Si l’innovation est plus facile à repérer du côté du médicament ou des équipements médicaux, ce n’est pas toujours le cas pour les technologies du numérique, secteur émergent où l’offre émane souvent de petites et moyennes entreprises aux capacités commerciales limitées.
Les achats sont un sujet bien rodé dans le domaine des équipements biomédicaux. Ainsi, le CHU de Poitiers dispose d’une enveloppe annuelle dédiée à l’innovation au sein du Programme pluriannuel d’investissement. Chaque année deux appels à projets ont lieu en interne auprès des médecins. Sont considérés comme innovants ceux qui le sont au niveau national.
Une sous-commission de la CME sélectionne les projets qui seront ensuite soumis à la Direction générale. A côté de cette enveloppe d’investissement, une deuxième enveloppe vient d’être mise en place pour financer les dispositifs médicaux à partir de 2017.
La responsabilité du sourcing
Nous n’en sommes pas encore là dans les technologies du numérique. Pour Lionel Pailhé, directeur des services économiques et des achats au CHU d’Angers, la difficulté tient au fait qu’il n’existe pas dans les organigrammes des établissements de personnes affectées au « sourçage » de l’innovation, chaque responsable d’achats faisant ce travail au décours de ses activités habituelles.
Le responsable des achats du CHU d’Angers cite en exemple les besoins en matière d’identification des patients liés aux risques de déambulation. « Nous savons qu’il existe des objets connectés qui pourraient répondre à nos besoins et notre difficulté, c’est de repérer les acteurs et les offres actuelles »
Les choses commencent toutefois à s’organiser. Au CHU de Poitiers, par exemple, Alain Lamy, le directeur des systèmes d’information, a recours à deux types de sourcing : l’un émane des médecins qui ont repéré une innovation intéressante au décours de leurs activités, et l’autre provient des équipes de la DSI.
Des exemples en cours de mise en place illustrent ces deux types de provenance : une intégration directe des résultats d’ECG dans le système d’information de l’hôpital pour le premier, et une technologie de communication qui transfère l’intelligence du téléphone dans le poste de travail informatique, pour le second.
Contraintes réglementaires et de sécurité
En dehors du fait qu’il s’agisse d’un secteur émergent, l’entrée de l’innovation numérique dans les hôpitaux se heurte quelquefois à des contraintes de sécurité ou d’ordre règlementaire spécifiques au monde hospitalier. Jean-Jacques Sallaberry, ingénieur à la DSI du CHU de Poitiers, cite l’exemple de l’hébergement des données, où les contraintes de sécurité ne permettent pas toujours le recours aux technologies du Cloud même si cela peut être souvent plus rapide et moins cher.
Dans un domaine où les hôpitaux avancent plutôt à tâtons, l’Institut Bergonié de Bordeaux fait figure de privilégié. Christian Fillatreau, son directeur général adjoint, reconnaît volontiers que c’est par la présidence du Cluster TIC Santé Aquitain, qu’il assure, qu’il repère les innovations dans les NTIC.
Il faudrait selon lui que les organigrammes des Directions des systèmes d’information des gros établissements aient en leur sein quelqu’un chargé de la veille technologique, comme il existe aujourd’hui des chargés des questions de sécurité.