Provoquer la rencontre entre start-ups et industries de santé afin d’accélérer l’intégration des innovations des jeunes entreprises dans les métiers et les business modèles des laboratoires pharmaceutiques, entreprises de biotechnologies et fabricants de dispositifs médicaux. Tel est l’objectif du Digital Pharma Lab, présenté comme le « premier accélérateur pharmatech indépendant en Europe ». Inauguré le 9 décembre 2019 à l’occasion d’une conférence spéciale, ce nouvel organisme est soutenu par Bpifrance et l’EIT Health : son lancement marque le démarrage de la première promotion du programme d’accélération, axée pour cette première saison sur la thématique « révolution pharmatech ».
Ce programme de 4 à 6 mois a pour but de permettre aux industriels de la santé partenaires d’accélérer, voire d’intégrer dans leurs modèles, les innovations des start-ups pharmatech sélectionnées :
• les partenaires industriels : Biogen, Ipsen, Servier, Otsuka, Sanofi, Takeda et Chugai ;
• start-ups sélectionnées : Apodis Pharma, Diam Park, Epigene Labs, Inato, Invenis, Lucine, MyBrain Technologies, MyScienceWork et Yuni.
Le Digital Pharma Lab s’engage également aux côtés des start-ups pour leur permettre de consolider leurs opportunités de développement en attirant l’attention des investisseurs publics et privés.
L’accélérateur a été co-fondé par Pascal Bécache, ancien d’IBM et d’Iqvia, et Didier Tranchier, investisseur dans plus de 40 start-ups depuis 20 ans.
Faire de Paris la place des investissements pharmatech en Europe et dans le monde
Pascal Bécache, co-fondateur du Digital Pharma Lab, souligne que l’ambition de cet accélérateur « est de contribuer à faire de Paris le cœur des investissements pharmatech en Europe et dans le monde en se fondant sur son environnement scientifique, technologique et économique unique ».
“L’annonce il y a quelques jours par la région Île-de-France de la création d’un programme d’investissement européen de deux milliards d’euros pour le développement d’entreprises innovantes du secteur santé et des sciences de la vie, vient corroborer notre vision et conforte notre volonté », complète-t-il.
« Le challenge est de faire rentrer le digital dans l’industrie pharma »
En introduction de cette matinée, Vincent Galand, le directeur de l’innovation du Digital Pharma Lab, précise cependant qu’« il manque un rouage entre industriels et start-ups » actuellement. Martin Dubuc, P.-D.G. de Biogen, rappelle de son côté que « le challenge est de faire rentrer le digital dans l’industrie pharma ». Le temps de développement « est trop long », observe-t-il. « Dans le secteur du dispositif médical, ce temps est plus court, ajoute-t-il. Il n’y a pas encore de burning plateforme côté pharma. Les acteur n’ont pas encore le sentiment qu’ils vont se faire « disrupter ». Quels choix opérer ? Comment faire rentrer le digital dans le secteur ? Par l’intrapeunariat ou l’intégration ? »
« Outre le fait de favoriser des débouchés commerciaux, le programme de Digital Pharma Lab représente une formidable opportunité pour les start-ups sélectionnées de démontrer aux investisseurs publics et privés l’intérêt des industriels pour leurs solutions et la solidité de leur potentiel de développement », estime Didier Tranchier, co-fondateur de l’accélérateur. Selon Thierry Picard, associé, le nouveal accélérateur « apporte aux industriels de la santé tous les avantages d’un partenaire indépendant, bien inséré dans l’écosystème pharmatech, expert de l’accompagnement de projets digitaux transverses ».
« Les enjeux d’un laboratoire de demain » : la vision des partenaires industriels
Ipsen : le choix de l’intégration
- Intervenenu lors de la conférence du 9 décembre : Dominique Bery, executive vice president strategy & transformation à Ipsen
Chez Ipsen, c’est le choix de l’intégration. Il manque le coté « disruptif » et peut-être l’intrapreunariat, note Dominique Bery. On explique en interne que le digital va apporter une valeur médicale au patient. Le premier enjeu est de mettre le médicament plus vite possible sur le marché et s’assurer que le patient tire le plus de bénéfices de ce traitement. Le second enjeu selon Ipsen c’est celui de la donnée : l’utilisation de ces datas à disposition mais finalement peu utilisées.
L’idée en résumé est :
- de rassembler ses propres données ;
- d’accéder aux données en vie réelle et accepter leur manque de qualité, et apprendre à travailler avec ces données imparfaites en les agrégeant ;
- de générer de nouvelles données pendant que le patient prend son traitement.
Exemple d’une appli pour le cancer du pancréas. Très peu d’innovation thérapeutique. Difficile de mettre en place des protocoles, savoir où sont les patients. Impact majeur si on y arrive.
Sanofi : « nouer de nouvelles relations pour créer de la valeur pour le patient »
- Intervenant : Isabelle Vitali, head of commercial digital innovation center à Sanofi
« Nous travaillons avec tout l’écosystème, jusqu’au patient, indique Isabelle Vitali. Le digital permet cela même si l’humain reste indispensable. Le numérique nous aide à avoir des messages plus précis, à développer des outils pour nos interlocuteur, à collecter des données pour être beaucoup plus qualitatif, et, pour le professionnels de santé, à développer des solutions afin de mieux appréhender le suivi des patients (maladie chronique comme le diabète). Notre stratégie est de nouer de nouvelles relations pour créer de la valeur pour le patient. »
La volonté de Sanofi est d’être « extrêmement concret » en se penchant sur des questions concrètes. « En amont, on se met d’accord sur les axes stratégiques, explique Isabelle Vitali. Le focus sur l’usage étant désormais bien ancré dans les esprits, l’enjeu désormais est économique : qui va payer au final ? Quelle valeur cela va-t-il générer ? Nous mettons au cœur de nos réflexions l’éthique by design. C’est un changement de mentalité complet. »
Takeda : l’open innovation pour améliorer l’accompagnement tout au long du parcours de soins
- Intervenant : Laure Monange-Caby, head of customer solutions & innovation Takeda
« Avec l’open innovation, il est possible de proposer un accompagnement sur tout le parcours de soin, au-delà de la prise de médicaments, note Laure Monange-Caby. C’est un changement d’état d’esprit dans l’entreprise ». Cette approche doit être testée pour voir si elle fonctionne, indique-t-elle, et savoir comment la généraliser et la partager à toutes les aires thérapeutiques».
Servier : « il faut avoir recours à l’intrapreneuriat »
- Intervenant : Claude Bertrand, executive vice president R&D à Servier
Claude Bertrand met en avant la problématique de succès, les laboratoires pouvant investir de manière conséquente (tant en matière de temps, de ressources humaines et de coût) dans des produits dont le succès final n’est pas garanti. « Comment accélérer la mise sur le marché d’un marché ?, interroge Claude Bertrand, qui note par ailleurs qu’il y a un besoin de trouver des data scientists. « Le changement d’état d’esprit est très important. Il faut avoir recours à l’intrapreneuriat et intégrer le concept de « think out of the box » », estime-t-il.
Otsuka : mettre le client au cœur des réflexions
- Intervenant : Magali Schembri, Chief Digital Officer Otsuka France
Concernant la transformation digitale, le changement de culture est plutôt insufflé dans l’entreprise, par l’intrapeunariat, commente Magali Schembri. Étant une filiale d’un groupe japonais, au niveau local l’enjeu est de travailler de façon plus agile, de mettre le client au cœur des réflexions, explique-t-elle. La plupart du temps le digital est la solution mais pas nécessairement non. Voici les étapes qu’elle préconise :
– 1. transformer le comité de direction ;
– 2. entretenir l’etat d’esprit start-up ;
– 3. changer les façons de travailler ;
– 4. travailler avec des acteurs.
« De la start-up au scale up »
- Marion Cassiau, head of startup acceleration à Bpifrance (Healthcare Ventures), estime que « le dialogue n’est pas assez important » entre industriel et start-up.
- Anne Osdoit, partner Sofinnova, explique que son cabinet va « se pencher sur les barrières à l’entrée du marché et [qu’il mène] pour cela une analyse du chemin réglementaire et et cherche à améliorer l’accès au marché : « Est-ce que le business model est suffisamment travaillé pour l’échelle internationale ? », interroge-t-elle.
- Bernard Kirsch, président d’Angels Santé : en tant que business angel, son cabinet intervient sur du « seed » en medtech, en santé digitale et en biotech. Il voit environ 140-150 sociétés par an et investit dans 7 % d’entre elles. Il étudie lui aussi les barrières à l’entrée du marché, la part de marché potentielle. Enfin, il analyse la capacité d’exécution, la « scalabilité » et l’internationalisation, les premiers critères à étudier pour un investissement. « Tout n’est pas qu’une question d’argent, estime-t-il, il s’agit d’accompagner dans la durée. La difficulté réside dans les séries B ou C. »
- Pierre Moustial, président du groupe Urgo, constate des freins dans le remboursement des medtech par la Sécurité sociale alors qu’il y a beaucoup de création. Il modère toutefois en évoquant l’article 51, qui permet une prise en charge par l’Assurance maladie. Ce qui permet le « scale up » selon lui, ce sont des soutiens comme le crédit impôt recherche (CIR) et Bpifrance. Il préconise de ne surtout pas aller en bourse, tel que Euronext, car pour une start-up, « la prédictibilité est trop compliqué ». Il faut au moins 10 à 20 millions d’euros de chiffres d’affaires pour envisager une introduction, recommande-t-il.
- Anaïs Délicourt, business creation manager à l’EIT Health France : l’EIT health, qui n’a que 3 ans d’existance en France, accompagne les start-ups dans leur « scale up » en termes de financement au niveau européen. Il existe pour ces jeunes sociétés un réseau d’investisseurs à l’échelle européenne qui propose des programmes de cross investment : business angel et seed pour de la série A et des programmes en France pour les séries B et séries C. Anaïs Délicourt souligne que la France, l’Allemagne et l’Angleterre sont des marchés attractifs pour l’Europe.
- Maryne Cotty-Eslous, P.-D.G et co-fondatrice de Lucine, propose de marketer l’éthique « made in France » car la France, avec l’Angleterre et l’Allemagne, est un marché attractif.