réseau dédié à partager les bonnes pratiques et à accélérer l’adoption du VBHC en Europe.

    Le rôle clé des institutions françaises

    La dernière session, modérée par Dr Virginie Luce-Garnier et Nathalie Bass, a mis en avant les leviers institutionnels nécessaires pour déployer le VBHC à grande échelle :

    • Dr Edith Riou (Ministère de la Santé) a plaidé pour un pilotage national structuré autour des PROMs et PREMs, soutenu par des incitations financières et une meilleure interopérabilité des systèmes d’information.
    • Dr Laetitia May-Michelangeli (HAS) a présenté des outils concrets pour aider les établissements de santé à intégrer les indicateurs de résultats dans leur pratique.
    • Dr Catherine Grenier (CNAM) a mis en lumière l’importance de l’Article 51 et du Challenge Innovation Santé 2030, qui favorisent des financements basés sur la qualité et des parcours de soins intégrés.

    Un appel à l’action pour une santé centrée sur la valeur

    Cette journée a montré que, malgré les défis, la transformation vers un système centré sur la valeur est possible. Grâce à des initiatives comme celles de l’Institut Français de la Valeur en Santé, qui accompagne les professionnels avec des outils pratiques, des formations certifiantes et un Livre Blanc prévu en 2025, le VBHC prend une place essentielle dans l’évolution de notre système de santé.

    Construire un système plus juste, plus durable et véritablement centré sur les besoins des patients : tel est l’enjeu que cette première journée a permis de mettre en lumière.

     

  • Rétinopathie diabétique : une solution de dépistage grâce à l’IA

    Le dépistage de la rétinopathie

    La rétinopathie diabétique est l’une des principales causes de cécité chez les adultes, selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Environ 30 % des patients diabétiques développent cette maladie. Pourtant, elle pourrait être évitée grâce à un dépistage et une prise en charge précoces. Cependant, les recommandations actuelles peinent à être suivies, en raison de contraintes logistiques et d’un manque de sensibilisation chez les patients.

    Une start-up pour démocratiser l’imagerie rétinienne via l’IA

    Identifeye Health, une start-up américaine basée à Redwood City (Californie) et Guilford (Connecticut), prévoit de lancer une caméra rétinienne assistée par IA dès le premier trimestre 2025. Cette innovation s’accompagne d’une démarche réglementaire visant à valider un algorithme de dépistage de la rétinopathie diabétique. L’objectif est de simplifier l’accès à l’imagerie rétinienne pour les patients et les professionnels de santé. Récemment, Vicky Demas, ancienne cadre chez Verily et Grail, a été nommée PDG de la start-up.

    Une technologie intégrée et accessible

    Identifeye Health développe une caméra rétinienne ergonomique et autonome, dotée d’algorithmes d’IA capables d’automatiser des tâches complexes. Par exemple, l’appareil guide vocalement le patient pour capturer des images de qualité, tout en simplifiant l’alignement et la mise au point. Les images obtenues peuvent être analysées via des outils de télémédecine ou directement interprétées par des algorithmes. Aujourd’hui, la capture d’images rétiniennes nécessite une expertise technique pour aligner la pupille, éviter les erreurs de champ de vision et garantir une bonne ouverture des paupières. L’IA embarquée dans cette caméra vise à éliminer ces obstacles, permettant à des assistants médicaux ou autres professionnels non spécialisés d’utiliser l’appareil.

    Un marché en pleine expansion

    En 2021, Identifeye Health a levé 80 millions de dollars. Le marché des dispositifs médicaux basés sur l’IA connaît une croissance rapide. Selon Fortune Business Insights, ce secteur pourrait atteindre 45 milliards de dollars d’ici 2030, avec une croissance annuelle moyenne de 37 %. L’innovation portée par Identifeye Health illustre l’évolution des pratiques cliniques grâce à la santé numérique. En facilitant le dépistage précoce et l’intégration des soins, cette initiative pourrait réduire les cas de cécité évitable liés au diabète.

     

  • Campus Cyber : « La plupart des hôpitaux n’ont pas les outils pour un transfert des données conforme aux standards » (C. Sala)

    La cybersécurité comme enjeu stratégique

    “Les hôpitaux ne peuvent pas tout porter seuls”, a souligné Charles Sala, ingénieur aux Hospices civils de Lyon (HCL), lors de la table ronde “Cybersécurité et santé : allier sécurité et partage”, organisée le 26 novembre 2024 au Campus Cyber. Une réflexion partagée par les autres intervenants, Christophe Mattler (DNS), Franck Le Ouay (Lifen), et Silvère Ruellan (Anssi), qui ont insisté sur l’importance de concilier partage des données de santé et cybersécurité pour répondre aux besoins croissants du système de soins. Dans un contexte où la menace cyber s’intensifie, cette session a mis en lumière les multiples opportunités offertes par l’usage secondaire des données, à condition de garantir leur protection et leur valorisation.

    Les intervenants ont souligné que le partage et la sécurisation des données de santé restent des défis pour les systèmes numériques. La nécessité d’une infrastructure souveraine en Europe a été au centre des discussions, particulièrement pour réduire la dépendance envers les grands acteurs américains du cloud, comme Azure. Christophe Mattler a évoqué les efforts du gouvernement français, notamment à travers des démonstrateurs comme celui de la DINUM, visant à valider des solutions conformes aux exigences légales et sécuritaires. Bien que des avancées soient attendues dès 2026, il a rappelé que la migration vers des infrastructures souveraines nécessitera des investissements conséquents et du temps.

    Du côté technique, Charles Sala a insisté sur l’importance d’anticiper les interruptions de services en développant des systèmes capables de fonctionner même en l’absence d’Internet, une situation qui pourrait être provoquée par des incidents imprévus ou des contraintes externes. Il a mis en avant le besoin d’une résilience accrue dans les infrastructures de santé.

    Les hôpitaux face à des exigences réglementaires croissantes 

    Un manque de moyens humains et financiers :

    Si tous les intervenants insistaient sur l’importance de la sécurisation des systèmes d’informations hospitaliers (SIH), Charles Sala a dressé un constat : les hôpitaux peinent à répondre aux exigences des directives européennes NIS 1 et NIS 2, en raison d’un manque de moyens, tant humains que financiers. Ces directives visent à renforcer la résilience des opérateurs de services essentiels (OSE) et imposent aux établissements de santé de se conformer à des standards élevés de cybersécurité. Cependant, comme l’a souligné l’ingénieur, les hôpitaux font face à des priorités concurrentes, et les équipes sur le terrain manquent cruellement de ressources pour mettre en œuvre des plans de cybersécurité robustes. Ce décalage entre les attentes réglementaires et les capacités opérationnelles des hôpitaux pourrait entraîner une fracture entre les établissements mieux dotés et ceux en situation de fragilité.

    Une complexité accrue avec NIS 2 :

    La transition vers la directive NIS 2, qui élargit les obligations de cybersécurité et impose des sanctions renforcées, représente un défi supplémentaire. Charles Sala a insisté sur la nécessité d’une approche pragmatique et sur le besoin d’accompagnement des hôpitaux par les autorités. Selon lui, il est essentiel de prioriser les actions selon les risques et les capacités spécifiques de chaque établissement.

    Le casse-tête du transfert de données standardisé

    Lors de son intervention, Charles Sala a aussi mis en lumière la difficulté des hôpitaux à gérer le transfert standardisé des données de santé entre les différents acteurs du système. Bien que la standardisation soit cruciale pour améliorer l’interopérabilité et la fluidité des échanges, elle demeure un obstacle pour de nombreux établissements. “La plupart des hôpitaux ne disposent ni des outils ni des compétences techniques pour assurer un transfert de données conforme aux standards”, a expliqué Sala.

    Cette problématique est d’autant plus critique dans un contexte où les données doivent circuler rapidement et en toute sécurité, que ce soit pour la recherche, la coordination des soins ou le pilotage des politiques publiques. Le manque d’harmonisation entre les outils et la diversité des formats utilisés par les établissements rend cette tâche complexe.

    La pression des cybermenaces :

    Le besoin de standardiser le transfert de données est exacerbée par l’augmentation des cybermenaces. Une infrastructure mal sécurisée ou des processus non standardisés augmentent les risques d’exposition des données sensibles. Pour répondre à ces enjeux, Charles Sala a plaidé pour une approche systématique impliquant tous les acteurs : éditeurs de logiciels, autorités de santé et établissements eux-mêmes.

    Plusieurs solutions abordées : le programme Care comme première étape

    Face à ces défis, les intervenants ont souligné l’importance de la mutualisation des ressources et de la priorisation des actions en fonction des risques spécifiques de chaque hôpital. Franck Le Ouay a évoqué le rôle clé des plateformes de coordination pour alléger la charge pesant sur les hôpitaux. Ces outils, en centralisant certaines fonctions, permettraient aux établissements de mieux se concentrer sur leurs missions principales. Silvère Ruellan et Christophe Mattler ont également rappelé que des investissements massifs au niveau national et européen sont nécessaires pour combler le retard des hôpitaux en matière de cybersécurité. La mise en place de structures comme le programme Care est une première étape (lire article H&TI dédié ici), mais les moyens alloués doivent être significativement renforcés.