Susanne Ozegowski a dirigé d’avril 2022 à décembre 2025 la division « Numérique et innovation » du ministère fédéral allemand de la Santé. À ce poste, elle a piloté le déploiement national de l’ordonnance électronique et du dossier patient électronique, les deux piliers de la numérisation du système de santé allemand. Invitée le 9 octobre 2026 à la deuxième Journée de la donnée de santé de l’AP-HP, elle a expliqué comment l’Allemagne a organisé le partage des données entre soignants, leur réutilisation pour la recherche et les obligations imposées aux éditeurs de logiciels. Son intervention vaut pour la France, qui poursuit les mêmes objectifs avec Mon espace santé et le Health Data Hub.
Un dossier patient électronique ouvert par défaut
Le dossier patient électronique allemand (elektronische Patientenakte, ePA) est désormais créé pour chaque assuré, sauf refus de sa part. Selon les chiffres présentés par Susanne Ozegowski, 65 millions de personnes en disposent. Médecins, pharmacies et hôpitaux y accèdent lorsque le patient présente sa carte d’assurance maladie. Les ordonnances électroniques, soit 1,5 milliard de prescriptions, alimentent automatiquement la liste des médicaments du patient. Un plan de médication doit compléter le dispositif.
Pour l’ancienne responsable, la réussite tient d’abord à la méthode : la stratégie a été construite avec l’ensemble des acteurs du système de santé, et pas seulement avec les hôpitaux.
L’interopérabilité imposée comme condition d’accès au marché
Les logiciels des cabinets médicaux, des hôpitaux et des éditeurs ne se parlaient pas. Les autorités allemandes ont donc rendu les exigences d’interopérabilité contraignantes. « Désormais, si vous ne respectez pas les exigences d’interopérabilité, vous ne pourrez plus opérer sur le marché », a-t-elle expliqué.
L’Allemagne a aussi revu les conditions de réutilisation des données. Le centre de données de recherche en santé (Forschungsdatenzentrum Gesundheit, présenté sous le nom de Health Data Lab) rassemble les données de remboursement de près de 90 % de la population, celle couverte par l’assurance maladie publique. Enrichies par les ordonnances électroniques, ces données sont accessibles selon la finalité du projet, et non selon le statut public ou privé du demandeur.
Sécurité, souveraineté et confiance : les chantiers ouverts
Plusieurs difficultés demeurent. Certains cabinets médicaux conservent leurs données sur leurs propres serveurs. Le recours à des fournisseurs américains soulève des questions de souveraineté. L’absence d’identifiant unique et permanent complique le rapprochement des informations d’un même patient.
L’IA illustre les limites actuelles : une analyse des parcours de millions de patients n’a pas abouti, faute de données suffisamment structurées et d’outils adaptés, notamment de grands modèles de langage. Susanne Ozegowski a enfin insisté sur la confiance : la population allemande serait plus attachée au médecin qu’elle connaît qu’au système de santé dans son ensemble.
Source : AP-HP, deuxième Journée de la donnée de santé, keynote de Susanne Ozegowski du 9 octobre 2026 (vidéo) – fiabilité : officielle ; parcours de l’intervenante d’après le Deutsches Ärzteblatt, 13 novembre 2025 – fiabilité : presse





