Des chercheurs américains de l’université de Stanford ont développé un système d’intelligence artificielle (IA) qui pourrait aider les médecins à trouver les meilleures combinaisons médicamenteuses possibles.
Le système, appelé « Decagon », a montré sa capacité à prédire les risques d’interactions médicamenteuses. Dans l’étude*, dont les résultats ont été publiés en juillet 2018 dans la revue Bioinformatics, l’IA s’est en effet révélée 69 % plus performante que les systèmes classiques.
De nombreuses interactions médicamenteuses sont dangereuses
En France, les effets secondaires liés aux interactions entre médicaments seraient responsables d’environ 15 000 décès par an. Trouver un moyen efficace de lutter contre les interactions médicamenteuses délétères représente donc un enjeu de santé publique majeur.
Trois chercheurs américains de l’université de Stanford ont exploré le potentiel d’une intelligence artificielle dans la résolution de ce problème.
Pourquoi se tourner vers un logiciel d’IA ? Parce que compte tenu du nombre de molécules thérapeutiques sur le marché, il est « pratiquement impossible de tester un nouveau médicament en combinaison avec tous les autres médicaments », a déclaré Marinka Zitnik, chercheuse en post-doctorat au département d’informatique de l’université américaine. En effet, environ 5 000 médicaments sont actuellement commercialisés et beaucoup d’associations médicamenteuses n’ont jamais été rigoureusement étudiées, voire prescrites.
Le deep learning pour repérer les interactions
Pour contourner cette difficulté, les trois chercheurs ont mis au point le système Decagon, basé sur le deep learning (apprentissage profond), à même de modéliser les interactions entre plus de 19 000 protéines humaines ciblées par divers médicaments d’une part et de nombreuses molécules d’autre part.
Decagon a en effet été élaboré par le biais de l’analyse d’informations provenant d’une base de données répertoriant 4 millions d’effets secondaires déjà connus.
Résultats : l’IA est performante
Les auteurs de l’étude ont ensuite cherché à vérifier si les prédictions de l’intelligence artificielle se réalisaient, ce qui était le cas pour nombre d’entre elles.
Globalement, l’IA s’est révélée 69 % plus performante que les systèmes traditionnels dans la prédiction d’effets indésirables rares ou non recensés liés à des associations médicamenteuses.
Vers un outil d’aide à la prescription
La pertinence de ce système d’intelligence artificielle est d’autant plus intéressante qu’actuellement « les effets secondaires liés aux médicaments sont souvent découvert par accident », a déclaré Jure Leskovec, co-auteur de ces travaux. « Notre approche a donc le potentiel de conduire à des soinsplus efficaces et plus sûrs, » a-t-il déclaré.
En outre, les chercheurs envisagent de créer un outil plus facile d’utilisation afin d’aider les médecins dans leur pratique quotidienne. Le système Decagon pourrait également trouver des applications dans d’autres domaines, tels que la recherche d’interactions indésirables entre molécules thérapeutiques et de comorbidités.