Le 4 avril 2018, dans les locaux de la start-up Owkin, un accord cadre a été signé entre Yves Lévy, le PDG de l’Inserm, et Gilles Wainrib, l’un des co-fondateurs de la start-up, devant la presse.
L’ambition des deux acteurs est de bousculer le secteur de la recherche médicale et clinique en proposant des approches innovantes d’analyse de données. Ce partenariat s’inscrit dans la stratégie plus globale de l’Inserm de positionner la recherche biomédicale française en leader de l’intelligence artificielle en santé en misant sur son expertise dans l’analyse de données massive.
Owkin apporte le socle logiciel nécessaire à la réalisation de ce dessein, avec des outils de machine learning (apprentissage profond) développés en interne et mis à disposition de l’ensemble de chercheurs de l’Inserm, et appliqués aux données massives de l’institut afin d’accélérer la recherche médicale.
Owkin Socrates, plateforme de deep learning au service de la recherche biomédicale de l’Inserm
Owkin va appuyer l’Inserm dans sa stratégie « d’utiliser l’IA pour exploiter les données existantes et trouver de nouvelles pistes de recherche, en démocratisant l’accès aux technologies de l’IA pour les chercheurs » et « permettra d’aboutir à de nouvelles stratégies thérapeutiques », a annoncé le co-fondateur d’Owkin.
C’est le partenariat le plus large pour Owkin en termes de champs d’application dans la recherche médicale avec la perspective d’équiper des outils prédictifs et d’analyse de données qui va concerner « un nombre de chercheurs gigantesque – 13 000 -, d’ici un à deux ans ».
Les deux acteurs vont développer des projets scientifiques collaboratifs tels la prédiction de réponse aux traitements en cancérologie et l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques.
La plateforme Socrates permettra à chaque chercheur qui en est utilisateur de devenir lui-même acteur de l’IA.
Apprentissage fédéré, souveraineté des données et traduction en biomarqueurs de données massives de l’Inserm
Grâce à la technique d’apprentissage fédéré d’Owkin, les données massives de l’Inserm ne quitteront pas l’institution. L’Inserm a une longue expérience dans l’utilisation des données caractérisée par un usage éthique et souverain, deux aspects fondamentaux en santé, et Owkin permet de transformer les big data en smart data en répondant aux exigences réglementaires du secteur.
Les techniques technologiques d’Owkin permettront à l’Inserm d’exploiter les données éparpillées et hétérogènes et à ses chercheurs de bénéficier d’une interface personnalisable à souhait.
Ce ne sont que les résultats de l’analyse, tels de nouveaux biomarqueurs, qui pourront être exportés vers l’industrie. Les modalités de partage de valeur n’ont pas été précisées pour le moment, puisque la collaboration des deux acteurs ne fait que débuter.
La plateforme Socrates va démocratiser le deep learning pour la recherche médicale, rappelle Gilles Wainrib.
Pour Yves Lévy, les partenariats public-privé sont un outil illustratif de la façon dont « la recherche académique et les meilleurs talents français doivent s’allier pour produire des connaissances d’excellence ».
L’Inserm s’associe avec Owkin, car Owkin est un acteur important dans le domaine de l’IA associée à la recherche et l’Inserm a fait le choix d’être là dès le début pour capter l’innovation, car ce sont les outils puissants d’Owkin qui feront parler les données massives de l’Inserm.
L’IA permet des actions de santé publique inimaginable autrement
Selon lui, au vu des annonces faites par le Président de la République à la suite de la publication du rapport de la mission Villani, « il n’est nul doute que l’IA sera à l’origine de bénéfices importants pour la recherche, pour la pratique médicale, pour le système de santé national ».
Yves Lévy citait en exemple un projet de recherche sur la base d’analyses de données émanant des feuilles de remboursements du SNDS répertoriant entre 3 et 5 millions d’hospitalisations liées à une démence précoce inhabituelle chez une population de moins de 65 ans et qui a permis de mettre en évidence la cause liées à une consommation d’alcool.
« Sans avoir fait appel à l’analyse par l’IA, cette cause n’aurait jamais pu être identifiée même en 15 ans de recherche, affirme Yves Lévy, et on n’aurait pas pu mettre en place une politique adaptées en termes de santé publique ».
Stratégie pour une recherche biomédicale française leader de l’IA en santé
L’Inserm fait valoir son expertise et son expérience longue de plus de 20 ans et souhaite les exploiter en recourant aux outils de l’IA afin d’accélérer et d’orienter la recherche.
Son PDG a rappelé lors de la conférence de presse :
- son excellence scientifique et sa maîtrise des question biologiques et médicales à adresser ;
- sa connaissance des données générées dans le cadre de la recherche médicale sur une cohorte de plus de 200 000 personnes et sur plus de 300 centre de recherche en France et à l’étranger ;
- son rôle clé dans la production et l’utilisation de données majeures en biologie et santé.
Tous ces éléments confortent la position de leader de l’institut dans la recherche biomédicale qu’il va asseoir grâce à :
- la mobilisation des meilleures équipes déjà impliquées dans le développement de l’IA, la production et l’exploitation de données ou le suivi de cohortes ;
- la contribution-clef à l’utilisation des données du Health Data Hub, qui s’appuiera sur les données du SNDS et les données de recherche clinique et biologique, comme annoncé par le Président de la République ;
- la mise en place d’une infrastructure nouvelle de collecte et d’analyse des données de génomique médicale dans le cadre du plan France Médecine Génomique ;
- l’accélération de sa politique de partenariats publics et privés avec les organismes de recherche nationaux et les industriels dans les domaines de l’intelligence artificielle (mathématiques, algorithmes, modélisation, logiciels, etc.)
Dans le cadre des appel d’offres annoncés par le Président de République, l’Inserm et Owkin répondront conjointement à ces propositions.