Health & Tech Intelligence présente une série d’entretiens et d’articles sur l’expertise et l’expérience patient, en amont de la présentation du deuxième baromètre de l’Institut français de l’expérience patient (Ifep) le 23 janvier 2020 au ministère des Solidarité et de la Santé.
« MoiPatient.fr est une machine à produire du savoir et des connaissances nouvelles sur la qualité de notre système et des produits de santé du point de vue de celles et ceux qui y sont exposés d’une manière ou d’une autre », explique Magali Léo, responsable du plaidoyer de l’association Renaloo, à l’origine de la plateforme MoiPatient. Elle était auparavant chargée de mission au sein de CISS (devenu depuis France Assos Santé).
Dans un entretien accordé à Health & Tech Intelligence, Magali Léo revient sur la stratégie de Renaloo, qui propose un espace communautaire aux patients et proches concernés par l’insuffisance rénale chronique, à travers les réseaux sociaux notamment. « Le nombre très important d’expériences partagées a très vite démontré l’ampleur des besoins et la nécessité de proposer un projet évènementiel pour objectiver les ressentis de chacune et l’ampleur des besoins d’amélioration de la qualité de la prise en charge des patients », indique-t-elle.
Elle détaille les objectifs de Moipatient, qui selon elle répond à « un besoin impérieux » : « celui de proposer aux usagers du système de santé un espace hautement sécurisé pour recueillir les données qui permettront de développer la recherche citoyenne, notamment sur les sujets que leurs associations pourront, souverainement, selon leurs choix et leurs priorités propres, décider de mettre en évidence. »
MoiPatient : une démarche participative qui inclut les patients, leurs proches et les PS
Comment s’est construite la stratégie de Renaloo en termes d’expertise patient ?
Magali Léo : Renaloo propose un espace communautaire aux patients et proches concernés par l’insuffisance rénale chronique à travers les réseaux sociaux notamment. Le nombre très important d’expériences partagées a très vite démontré l’ampleur des besoins et la nécessité de proposer un projet évènementiel pour objectiver les ressentis de chacune et l’ampleur des besoins d’amélioration de la qualité de la prise en charge des patients.
C’est ainsi que les États généraux du rein ont été organisés en 2021-2013. Près de 9 000 patients ont pris la parole pour évoquer leurs difficultés et parfois leur détresse. De nombreuses parties prenantes, issues de tous horizons, se sont mobilisées autour de différentes tables rondes qui ont débouché sur l’élaboration collective de nombreux constats et de propositions.
Les États généraux ont ainsi fait émerger de nouvelles connaissances sur la prise en charge et ont eu un fort impact sur la reconnaissance de Renaloo en tant qu’association militante et capable de réunir largement pour co-construire des solutions d’avenir concrètes et volontaristes avec une rigueur méthodologique.
L’esprit de ce temps fort devait être cultivé pour que cette mobilisation collective ne soit pas qu’un « moment de grâce » ou une parenthèse. Il a donc été décidé de mettre la culture digitale de Renaloo au service d’une nouvelle forme de mobilisation en proposant aux usagers du système de santé de participer activement à la recherche participative sur des sujets d’intérêt pour eux et les associations qui les représentent. Notre objectif : passer du recueil d’expérience à la valorisation de l’expertise patient. C’est ainsi qu’est né MoiPatient.fr, une machine à produire du savoir et des connaissances nouvelles sur la qualité de notre système et des produits de santé du point de vue de celles et ceux qui y sont exposés d’une manière ou d’une autre.
Comment la plateforme MoiPatient.fr a-t-elle été accueillie, reconnue et évaluée par l’écosystème ?
La stratégie de Renaloo n’est pas seulement bien accueillie par les pouvoirs publics, elle est encouragée et soutenue financièrement par eux. Notre association reçoit en effet des financements publics pour développer MoiPatient. Un témoignage de confiance extrêmement précieux pour Renaloo qui a donc pu engager les moyens nécessaires pour le développement d’outils performants, autant sur le plan technologique que sur le plan légal puisque les consentements des patients partcipant aux travaux de recherche déposés sur MoiPatient font l’objet d’une certification par la Blockchain.
MoiPatient procède d’une démarche participative qui inclut bien sûr et en tout premier lieu les patients et leurs proches mais aussi les professionnels de santé qui rejoignent notre volonté de développer les approches « patient centric » et leur potentiel d’amélioration de notre système de santé. Nous les remercions toutes et tous pour leur engagement à nos côtés.
Les industriels des secteurs du médicament et des dispositifs médicaux manifestent également de l’intérêt pour notre démarche qui peut leur offrir ce qui leur fait aujourd’hui défaut : un tiers de confiance pour conduire des études auprès des patients et de leurs proches en lien avec leurs produits. L’évaluation en condition réelle d’utilisation constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les laboratoires qui, trop souvent, peinent à produire des données de qualité susceptibles d’être prises en compte par les évaluateurs. MoiPatient leur propose une méthode et des process conçus dans le respect de l’éthique associative pour conduire de nombreuses études qui pourront notamment porter sur la qualité de vie des patients, un indicateur largement conceptualisé mais qui influence encore trop peu la Haute autorité de santé (HAS) ou le CEPS.
Un projet associatif qui repose sur un engagement à servir les intérêts des patients et sur un plaidoyer politique affirmé
Quel en est le bénéfice pour la collectivité ?
Au-delà de MoiPatient, qui fait actuellement ses premiers pas, Renaloo a su développer une expertise qui lui est propre. Notre projet associatif repose à la fois sur un engagement à servir les intérêts des patients et leur proches concernés par l’insuffisance rénale chronique mais aussi sur un plaidoyer politique affirmé qui vise des objectifs d’excellence pour l’évolution de notre système de santé.
Pour avancer, Renaloo a fait le choix de s’entourer d’experts hautement reconnus dans différentes disciplines (médecine, économie de santé, sciences sociales, éthique, juridique, etc.). Forts de cette pluralité de talents, Renaloo a pu produire des propositions fortes et parfois disruptives qui ont clairement encourager les pouvoirs publics à agir pour que l’insuffisance rénale chronique devienne autre chose qu’une ligne de dépenses dans les comptes de l’Assurance maladie.
Aujourd’hui, en partie grâce à l’engagement bénévole des personnes concernées, l’insuffisance rénale chronique est au cœur des travaux que mène le ministère de la santé sur la qualité et la pertinence des soins.
Pourquoi et comment se lancer dans un programme d’évaluation de l’expérience comme moi patient ?
Avec MoiPatient, Renaloo s’engage dans une stratégie de renouvellement des procédés associatifs destinés à renforcer la démocratie sanitaire ou les droits des patients à faire entendre leur voix, trop souvent passé sous silence dans un système largement replié sur lui-même et ses contingences.
L’expertise des patients correspond, dans l’esprit de Renaloo, à la production d’une science née de l’expérience des patients. Ce savoir est vivant, il appartient à toutes celles et ceux qui éprouvent notre système de santé et le comprennent avec leur ressenti. Ce savoir expérientiel complètera les connaissances souvent très fines que de nombreuses associations d’usagers du système de santé acquièrent au quotidien grâce aux différents travaux qu’elles mènent, avec et pour les patients, depuis parfois de nombreuses années.
MoiPatient apportera, à Renaloo et à l’ensemble de ses utilisateurs, un complément d’expertise, un « pôle recherche » qui pourra à la fois enrichir leurs connaissances mais aussi braquer les projecteurs sur des thématiques délaissées, négligées ou oubliées qui sont pourtant au cœur des préoccupations des patients et de leurs proches.
« La dynamique globale d’évaluation de l’expérience patient est en marche »
Comment s’articule t’il avec la dynamique globale d’évaluation de l’expérience patient ?
La dynamique globale d’évaluation de l’expérience patient est en marche. Elle est notamment liée à la notion de « parcours » que l’on retrouve un peu partout dans les projets de transformation du système de santé. Elle sera évaluée demain dans le cadre de la rémunération forfaitaire qui se met peu à peu en place concernant la prise en charge de quelques pathologies chroniques. Par ailleurs, la qualité de vie, l’un des aspect de l’expérience patient, est au cœur des préoccupations de la HAS qui évalue les produits de santé en vue de la fixation de leur prix et de leur niveau de remboursement.
En ce sens, MoiPatient s’inscrit dans un contexte social et politique favorable, arrivé à maturité pour mieux prendre en compte l’expérience patient. Mais surtout, Moipatient répond à un besoin impérieux : celui de proposer aux usagers du système de santé un espace hautement sécurisé pour recueillir les données qui permettront de développer la recherche citoyenne, notamment sur les sujets que leurs associations pourront, souverainement, selon leurs choix et leurs priorités propres, décider de mettre en évidence.
Quelles sont vos ambitions à plus long termes fin la matière ?
Nos ambitions consistent à offrir un porte-voix à toutes celles et tous ceux qui considèrent qu’être patient, usager du système de santé, ce n’est pas être observateur d’un système qui leur échappe.
Les personnes qui font l’expérience de notre système de santé ne sont ni des organes malades ni des sous-sujets de droit. Elles ont des familles, des métiers, des sensibilités, des valeurs, des contraintes, des aptitudes, etc. Bref, des histoires qui s’écrivent parfois avec la douleur, l’anxiété ou la résilience dues à leurs maladies. Autant de dimensions qui nécessitent de nouvelles approches dans les techniques de recherche.