Une prise en charge spécialisée et coordonnée, associée au développement d’outils numériques, à l’utilisation d’algorithmes d’intelligence artificielle (IA) et à un modèle de financement forfaitaire au parcours de soins. C’est ce que propose le projet d’expérimentation Passport BP (parcours de soins pour les patients bipolaire), porté par la Fondation FondaMental et qui vient d’être autorisé par un arrêté du ministère des Solidarités et de la Santé. L’initiative s’inscrit dans le cadre de la réforme de l’organisation et du financement du système de santé conduite par Agnès Buzyn.
Le projet est soutenu par un budget de 5 millions d’euros sur les 3 premières années d’implémentation. L’expérimentation concernera 2 000 personnes atteintes de troubles bipolaires réparties sur 5 territoires représentatifs de l’organisation des soins en psychiatrie. Elle s’échelonnera entre 3,5 et 4,5 ans, avec une évaluation intermédiaire réalisée au bout de 3,5 ans.
Son objectif est d’« améliorer le pronostic psychiatrique et somatique des patients, leur qualité de vie et leur satisfaction tout en améliorant la performance médico-économique du système de santé », indique l’AP-HP dans un communiqué publié le 27 septembre 2019.
Passport BP est le fruit d’une collaboration avec la start-up Sêmeia et 5 centres hospitaliers : le CHU de Clermont-Ferrand (Auvergne Rhône-Alpes), le CH du Vinatier (Lyon, Auvergne Rhône-Alpes), le CH de Moulins-Yzeure (Auvergne Rhône-Alpes), le CHRU de Besançon (Franche-Comté) et les Hôpitaux universitaires Henri-Mondor – AP-HP (Ile-de-France). « Cette expérimentation associe également la société SBT HappyNeuron, l’association Argos 2001 et l’Unafam », précise l’AP-HP.
« Vers une prise en charge globale (psychiatrique et somatique) et spécialisée »
« Cette expérimentation concrétise les transformations souhaitées par les cliniciens et les patients vers une prise en charge globale (psychiatrique et somatique) et spécialisée, au sein d’un modèle économique incitant à la qualité et à l’efficience. Elle préfigure des évolutions qui pourraient s’appliquer aux autres maladies psychiatriques comme la dépression ou la schizophrénie », commente le Pr Marion Leboyer, directrice de la Fondation FondaMental et directrice médical du département médico-universitaire Impact (AP-HP).
Un plan de soin personnalisé, suivi par un « case manager »
Passport BP propose un parcours de soins spécialisé spécifique aux personnes atteintes de troubles bipolaires après leur passage dans un service de psychiatrie adultes (post-hospitalisation complète ou partielle ou à l’issue du passage en CMP).
Dans un premier temps, un plan de soins personnalisé est défini pour chaque patient de manière pluridisciplinaire. Il est établi au cours de consultations spécialisées longues, qui peuvent être complétées par un bilan au sein d’un centre expert FondaMental Troubles bipolaire dans les cas les plus complexes.
La suivi et la coordination de ce plan seront pilotées par un case manager, « une fonction assurée par une infirmière ayant reçu une formation dédiée spécifique », précise l’AP-HP (communiqué). Le case manager aura pour mission :
- de détecter les indices de détérioration de la santé du patient et d’ajuster le plan en fonction ;
- d’améliorer l’articulation ville-hôpital des différents acteurs sanitaires et médico-sociaux ;
- de favoriser la diffusion des bonnes pratiques.
Des outils numériques et un traitement des données pour optimiser la prise en charge
Le projet « s’appuie sur une utilisation intensive des outils numériques et le traitement massif de données de santé pour piloter le projet de soin du patient, répondre à ses besoins de santé et mettre à sa disposition des thérapies psychosociales peu disponibles en soins courants », indique l’AP-HP.
MentalWise : un suivi des symptômes de la maladie pour une prise en charge rapide des crises somatiques
Parmi ces solutions figure MentalWise de Sêmeia, qui permet entre autres un suivi des symptômes de la maladie pour une prise en charge rapide des crises et des événements somatiques.
Basé sur un système d’intelligence artificielle (IA), MentalWise réalise une analyse prédictive de l’état de santé du patient afin d’aider les soignants à orienter leurs actions de prévention et d’éducation vers les patients les plus à risque de crise maniaque ou dépressive, d’arrêt de traitement ou d’hospitalisation.
La solution SimpLe, un outil numérique de psychoéducation, et Happy Neuron, une solution digitale de remédiation cognitive, seront également utilisées parmi d’autres outils dans le cadre de l’expérimentation.
« L’apport massif de données de suivi collectées automatiquement et l’utilisation de modèles prédictifs devraient permettre aux équipes soignantes d’anticiper les événements graves survenant sur le parcours du patient. La mise à disposition de ces outils digitaux au service des soignants et des patients va profondément transformer la prise en charge de demain », commente Daniel Szeftel, co-fondateur de Sêmeia.
Vers un financement forfaitaire au parcours
Dégager de nouvelles ressources pour la psychiatrie tout en réduisant la dépense pour la collectivité
Un nouveau mode de financement sera expérimenté à travers le projet Passport BP. L’idée est de basculer progressivement « d’un financement par la dotation annuelle de fonctionnement (DAF), budget global inégalitaire, inefficace et peu propice au déploiement de nouvelles organisations, à un financement forfaitaire au parcours, afin de dégager de nouvelles ressources pour la psychiatrie française tout en réduisant la dépense pour la collectivité par la limitation des hospitalisations et arrêts de travail », explique l’AP-HP.
Ce nouveau mode de financement est également basé sur la mesure d’indicateurs de résultats qui importent aux patients, définis au préalable avec l’association Argos 2001.