Europe

  • Etude de la DREES : personnels insuffisants et difficultés de recrutement dans les Ehpad, en chiffres

    La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) a publié, le 14 juin 2018, une nouvelle étude portant sur les personnels soignants et les difficultés de recrutement en Ehpad. Cette analyse est fondée sur les données générées par la dernière édition de l’enquête quadriennale, menée par la DREES auprès de 10 870 établissements d’hébergement pour personnes âgées (dont 7 400 Ehpad) : EHPA 2015.

    Chiffre-clé de cette étude, 49 % des établissements privés et 38 % des établissements publics font face à des difficultés de recrutement. En 2015, environ la moitié des établissements privés étaient confrontés à des difficultés de recrutement,  63 % d’entre eux ayant déclaré fonctionner avec au moins un poste non pourvu depuis six mois ou plus. « Ces difficultés de recrutement sont [néanmoins] en légère baisse depuis 2011, et ce dans le privé (-1 point) comme dans le public (-2 points) », précise la DREES.

    L’étude complète ainsi que les résultats de l’enquête EHPA sont disponible via les liens ci-contre.

    Des problématiques de recrutement différentes en milieu rural et en milieu urbain

    Dans les communes isolées

    • Chiffre-clé : environ 50% des Ehpad des communes isolées font face à des difficultés de recrutement.

    Le recrutement de médecins coordonnateurs dans ces communes est particulièrement difficile. En milieu urbain, au contraire, ce sont les aides-soignants qui manquent.

    Dans l’agglomération parisienne

    • Chiffre-clé : 47 % des Ehpad parisiens rencontrent des difficultés de recrutement

    L’unité urbaine de Paris souffre d’un nombre élevé de postes non pourvus. Les postes d’aides-soignants (12%) et d’infirmiers (10%) sont particulièrement concernés.

    Ces résultats peuvent être expliqués par le fait que l’unité urbaine de Paris compte une forte proportion d’Ehpad privés, plus concernés que les Ehpad publics par des difficultés de recrutement.

    Des difficultés de recrutement différentes en fonction des professions

    • Chiffre-clés : 10 % des Ehpad ont un poste de médecin coordonnateur non pourvu depuis au moins six mois et 9 % ont au moins un poste d’aide-soignant non pourvu depuis au moins six mois.

    Le recrutement des infirmiers semble moins problématique : 4 % des établissements ont un ou plusieurs postes d’infirmiers non pourvus depuis six mois ou plus.

    Un taux d’encadrement moyen en Ehpad tout de même plus important en 2015 qu’en 2011

    • Chiffre-clé : 430 000 soignants sont employés pour 600 400 places d’hébergement, dont plus de 585 000 sont occupées.

    Ainsi, le taux d’encadrement moyen en Ehpad est de 62,8 ETP pour 100 places, alors qu’il n’atteignait que 59,5 ETP pour 100 places en 2011. Si le niveau moyen de perte d’autonomie des résidents en établissements a lui aussi augmenté pendant ces quatre ans (98 places pour 1000 sont dédiées aux personnes âgées de plus de 75 ans), la DREES affirme que la hausse du taux d’encadrement se vérifie à niveau de dépendance comparable.

  • Inde : les hôpitaux investissent dans l’IA pour mieux gérer l’afflux de patients (rapport IDC)

    Le dernier rapport d’IDC Health Insights intitulé « PeerScape: pratiques de soins pour adopter l’IA en Inde » et publié début juin 2018 décrit les meilleures pratiques en matière d’intelligence artificielle (IA) opérées par les hôpitaux en Inde.

    Les auteurs de l’étude estiment que le marché des soins, comprenant les hôpitaux, les sciences de la vie, les dispositifs médicaux et les compagnies d’assurance maladie, est le principal moteur de la technologie de l’IA dans la région.

    L’aide à la décision basée sur l’IA pour traiter un volume important de patients

    Les hôpitaux en Inde traitent un nombre très important de patients, un volume incomparable à n’importe quelle autre région du monde. Cette surcharge est en grande partie due à une grave pénurie de médecins dans le domaine des soins primaires, à un secteur de santé spécialisé surpeuplé et à un temps de consultation des médecins inférieur à deux minutes.

    « Les systèmes de validation clinique et d’aide à la décision basés sur l’IA pour identifier les possibilités de soins, faciliter un volume massif de diagnostics et renforcer la gestion à long terme des maladies grâce à des solutions centrées sur le patient deviendront les principes clés pour ajouter de la valeur aux [services de soins] du futur », a déclaré Anamika Suresh, analyste de marché pour le secteur public à IDC Asie-Pacifique (source : Enterpriseinnovation.net).

    IA : l’industrie de la santé indienne devrait faire des progrès importants d’ici 2023

    La majeure partie des investissements en intelligence artificielle examinés par IDC en 2018 étaient centrés sur « les expériences des patients, l’amélioration de l’efficacité clinique et des services mais aussi des synergies opérationnelles dans un continuum de soins en constante expansion », a commenté Gerald Wang, chef du secteur public à IDC Asie-Pacifique. « Chacun d’entre eux avait néanmoins un objectif commun : permettre à un grand nombre de patients de bénéficier de l’IA en raison de l’importante population du pays. »

    « Essentiellement dirigé par les grands hôpitaux privés, le marché indien de la santé devrait faire des progrès importants dans la mise en œuvre, l’utilisation et la vulgarisation de [l’intelligence artificielle] dans les cinq prochaines années », a-t-il analysé.

    Les hôpitaux vont investir dans des algorithmes de deep learning d’ici deux-trois ans

    Selon M. Wang, les hôpitaux auront franchi l’étape de l’expérimentation avec une automatisation simple au cours des deux ou trois prochaines années et commenceront à investir dans des algorithmes d’apprentissage en profondeur (deep learning) « qui ont un sens et qui génèrent des informations exploitables parmi les ensembles de données non structurés (…) grâce à des systèmes de gestion des informations de santé personnelles et hospitalières ».

  • Un comité stratégique régional des SI en PACA et un GRADeS pour le développement de la e-santé

    La région PACA s’organise autour de son GRADeS et du Comité stratégique régional des systèmes d’information pour le développement et la mise en œuvre de la e-santé, selon un communiqué du 12 juin 2018.

    Les membres du comité stratégique de l’Agence Régionale de Santé PACA participent à la définition de la stratégie régionale de e-santé et à sa mise en œuvre, alors que le GIP Oru Paca, devenu le GRADeS PACA en mars 2018, est chargé de conduire et d’animer le programme de e-santé en Paca.

    Une démarche collaborative charriant l’ensemble des acteurs de l’écosystème e-santé

    Le GRADeS PACA constitué en mars 2018 réunit des représentants de l’ARS, d’établissements publics et privés de santé, de structures et services médico-sociaux, d’unions régionales des professionnels de santé et de structures de coordination et institutions partenaires.

    Le comité stratégique régional des systèmes d’information, opérationnel depuis décembre 2017, comprend des membres issus de toutes les fédérations hospitalières, des présidents des conseils médicaux de surveillance, des représentants de l’assurance maladie, de l’Union régionale des professionnels de santé – médecins libéraux, et des centres hospitaliers universitaires. C’est l’instance qui a porté l’émergence du GRADeS placé sous la présidence de Charles Guépratte, directeur général du CHU de Nice.

  • L’ANAP publie 12 monographies sur l’organisation des soins de suite et de réadaptation (SSR)

    L’Agence nationale d’appui à la performance (ANAP) a engagé en 2016 une vaste réflexion sur l’évolution du système de santé, marquée par le virage ambulatoire et le développement de la médecine de parcours. 

    Afin d’anticiper les évolutions du secteur des soins de suite et de réadaptation (SSR), l’ANAP a documenté, à travers douze monographies publiées le 11 juin 2018, les organisations mises en place au sein de SSR dans les filières neurologique, cardiologique, locomoteur, respiratoire et polyvalente.

    La publication de l’ANAP se propose de répondre aux questions suivantes liées à l’organisation des SSR

    • Comment les équipes en soins de suite et de réadaptation (SSR) s’organisent-elles avec leurs partenaires pour inscrire les SSR dans le territoire ?
    • Comment développent-elles le virage ambulatoire et les alternatives à l’hospitalisation conventionnelle ?
    • Comment s’organisent-elles pour gérer de façon optimale les ressources humaines et techniques ?

    Ce document présente les enjeux du secteur SSR inspirés d’expériences nationales et internationales. « Il a pour objectif de contribuer à l’alignement des acteurs sur ces enjeux et propose un aperçu des organisations afférentes », explique l’ANAP dans un communiqué de presse publié le 11 juin 2018.

    Ce document s’adresse aux professionnels du SSR

    Ce document s’adresse aux professionnels du SSR – gestionnaires, médecins, paramédicaux – qui souhaitent anticiper les organisations à mettre en œuvre, se situer dans un domaine de prise en charge encore très hétérogène, et s’inspirer d’expériences engagées par leurs homologues dans d’autres régions.

    Ces douze monographies s’adressent par ailleurs aux acteurs institutionnels au niveau national ou local en contribuant à la réflexion autour du positionnement du SSR dans la chaîne de soin, en ouvrant des pistes de développement au regard de la maturité des établissements, et en identifiant les points d’appui en vue d’une harmonisation du secteur.

    Les monographies sont consultables et disponibles au téléchargement sur le site internet de l’ANAP.

  • RV : création d’un module de formation des infirmiers à la gestion de la violence en psychiatrie

    Santé Formapro, spécialiste des formations en e-learning médical, et le Centre Hospitalier Sainte-Marie Nice, spécialisé dans la prise en charge des affections mentales, ont signé un partenariat  inédit pour créer un nouveau module en réalité virtuelle pour la formation des infirmiers à la gestion de la violence des patients en psychiatrie. Telle est l’annonce faite par communiqué par Santé Formapro le 6 juin 2018.

    Il s’agit de réaliser un support interactif en réalité virtuelle permettant d’offrir une expérience pédagogique immersive au personnel soignant.

    Santé Formapro a pour mission de développer les supports avec sa filiale 2J Process. Le CH Sainte-Marie Nice est chargé de la conception des scénarios pédagogiques.

    L’intérêt de la réalité virtuelle

    La réalité virtuelle permet d’expérimenter des situations diverses de façon très réaliste et totalement immersive. On peut ainsi confronter l’apprenant à divers comportements du patient, qu’il va ressentir et littéralement « vivre ».

    En fonction des choix de l’apprenant, ces mises en situation sont prévues avec plusieurs réponses possibles.

    Elles seront mémorisées et ancrées dans la mémoire de l’apprenant comme si elles avaient été vécues.

    Un système de formation classique en e-learning va aider l’apprenant à acquérir un savoir. La réalité virtuelle va le mettre en situation et lui permettre d’acquérir un savoir-faire, et un savoir-être auprès d’un public spécifique.

  • Le GCS e-santé Bretagne s’équipe d’un nouvel outil régional numérique partagé baptisé GWALENN

    GWALENN est le nouvel outil régional numérique partagé du Groupement de Coopération Sanitaire e-santé Bretagne, fruit d’une co-construction régionale et pluridisciplinaire, destiné à faciliter la prise en charge des personnes dans le cadre de leur parcours. L’annonce de son déploiement est parue au mois de juin 2018 dans la lettre d’information n°25 du GCS.

    L’outil permet pour l’instant de :
    • créer le dossier d’une personne (données administratives, qualifier le statut du dossier dans la structure) ;
    • associer des événements, rendez-vous sous forme de fiche de suivi ;
    • ajouter les professionnels et ou structures travaillant autour de la personne, en lien direct avec l’annuaire régional ;
    • ajouter les coordonnées de l’entourage de la personne ;
    • créer un projet de coordination : liste de problématique, et plan d’action associé ;
    • générer automatiquement un Plan de Soins Individualisé (PSI), et un document de type Plan Personnalisé de Soins (PPS) ;
    • possibilité de partager le dossier, ou des éléments du dossier avec d’autres dispositifs de coordination ;
    • un agenda.

    Ces éléments servent à l’inclusion, à l’évaluation et au suivi du parcours de la personne.

    L’outil sera abondé de nouvelles fonctionnalités au fil du temps

    L’objectif de Gwalenn est de renforcer les liens entre acteurs issus de secteurs différents (medico-social, sanitaire et social) participant à la prise en charge des personnes dans le cadre de leur parcours.

    Ce service est déployé de manière itérative, les fonctionnalités arrivent au fil de l’eau en fonction des besoins exprimés d’après le cahier des charges initial et les groupes de travail. Le parti pris de cette méthode est de pouvoir fournir au plus vite l’outil sur un premier périmètre aux Dispositifs de Coordination, et de l’abonder au fur et à mesure de fonctionnalités complémentaires en cours de développement, et définies au travers de groupes de travail régionaux constitués d’acteurs de la coordination.

    Les fonctionnalités prévues dans le futur sont un guichet d’orientation pour le repérage, la pré-évaluation et l’orientation ou encore un portail web partenaire, version light de GWALENN, à destination notamment des professionnels libéraux, ou des structures intervenants dans le parcours de la personne, et souhaitant accéder aux informations essentielles de son dossier pour faciliter sa prise en charge.

    5 dispositifs de coordination

    L’entrée en Vérification de Service Régulier (VSR) de Gwalenn sur le premier périmètre est effective depuis le 5 mars 2018. Quatre dispositifs pilotes, plus un dispositif ayant candidaté dans le cadre du projet SNACs ont pu commencer à travailler sur cet outil en rentrant les dossiers de leur file active :

    • PTA Appui Santé du pays de Fougères
    • PTA Cap Santé Trégor- Goélo
    • MAIA Pays de Morlaix
    • EAS Centre Ouest Morbihan
    • PTA Territoire de santé n° 4 – Saint-Avé.

    Après quelques semaines d’utilisation, l’usage est bien réel : 319 dossiers créés, 3 228 fiches de suivis créées associées pour 43 utilisateurs. (Chiffres au 5 juin 2018)

    La phase de VSR d’une durée de 1 mois s’est soldée par un bilan regroupant les utilisateurs et a permis de régler les différents paramétrages, et définir les évolutions éventuelles nécessaires.

    A la suite de la VSR, et au-delà des sites pilotes utilisateurs, la priorité de l’ARS est d’équiper GWALENN au sein des MAIA et des PTA (existantes ou en construction) sur l’année 2018. Un travail va également être lancé sur l’utilisation de cet outil par les réseaux spécifiques.

    C’est dans ce cadre que l’ARS a lancé le 2 mars 2018 un Appel à Manifestation d’Intérêt pour pouvoir recueillir la liste des dispositifs souhaitant utiliser GWALENN ainsi que la date de déploiement souhaitée afin de planifier un calendrier régional de déploiement pour 2018. Ce calendrier a été présenté lors du dernier comité de pilotage GWALENN, le 27 avril 2018.

  • « Le croisement de données cliniques et médico-sociales est l’avenir de la recherche médicale »-AFRCOs

    La question des études et de l’utilisation des données multi-sources a été débattue au cours d’une table ronde intitulée « Les études en vie réelle multi-sources : futur Gold Standard ? » réunissant des représentants de l’industrie pharmaceutique, des fabricants du dispositif médical, de CROs (Contract Reasarch Organizations) et de la HAS (Haute autorité de santé). Cette conférence se déroulait dans le cadre du 10e Colloque sur les données de santé en vie réelle organisé par l’AFCROs le 7 juin 2018.

    Il est ressorti du débat que le grand défi demeurant dans le processus de gestion et d’exploitation des données, et des données massives notamment, est celui de la qualité des données et de leur format, et la capacité de les interpréter sans entraîner de biais et notamment dans le cadre des études post-inscription des industriels.

    Le projet de l’entrepôt de données de l’AP-HP fait figure de proue dans ce processus de création de base de données hospitalières entamé par les établissement de santé français, et fait état des difficultés rencontrées face à l’homogénéité des données cliniques, aux capacités technologiques à mettre en œuvre et les complexités réglementaires. Il apparaît aujourd’hui que l’avenir de la recherche médicale est dans le croisement des données cliniques et médicales en provenance d’entrepôts de grands centres hospitaliers avec les données du Système National des Données de Santé (SNDS).

    Les GAFAM sont devenus des acteurs incontournables de l’économie de la données, leur place dans les données de santé a été discutée – actuellement en France et en Europe la loi encadre l’exploitation des données de santé réservée à des projets avec un objectif scientifique clairement défini.

    C’est une table ronde qui a réuni Patrick Blin, Vice-président du CEREES ; Cécile Déal, Medical data generation Manager chez Janssen ; Pr Philippe Lechat, directeur de la recherche clinique et du développement à l’AP-HP ; Sybil Pinchinat, membre du groupe de travail RWD (Real Data World) de l’AFCROs ; Marion Pinet, Evaluateur études en vie réelle de la HAS et Marie-Eve Velard, Director of Market Access and Public Affairs chez Allergan. Elle a été animée par Hubert Méchin, médecin et consultant dans le domaine des études post-inscription pour les technologies de santé.

    L’analyse de données : gare au biais d’interprétation

    Sybil Pinchinat, biostatisticienne et représentante des CROs affirme qu’il n’y a pas de doute à avoir quant à la pertinence de l’usage des données contenues dans les bases du SNDS médico-sociales et autres types de bases de données. 

    Les points de vigilance concernent la robustesse et la fiabilité des données exploitées et leur interprétation, car disposer de données massives ne suffit pas pour en tirer des conclusions valables.

    Elle rappelait que les études ad-hoc en post-inscription sont par définition des études multi-sources : les professionnels de santé comme patients y contribuent. Mais des données en provenance de la pharmacie ou de l’entourage proche du patient ou des données environnementales notamment liées à la pollution sont également prises en compte.

    Les modes de recueil sont de plus en plus variés et citait l’exemple du « digitosome », une notion évoquée au cours du colloque, et qui regroupe les données issues des réseaux sociaux, d’applications smartphone, objets et dispositifs médicaux connectés.

    Tout comme dans le cas des données du SNDS dont la pertinence n’est plus à prouver, elle insiste sur le fait que seules ces sources n’ont pas une grande valeur, mais qu’elles peuvent apporter de la valeur ajoutées couplées à des études préexistantes.

    L’entrepôt de données de l’AP-HP en cours de développement

    Le Pr Philippe Lechat, directeur de la recherche clinique et du développement à l’AP-HP, a évoqué le développement en cours de l’entrepôt de données médicales à l’échelle de l’ensemble des 39 établissements qui composent l’AP-HP.

    Il s’agit d’une initiative datant de plusieurs d’années qui repose sur le déploiement du DPI uniforme, qu’il qualifie d’entreprise ambitieuse, puisqu’il doit réunir pour plus d’un million de patients hospitalisés sur une année :

    • des données cliniques (comptes rendus d’hospitalisation et opératoires) ;
    • des donnés biologiques ;
    • des données d’imagerie ;
    • des données sur le codage PMSI ;
    • des données sur le circuit du médicament.

    L’entrepôt réunit toutes les données du DPI utilisable dans le cadre de la recherche. Le principal enjeux dans le cadre de l’export des données cliniques issues des comptes rendus tient à l’analyse textuelle.

    L’autre enjeux de taille qui caractérise cette ère du partage de données relève de la compétition entre équipes médicales qui a nécessité la mise en place d’une gouvernance définie. La gouvernance de l’information des patients et des professionnels de santé a été mise en place et a nécessité une autorisation de la CNIL (premier entrepôt autorisé en France).

    Un comité scientifique a été mis en place pour valider les projets d’exploitation de ces données qui doivent avoir une valeur scientifique et concernent notamment des études de faisabilité, des études d’épidémiologie, le grand potentiel, et de pharmacologie. Les partenariats avec des externes sont les bienvenus mais soumis à condition:

    • la collaboration doit s’inscrire dans le cadre d’un contrat avec l’AP-HP ;
    • le partenaire externe doit venir au sein de l’AP-HP et ne jouit que d’un droit d’usufruit des données qui ne quittent pas les systèmes de l’AP-HP ;
    • seuls les résultats d’études sont exportables.

    L’avenir de la recherche médicale consistera à croiser les données cliniques et médicale en provenance d’ entrepôts de grands centres hospitaliers avec les données du SNDS.

    Actuellement, 7 data scientists travaillent à la validation et l’harmonisation des données. Des disparités conséquentes ont été identifiées dans la façon de produire des données au sein même de différents laboratoires au sein d’un même établissement. Ils travaillent avant tout à la structuration de l’entrepôt et à l’élaboration des méthodes de soumission de requêtes dans la base pour générer des données pertinentes.

    Des initiatives similaires sont en train de voir le jour au sein de tous les CHU de France (Lyon, Lille, Bordeaux, etc.).

    Priorité : déploiement à échelle nationale

    Le Pr Philippe Lechat soulignait qu’à l’heure actuelle nous en sommes à l’étape de  constitution d’entrepôts à l’échelle des établissements de santé ou des groupement hospitaliers et que, dans une seconde phase, il s’agira d’abord de les connecter entre eux. Tous les établissements hospitaliers français sont en train d’y réfléchir ou ont déjà entamé les démarches nécessaires.

    Ce n’est qu’ensuite qu’on pourra réfléchir à un potentiel réseau à échelle européenne ou internationale afin de mettre en œuvre des recrutements de patients dans le cadre d’études cliniques qui est le sujet le plus prégnant concernant les coopérations internationales. Il rappelle qu’il ne faut pas omettre les problèmes de sécurité  ou de garantie de confidentialité des données que cette mise en réseau pose.

    Échange à échelle internationale et l’implication des GAFAM

    La question du croisement de données issues des bases de données du SNDS avec d’autres bases de données à échelle européenne ou internationales a également été posée.

    Il est tout à fait possible, rappelle Patrick Blin, vice-président du CEREES, de faire des études entre plusieurs pays. Elles reposent sur l’utilisation de données gérées au niveau local, mais qui sont agrégées au sein d’un espace sécurisé, un système informatique qui satisfait à toutes les normes de sécurité. Il rappelle également que l’exportation des données issues du SNDS était formellement interdite, mais que cela n’empêchait pas l’exploitation de ses données dans le cadre d’objectifs légalement acceptables.

    Actuellement, du point de vue légal un projet d’exploitation de ces données est à même d’être autorisé si un responsable de traitement résidant dans un pays membre de l’Union européenne est dédié au projet, ce qui rend les coopérations européennes tout à fait réalisables.

    Quid des GAFAM

    Le rôle des GAFAM dans la gestion et l’exploitation des données a été abordé également. Ces grands groupes industriels ont commencé par envahir le domaine des données en agrégeant des données relatives au bien-être ce qui a débouché sur le développement soutenu d’applications mobiles dédiées à cet aspect de la santé quotidienne.

    Aujourd’hui Apple fait le même pari dans le domaine des données de santé en s’associant avec les cliniques de Mayo et de Cedars Sinai. Et cela pose la question de la place et du rôle de cet industriel dans l’exploitation et la fourniture de base de données de santé.

    Le Pr Philippe Lechat, directeur de la recherche clinique et du développement à l’AP-HP, a rappelé que ce type d’association se heurte à de nombreux freins d’ordre sociétal ou éthique. Des représentants des CROs mettaient en avant que ce n’est pas la disponibilité des données à grande échelle qui constituait un avantage mais la disponibilité de données qualifiées et la capacité à les mobiliser afin de répondre à un objectif de recherche clairement défini.

    Conformément à la réglementation actuellement en vigueur, rappelle Patrick Blin, vice-président du CEREES, et notamment les exigences émanant du RGPD, il est impossible d’envisager un accès par les GAFAM aux données issues de bases de données du système national de santé.

  • IA, homme numérique, nanomédecine et HAD au cœur du Big Bang Santé du Figaro (Paris, le 18/10/2018)

    Au cours du troisième Big Bang santé du Figaro, qui se tiendra à la maison de la chimie (Paris) le 18 octobre 2018, seront abordés sous la forme de courtes conférences ou de tables rondes quatre grands thèmes d’innovations en santé : l’intelligence artificielle, l’homme augmenté, la nanomédecine et la santé à domicile.

    Onze intervenants (chercheurs, médecins, entrepreneurs, historiens, etc.), en proposant un « triple regard, scientifique, économique et éthique », tenteront de sensibiliser les participants du Big Bang à l’importance de ces innovations en santé.

    L‘inscription, payante, peut-être réalisée via le lien ci-contre.

    09h00-09h20 : Ouverture

    « Quel avenir pour l’Homo sapiens ? »

    Intervenant : Yves Coppens, paléontologue et Professeur émérite au Collège de France.

    Thème 1 : Le Big Bang de la nanomédecine

    09h20-09h35 : Keynote

    « Faut-il avoir peur des nanotechnologies ? »

    09h35-10h10 : Débat

    « L’infiniment petit peut-il révolutionner la médecine ? »

    10h10-10h25 : Pitch start up

    10h25-10h40 : Keynote

    « Quel avenir pour la micro chirurgie? »

    Intervenant : Jacques Marescaux, chirurgien et fondateur de l’IRCAD.

    10h40-11h00 : Pause

    11h00-11h15 : Keynote

    « En Antarctique, la santé à l’épreuve des conditions extrêmes »

    Intervenant : Jêrôme Chappellaz, Directeur de l’Institut Paul-Emile Victor. 

    Thème 2 : Le Big Bang de la santé à domicile

    11h15-11h30 : Keynote

    « Quand les robots deviendront les compagnons du grand âge »

    Intervenante : Laurence Devillers, Professeur à l’Université Paris-Sorbonne et chercheuse au Laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur (Limsi) du CNRS.

    11h30-12h05 : Débat

    « Quelle place pour la médecine à domicile ? »

    12h05-12h20 : Pitch start-up

    12h20-12h35 : Keynote

    « Le point sur la loi bioéthique »

    Intervenant : Jean-François Mattéi, Professeur émérite de génétique médicale, ancien ministre.

    12h35-14h00 : Pause

    14h00-14h20 : Keynote

    « De Pasteur à nos jours, l’innovation peut-elle sauver le monde ? »

    Intervenant : Erik Orsenna, écrivain

    Thème 3 : Le Big Bang de l’intelligence artificielle dans la santé

    14h20-14h35 : Keynote

    « Comment l’Intelligence artificielle pénètre la santé et la médecine »

    14h35-15h10 : Débat

    « La France peut-elle s’imposer dans l’intelligence artificielle médicale ? »

    15h10-15h25 : Keynote

    « Comment la Silicon Valley lutte contre le cancer avec l’intelligence artificielle »

    15h25-15h40 : Pitch start-up

    Orateur : Thibault Duchemin Fondateur d’Ava

    15h40-16h00 : Pause

    16h00-16h15 : Keynote

    « Le Génopole a 20 ans ; quelles sont les nouvelles frontières de la thérapie génique ? »

    Oratrice : Marianne Duranton, Présidente de Génopole

    Thème 4 : Le Big Bang de l’homme numérique

    16h15-16h30 : Keynote

    « L’homme a-t-il atteint ses limites ? »

    Orateur : Jean-François Toussaint, Directeur du Laboratoire de l’IRMES/ INSEP

    16h30-16h45 : Keynote

    « Faut-il augmenter l’homme ? »

    16h45-17h00 : Keynote

    « Les projets fous d’Elon Musk »

    Orateur : Alexandre Cadain, PDG d’Anima, Ambassadeur IBM Watson AI XPRIZE, ancien collaborateur d’Hyperloop Transortation Technologies

    17h00-17h15 : Keynote

    « Et si on faisait remarcher les tétraplégiques ? »

    17h15-17h30 : Conclusion

    « A quoi ressemblera le monde en 2500 ? »

    Orateur : Joël de Rosnay, Conseiller d’Universcience

    17h30 : Le mot de la fin

  • PHW18 : « Nous développons un accompagnement psychosocial le plus en amont possible » (O. Frézet, MSPB)

    Fondée en 1863 et reconnue d’utilité publique en 1867, la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle (MSPB) intervient dans les domaines sanitaires, social et médico-social. Toujours soucieuse d’évolution, elle est engagée dans la création d’un ensemble hospitalier civilo-militaire pour 2022 et un centre spécialisé d’accès aux soins somatiques des personnes en situation de handicap.

    A l’occasion de la Paris Healthcare Week 2018, l’équipe de Health & Tech Intelligence s’est entretenue avec Olivier Frézet, Directeur des branches médico-sociales de la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle (MSPB) et Béatrice Falize-Mirat, Directeur Scientifique de Care-Insight.

    Olivier Frézet décrit le mode de fonctionnement des équipes Urgence Nuit et de soutien aux aidants à domicile mises en place par la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle en 2014, qui transforment sensiblement la prise en charge des personnes dépendantes à domicile.

    Quelles sont vos fonctions au sein de la MSPB ?

    Olivier Frézet : Je suis directeur des branches médico-sociales de la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle (MSPB), qui couvrent différents établissements, services et métiers :

    • un Ehpad de 62 lits et une structure d’hébergement temporaire de 15 lits. Il n’existe en France qu’une soixantaine de structures proposant des services d’hébergement temporaire ;
    • un SSIAD doté de 182 places pour les personnes âgées, 10 places pour les personnes en situation de handicap et 10 places pour les personnes atteintes de la maladies d’Alzheimer. Le SSIAD évolue en SPASAD, service polyvalent d’aide et de soins à domicile, (CPOM signé le 30 juin 2017 avec le SAAD Agapes) ;
    • deux équipes qui sont dans le PAERPA de Bordeaux , l’Equipe Urgence Nuit d’une part, qui est unique en France, et l’équipe de soutien aux aidants à domicile (ESAD) d’autre part ;
    • une MAIA : Méthode d’action et d’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie. Je coordonne enfin les assistants sociaux et les psychologues qui interviennent dans tous les services de la Fondation.

    Quelles sont les finalités des deux équipes du PAERPA ?

    Olivier Frézet : Nous voulons développer un accompagnement psychosocial le plus en amont possible des situations de crise pour en prévenir l’apparition. Je suis persuadé que plus nous travaillons en amont de façon transdisciplinaire, avec différentes professions (dont les sphères d’action s’interpénètrent) et non pas de manière pluridisciplinaire, (où chaque professionnel agit seul « dans son coin »), plus nous pouvons aider le couple aidant-aidé dans la construction de son projet de vie.

     

    Avez-vous été précurseurs dans le développement de l’aide et du soin à domicile ?

    Olivier Frézet : L’un des services de la Fondation, l’hospitalisation à domicile, a été crée en 1975. C’est l’un des plus anciens HAD de France et l’un des plus importants en suivis quotidiens de malades au domicile. De plus, Bagatelle est porteur de la plateforme d’appel pour les HAD sur le département.

    Le SSIAD a été fondé en 1982.

    La structure d’accueil temporaire pour personnes âgées, le Relais, a été créé en 1988. C’était innovant à l’époque et ça le reste aujourd’hui. En effet, ce type de structure, une sorte d’entre-deux, permet des temps de pause pour le couple aidant / aidé et participe activement au soutien à domicile. Ce type de structure est très important dans le maillage du territoire et dans le sens du soutien aux aidants.

    De plus, nous sommes, il me semble, toujours les seuls à disposer d’une équipe Urgence nuit (créée en 2014) et une équipe de soutien aux aidants sous cette forme.

     

    Ces modèles (accueil temporaire) sont-ils nombreux en France ? Quelles en sont les spécificités ?

    Béatrice Falize-Mirat : Dans ce modèle, il faut savoir optimiser l’utilisation des lits et gérer des situations très courtes. L’équilibre financier est une véritable difficulté. Le défi consiste à accueillir des patients un, deux, trois jours sans que cela ne soit programmé. Il faut qu’un lit soit disponible, qu’on puisse le remplir à un instant T et qu’il soit disponible par la suite sans perdre d’argent.

    Comment assurer ces admissions et sorties incessantes ?

    Olivier Frézet : Cela peut s’avérer difficile mais ce n’est pas impossible. Etant à l’origine assistant de service social, j’ai toujours été très à l’écoute des aidants. S’agissant du couple aidant-aidé, quand l’aidant atteint une situation de crise, nous lui permettons de se rendre dans une structure d’hébergement temporaire, nous lui offrons un suivi de la personne dépendante, mais lui permettons aussi de se poser, d’être reconnu, et d’être épaulé.

    Nous voulons respecter sa volonté tout au long de son séjour dans nos services. Pour nous, il est partenaire pour le séjour, car il connait au quotidien le résident. Certaines structures imposent une durée particulière de séjour. Nous, nous accueillons le couple aidant/aidé en fonction de ce qu’ils désirent. Même si la prise en charge est payante, nos prix restent relativement corrects. 

    Les promoteurs se montrent frileux pour des raisons économiques et logistiques, mais nous affichons un taux de remplissage à 90%. Cela signifie que si l’on est inscrit dans un réseau, si l’on est connu et reconnu, les gens viennent car il y a un véritable besoin et qu’ils nous font confiance. Il faut qu’il y ait des structures qui permettent des alternances.

    Ce relais, cette structure d’hébergement temporaire intervient à un moment potentiel de césure dans le parcours des aidants comme des aidés ; 80% des personnes que nous recevons viennent du domicile. Nous nous inscrivons dans le sens « de la rupture et de la reprise », et de l’alternance entre structure où les individus se reposent et retour au domicile. Nous sommes vraiment dans une démarche de soutien à domicile nous permettant en plus de faire des liens avec les services du domicile qui connaissent la situation.

    Le Conseil d’Administration de la Fondation a toujours maintenu la structure malgré les résultats financiers déficitaires, prenant en compte l’importance d’un tel lieu.

    Autour de quel projet s’articule cette démarche de soutien à domicile ?

    Olivier Frézet : Nous plaçons le projet de vie du couple aidant-aidé au centre. Quand l’équipe de soutien aux aidants a été créée, l’idée était précisément d’offrir par exemple au médecin généraliste (ou au pharmacien, ou à l’infirmier libéral…) une équipe venant en complément, sur un versant professionnel autre.

    Nous étions partis de l’exemple suivant : une fille accompagne sa mère âgée chez son médecin généraliste pour un renouvellement de prescription. La fille « explose » pendant la consultation, car elle éprouve des difficultés croissantes pour venir en aide à sa mère dépendante. Le médecin ignore comment réagir car il n’est pas nécessairement informé de toutes les potentialités d’aide.

    Notre souhait est d’offrir à la fille, elle-même d’un certain âge, une aide qui ne se substitue pas à la sienne, mais vienne la compléter. Nous lui offrons une palette d’aide avec différents professionnels : psychologue, assistant social, ergothérapeute, Technicien Coordinateur de l’Aide Psychosociale aux Aidants (TC APSA) et une secrétaire qui fait entre autres, le lien.

    Le TC APSA est issu d’une licence professionnelle qui, pour l’heure n’est proposée qu’à Bordeaux. Ce technicien est chargé, dans un premier temps, de se rendre au domicile de la personne pour évaluer le degré de difficulté qu’il peut y avoir au niveau de « l’aidance ». Ensuite, il orientera vers les professionnels de l’équipe suivant la difficulté.

    C’est dans le dispositif général de l’aidance tel que nous le conceptualisons, théorisons et opérationnalisons sur Bordeaux (à savoir l’Aidance définie comme l’ensemble de tout ce qui englobe le lien aidant/aidé, avec les acteurs et les institutions que cela implique), que nous développons nos actions, que notre expérience de l’ESAD nous permet de repérer et de mieux coordonner les divers opérateurs de reliance, que nous nous efforçons à une évaluation transdisciplinaire le plus en amont possible du coupe Aidant/Aidé.

    Et parce que nous visons une prévention très en amont des problématiques du couple, nous intervenons très tôt au domicile, à l’aide d’équipes légères, réactives, avec l’objectif de co-construction d’un projet de vie… Sans jamais oublier que nous sommes, d’abord et avant tout, des « porte-voies », dans le sens de parcours.

    De plus et pour aller plus loin, nous travaillons sur nos concepts (Reliance et Aidance), nos outils ; ainsi nous avons créé une grille de repérage de la fragilité de l’aidant, très simple, avec 9 items (santé, alimentation, sommeil…). C’est surtout un outil de transmission de situation nécessitant l’intervention de l’équipe spécialisée.

    Nous voulons aller à la rencontre de la personne, dans son altérité. Ce n’est pas une démarche verticale avec le « sachant qui ordonne ». Il s’agit de l’accompagner, d’être présent à ses côtés, d’évaluer ses potentialités et non pas seulement ses incapacités. C’est toute la valeur du travail social, de l’accompagnement que l’on se doit de faire auprès des gens. C’est « l’aléa » cher à Edgar Morin. On co-construit, avec la personne aidée, son projet de vie.

    Comment faire dialoguer tous ces acteurs entre eux ? Sur quels supports de communication et de coordination vous appuyez-vous ?

    Olivier Frézet : L’équipe Urgence nuit et l’équipe de soutien aux aidants sont inscrites dans le PAERPA de Bordeaux depuis juin 2015. Cela signifie que nous sommes reliés à d’autres équipes par le biais d’une plateforme portée par le CCAS de Bordeaux. Les résidents de Bordeaux de plus de 75 ans appellent un numéro. Ils sont ensuite répartis selon leurs besoins sur l’une de nos équipes.

    On utilise également PAACO/Globule, un logiciel performant qui offre une messagerie sécurisée nous permettant de relier les différents intervenants.

    La coordination, je la visualise très bien au niveau du soins. En revanche, au niveau du social, il ne s’agit pas de coordination mais d’articulation car on place le projet de la personne au milieu de notre démarche. L’objectif de tout travailleur social est de travailler « à sa fin ». Il est présent auprès de la personne pour qu’elle réacquiert les bases de son autonomie, à savoir le « choix de vie que je veux pour moi dans un cadre légal », à la différence de la dépendance où je suis contraint de dépendre de mon prochain.

    Au sein de l’ESAD, le TC APSA reste référent d’une situation dans le temps : six mois après, si la personne a un nouveau besoin, elle appelle l’équipe ou la plateforme précitée.

    Depuis la création, en 2014, nous avons suivi plus de 620 couples aidant/aidés.

    Il est intéressant de noter qu’à la différence de ce que l’on peut entendre, la demande de répit des aidants n’intervient qu’à hauteur de 8%. 41% de l’ensemble des situations a nécessité l’intervention dans au moins 3 domaines différents (organisation du domicile, éléments financiers, ouvertures de droits, orientation vers des associations…).

    L’écoute, le conseil, l’orientation vers les associations spécialisées, l’accompagnement,… toute cette « guidance » permet d’aider l’aidant. Nous sommes en fait des « facilitateurs » pour l’aider à trouver les « bonnes portes » au bon moment.

    Béatrice Falize-Mirat : Une autre chose dont il faut témoigner, c’est le retour à domicile géré par l’équipe Urgence nuit. Il faut être capable de déterminer si une personne est capable de rentrer chez elle ou non. Vous avez mis en place une solution qui permet de répondre à cet enjeux et qui est actuellement unique en France.

    Olivier Frézet : Absolument, cette solution est unique en France, et nous voudrions la dupliquer. Par exemple : une personne chute et se fracture le poignée, c’est un événement fréquent. Dans ce cas-là, un binôme aide-soignant/infirmier est appelé par le service d’urgences de Bordeaux Métropole. Ce binôme se rend aux urgences pour rencontrer la personne, l’urgentiste et l’équipe de soin pour instaurer une relation de confiance.

    Si la situation relève bien de l’équipe – ce n’est pas de l’hospitalisation à domicile, c’est une situation où la personne nécessite une surveillance légère -, le binôme aide-soignant/infirmier suit l’ambulance. La personne les retrouve à son retour à domicile et l’équipe lui prodigue les soins et services nécessaires (fermer les volets, cuisiner, chercher les médicaments à la pharmacie de garde, etc.).

    Le lendemain matin, une autre équipe intervient à son tour. Elle compte trois personnes : une infirmière, chargée de prévenir le médecin généraliste, une aide-soignante et une auxiliaire de vie (aide à la toilette, courses, préparation de repas, etc.).

    Aux termes de quelques jours, nous transférons la situation aux infirmiers libéraux, SSIAD ou une association d’aide à la personne. On est sur une durée moyenne de prise en soins située entre 4 et 5 jours. Qu’il s’agisse de l’équipe urgence nuit ou de l’équipe de soutien aux aidants, nous ne sommes pas là pour capter ou accaparer les personnes. Nous intervenons à des moments où la fragilité est accrue, ou rien n’existait, et nous transférons ensuite la situation à d’autres services, quand ceux-ci sont en capacité d’intervenir. Nous faisons de la reliance.

    Avez-vous formé ces professionnels à travailler en binôme ou en trinôme ?

    Olivier Frézet : Lorsque l’on a créé ces deux équipes en avril 2014, on a fait travailler ensemble une équipe de travailleurs sociaux (l’équipe de soutien aux aidants) et une équipe de soignants (équipe urgence nuit) pendant quinze jours, n’ayant aucune situation réelle, pour qu’ils apprennent leur langage respectif. Ils ont travaillé ensemble sur la façon de constituer un dossier, de s’organiser, d’intervenir… de croiser leurs connaissances. Après un an d’exercice, on a constaté que 70% des situations de l’équipe urgence nuit, étaient transmises à l’équipe de soutien aux aidants…

    Quand on entre dans le monde de la dépendance, on entre dans un univers fait de codes et de langages particuliers. Personne n’y est préparé. Il faut quelqu’un à côté, un traducteur qui accompagne.

    Chacun s’accorde à dire que les trois mondes (Sanitaire, Médico-Social et Social) sont séparés. Il faut dépasser ce constat et créer des passerelles entre ces mondes, des passeurs et donc des traducteurs. Ces équipes (urgence nuit et de soutien aux aidants) sont les passeurs et permettent à la personne, en fonction de sa situation, d’obtenir l’aide dont elle a besoin.

    Vous disiez vouloir généraliser ce modèle en France. Comment convertir les professionnels à ces nouvelles pratiques ? 

    Olivier Frézet : Il faut déjà essayer de convertir les décideurs et les acteurs. Nous sommes en train de réaliser une « recherche -action », avec l’INSERM à Bordeaux, une étude sur l’impact de nos équipes auprès des aidants. Nous voulons montrer et démontrer l’utilité de nos pratiques pour aller ensuite solliciter des décideurs financiers et les convaincre de la pertinence de nos modèles.

    Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Agence régionale de Santé Nouvelle Aquitaine. Elle nous avait permis d’expérimenter ces deux équipes pendant un an avant l’entrée dans le PAERPA.

    Nous voudrions essaimer notre modèle – et c’est la raison pour laquelle nous travaillons en étroite collaboration avec une association de Chartres de Bretagne ASSIA. Après partages ensemble, ils ont constitué une équipe (un temps plein TC APSA et un temps plein psychologue) à partir de 2017 via également le PAERPA. Ils sont venus deux jours à Bordeaux afin de partager nos outils, notre façon de faire. Nous sommes également en contact avec des acteurs d’autres régions.

    Le contexte politique vous semble-t-il favorable à la pérennisation et à la généralisation de ce modèle, avec notamment l’entrée en vigueur de l’article 51 de la LFSS 2018 qui soutient les innovations organisationnelles ? Pensez-vous pouvoir vous appuyer sur ces leviers juridiques ?

    Olivier Frézet : Je pense effectivement qu’il faut s’appuyer sur ces leviers. Même en l’absence d’innovations « pures », notre objectif est de promouvoir des solutions qui fonctionnent bien. Au niveau du PAERPA de Bordeaux, nous constatons qu’il y a une oreille attentive. 

    Se pose également la question de l’aidance salariée. Il faut absolument que l’expérience que l’on a acquise au niveau de l’équipe de soutien aux aidants soit élargie à d’autres dispositifs pour les salariés dans les entreprises.

    En 2017, la Fondation Bagatelle a créé un mi-temps TC APSA. Avant la mise en place de ce poste, nous avions interrogé les 1 500 salariés de la fondation sur l’opportunité de ce dispositif : seuls 29 répondants se déclaraient personnellement concernés. Aux termes de l’année d’expérimentation, le TCAPSA était intervenu auprès de 42 personnes…

    Au delà des plateformes que l’on peut et que l’on doit créer, il faut permettre à ce professionnel de l’aidance (ou plus largement, une équipe pluridisciplinaire) d’agir au sein des entreprises. Il contribuera à faire baisser l’absentéisme et participera de l’amélioration de la qualité de vie au travail du salarié. Nous sommes précurseurs de ce point de vue là, au regard des équipes que l’on a mises en place en 2014 et du savoir-faire qu’elles ont acquis au cours des années.

    Nous avons participé à l’écriture d’un livre publié au un titre évocateur : L’aide aux aidants : à l’aide ! Concepts, modèles, méthodes et défis (Eyrolles, 2015). Nous intervenons également dans des articles ou congrès sur les thèmes de l’aidance, de la reliance.

    Béatrice Falize-Mirat : Il faut également évoquer l’âge des aidants. Ce sont souvent des personnes âgées de 60 ans qui viennent en aide à leur parents âgés de 85 ans. Aujourd’hui, les aidants ont l’âge des aidés d’il y a 20 ans… Ce ne sont plus des gens qui travaillent, ce sont souvent des gens seuls et fragiles.

    Olivier Frézet : Il y a de nombreuses enquêtes sur cette thématique. Mais la situation d’aidance concerne tout le monde. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il y a un terreau fertile, et des réseaux à activer pour mettre en place l’aidance au cours des prochaines années.

     

     

     

  • La DGOS, l’ANAP et l’EHESP lancent « Hospitalents » pour faire évoluer l’accompagnement des GHT

    Afin de faire évoluer l’accompagnement des Groupements hospitaliers de territoire (GHT), la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements sanitaires et médico-sociaux (ANAP) et l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), ont lancé conjointement l’initiative Hospitalents, fin mai 2018.

    Hospitalents est une communauté d’innovation managériale et organisationnelle pour professionnels hospitaliers « dont l’objectif est d’aider à faire émerger des défis communs », précise l’ANAP sur son site internet le 4 juin 2018. Il s’agit également de « partager et tester des solutions de terrain », comme l’explique une présentation mise en ligne sur le site internet du ministère des solidarités et de la santé.

    Les futurs membres d’Hospitalents bénéficieront d’un accompagnement personnalisé pour mettre en oeuvre leurs solutions à l’échelle des GHT et les promouvoir par la suite. Les premières rencontres régionales auront lieu à l’automne 2018.

    Un support de présentation élaboré par le ministère des Solidarités et de la Santé est consultable et disponible au téléchargement sur le site internet du ministère ou en cliquant ici.

    Le communiqué de l’ANAP est accessible en suivant ce lien.

    Les professionnels concernés peuvent rejoindre la communauté Hospitalents en s’inscrivant à cette adresse : hospitalents@sante.gouv.fr.