« Les actifs du secteur de la santé ont attiré un nombre record d’investisseurs [en 2018] » affirme le cabinet de conseil Bain & Company. La valeur des transactions a augmenté de près de 50 % pour dépasser les 56 milliards d’euros (63,1 milliards de dollars US, contre 42,6 milliards de dollars enregistrés en 2017), et le nombre de transactions est passé de 265 en 2017 à 316 en 2018, indique-t-il dans un rapport publié le 17 avril 2019.
2018 est notamment un bon cru pour le secteur des technologies médicales et des services connexes, avec un chiffre record de 67 transactions, contre 51 en 2017. Les montants annoncés sont revenus aux sommets de 2014, atteignant 10,5 milliards de dollars grâce à 5 deals d’une valeur supérieure à 1 milliard de dollars. Le document rapporte que 3 des 10 plus importants rachats de 2018 en santé ont été réalisés en medtech : LifeScan, Sebia International et Sirtex Medical.
Le secteur de la santé s’appuyant de plus en plus sur des solutions logicielles et technologiques, le nombre de transactions en e-santé a augmenté pour la troisième année consécutive, avec 48 deals en 2018 contre 32 en 2017. Bain & Compagny souligne que 73 % des transactions ont été effectuées dans le secteur des fournisseurs de soins, les technologies numériques ayant le plus progressé dans ce celui-là. Les montants annoncés ont atteint 8,6 milliards de dollars, grâce à 2 deals d’une valeur supérieure à 1 milliard de dollars. Le rapport cite notamment le rachat d’Athenahealth, fournisseur de services réseaux et d’applications mobiles en santé, par Veritas Capital et Elliot Management pour 5,7 milliards de dollars.
Medtech : Bain & Co invite à être attentif à la réglementation
Bain invite les acquéreurs potentiels de sociétés medtech à être attentifs aux nouveaux développements en matière de réglementation du secteur au niveau mondial.
Une clarification salutaire
Le cabinet estime que la réglementation des dispositifs médicaux MDR adoptée en 2017 par l’Union européenne (UE), prévoyant des normes plus rigoureuses d’ici à 2020, a « clarifié les choses pour les investisseurs », encourageant une hausse des transactions. De même, la région Asie-Pacifique a vu une augmentation des transactions après que la Chine et l’Inde ont introduit en 2017 de nouvelles réglementations sur les dispositifs médicaux (DM) qui ont rassuré les investisseurs.
Une réforme très attendue aux États-Unis
Aux États-Unis, la FDA prévoit de modifier la procédure d’homologation accélérée des dispositifs médicaux 510 (k) : ce projet de réforme, qui devrait être dévoilé début 2019, « ralentira probablement certaines innovations et augmentera les coûts de R & D », indique Bain & Company.
Le MDR complexifiera mais rassurera
Le règlement européen MDR, qui exigera également un examen plus approfondi des produits medtech, augmentera aussi les coûts de fabrication, « ce qui pourrait conduire à une consolidation plus poussée ».
Les modifications annoncées en 2017, estime le rapport, « augmenteront le nombre d’appareils réglementés, relèveront les normes relatives aux données cliniques et obligeront les entreprises à recertifier de nombreux appareils existants ». Le cabinet rappelle cependant que le règlement accroîtra également la sécurité et la fiabilité des DM, et donc la visibilité pour les investisseurs.
E-santé : plusieurs créneaux porteurs
Bain prévoit que les opérations rachat se concentreront sur les sociétés e-santé dont l’activité consiste à aider les financeurs à fonctionner plus efficacement, facilitant le changement de modèle de tarification et le contact avec le consommateur, comme l’automatisation des fonctions administratives.
« De nombreuses opportunités » seraient également à chercher « à l’intersection du payeur et du prestataire », dans les solutions d’analyse de données et celles qui visent à assister les biotech de la recherche à la commercialisation, est-il indiqué.
Le cabinet anticipe parallèlement un intérêt accru pour les solutions d’interopérabilité entre plateformes, alors que les solutions de stockage de données comme le cloud sont en train de devenir un moyen alternatif d’interopérabilité. C’est ce qu’on bien compris les géants Google et Amazon, qui continuent de perfectionner leurs solutions basées sur le cloud pour faciliter l’analyse des données de santé.
Vers un autre record en 2019
« L’année dernière a été une année incroyable pour les transactions dans le secteur de la santé », a déclaré Nirad Jain, codirecteur des activités santé de Bain & Company, évoquant « les fondamentaux solides » du secteur et ses bonnes performances sur la période récente, qui ont attiré les investisseurs « en quête de valeurs refuge ». Selon lui, « la concurrence pour les actifs en santé s’est intensifiée au cours de l’année et ne montre aujourd’hui aucun signe de faiblesse ».
« 2019 devrait être une autre année record », prévoit le rapport, soulignant que « les fondamentaux du secteur santé sont souvent relativement à l’abri des cycles économiques, avec pour conséquence des rendements stables, ce qui attire beaucoup les investisseurs ». Bain & Company s’attend à ce que les marges bénéficiaires élevées du secteur, sa résistance à la récession et les possibilités de rachat persistent en 2019, soutenant notamment les investissements dans les technologies médicales.