Le recours à des e-thérapies ne semble pas diminuer le poids économique de la prise en charge de la dépression, montre une étude* randomisée et contrôlée menée par des chercheurs néerlandais, concluant que le fait de compléter la thérapie classique par une thérapie mobile n’est pas rentable. La recherche a par ailleurs révélé que les résultats positifs de la e-thérapie expérimentée ne se maintenaient pas après 24 mois. Ces travaux, publiés le 26 novembre 2018 dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR), suggèrent que le rapport coût-efficacité est meilleur quand les interventions sont davantage guidées par un thérapeute.
La technologie pour diminuer les coûts de la dépression
En 2016, quelque 268 millions d’individus souffraient de dépression dans le monde. Les troubles dépressifs majeurs pèsent lourd dans l’économie à cause du coût des soins mais aussi des pertes de productivité liées aux arrêts de travail.
Pour alléger ce fardeau, des interventions psychologiques et/ou des antidépresseurs sont recommandés dans la phase aiguë afin de prévenir les rechutes. Cependant, le nombre de professionnels de santé est insuffisant et beaucoup de personnes ne se traitent pas.
En raison de leur nature flexible et accessible, les interventions basées sur internet pourraient constituer une solution rentable et viable pour un grand nombre de personnes à risque. Cependant, le coût d’une telle stratégie est encore mal connu.
Web + SMS + téléphone : une e-thérapie testée pendant 2 ans
Des chercheurs néerlandais ont donc mené un essai randomisé et contrôlé afin d’évaluer l’efficacité clinique ainsi que le coût d’un programme de prévention des rechutes basé sur internet ajouté au traitement habituel, comparé au traitement habituel seul chez les patients atteints d’une dépression chronique.
Un groupe de 264 malades, âgés de 18 à 65 ans, a été randomisé en deux groupes. Ils souffraient de dépression depuis au moins deux ans et étaient en rémission depuis au moins 2 mois.
Le programme de thérapie cognitive mobile comprenait 8 modules en ligne avec le soutien minimal d’un thérapeute et un système de surveillance continue de l’humeur via des SMS. Les participants ont été invités à participer à 1 module et se sont vus proposer entre 2 et 4 contacts téléphoniques avec un thérapeute (30 minutes maximum). S’ils ne se connectaient pas au site pendant 6 semaines, ils étaient relancés par courrier électronique ou SMS. Les participants du groupe e-thérapie recevaient par ailleurs les soins habituels, tels que des antidépresseurs.
L’évaluation des coûts du dispositif comprenait ceux liés à la formation et à la supervision des thérapeutes, au développement de l’outil technologique ainsi qu’à la perte de productivité. Les résultats de cette étude ont été publiés 26 novembre 2018 dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR).
Des résultats décevants
- Le coût de la e-thérapie (couplée avec la prise en charge traditionnelle) était de 8 298 € pour 24 mois, contre 7 296 € pour la thérapie classique seule.
- Le nombre moyen de jours sans dépression était de 661 dans le groupe suivant la e-thérapie, contre 656 dans le groupe contrôle.
- L’indice de qualité de vie était sensiblement le même dans les deux groupes.
Globalement, les auteurs précisent que la e-thérapie se traduisait par environ 5 jours en plus sans dépression mais que ce gain générait un surcoût de plus de 1 000 euros.
Ils estiment que, faute d’investissement majeur, la probabilité que la e-thérapie soit coût-efficace est faible. « Les résultats de cette étude suggèrent donc que la e-thérapie ajoutée à la thérapie standard n’est pas rentable comparée à la thérapie standard seule sur une période de 24 mois », écrivent les chercheurs à l’origine de cet essai.
Dans les deux scénarios, les pertes de productivité représentaient le coût le plus important.
Un soutien plus appuyé des thérapeutes
Les chercheurs se disent malgré tout surpris par ces résultats car d’autres études sur le traitement des rechutes de dépression par internet donnaient des résultats prometteurs.
En outre, les résultats cliniques à court terme ont montré un effet positif de la e-thérapie sur les symptômes dépressifs résiduels au cours des premiers mois par rapport à la thérapie standard, alors que les résultats à long terme n’ont montré aucun effet protecteur sur le taux de rechutes.
Les auteurs de ces travaux estiment qu’un nombre plus important de séances de soutien et de relances par un thérapeute serait nécessaire. Plus l’intervention est guidée, plus elle serait coût-efficace, ce qui nécessiterait un investissement de départ important dans de tels programmes.
Enfin, les chercheurs souhaitent que l’efficacité des e-thérapies dans la dépression soit davantage évaluée sur le long terme.