A l’occasion des Contrepoints de la santé, conférence organisée à Paris le 27 mars 2018, Frédéric Boiron, directeur général du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Lille et Jean Sibilia, doyen de la fac de médecine de Strasbourg, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine, ont discuté autour du thème de « L’hôpital du futur ».
Les résultats d’un sondage BVA sur ce thème ont également été dévoilés. Celui-ci montre notamment que si le développement du numérique au sein des hôpitaux n’apparaît pas comme un vecteur majeur pour faire face aux difficultés que rencontrent les établissements, la digitalisation du parcours de soin est tout de même perçue comme une piste d’amélioration pour 33 % des personnes sondées.
Encourager les projets RHU et IHU
Les modérateurs ont voulu savoir si les nouvelles technologies vont, selon les deux intervenants, permettre de modifier la prise en charge des soins et leur organisation. Pour Jean Sibilia, c’est une évidence, en prenant en compte trois aspects :
- l’aspect cœur de métier du CHU de demain qui permet de développer des plateformes de très haut niveau pour produire des données pour le soin et la recherche. « Il ne suffit pas d’avoir du stockage mais de l’intelligence humaine et artificielle pour les traiter. Indiscutablement on est très en retard à l’hôpital. Les projets « Recherche Hospitalo-Universitaire en santé »(RHU) les projets Instituts HospitaloUniversitaires (IHU) sont à promouvoir » ;
- la télémédecine et les objets connectés qui permettront à distance de ramener des données via le domicile des patients ;
- le numérique pour l’apprentissage des médecins. « Ce n’est pas le futur, c’est aujourd’hui, notamment pour l’apprentissage à l’habilité chirurgicale.
Frédéric Boiron estime que l’hôpital du futur passe par le développement via un réseau. « Il faut préserver la relation humaine certes mais il y a beaucoup de choses pour lesquelles on peut imaginer qu’à l’avenir, cela passera par un transport de l’information, d’analyse de l’information et de réponses adaptées » Il espère que les hôpitaux existeront toujours en 2050, mais qu’ils se présenteront sous une autre forme, avec une gradation entre les structures.
Améliorer le système de santé… grâce au numérique pour prendre en charge le volet administratif
L’enquête quantitative BVA a été réalisée par internet du 14 au 16 mars 2018 auprès de 1 006 Français âgés de 18 ans et plus.
Elle montre d’abord un fort décrochage de l’opinion des Français sur la bonne action de l’hôpital en matière de santé : 71% d’entre eux pensent que la politique du gouvernement ne va pas dans le bon sens en matière de santé. En décembre 2017, ils n’étaient que 57 % à avoir cette opinion défavorable.
L’enquête a permis de déterminer ce qui, selon eux, permettrait d’améliorer le système de santé. Ils sont 49 % à penser que la solution serait une réduction des inégalités de santé, 35 % une meilleure organisation des professionnels entre eux et 27 % la réorganisation des hôpitaux pour mutualiser les plateaux techniques, avec des services numériques pour prendre en charge le volet administratif.
Enfin, pour faire face aux difficultés de l’hôpital (déficit, malaise des personnel, expérience patients à améliorer, fermeture des services, etc.), ils préconisent « l’embauche de personnel soignant pour donner plus de temps aux soignants pour le soin aux patients » à 66 % et « le développement de maisons de santé et le renforcement de la médecine de ville pour prendre en charge les soins courants et désengorger les urgences.
Si le développement du numérique au sein des hôpitaux n’apparaît pas comme un vecteur majeur pour faire face aux difficultés pour les personnes sondées, la digitalisation du parcours de soin est tout de même perçue comme une piste d’amélioration pour 33 % d’entre elles.