Ni2o pour Neuron Input to Output, une start-up en train de développer et de tester un implant cérébral visant à traiter les effets des maladies neurodégénératives, a été officiellement accueillie à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) au sein du complexe hospitalier de Pitié-Salpêtrière, à Paris, le 18 octobre 2018.
L’implant, qui mesure 1,9 sur 2,2 millimètres et pèse moins de 2 grammes comporte une puce informatique dotée de circuits permettant l’apprentissage profond et une communication d’informations vers et en partance des neurones. La communication se fait grâce à une centaine de milliers d’électrodes en nanotube de carbone – un matériel biocompatible – via un signal électrique ou bien lumineux, par le biais d’une dizaine de milliers de diodes électroluminescentes (LED) miniatures qu’englobe l’implant.
Cette technologie mini-invasive vise à traiter et à réduire les effets des maladies neurodégénératives. C’est avant tout un traitement dans le cadre de la maladie de Parkinson qui est ciblé par le premier implant, dont la commercialisation n’est attendue que d’ici quelques années.
Ni2o espère accélérer le développement de Kiwi grâce à un partenariat avec la start-up Novai, une spin-off d’Ericsson.
Ni2o propose une interface cerveau-machine pilotée par l’IA
Newton Howard, chercheur qui dirige le Synthetic Intelligence Lab du Massachusetts Institute of Technology, aux États-Unis, et le Computational Neuroscience Lab de l’université d’Oxford, au Royaume-Un, est le CSO de la start-up et est spécialiste en neurosciences.
Ils sont trois fondateurs. Aux côtés de Newton Howard, on retrouve Richard Wirt, CTO de la start-up et ancien vice-président d’Intel, et Russell Hayward, P.-D.G., qui a accompagné de nombreuses start-ups dans la résolution des exigences techniques dans le domaine des hautes technologies.
Des brevets valant plus de 436 millions d’euros (500 millions de dollars)
Ni2o dispose d’un recueil de 18 brevets à ce jour qui valent environ 436 millions d’euros. Ils portent entre autres sur la technologie des nanotubes de carbone qui permettent un échange bidirectionnel de données avec le cerveau.
L’implant Kiwi est également dotée d’une intelligence artificielle (IA) qui va être entraînée à partir des signaux envoyés par le cerveau et qui pourra envoyer des signaux électriques et optiques aux zones définies précisément, avec des algorithmes qui détermineront la meilleure réponse thérapeutique et qui seront continuellement améliorés par apprentissage automatique.
Commercialisation de l’implant associé à une plateforme de données
À terme, Ni2o souhaite vendre l’implant et procéder à la collecte et à l’analyse continue des données.
Ces données permettront de faire une cartographie du cerveau à haute résolution menant à des opportunités supplémentaires.
Par ailleurs, l’implant a été conçu de façon à pouvoir être utilisée pour traiter un large éventail de maladies neurodégénératives en fonction de son emplacement dans le cerveau et le logiciel qui lui est associé. Cette caractéristique doit permettre l’accélération des processus réglementaires en vue d’obtenir les autorisations de commercialisation.
À plus long terme, des applications en vue de l’optimisation cognitive pourront être envisagées ainsi que la possibilité de procéder à des traitement via des dispositifs portables.
Une alternative à la chirurgie lourde qui réduit les risques opératoires
La procédure associée à l’implant Kiwi est faiblement invasive. Au lieu de nécessiter l’ouverture du crâne et le positionnement de l’implant grâce à une sonde, elle requière un passage par la cavité nasale en réduisant le risque d’infections nosocomiales et en divisant par 7 la durée de l’intervention : qui passe de 14 heures à 2 heures.
Une IA au service du cerveau réparé et non du cerveau augmenté
Cédric Villani, chargé du plan de développement de l’intelligence artificielle en France, s’est rallié à la cause de Ni2o et était présent à l’inauguration pour exprimer son soutien au projet.
Il a souligné la capacité de l’IA à générer du progrès dans les champs d’application les plus divers. Il l’explique par son modèle de développement qui repose sur la collaboration entre équipes scientifiques de pointe et les experts d’un champs spécifique dans une approche de capitalisation de connaissances existantes dans le domaine en question.
Réparer pour rendre la dignité
Cédric Villani a anticipé les questions d’ordre éthique en avançant que les projets scientifiques et médicaux n’avaient pas pour objet l’homme bionique ou l’homme augmenté mais l’homme qui a besoin d’être réparé. Selon lui, le projet porté par Ni2o est l’exemple parfait de comment nous pouvons procéder à une réparation des inégalités causées par une maladie grave pour plus de solidarité et d’espoir.
Dans le même esprit, Newton Howard a avancé au cours de son intervention que « l’objectif [n’était] pas de faire de l’homme augmenté mais [de] s’occuper de ce qui [était] endommagé et [de] restaurer la dignité humaine ».
« L’Homme régresse, nous souhaitons l’aider à recouvrer ses pleines capacités, [à] réduire le déficit d’attention, [à] limiter l’impact des maux qui détériore son cerveau tels que les maladies neurodégénératives. Nous préférons donc parler « d’Homme réparé » plutôt que d’Homme augmenté. Nous ne créons pas de cyber-humain, nous lui offrons simplement la possibilité de jouir à nouveau pleinement de ses capacités cognitives », a-t-il par ailleurs déclaré.
Le soutien de tout l’écosystème recherche et start-ups français
Un écosystème de recherche et de soutien aux start-ups attractif
D’autres acteurs tels Nicolas Crespelle, président de Quadrivium Ventures Sorbonne Université, et Nicolas Carboni, directeur deep tech de Bpifrance, sont venus exprimer leur soutien à la nouvelle start-up et vanter les avantages de l’écosystème parisien et français.
L’une des raisons qui a poussé Ni2o à venir s’installer en France est la qualité de l’écosystème de la recherche scientifique et médicale français. Sa volonté de devenir leader de la deep tech et de l’IA a été encourageante en ce sens, selon Newton Howard. Le soutien sous forme d’accompagnement et d’incubation au sein de l’ICM ainsi que le soutien financier de Bpifrance les a décidés.
Il a jugé que la qualité des chercheurs et leur maîtrise de l’intelligence artificielle, au meilleur niveau mondial, va être bénéfique au perfectionnement de Kiwi à la croisée de diverses disciplines scientifiques et nécessitant une approche multidisciplinaire. L’ICM va incuber la start-up mais également accueillir ses tests cliniques.
La France se doit d’être acteur en neurosciences
Nicolas Crespelle, président de Quadrivium Ventures Sorbonne Université, a déclaré que Paris était le plus grand campus du monde avec l’ensemble de ses universités et de ses écoles et qu’il suffira de mettre de bons outils à la disposition des chercheurs pour les faire venir.
Il insiste sur la nécessité de s’impliquer dans l’évolution qui est en train de s’opérer dans le domaine des neurosciences et d’en devenir leader (« Be a player« , a-t-il déclaré dans son intervention en anglais).
Bpifrance et ses dispositifs de soutien fninancier
Nicolas Carboni, directeur deep tech à Bpifrance a souligné la complexité de la recherche scientifique française et a appelé à une simplification des processus de transfert de brevets de propriété intellectuelle notamment.
Selon lui, les deux points fondamentaux pour attirer davantage de chercheurs sont :
- la création d’une structure unique représentant les acteurs français de la recherche qui puisse agir et signer des accords avec une start-up ainsi qu’une gestion mutualisée des brevets permettant l’accélération des transferts qui prennent actuellement jusqu’à un an demi ;
- la mise à disposition de fonds rapidement mobilisables par les start-ups, ce qui est déjà l’objet des activités de Bpifrance.
Nicolas Carboni a annoncé à ce sujet le lancement d’un nouveau dispositif de financement début 2019 à destination des start-ups pour leur permettre de démarrer ce qu’il appelle la French Tech Seed.
Soutien financier : 1,4 millions d’euros levé et un prêt de Bpifrance
La start-up a jusqu’à présent levé 1,4 million d’euros (1,6 million de dollars américain à l’origine) et a obtenu un prêt de Bpifrance à ce stade. Le montant total de ce dernier n’a pas été dévoilé mais Health & Tech Intelligence a obtenu l’information qu’il s’agissait de « quelques centaines de milliers d’euros« .
D’autres levées de fonds sont prévues pour mener le projet à bien et surtout accélérer son aboutissement et sa commercialisation.