Singapour et la Corée du Sud font partie des pays d’Asie à suivre dans le secteur de la robotique dédiée à la santé.
– En février 2017, Singapour a accueilli le premier hackathon d’Asie sur l’utilisation sociale de la robotique pour les personnes âgées. Les projets novateurs sur ce marché très spécifique se multiplient dans la cité-État.
– La Corée du Sud est quant à elle en avance dans le domaine de la micro-robotique appliquée à la chirurgie. « Dans un futur lointain, je pense que les opérations par l’intermédiaire de robot ne nécessiteront plus d’intervention humaine », confie à H&TI le Pr. Jong-Oh Park, directeur de l’institut sud-coréen Robot Research Initiative (RRI).
Singapour : leader sur le marché de la robotique dédiée aux personnes âgées ?
Un 1er hackathon organisé en Asie sur la robotique d’assistance pour personnes âgées
Du 10 au 12 février 2017 s’est tenu le MIT Hacking Medicine Robotics Singapore 2017, le premier hackathon organisé en Asie sur l’utilisation sociale de la robotique pour les personnes âgées.
Développeur, cliniciens, ingénieux, concepteurs, chercheurs et chefs d’entreprise étaient invités à développer des applications logicielles et matérielles sur Segway Robot Platform (ou Loomo), un projet de plateforme ouverte.
L’événement a rassemblé 83 participants, répartis dans 12 équipes, qui cherchent à mettre au point des solutions permettant de faire face à différents défis rencontrés dans le domaine des soins à destination des personnes âgées, tels que :
- le suivi de la santé cardiaque ;
- la prévention des chutes ;
- la détection de la démence.
Les trois équipes récompensées :
Pour faire progresser la mise au point des concepts élaborés, les trois équipes vont avoir accès aux laboratoires de prototypages du MIT Hacking Medicine, à la plateforme Segway Robot Developer Edition, Loomo, et à un financement pour développer leurs solutions et lancer leurs entreprises.
Les projets ont été développés sur la base du robot Loomo, mis au point par Segway Robotics
Loomo est une machine intelligente qui peut se transformer en un transporteur et un robot autonome. Les développeurs peuvent créer des applications connectées à l’appareil et ajouter des accessoires pour le personnaliser.
Sarah Zhang, responsable des partenariats pour les développeurs à Segway Robotics, a déclaré que la robotique était actuellement centrée sur l’intégration d’interactions multi-sensorielles de nouvelles générations (discours, vision) et de capacités de plus en plus puissantes pour mieux recueillir et analyser les données de santé des patients.
Elle estime que les interactions naturelles sont primordiales pour les applications robotiques dédiées aux soins pour personnes âgées car leur expérience des dispositifs numériques peut être limitée comme ils sont généralement moins habitués à l’utilisation d’objet high tech que les nouvelles générations.
Singapour : Ruth, un robot social prometteur
Les universités singapouriennes proposent des solutions intéressantes dans le secteur de la robotique dédiée à l’assistance des personnes âgées. Parmi les projets les plus prometteurs : Ruth, un robot social mis au point par quatre étudiants de Nanyang Polytechnic (équipe Yuuy).
Il s’agit du robot social le plus récent développé à Singapour. Ruth a été conçue pour agir comme un être humain.
- Grâce a un capteur de vision avancé et une caméra intégrés à la machine, elle peut reconnaître les visages et lire leurs expressions.
- Plusieurs moteurs disposés autour de son « corps » lui permettent de bouger la tête et les bras mais aussi de cligner des yeux. Elle est même capable de rougir.
- Son « cerveau » est alimenté par un mini-PC Windows et configuré grâce à diverses technologies Microsoft, lui permettant de reconnaître la voix de son interlocuteur et de lui répondre avec des mots appropriés.
Ruth pèse environ 5 kg et son développement coûte environ 10 000 SGD. Elle a été testée sur deux personnes âgées vivant seules, qui ont trouvé facile d’interagir avec elle en raison de son apparence rassurante.
Prochain objectif : équiper de roues le robot pour qu’il puisse se déplacer et mieux détecter les chutes des personnes âgées.
Le robot a été créé pour apporter sécurité et joie aux personnes âgées vivant seules. Un projet intéressant pour les sociétés vieillissantes comme Singapour, le Japon et la Chine.
D’ici 2030, 900 000 personnes vivant à Singapour seront âgées de 65 ans et plus, soit 20 % de la population, contre 11,8 % en 2015. Les Singapouriens âgés vivant seuls seraient 1,7 fois plus susceptibles de mourir prématurément que ceux vivant entourés et auraient deux fois plus de risque de souffrir de dépression et de solitude, indique une étude publiée en 2015 par des chercheurs de l’Université nationale de Singapour.
Corée du Sud : 5 questions au Pr. Park, expert en micro-robotique dans le secteur de la santé
La Corée du Sud figure parmi les leaders dans le domaine de la robotique dédiée au secteur de la santé. L’un des marchés prometteurs pour le pays semble être celui de la micro-robotique appliquée à la chirurgie.
Le Pr. Jong-Oh Park, directeur du Robot Research Initiative (RRI) et professeur à l’École de génie mécanique de l’Université de Chonnam, dévoile à H&TI ses projets actuels et sa vision de l’industrie.
1. Quels dispositifs avez-vous précisément développés ?
J’ai été surtout impliqué dans le diagnostic médical et la chirurgie robotique. J’ai notamment participé au développement du robot « colonoscope » pour améliorer le diagnostic des maladies du côlon, de la capsule endoscope passive et active pour le diagnostic des maladies du système digestif, du micro-robot intravasculaire pour améliorer la chirurgie de l’artère coronaire, du « bacteriobot » pour progresser dans le domaine de la thérapie tumorale, etc.
La plupart des développements de nos produits sont dans un premier temps passés par des tests in-vivo dans le monde entier. Plusieurs d’entre eux ont depuis été proposés aux acteurs de l’industrie et sont déjà vendus sur le marché.
2. Les patients sont-ils prêts à accepter l’implication de robots dans le système de soins ?
Cela dépend. Le robot « colonoscope » et la capsule « endoscope » ont été adoptés par les praticiens sans aucun retour négatif. Les autres dispositifs pourraient faire l’objet de débats.
Nos solutions servent à combattre les maladies humaines. La très petite taille du micro-robot médical n’en fait pas un objet intrusif, les patients ne peuvent pas communiquer avec lui comme c’est le cas avec un robot social. Ils devraient accepter assez finalement le principe de la micro-robotique.
3. Quels aspects de vos robots voudriez-vous modifier pour les perfectionner ?
Nous aimerions bien sûr améliorer leur fonctionnalité pour perfectionner les dispositifs existants mais aussi mieux lutter contre d’autres maladies et également gagner en fiabilité.
Nos équipements et dispositifs médicaux sont à destination du marché global parce que leur développement prend beaucoup de temps et nécessite un investissement important, de la phase de concept jusqu’à la création du produit.
Le montant dont nous bénéficions est assez élevé et provient principalement du gouvernement. Notre centre semble faire partie des plus grands instituts d’université dédiés à la robotique existants.
4. Ne pensez-vous pas que le développement d’objets high tech dans le secteur de la santé exclut une partie de la population en raison de leurs coûts notamment ?
C’est vrai, en partie. Mais, logiquement, le produit devrait devenir moins cher avec le temps et sa démocratisation. Cela signifie que nos appareils seront accessibles aux groupes les moins privilégiés de la population dans un deuxième temps.
5. Quelle est votre vision de la robotique dans le domaine de la santé ?
Dans un futur lointain, je pense que les opérations par l’intermédiaire de robot ne nécessiteront plus d’intervention humaine. Il n’y aura plus de chirurgie intrusive.
Il est fortement possible que l’Asie devienne le leader mondial sur ce marché car la région montre un plus grand intérêt dans ce domaine que d’autres régions du monde.
Le gouvernement sud-coréen, par exemple, investit dans divers domaines de la robotique, et semble actuellement plutôt concentré sur les sujets liés à la réadaptation des patients. Le pays pourrait faire partie des chefs de file dans les années à venir.