L’iatrogénie médicamenteuse est responsable chaque année de plus de 10 000 décès, plus de 130 000 hospitalisations et près de 1,3 million de journées d’hospitalisation, qui dans 45 à 70 % des cas seraient évitables – tels sont les constats du « Colloque Bon Usage » organisé par le Collectif bon usage du médicament, ce 22 mars 2018.
C’était l’occasion d’exposer les résultats des 3 ans de travail écoulés, comme la création de l’application « HelloDoc Prévention », et à la fois de proposer de nouvelles pistes de réduction des conséquences liées à l’iatrogénie à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, qui a introduit le colloque.
Le Collectif préconise, entre autres, le recours généralisé aux logiciels d’aide à la prescription, l’accélération du partage des données patients entre professionnels de santé grâce au DMP, et l’interopérabilité des messageries sécurisées entre professionnels de santé pour échanger en temps réel.
Il propose également à horizon 2019, l’organisation d’un premier Congrès interdisciplinaire consacré au bon usage du médicament.
Un Collectif pour le Bon Usage du Médicament
Né en 2015, le Collectif Bon Usage du Médicament rassemble l’ensemble des acteurs de la chaîne du médicament : médecins, pharmaciens, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, acteurs de la protection sociale et du service à la personne, industriels, éditeurs de bases de données et de logiciels d’aide à la prescription.
Durant 3 ans, le Collectif a mis en œuvre un vaste programme d’actions auprès du grand public et des professionnels de santé, qui a contribué à un meilleur usage du médicament.
Des indicateurs ont été suivis et montrent qu’une coopération décloisonnée peut apporter des améliorations et générer des économies pour l’Assurance maladie :
- la consommation médicamenteuse des personnes âgées de plus de 65 ans a diminué ;
- de nombreuses associations médicamenteuses à risque ont diminué (anti-inflammatoires, diurétiques, anti-arythmiques, digitaliques, anticoagulants oraux, neuroleptiques, anxiolytiques, antidépresseurs, etc.) ;
- des économies significatives pour l’Assurance maladie ont été générées. Selon le Collectif, l’essentiel des économies potentielles (chiffrables en centaines de millions d’euros) provient de la diminution du nombre d’hospitalisations. Par ailleurs, sur la base de la réduction du nombre de boîtes de médicaments consommées chez les personnes âgées de plus de 65 ans dans la population française, le Collectif avance les chiffres suivants :
- entre le 2ème semestre 2014 et le 2ème semestre 2015 : 74 millions d’euros ont été économisés ;
- entre le 1er semestre 2015 et le 1er semestre 2016, 185 millions d’euros ont été économisés.
Actions menées par le Collectifs s’appuyant sur le numérique
Reflexeiatrogenie.com
Le collectif a procédé à la création d’un site à destination des professionnels de santé pour le sensibiliser au sujet. « Reflexeiatrogenie.com » a été lancé en 2015 et met à disposition de l’ensemble des professionnels de santé les nombreux outils spécifiques existants ou élaborés par le Collecti. f• Fin 2018, le site va s’élargir au grand public et ambitionne de devenir le site référentiel du bon usage du médicament.
HelloDoc Prévention et Memo Vidal, 2 apps à destination des médecins
Le Collectif a conclu un partenariat avec les éditeurs de bases de données et de logiciels d’aide à la prescription pour développer des applications capables de détecter les interactions entre les médicaments quelle que soit leur source de prescription. Ceci permet permet aujourd’hui à la plupart des médecins généralistes de pouvoir réellement piloter l’ensemble des traitements pris par leurs patients.
HelloDoc Prévention tient compte des traitements du patient prescrits par un médecin et les intègre au processus de vérification du LAP (Logiciel d’Aide à la Prescription) lors de la prescription d’un nouveau produit. Memo Vidal, quant à elle, propose 22 mémos gériatriques contextuels, sélectionnés par le Comité scientifique VIDAL Recos pour leur pertinence, activables et désactivables en un clic.
Enfin, pour sensibiliser et former les pharmaciens, un module de e-learning a été réalisé et déployé dans les officines en partenariat avec l’UTIP Association (association de formation professionnelle continue pour les pharmaciens).
Les préconisations du Collectif en vue de réduire les décès et les hospitalisations dus au mauvais usage du médicament reposant sur les outils numériques
À l’issue des travaux menés pendant 3 ans, le Collectif a abouti à la rédaction de 10 préconisations, dont trois portant sur l’usage du numérique :
- Généraliser dans les logiciels d’aide à la prescription, la détection des interactions médicamenteuses quelle que soit la source de prescription :
- la plupart des logiciels d’aide à la prescription n’alertent le médecin que sur les interactions détectées parmi les médicaments prescrits par lui seul, alors que de nombreux patients, notamment âgés, ont recours à plusieurs médecins (généralistes, spécialistes) susceptibles de prescrire des médicaments ;
- tous les logiciels d’aide à la prescription doivent intégrer les données fournies par l’assurance maladie afin d’alerter sur les interactions médicamenteuses contre-indiquées détectées parmi tous les médicaments prescrits, quel que soit le prescripteur.
- Accélérer, via le DMP, la mise à disposition des outils de partage des données patients entre professionnels de santé et œuvrer à leur bonne utilisation. Le DMP permettrait de limiter le risque iatrogénique grâce à la connaissance partagée entre professionnels de santé de la liste exhaustive des médicaments prescrits et des paramètres biologiques des patients nécessaires à l’adaptation de la prescription ;
- Rendre interopérables les messageries sécurisées entre professionnels de santé afin de permettre une confidentielle en temps réel :
- rendre interopérables les différentes messageries sécurisées existantes sur le territoire, entre elles et avec la MSsanté (messagerie historique des professionnels de santé proposée par l’ASIP et les Ordres professionnels) ;
- permettre que l’annuaire national des professionnels de santé puisse être accessible sur toutes les messageries.