Le Pipame identifie le numérique comme levier majeur de la transformation et modernisation de l’industrie de santé, tant pour la performance de son activité industrielle que pour son rôle structurant vers la médecine de demain ou médecine des 4P (prédictive, préventive, personnalisée, participative).
Dans son rapport « Industrie du futur : enjeux et perspectives pour la filière industries et technologies de santé », publié le 19 juin 2019, le pôle interministériel propose un ensemble d’objectifs et de recommandations à destination des acteurs publics et privés afin de permettre une adoption rationnelle et partagée pour l’ensemble de la filière des industries de santé des technologies du numérique et de leurs usages (voir objectifs et recommandations dans l’encadré ci-dessous).
• Le 1er objectif concerne les données de santé et vise à permettre aux acteurs de les exploiter dans un cadre d’interopérabilité :
– défini, partagé, autour de conditions éthiques garantissant son acceptabilité par l’ensemble des acteurs, au premier chef les citoyens/patients ;
– de fiabilité et de sécurité afin de créer un continuum des données de santé propres à venir pour enrichir les pratiques de l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur en santé (en résultat : augmentation de la création de valeur en santé).
• Le 2ième objectif est de consolider une filière industrielle structurée et compétitive par le levier du numérique au travers de la fédération des acteurs et de la mise en place d’outils permettant la réalisation d’ambitions communes.
• Le 3ième objectif vise à obtenir un système de santé adapté aux nouvelles offres de santé numériques pour créer les conditions facilitant l’émergence et le développement des innovations numériques dans la filière des industries de santé.
Le Comité stratégique de filière désigné pour porter le déploiement des recommandations
Le Comité stratégique de filière (CSF) a été désigné pour porter avec les pouvoirs publics la transformation et le déploiement de ces recommandations, en associant les partenaires nécessaires.
Ces propositions s’inscrivent dans un contexte déjà très sensibilisé et actif vis-à-vis de la filière des industries de santé :
- Le Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) de juillet 2018 a permis le lancement de différentes mesures proposées pour améliorer l’attractivité et le développement des entreprises. Sur une soixantaine de mesures, 2/3 sont en passe d’être développées. Un bilan à un an sera réalisé en juillet 2019.
- Le contrat de filière des industries de santé, signé le 4 février, propose des actions dans différents domaines dont l’intelligence artificielle (IA). Le Heath Data hub va prochainement être créé, et, concernant les évolutions attendues des compétences en entreprises, un EDEC est en cours d’écriture.
Les industries de santé : un secteur stratégique pour la France, aujourd’hui face à une situation dégradée
Les industries de santé (médicaments, dispositifs médicaux, diagnostic) constituent un secteur stratégique considérable, avec un poids économique majeur :
- 3100 entreprises ;
- un chiffre d’affaires de plus de 75 milliards d’euros ;
- un employeur majeur avec plus de 340 000 employés (emplois directs et indirects, hors hôpitaux) ;
- un secteur innovant : les entreprises du G5 ont investi 3,3 milliards d’euros en 2017 ;
- une exportation de 25,4 milliards d’euros en médicaments et 8Mds en DM en2017.
Toutefois, ce secteur connait depuis plusieurs années une dégradation de sa situation, avec :
- une diminution de 37 % de production pharmaceutique entre 2004 et 2014 ;
- un décrochage des essais cliniques réalisés sur le territoire : 3 312 en France vs 8 739 en Allemagne ;
- une faiblesse des investissements privés dans les entreprises en fin de période d’amorçage.
Dans le contexte contraint de cette industrie (fortes régulation et réglementation), le numérique est identifié comme un des leviers majeurs de sa modernisation et de sa performance. Toutefois, son adoption reste complexe, et lors des différents travaux menés dans le cadre du Pipame, il a été constaté qu’aucun acteur n’a mis en place une transformation complète vers le numérique.
Une filière qui doit de recomposer en intégrant les solutions de l’industrie du futur
L’opportunité de la médecine des 4P :
Les industriels sont un maillon essentiel de l’évolution de la médecine vers la médecine des 4P.
En tant que fournisseurs de solutions nouvelles s’appuyant sur la numérisation des données de santé, ils participent à leur partage entre professionnels et patients, voire entre industriels.
Ces nouvelles solutions nécessitent pour eux de passer du produit unique vers un modèle de médecine personnalisée fondée sur la convergence de plusieurs technologies (molécule, numérique, dispositif médical), et de changer de business modèle (du produit au service et à la création de valeur).
L’industrie 4.0
L’industrie 4.0 est basée sur l’adoption du numérique pour transformer l’industrie sur toute sa chaine d’activité :
- la R&D (découverte de nouvelles molécules, les jumeaux numériques, plateformes collaboratives) ;
- le développement (essais cliniques,) ;
- l’accès au marché (valeur médicale, démonstration de la valeur en vie réelle) ;
- la production (automatisation des lignes de production, objets connectés, monitoring des lignes, planification…) ;
- la distribution, le pilotage de la performance commerciale ;
- les usages.
Le rapport a constaté chez les industriels une compréhension partagée de la nécessité d’adopter les technologies numériques mais une difficulté à sortir d’initiatives isolées.
Parmi les technologies de l’industrie du futur, 8 ont été identifiées comme structurantes. Leur intégration sera de nature à amplifier et à accélérer les transformations technologiques nécessaires pour l’industrie de santé.
Ces 8 technologies ont été analysées en profondeur dans le rapport. Il s’agit :
- du cloud ;
- de la cybersécurité ;
- de la robotique ;
- de l’intelligence artificielle ;
- de la simulation numérique ;
- des objets connectés ;
- de la réalité augmentée ;
- du big data.
Les enjeux des industriels :
Selon le rapport, les défis que doivent se poser les industriels aujourd’hui se structurent autour de 5 enjeux majeurs :
- construire des modèles d’innovation pérennes et efficients ;
- transformer le modèle de démonstration et d’évaluation des bénéfices apportés au patient au regard des coûts générés (en particulier aborder la question de la démonstration de la valeur) ;
- moderniser l’outil industriel de production et en faire un levier de compétitivité du territoire ;
- réussir une transition vers un modèle de médecine personnalisée fondée sur la convergence de plusieurs technologies ;
- tirer parti de la révolution en santé à travers la circulation et l’exploitation transverse de la donnée.
L’évolution des métiers et des compétences qui en découlera est également un thème à aborder. Le rapport constate qu’il y a peu de nouveaux métiers (sauf dans les métiers autour de la donnée) mais une évolution des métiers existants. Un Edec est en cours de rédaction pour aborder cette thématique.
Un intérêt et un enthousiasme partagés, des questions toujours présentes
Les objectifs et les recommandations et le rôle de pilote donné au Comité stratégique de filière ont été salués par les professionnels présents à Bercy. La mobilisation des acteurs et les actions en place ont été unanimement plébiscitées.
Toutefois, lors des tables rondes, certaines questions ont été posées, traduisant la complexité des thématiques ouvertes, et l’évolution des maturités des acteurs. Ainsi, des questions sur la précision de l’ambition souhaitée par la France pour son industrie de santé et sur les acteurs de la donnée que l’on souhaite y voir émerger ont été posées. Une réflexion sur la monétisation de la donnée a été demandée. L’évaluation, la certification de solutions en constante évolution restent également compliquées, tout comme le fait de savoir comment la France peut s’inspirer de modèles étrangers (notamment US) pour apporter des réponses.