Une application mobile sur iPad informant sur le dépistage du cancer colorectal et permettant de commander des tests en ligne a permis de doubler le taux de participation au programme. L’étude* menée par des chercheurs américains et publiée le 13 mars 2018 dans les Annals of Internal Medicine a été conduite auprès d’une population de faible niveau social.
Dépistage du cancer : une incitation technologique
En France, seulement un tiers des 50-74 ans participent au programme de dépistage organisé du cancer colorectal. Pourtant, le nouveau test immunologique développé sur l’ensemble du territoire depuis 2015 a démontré qu’il pouvait faire baisser la mortalité liée à ce cancer de 15%… Ces espoirs ne se confirmeront que si 50% de la population cible participe effectivement au programme de dépistage. Plusieurs études épidémiologiques ont déjà identifié les freins au dépistage. Le manque d’information, le fait de ne pas se sentir concerné, mais aussi la méconnaissance des procédures de dépistage et le niveau d’éducation font partie des principaux obstacles.
Un tiers de participants
Aux Etats-Unis, le programme de dépistage du cancer colorectal ne parvient pas non plus à convaincre. Comme dans l’hexagone, seulement un tiers de la population concernée pratique les tests. Afin d’inciter davantage d’Américains à participer à ce programme de prévention, une équipe de chercheurs a voulu tester la pertinence d’une application numérique. Ils ont donc mis sur pied un essai clinique randomisé dont les résultats ont été publiés le 13 mars 2018 dans les Annals of Internal Medicine.
Une application pour lever les freins
Concrètement, ils ont recruté 450 personnes qui ont été invitées à se rendre dans l’une des six cliniques de soins primaires communautaires pour y subir les tests de dépistage du cancer colorectal. Ils ont ensuite été randomisés en deux groupes : 223 appartenaient au groupe d’intervention et utilisaient l’application iPad mPATCH-CRC et 227 appartenaient au groupe contrôle. Ces derniers regardaient uniquement un film de prévention. En revanche, l’application conçue spécialement pour l’occasion les informaient sur les différents types de test, leur permettait de les commander en ligne, leur apportait un soutien via l’envoi de messages automatisés… Elle leur permet donc de les aider à prendre une décision de dépistage en toute connaissance de cause. Les participants ont utilisé mPATH-CRC au cabinet de leur médecin généraliste sur un appareil appartenant à la clinique, et ils ont pu demander un suivi sur leurs appareils personnels.
Résultats : deux fois plus de participants
- 30% des personnes ayant utilisé l’appli iPad ont réalisé un test de dépistage du cancer colorectal contre 15% dans le groupe contrôle ;
- 53% des personnes ayant participé au dépistage ont commandé elles-mêmes leur test.
« En tant que médecin de soins primaires, je n’ai aucun souci à admettre que l’iPad fasse un meilleur travail d’éducation à la santé que moi, a déclaré le Dr David P. Miller, professeur de médecine interne à Wake Forest Baptist et principal auteur de l’étude. Après tout, l’iPad a recours à des animations et des vidéos, alors que moi je n’ai que ma voix et éventuellement quelques dessins griffonnés. »
Quand l’iPad soutient les médecins
Bien sûr, ce chercheur américain reconnaît bien volontiers que «dans un monde idéal, un médecin devrait discuter du besoin de dépistage avec ses patients, les informer des options disponibles, les aider à prendre une décision et ensuite commander le test. Mais, tout cela prend du temps », ajoute le Dr Miller. «Les programmes de santé numérique comme celui que nous avons développé ne devraient pas remplacer les médecins, mais plutôt les aider à prodiguer de meilleurs soins et encourager les patients à participer activement à leurs propres soins», a-t-il conclu.
Le recours à une application mobile n’est cependant pas la méthode miracle. En effet, bien que le dépistage ait augmenté considérablement dans l’étude, environ la moitié des patients n’ont pas réussi à compléter les tests ordonnés. La solution passera sans doute par un mélange de plusieurs outils : technologique mais aussi éducatif et comportementaliste.