Les opinions des parents sur le vaccin HPV (papillomavirus humain) ont évolué au cours de ces dernières années. Grâce à un système de deep learning (apprentissage profond), des chercheurs américains ont analysé près d’un million de tweets et ont décrypté ces données textuelles via des algorithmes élaborés. Les résultats de leur étude*, publiée le 15 avril 2019 dans Nature Digital Medicine, montrent que l’acceptation du vaccin HPV par les parents s’est améliorée et que de telles approches d’apprentissage en profondeur peuvent compléter les enquêtes traditionnelles avec une surveillance en temps réel de la population sur les réseaux sociaux.
Des algorithmes pour lire des tweets
Le papillomavirus humain (HPV) est la principale cause d’infection sexuellement transmissible d’origine virale et ce virus est à l’origine de plusieurs types de cancers, notamment cervicaux, vaginaux, vulvaires, péniens, anaux et oropharyngés. Bien que le vaccin contre le VPH soit très efficace, le refus de ce vaccin est courant chez les parents d’adolescents. En France, cette vaccination est recommandée pour toutes les jeunes filles de 11 à 14 ans, avec un rattrapage possible jusqu’à 19 ans. En 2018, moins d’un tiers des jeunes filles de 15 ans avaient reçu au moins la première dose.
Comprendre les croyances relatives à la santé concernant le vaccin contre le virus du papillome humain (HPV) représente donc un enjeu pour mettre au point des stratégies efficaces et ciblées de promotion du vaccin. Cependant, les méthodes d’enquête traditionnelles présentent des difficultés importantes dans l’évaluation de ces croyances, notamment des difficultés pour atteindre une population nombreuse et suivre les changements en temps réel.
956 262 tweets analysés et classés
Des chercheurs américains des universités de Houston (Texas) et de Floride ont utilisé les réseaux sociaux et plus précisément Twitter, sur lequel des millions de personnes partagent volontairement et en continu des contenus générés par eux-mêmes, pour mener des travaux sur le sujet. Ils avaient accès aux croyances d’une grande population en matière de santé. Cependant, comprendre la grande quantité de données textuelles gratuites sur les médias sociaux nécessite des algorithmes avancés.
Ils ont donc collecté sur Twitter un ensemble de données relatives au vaccin anti-HPV du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2017 et ont classé 956 262 tweets grâce à des mots-clés. Ils ont ensuite mis sur pied un modèle d’apprentissage en profondeur basé sur un réseau de neurones récurrent (RNN) qui avait pour mission de comprendre le langage naturel.
Par ailleurs, ils se sont appuyés sur le modèle de croyances en santé (Health Belief Model), qui est un modèle de psychologie servant à expliquer et à prédire les comportements en lien avec la santé et sur 4 grandes croyances : les perceptions de la susceptibilité, de la gravité perçue, des avantages et des obstacles.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 15 avril 2019 dans la revue Nature Digital Medicine.
Résultats : des croyances sur l’HPV en évolution
- Les algorithmes ont identifié les tweets avec une précision d’environ 80 %.
- Après avoir appliqué le modèle pour classer les 956 262 tweets non étiquetés, 652 252 tweets ont été classés dans une des quatre catégories (susceptibilité, gravité, avantages, obstacles).
- La prévalence des tweets exprimant des croyances liées à la sensibilité et à la gravité des maladies liées au HPV augmentait chaque année, tandis que les tweets classés dans les avantages / obstacles du vaccin diminuaient.
Cette évolution des croyances perçue sur Twitter serait due, selon les auteurs de l’étude, à la publication d’articles mettant en valeur la pertinence du vaccin, dans des journaux influant tels que le New York Times et le Time.
Un pic de tweets « favorables » au vaccin en février 2015 serait quant à lui associé à l’examen des effets secondaires du vaccin HPV par l’Agence européenne des médicaments.
« La diminution du nombre de tweets liés à la susceptibilité/à la gravité perçue peut refléter une meilleure compréhension de la prévalence des cancers liés au HPV ainsi qu’une sensibilisation accrue à la gravité de ces cancers, écrivent les chercheurs. De même, la diminution du nombre de tweets liés aux obstacles perçus peut refléter un changement dans l’évaluation du rapport risque/bénéfice par les parents qui acceptent le vaccin contre le VPH pour leur adolescent. »
Deep Learning et réseaux sociaux : les enquêtes en population de demain
Cette étude démontre le potentiel d’utilisation des réseaux sociaux pour mieux comprendre les croyances sur la santé du vaccin HPV. Grâce à des approches de deep learning, les chercheurs sont parvenus à cartographier, dans le temps, avec une grande précision les discussions à grande échelle menées par Twitter. De telles approches d’apprentissage en profondeur pourraient par conséquent compléter les enquêtes traditionnelles avec une surveillance en temps réel de la population sur Twitter.