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  • Grandes tendances de la e-santé : Gen AI, EDS, marché healthtech santé mentale parmi les 10 tendances pour 2025

    Lors de la conférence annuelle “Les grandes tendances de la e-santé” organisée par Interaction Healthcare et  qui s’est tenue le 28 janvier 2025, les dynamiques émergentes et les grands enjeux du secteur du numérique en santé pour les années à venir ont été mis en lumière. Parmi les points clés abordés par Romain Bonfillon, rédacteur en chef de Mind Health, et  Ludmila Potiron, cheffe du pôle “Export Santé” chez Business France Amérique du nord, lors de la dernière session de la matinée, voici les dix grandes tendances qui redéfiniront la santé numérique en 2025 :

    1️⃣ Les jumeaux numériques, leviers de la médecine personnalisée :

    L’un des développements les plus prometteurs dans le domaine de la santé numérique est celui des jumeaux numériques. Ces modèles virtuels d’organes ou de patients entiers permettent de simuler des traitements et d’adapter les soins à chaque individu. Lors de la conférence, plusieurs experts ont souligné l’importance croissante des jumeaux numériques dans la médecine personnalisée, notant que leur développement est indissociable d’une gestion optimisée des données de santé, notamment au travers de “référentiels spécifiques à l’oncologie, à la psychiatrie et à d’autres pathologies.”

    2️⃣ IA générative : quelles régulations après les premiers déploiements ?

    L’intelligence artificielle (IA) générative a fait ses preuves dans plusieurs domaines de la santé, notamment en recherche médicale et en gestion des données. Cependant, après les premiers déploiements, une question essentielle demeure : quelles régulations mettre en place pour encadrer ces technologies ? Les intervenants ont évoqué le besoin d’une gouvernance claire pour garantir la qualité et la sécurité des données traitées par l’IA, soulignant que la mise en place d’une “stratégie nationale” pour les données santé est primordiale.

    3️⃣ Les thérapies digitales ont-elles trouvé leur modèle ?

    L’un des sujets centraux de la conférence a été la place des thérapies digitales dans les parcours de soin. Si leur efficacité ne fait plus de doute, la question de leur modèle économique reste ouverte. Les débats ont porté sur la pérennisation des financements, les acteurs de terrain et le rôle crucial de l’accompagnement des patients. De plus, le recours à la “souveraineté des données” a été mentionné pour assurer la protection des utilisateurs.

    4️⃣ Comment l’IA transforme les essais cliniques en accélérant le recrutement des patients ?

    L’IA se distingue particulièrement dans le domaine des essais cliniques, où elle permet de cibler plus efficacement les patients éligibles, réduisant ainsi le temps et les coûts associés. La conférence a abordé la question de l’optimisation des “entrepôts de données de santé”, facilitant ainsi l’accès rapide et sécurisé aux profils de patients, ce qui pourrait accélérer de manière significative le recrutement.

    5️⃣ Santé mentale : face aux besoins immenses, le marché healthtech décolle-t-il ?

    Le secteur de la santé mentale, avec ses besoins grandissants, bénéficie d’une attention particulière dans le cadre des innovations en healthtech. Lors de la conférence, il a été souligné que la mise en place de “thérapies digitales” adaptées pourrait jouer un rôle clé dans la prise en charge à distance, tout en mettant en avant l’importance de l’adaptation des modèles en fonction des “besoins spécifiques en psychiatrie.”

    6️⃣ Comment la prévention s’ancre dans les parcours de soins ?

    La prévention devient un axe stratégique dans les parcours de soins, notamment grâce aux technologies numériques. Lors des échanges, il a été rappelé qu’intégrer la prévention dans le parcours de soins global nécessite de faciliter l’accès aux “données disponibles” et d’assurer l’interopérabilité des systèmes, en vue d’une prise en charge préventive plus fluide.

    7️⃣ Biomarqueurs digitaux : les nouvelles voies du diagnostic

    Les biomarqueurs digitaux sont en passe de révolutionner les méthodes diagnostiques, en permettant une détection plus précise et en temps réel de certaines pathologies. Les intervenants ont mis en avant l’utilisation des “données artificielles” pour renforcer ces approches, en particulier dans des domaines complexes comme la cancérologie, où la gestion des données d’imagerie est essentielle.

    8️⃣ Financements : le temps des incertitudes

    Bien que de nombreuses innovations en santé numérique aient vu le jour, la question des financements reste une problématique majeure. Comme mentionné lors de la conférence, la pérennisation de ces financements est indispensable, notamment pour maintenir les projets d’envergure qui nécessitent des investissements lourds, sans pour autant compromettre la qualité des soins.

    9️⃣ EDS : les enjeux de leur développement

    Les entreprises de santé digitale sont en pleine croissance, mais leur développement doit faire face à de nombreux défis. L’un des points soulevés lors de la conférence est la question de l’interopérabilité des systèmes et de la gouvernance des données. Pour réussir, il est nécessaire de “fédérer les acteurs de terrain” et d’assurer une gestion collaborative des données à travers des “référentiels communs.”

    🔟 La médecine de précision en oncologie

    La médecine de précision, notamment en oncologie, est l’un des domaines les plus avancés grâce au numérique. L’utilisation des données génomiques et des jumeaux numériques permet d’optimiser les traitements en fonction des caractéristiques individuelles des patients. Les experts de la conférence ont souligné que la mise en place d’une “stratégie de référentiels dédiés à l’oncologie” serait un facteur clé pour accompagner cette évolution.

  • Des ophtalmologues hospitaliers chinois évaluent une IA rétinienne à grande échelle

    La déficience visuelle : un problème majeur en Chine

    Une équipe d’ophtalmologues hospitaliers chinois a évalué les performances du système d’intelligence artificielle ARAS d’Airdoc Technology pour la détection des maladies du fond d’œil en soins primaires.

    Les maladies du fond d’œil sont un enjeu majeur de santé publique. Entre 1990 et 2019, la déficience visuelle a augmenté de 113,51 %, la déficience sévère de 126,97 % et la cécité de 44,18 %. Les principales causes :

    • Erreurs de réfraction non corrigées
    • Cataracte
    • Pathologies du fond d’œil : DMLA, neuropathie optique glaucomateuse, rétinopathie diabétique

    Le dépistage souffre d’un manque de ressources, avec seulement 26,4 ophtalmologistes pour un million d’habitants.

    Un système d’IA capable de détecter 14 anomalies rétiniennes

    Les ophtalmologistes chinois ont utilisé ARAS pour améliorer la détection en soins primaires. ARAS, avec un modèle de deep learning, détecte 14 anomalies rétiniennes, dont :

    • Un modèle de détection pour la macula et le disque optique
    • Un modèle multitâche pour 14 anomalies rétiniennes, la macula et le disque optique

    Une étude transversale multicentrique sur 4 795 participants

    L’étude, menée de novembre 2020 à août 2022, a impliqué 4 795 participants dans 6 établissements de soins primaires. Des images du fond d’œil ont été analysées par ARAS et des spécialistes, comparant les performances de l’IA et des experts.

    IA ARAS : 14 anomalies rétiniennes détectées avec une précision de 83 % à 100 %

    Les résultats publiés dans le British Journal of Ophthalmology montrent :

    • Précision variant de 0,83 à 1 pour les 14 anomalies rétiniennes
    • Fiabilité élevée pour identifier les yeux sains, avec une spécificité élevée
    • Différences dans la prévalence des maladies entre Shanghai et Xinjiang

    Des performances variables dans la détection des anomalies rétiniennes

    L’IA ARAS pourrait améliorer la détection précoce des maladies du fond d’œil et réduire les pertes visuelles en Chine. Son utilisation en soins primaires pourrait aussi réduire les disparités régionales. Cependant, la sensibilité varie selon les anomalies :

    • 33 % pour un fond d’œil normal
    • 80 % pour la rétinopathie
    • 70 % pour le glaucome
    • 62 % pour la myopie pathologique

    La valeur prédictive positive varie de 47 % pour la rétinopathie à 68 % pour la myopie pathologique, soulignant la nécessité d’améliorer les algorithmes.

     

  • 34,9 milliards d’euros de prestations santé en 2023 : un record qui fragilise les organismes complémentaires

    Un record de prestations versées, porté par l’hospitalier et l’optique

    En 2023, les organismes complémentaires ont versé 34,9 milliards d’euros de prestations santé, marquant une augmentation de 6,4 % par rapport à 2022. Ce rythme, le plus élevé depuis 2012, dépasse celui de la consommation de soins et biens médicaux (+5,2 %). Les dépenses ont augmenté dans tous les grands postes de soins, notamment : soins hospitaliers : +10,0 %, optique : +6,2 %, dentaire : +5,5 %. Ces deux dernières catégories, majoritairement prises en charge par les complémentaires, ont contribué à cette croissance.

    Une hausse des cotisations insuffisante pour équilibrer les comptes

    En parallèle, les cotisations santé collectées par les organismes complémentaires ont atteint 43 milliards d’euros, enregistrant une progression de 6,0 %, également la plus forte depuis 2012. Cette hausse n’a pas suffi à compenser l’augmentation des prestations. En 2023, 81 % des cotisations ont été reversées sous forme de prestations, un ratio similaire à 2022 mais avec des disparités selon les acteurs : institutions de prévoyance : 90 %, mutuelles : 81 %, entreprises d’assurance : 78 %.

    Un résultat technique en santé négatif, une première depuis 2011

    Le résultat technique en santé, qui mesure la différence entre produits et charges liés à l’activité santé, est devenu négatif en 2023, à hauteur de -0,4 % des cotisations collectées hors taxe.

    • Les mutuelles enregistrent pour la première fois un résultat technique négatif.
    • Les institutions de prévoyance, déjà en déficit, voient leur situation se dégrader davantage.
    • Les entreprises d’assurance restent en excédent, mais avec un résultat en recul.

    Cette situation tranche avec les années précédentes, où les résultats techniques étaient positifs, atteignant par exemple 1,7 % en 2020.

    Un secteur concentré mais financièrement solide

    Malgré ces tensions, les organismes complémentaires affichent une bonne solvabilité. Leur résultat net global, intégrant toutes leurs activités, s’élève à 3,4 % des cotisations, stable par rapport à 2022. Le marché de la complémentaire santé reste marqué par une concentration progressive :

    • 52 groupes assurent 86 % des cotisations santé, rassemblant près de la moitié des 388 organismes (mutuelles, institutions de prévoyance et entreprises d’assurance).
    • La baisse du nombre de mutuelles se poursuit (-25 % depuis 2016), tandis que les autres catégories d’acteurs restent stables.

    Un rapport clé pour comprendre les enjeux financiers du secteur

    Le rapport annuel de la DREES met en lumière les défis auxquels font face les organismes complémentaires, notamment la croissance des dépenses de santé qui pèse sur leur rentabilité et la nécessité d’ajuster les cotisations ou de revoir les prestations pour maintenir leur équilibre financier. Avec la publication, pour la première fois depuis plus d’une décennie, d’un résultat technique en déficit, ce bilan souligne l’urgence de repenser les modèles économiques des complémentaires santé.

    D’après le courtier “Réassurez moi”, les cotisations augmenteront l’an prochain “de 10,35% en moyenne” (baromètre de la Mutuelle santé 2025).

     

  • Espérance de vie : plus d’années sans incapacité pour les Français de plus de 65 ans (dernière étude de la DREES 2023)

    Des années de vie gagnées sans incapacité

    L’espérance de vie en bonne santé, mesurée par le nombre d’années vécues sans limitation liée à un problème de santé dans les activités quotidiennes, progresse en France depuis 2008. À 65 ans, les femmes peuvent espérer vivre 12 années sans incapacité, et les hommes 10,5 ans. Ces chiffres traduisent une augmentation : +1 an et 11 mois pour les femmes et +1 an et 10 mois pour les hommes en 15 ans. Cette amélioration se reflète aussi dans la proportion des années vécues sans incapacité après 65 ans, qui est passée de 44,7 % à 50,8 % pour les femmes, et de 47,7 % à 52,9 % pour les hommes entre 2008 et 2023.

    Une évolution plus contrastée à la naissance

    À la naissance, l’espérance de vie sans incapacité est de 64,2 ans pour les femmes et 63,6 ans pour les hommes en 2023. Depuis 2008, elle diminue de 4 mois pour les femmes, tandis qu’elle progresse de 10 mois pour les hommes. Ces tendances mettent en évidence des disparités selon le sexe et l’âge, avec une progression plus marquée pour les hommes à long terme.

    Impact de la pandémie et retour à la normale

    La pandémie de Covid-19 a perturbé la progression régulière de l’espérance de vie sans incapacité. Après une stabilité en 2020, suivie d’une forte hausse en 2021, une baisse a été observée en 2022, ramenant les niveaux proches de ceux de 2020. En 2023, une reprise de la dynamique positive semble confirmer un retour à la tendance observée avant la pandémie.

    Ces données reposent sur des enquêtes de l’Insee, dont les résultats peuvent être influencés par des fluctuations contextuelles et la taille des échantillons. Ainsi, les variations annuelles doivent être interprétées avec prudence, au profit d’une analyse sur le moyen et long terme, où les tendances sont plus fiables.

    En 2022, la France se classait parmi les meilleurs pays européens pour l’espérance de vie sans incapacité, occupant le 5ᵉ rang pour les femmes (+2 ans et 6 mois par rapport à la moyenne européenne) et le 7ᵉ pour les hommes (+1 an et 4 mois). À la naissance, les Françaises et les Français bénéficient également d’un avantage, avec des niveaux supérieurs à la moyenne européenne, les plaçant respectivement aux 9ᵉ et 10ᵉ rangs de l’Union européenne à 27.

     

  • Evaluation médico-économique : la HAS lance le S2E pour éclairer les choix budgétaires en santé

    Une organisation pensée pour répondre aux défis économiques

    Dans un contexte marqué par une pression budgétaire et une explosion des coûts des technologies innovantes, la HAS annonce la création du Service de l’évaluation économique (S2E). Intégré à la Direction de l’Évaluation et de l’Accès à l’Innovation (DEAI), ce service regroupe désormais les activités médico-économiques de l’institution. Chargée de conseiller les ministères de la Santé et de la Sécurité sociale, la HAS évalue l’efficience des technologies de santé (médicaments, dispositifs médicaux, programmes de dépistage). Le S2E concentrera plusieurs missions :

    • Évaluer l’efficience des produits de santé (médicaments, dispositifs médicaux) et leur impact budgétaire pour orienter les décisions de remboursement ;
    • Analyser les interventions de santé publique, comme les programmes de dépistage, afin de prioriser les initiatives les plus efficaces ;
    • Accompagner la décision publique en fournissant des rapports détaillés sur l’optimisation des ressources dans un système de santé sous tension.

    Cette évolution s’inscrit dans le futur projet stratégique 2025-2030 de la HAS, qui place l’efficacité médico-économique au cœur de son action.

    Une ambition partagée avec tous les acteurs de la santé

    Au-delà de cette réorganisation interne, la HAS entend élargir la réflexion à l’ensemble du système de santé. Pour cela, elle propose :

    • Une redéfinition de la doctrine d’emploi des évaluations médico-économiques, en collaboration avec les industriels, les chercheurs et les décideurs publics ;
    • Le développement de partenariats avec des structures publiques de recherche, afin de nourrir et approfondir les travaux médico-économiques.

    Cette centralisation des évaluations médico-économiques renforce le rôle stratégique de la HAS dans l’arbitrage des ressources de santé publique. Le S2E offrira un éclairage pour garantir la soutenabilité du système.

     

  • La CNSA vote son budget 2025 sans loi de financement

    Des crédits d’investissement en hausse pour réhabiliter les établissements

    L’effort déjà entrepris pour la réhabilitation des Ehpad et des résidences autonomie sera poursuivi avec des crédits de 143,5 M€. En faveur des personnes handicapées, 56,5 M€ seront consacrés aux établissements et aux investissements technologiques. Un nouvel appel à projets pour l’habitat inclusif sera lancé auprès des départements en 2025.

    Hausse des crédits pour les MDPH et les SPDA

    Les maisons départementales du handicap (MDPH) verront leurs crédits augmenter de 4 M€, dans l’objectif d’amélioration de la qualité de service et des délais de réponse. Un budget de 4,2 M€ est consacré à la généralisation des services publics départementaux de l’autonomie (SPDA), pour financer l’ingénierie du projet, ainsi que l’animation et la coordination locales qui y sont liées.

    Le conventions tripartites CNSA – ARS – départements

    Le Conseil de la CNSA a adopté la trame des conventions tripartites 2025-2028 qui devront être élaborées dans chaque département en 2025, en étant spécifiées selon le contexte local. Ces conventions permettront de fixer des objectifs communs aux différents acteurs dans le champ des personnes âgées (MDPA) et du handicap (MDPH), établissant le cadre commun de leur collaboration. Pour ce qui concerne ses différentes interventions, le budget voté de la CNSA se situe également dans le cadre des objectifs de sa convention d’objectifs et de gestion, qu’il s’agisse notamment du développement des plateformes d’information et de service, du financement de la recherche et de l’innovation (nouveaux projets et partenariats, missions du centre de ressources et de preuves), ou des actions de modernisation, de professionnalisation et de soutien au secteur.

     

  • Health&Tech Summit 2024 : comment choisir et implémenter des solutions d’IA ?

    Durant le Health & tech Summit 2024, il a été présenté lors d’une conférence comment l’IA peut offrir des opportunités pour améliorer les traitements, optimiser les coûts et répondre aux besoins des patients et des professionnels de santé. Le Pr. Ran Balicer, Chief Innovation Officer et Deputy Director General de la Clalit Health Services en Israël, a exposé comment l’un des plus grands systèmes de santé intégrés au monde a su intégrer l’IA pour améliorer la prise de décision clinique et personnaliser les soins à grande échelle. À la tête de l’Institut de recherche Clalit, il a supervisé des innovations permettant la gestion des maladies chroniques et le dépistage précoce. Dr Mette Maria Skjøth, Chief Administrative Officer de l’Odense University Hospital au Danemark, a présenté le modèle d’évaluation MAS-AI. Un cadre conçu pour guider les organisations de santé dans la sélection et l’intégration de l’IA. Avec son expérience dans la gestion organisationnelle et l’innovation, elle a mis en lumière les défis techniques, éthiques et culturels auxquels font face les hôpitaux dans leur transformation numérique.

    Les étapes pour choisir une solution d’IA

    Lors de cette session du Summit, Mette Maria Skjøth a partagé sa méthodologie pour évaluer et sélectionner des solutions d’IA : l’approche MAS-AI. L’approche MAS-AI (Model of Assessment for Artificial Intelligence) consiste à :

    • définir le problème et les objectifs : identifier clairement le problème auquel l’IA doit répondre ;
    • évaluer les données disponibles : la qualité des données étant primordial dans l’implémentation de l’IA, des problèmes tels que l’intégration, la préparation ou l’anonymisation des données peuvent entraver le développement des solutions ;
    • sélectionner les technologies adaptés : qui doit reposer sur des critères tels que leur capacité à s’intégrer dans les workflows existants, leur coût et leur facilité d’utilisation.

    Le MAS-AI vise à fournir un outil complet permettant aux décideurs d’identifier les solutions d’IA ayant une réelle valeur ajoutée tout en écartant celles aux effets limités ou inappropriés. Développé entre 2020 et 2022 au CHU d’Odense, ce modèle repose sur une méthodologie rigoureuse comprenant une revue des guides existants, des interviews avec des experts en IA, et des ateliers impliquant décideurs, cliniciens et représentants de patients.

    La structure du MAS-AI se divise en trois parties principales :

    L’évaluation initiale (Early MAS-AI) : ce premier niveau explore quatre aspects : le problème de santé ciblé, la technologie proposée, les enjeux éthiques, et les implications juridiques.

    L’évaluation complète (Full MAS-AI) : cette phase approfondit cinq dimensions supplémentaires : sécurité, impacts cliniques, viabilité économique, considérations organisationnelles et les aspects liés aux patients (satisfaction, expérience etc.).

    Les facteurs de processus : ces cinq éléments garantissent une évaluation continue, en tenant compte de la maturité de la technologie, de l’implication des parties prenantes, et de l’adaptation aux workflows existants.

    Le modèle MAS-AI a été utilisé dans divers contextes cliniques pour évaluer l’impact de l’IA. Parmi les applications notables figurent le dépistage de l’insuffisance cardiaque et de la rétinopathie diabétique (CAD), le dépistage du cancer du sein (MAGIC), les conditions neurologiques aiguës (fastMRI) et le traitement de l’arthrose du genou (AI-KOA). En dehors de l’imagerie médicale, il a également été appliqué en santé mentale, notamment pour la dépression (PERSONAE) et l’anxiété sociale (VR8), ainsi qu’en Italie pour l’organisation des blocs opératoires (BLOC-OP)

    Les défis organisationnels, culturels, techniques et éthiques

    Durant la session, il a été mis en avant que l’intégration de l’IA nécessite une transformation organisationnelle complète. Les hôpitaux doivent se doter d’un plan stratégique clair qui englobe la formation des équipes, la communication interne et la gestion du changement. Cela dans l’objectif d’intégrer efficacement les outils d’IA dans les processus existants.

    Les intervenants ont également souligné les défis techniques et éthiques auxquels ils sont confrontés :

    • la qualité et l’anonymisation des données ;
    • le risque d’erreurs et de biais des algorithmes, un exemple marquant est celui d’un algorithme défaillant dans la plateforme de santé danoise, qui a conduit à des interventions chirurgicales inutiles ;
    • surmonter le scepticisme des usagers.

    Durant les échanges avec l’audience, les intervenants ont identifiés des priorités pour maximiser l’impact de l’IA dans les organisations :

    • investir dans la formation continue afin de former les équipes médicales à l’utilisation de l’IA et la compréhension de ses limites ;
    • soutenir la recherche et l’iunnovation à travers des collaborations entre hôpitaux et entreprises ;
    • garantir l’équité d’accès afin que l’IA puisse bénéficier à tous indépendamment des différences géographiques ou socio-économiques.
  • Pathologie numérique : Aignostics léve 31 M€ pour déployer ses modèles basée sur l’IA

    Repousser les limites de la pathologie digitale

    Aignostics a levé 31,4 millions d’euros auprès de six fonds d’investissement allemands pour déployer son modèle de pathologie numérique et ses diagnostics compagnons aux États-Unis, en collaboration avec la Mayo Clinic à Rochester, Minnesota.

    La pathologie numérique se heurte à trois défis majeurs :
    • Le biais des algorithmes : 30 % des modèles d’IA manquent leur objectif de  généralisation en raison de jeux de données insuffisants.
    • Des coûts élevés : les infrastructures nécessaires sont onéreuses.
    • Une validation clinique limitée : moins de 15 % des solutions d’IA ont été validées sur des cohortes de patients diversifiées.

    L’IA au service du diagnostic pathologique multimodal

    Aignostics, spin-off de l’hôpital universitaire Charité à Berlin, a développé une plateforme intégrant des algorithmes pour :
    • Analyser des données pathologiques multimodales, combinant imagerie et données moléculaires.
    • Exploiter des données provenant de multiples sources, incluant images histopathologiques et informations cliniques.
    • Utiliser des infrastructures avancées d’apprentissage profond pour entraîner des modèles à partir de vastes bases de données cliniques.

    Une approche intégrée

    Ce modèle d’IA adopte une approche « pathologiste intégré » (pathologist-in-the-loop). Il associe réseaux neuronaux convolutionnels pour l’analyse des images et modèles de traitement du langage naturel (NLP) pour interpréter les données cliniques textuelles. Sa conception repose sur deux principes clés :
    • Le transfert d’apprentissage : de nouveaux algorithmes d’apprentissage profond tirent parti de modèles préentraînés pour maximiser leur performance.
    • L’intégration de données multimodales : fusion intelligente des données pour des prédictions robustes et fiables.

    Un modèle de pathologie numérique validé sur 50 000 échantillons

    Le modèle RudolfV, développé avec la Mayo Clinic, a été validé sur 50 000 échantillons. Les résultats, à venir dans une revue spécialisée, montrent :
    • Des performances remarquables pour le diagnostic clinique.
    • Une segmentation des microenvironnements tumoraux et la prédiction précise des réponses thérapeutiques.
    Les premières indications
    Les premières applications visent le profilage des microenvironnements tumoraux dans les cancers du poumon, du sein et du côlon. Elles incluent aussi le diagnostic de maladies inflammatoires comme la colite ulcéreuse et le développement de diagnostics compagnons pour identifier des patients éligibles à des thérapies ciblées.

     

  • Etude : le numérique pour optimiser l’usage des antimicrobiens (The Lancet)

    Un enjeu mondial pour la santé publique

    La résistance aux antimicrobiens représente l’un des plus grands défis de santé publique à l’échelle mondiale. L’optimisation de l’utilisation de ces molécules grâce aux technologies de santé numérique émerge comme une approche prometteuse pour améliorer le diagnostic, le traitement et la surveillance des infections bactériennes.

    Pour que ces technologies puissent atteindre leur plein potentiel, il est cependant indispensable de définir les données nécessaires à la prise de décision et d’assurer leur collecte et leur partage de manière optimale. Cet article de The Lancet, le premier d’une série consacrée à l’utilisation des dispositifs innovants pour combattre la RAM, examine les variables clés et les obstacles à surmonter pour une adoption mondiale équitable.

    Facteurs influençant les résultats du traitement antimicrobien chez l'individu et sources de données associées que les technologies numériques peuvent fournir - @ The Lancet
    Facteurs influençant les résultats du traitement antimicrobien chez l’individu et sources de données associées que les technologies numériques peuvent fournir – @ The Lancet

    L’importance des données pour l’optimisation des prescriptions :

    Les nouvelles technologies offrent un potentiel significatif pour améliorer les traitements antimicrobiens, mais leur efficacité est limitée par des défis liés à la collecte et la gestion des données. Parmi les obstacles majeurs figurent les exigences de données non standardisées, l’absence de liens entre les différentes bases de données, et le risque de biais qui pourrait amplifier les inégalités dans les résultats de santé. Le succès des outils numériques repose sur la capacité à recueillir des données pertinentes sur trois aspects : l’hôte, le pathogène et l’antibiotique. Ces données permettront d’ajuster les traitements en fonction des spécificités de chaque patient, d’éviter les effets secondaires et de limiter l’impact sur la résistance antimicrobienne.

    Les variables clés pour une prise de décision optimisée :

    Les décisions de prescription d’antimicrobiens sont influencées par un ensemble complexe de variables, qui varient selon le contexte local, les croyances des cliniciens et les données disponibles. Les technologies médicales doivent pouvoir intégrer des informations sur les pathogènes, l’immunité de l’hôte, les comorbidités et les interactions médicamenteuses, mais aussi sur les conditions environnementales. De plus, des données robustes sur l’exposition aux médicaments et leur efficacité sont cruciales pour éviter les risques d’effets secondaires et de résistance. Malheureusement, les solutions actuelles ne capturent pas encore toutes ces informations de manière systématique.

    La variabilité de l’exposition au médicament est un facteur déterminant :

    Une des clés de l’efficacité du traitement réside dans l’exposition adéquate du patient aux antimicrobiens. Il existe une relation directe entre la concentration du médicament dans le corps, l’efficacité du traitement, l’apparition de toxicités et le développement de la résistance. Cependant, cette exposition varie considérablement d’un patient à l’autre, et les tests de concentration du médicament sont souvent limités aux antibiotiques à faible indice thérapeutique. Les outils numériques peuvent jouer un rôle majeur en permettant une surveillance continue et en fournissant des données précises qui pourraient être utilisées pour ajuster le traitement en temps réel.

    Des défis liés à la surveillance des résistances et des effets secondaires :

    L’évaluation des résistances et des effets secondaires des antimicrobiens constitue un autre défi majeur. Les outils numériques actuelles peinent à capturer de manière systématique et fiable les données sur l’émergence de la résistance et la gestion des effets indésirables, comme les toxicités rénales ou gastro-intestinales. Bien que les technologies de surveillance, telles que les dispositifs portables, offrent des perspectives intéressantes pour suivre l’évolution de l’état des patients, elles nécessitent une meilleure intégration des données cliniques et environnementales pour être pleinement efficaces.

    Une approche “One Health” pour une stratégie globale

    Pour que ces nouvelles technologies atteignent leur potentiel, il est nécessaire d’adopter une approche « One Health », prenant en compte l’interconnexion entre la santé humaine, animale et environnementale. Cela inclut la collecte de données environnementales, telles que les niveaux de contamination dans les eaux usées, qui peuvent influencer la propagation de la RAM. Une stratégie mondiale visant à optimiser l’utilisation des antimicrobiens doit donc inclure des solutions numériques accessibles à l’échelle mondiale, tout en garantissant l’équité d’accès et la durabilité des technologies déployées.

    Les considérations stratégiques pour une adoption mondiale des nouvelles technologies :

    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en place une stratégie mondiale sur la santé numérique pour 2020-2025, soulignant l’importance d’une adoption universelle des technologies de santé. Cependant, pour que ces technologies soient véritablement efficaces dans la lutte contre la RAM, il est essentiel de définir des cadres de données standardisés et reproductibles. Les innovations doivent être capables d’intégrer une variété de données, notamment issues de l’intelligence artificielle (IA), des dispositifs portables et des tests génomiques, et être déployées dans des contextes locaux spécifiques tout en minimisant les biais.

    Vers une transformation numérique de la lutte contre la RAM

    Les technologies de santé numérique représentent une avancée significative dans la gestion de la RAM, avec des applications potentiellement révolutionnaires pour optimiser l’utilisation des antimicrobiens. Toutefois, pour que ces outils atteignent leur pleine efficacité, il est crucial de surmonter les défis liés à la collecte, à la gestion et à l’analyse des données. En développant des solutions adaptées à tous les pays, qu’ils soient riches ou à revenu intermédiaire, et en renforçant la collaboration entre secteurs public et privé, la santé numérique pourrait jouer un rôle clé dans la lutte mondiale contre la résistance antimicrobienne.

     

     

    * Using digital health technologies to optimise antimicrobial use globally

    Timothy M Rawson, Nina Zhu, Ronald Galiwango, Derek Cocker, Mohammad Shahidul Islam, Ashleigh Myall, et al.

    2024/12/01 – The Lancet Digital Health

     

  • Plannings hospitaliers : l’Anap lance un challenge pour comparer les performances de l’IA aux méthodes traditionnelles

    Des solutions d’IA en plein essor

    Le 16 décembre, l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap) a tenu une conférence de presse pour présenter un défi original autour de la gestion des plannings dans les établissements de santé. Entre réglementations, absences imprévues, turn-over et impératifs techniques, la planification peut rapidement devenir un irritant pour l’organisation. De nombreuses solutions basées sur l’intelligence artificielle (IA) voient le jour. Mais sont-elles réellement capables d’optimiser les plannings tout en respectant les contraintes réglementaires et professionnelles ?

    Un challenge concret pour des résultats mesurables

    L’objectif de ce défi est de comparer l’efficacité des solutions d’IA à une gestion manuelle, plus classiques des plannings. Pour cela, une vingtaine de cadres de santé participeront à une épreuve de 4 heures, organisée comme suit :

    • un exercice réaliste sera présenté, avec des variables liées aux ressources humaines : nombre de soignants, compétences, absences imprévues, impératifs personnels, etc. ;
    • 10 cadres utiliseront des outils d’IA pour proposer une solution ;
    • les 10 autres cadres utiliseront des méthodes de planification traditionnelles.

    Un jury examinera les plannings en aveugle, sans savoir s’ils ont été réalisés avec ou sans IA. Les critères d’évaluation incluent, sur le plan qualitatif, le respect des contraintes réglementaires, les besoins des professionnels et la prise en compte des imprévus tels que l’absentéisme. Sur le plan quantitatif, la vitesse de réalisation des plannings sera aussi évaluée. Cette expérimentation se veut rigoureuse et vise à démontrer, de manière concrète, l’intérêt d’utiliser des outils d’IA dans la gestion des plannings.

    Selon Mathieu Girier, directeur de la performance des ressources humaines à l’ANAP, les outils d’IA n’étaient pas encore matures il y a quelques années. Aujourd’hui ils semblent offrir des réponses bien plus pertinentes aux défis de planification.

    Sélection et calendrier :

    L’appel à candidatures reste ouvert jusqu’à fin décembre. À ce jour, 190 candidatures de cadres de santé ont déjà été reçues. La sélection des éditeurs de solutions d’IA est en cours, avec une vérification de l’adéquation au cahier des charges. Six candidats ont été présélectionnés pour le moment.

    Dates clés à retenir :

    • 6 mars 2025 (date prévisionnelle) : déroulement du défi.
    • 26 mars 2025 : présentation des résultats au Salon Infirmier.

    Des outils déjà implantés dans certains hôpitaux :

    En novembre 2023, le Groupe Vivalto Santé, troisième groupe d’hospitalisation privée en France, avait déjà déployé la solution Hopia – un outil de gestion automatisé des plannings – dans plusieurs de ses établissements (Hôpitaux Privés Rennais, la Clinique de la Côte d’Émeraude à Saint-Malo, les Hôpitaux Privés Rouennais).