Pierre-Yves Frouin, PDG de Bioserenity, start-up qui élabore des dispositifs médicaux sous forme de vêtements connectés, a accordé un entretien à Health&Tech Intelligence. Il explique notamment comment le recours à ces wearables permet aux hôpitaux d’économiser les frais de nuit d’hospitalisation de patients dans le cadre du diagnostic de l’épilepsie.
Vous présentez Bioserenity comme « une start-up du vêtement intelligent comme dispositif médical » : pouvez-vous préciser ce concept ?
Il y a actuellement beaucoup d’innovations dans les wearables, avec des revendications de santé, mais peu d’entre elles sont médicales. Bioserenity, a contrario, développe des vêtements intelligents qui sont des dispositifs médicaux homologués comme tels, avec des capteurs de qualité médicale.
Vous avez obtenu le marquage CE pour le Neuronaute en mai 2016 : selon quel modèle économique est-il commercialisé ?
Le Neuronaute est un vêtement qui permet de réaliser des électroencéphalographies (EEG) sans les contraintes d’infrastructure actuelle. L’enregistrement peut donc se faire dans n’importe quel lit d’hôpital ou à domicile, à des fins de diagnostic de l’épilepsie.
Aujourd’hui, l’enregistrement de l’EEG est faiblement remboursé en France, pour cette raison les actes sont généralement déficitaires pour les hôpitaux. Le Neuronaute contribue à aider les hôpitaux à limiter le poids économique de ces actes, notamment en évitant une partie de frais d’hospitalisation du patient.
Nous proposons le Neuronaute selon trois modalités :
- achat ;
- location à l’usage ;
- facturation au prorata de l’utilisation (cost per result).
Envisagez-vous une commercialisation à l’international ? Quels sont les éventuels freins ?
Nous sommes en train de nous étendre en Suisse, en Belgique, et démarrons des tests en Allemagne.
Nous venons par ailleurs d’ouvrir un bureau aux Etats-Unis, et devrions obtenir l’autorisation de la FDA pour le Neuronaute courant 2017, comme dispositif de classe 2. C’est un processus long et coûteux et il est important pour nous de le démarrer tôt.
Quels sont vos autres projets en cours ?
Nous développons actuellement le Somnaute, un vêtement connecté permettant d’effecteur les polysomnographies (enregistrements du sommeil), pour le diagnostic de l’apnée et des autres troubles du sommeil, sans hospitalisation dans un lit dédié, ou à domicile, permettant ainsi d’enregistrer les patients sur de plus longues durées. Nous travaillons en étroite collaboration avec le Pr Isabelle Arnulf, qui dirige le centre de sommeil de la Pitié-Salpétrière.
Le Somnonaute, qui a notamment été financé par le FUI, devrait obtenir un marquage CE d’ici 12 à 18 mois.
Nous avons également d’autres projets en neurologie et en cardiologie.
Pourquoi avoir choisi d’être incubés à l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) ?
Nous sommes hébergés à l’ICM depuis trois ans. Cela représente un avantage considérable, car nous avons un accès privilégié aux médecins et aux chercheurs, ce qui nous permet d’identifier les besoins médicaux et de travailler selon des cahiers des charges précis. Nous bénéficions également de la plateforme technologique de l’ICM.
Quels sont/ont été vos soutiens académiques et financiers ?
Nous avons effectué une première levée de fonds de 2 millions d’€ auprès de Kurma diagnostics et d’Id Partners ; nous avons également bénéficié du FUI, et avons été lauréats du concours mondial d’innovation 1 et 2.
Nos solutions sont déployées dans une trentaine d’hôpitaux environ, et nous montons également des partenariats avec de grands acteurs du secteur de la santé.
Bioserenity effectuera une nouvelle levée de fonds dans les mois qui viennent.
Quelles sont vos perspectives à moyen terme ?
Actuellement, nous vivons le basculement entre le « system point of care », qui désigne le soin auprès du patient dans n’importe quel lit d’hôpital, et le « at home point of care », qui renvoie à la situation où le patient s’équipe lui-même à domicile.
Les « plateformes personnelles de télémédecine » sont l’étape suivante : il n’est pas possible de mettre un professionnel de santé derrière chaque patient 24h/24, mais on peut imaginer de suivre le parcours du patient de façon virtuelle et de lui recommander le meilleur traitement.
Dans cette perspective, nous travaillons dans un laboratoire commun avec une équipe de l’ICM sur un système d’aide au diagnostic basé sur l’intelligence artificielle dans l’EEG. Aujourd’hui, un enregistrement de trois semaines doit être lu intégralement par un médecin. Si les anomalies de signal sont identifiées par un système d’aide au diagnostic, les relectures seront moins longues. Des biomarqueurs numériques pourraient déclencher des alarmes en cas d’anomalie ou servir à la médecine préventive de crise.