L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a adopté à l’unanimité le 14 mars 2017 un rapport intitulé « Pour une intelligence artificielle maîtrisée utile et démystifiée » comportant 15 propositions divisées en trois points majeurs: maîtriser l’IA, la rendre utile et la démystifier.
Le rapport, co-rédigé par le député Claude de Ganay et la sénatrice Dominique Gillot, vise à établir un bilan objectif des risques, des opportunités, du placement de la France et de l’Europe, de l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Un bilan mitigé de l’intelligence artificielle
Les rapporteurs posent le postulat que « l’objectif de l’intelligence artificielle n’est pas de rivaliser avec l’intelligence humaine ni de la dépasser, mais d’apporter de nouvelles solutions ». En revanche, ils alertent quant aux enjeux qui en découlent:
- la domination de la recherche privée nord-américaine et chinoise au travers des questionnements juridiques, économiques, sociaux et scientifiques :
- via des groupes comme Google, Facebook, IBM Watson, Microsoft, Baidu ou Xiaomi,
- ce qui a pour conséquence de « piller » les laboratoires français de leurs chercheurs;
- les enjeux éthiques de l’intelligence artificielle par le biais de la compréhension des outils tels que le deep learning pour aboutir sur un débat public « serein » afin de mettre en avant les opportunités tout autant que les risques de l’intelligence artificielle.
D’un autre côté ils pointent également l’utilisation qui peut en être faite, notamment dans les domaines de « l’éducation, l’environnement, l’énergie, des transports, l’aéronautique, l’agriculture, du commerce, la finance, la défense, la sécurité, la sécurité informatique, la communication, des loisirs, la santé, la dépendance ou encore du handicap ».
Les recommandations du rapport
Le rapport établit quinze recommandations afin de:
Maîtriser l’intelligence artificielle
Pour la rendre sûre, juste et transparente :
- Proposition 1 : Se garder d’une contrainte juridique trop forte sur la recherche en intelligence artificielle, qui – en tout état de cause – gagnerait à être, autant que possible, européenne, voire internationale, plutôt que nationale.
- Proposition 2 : Favoriser des algorithmes et des robots sûrs, transparents et justes et prévoir une charte de l’intelligence artificielle et de la robotique.
- Proposition 3 : Former à l’éthique de l’intelligence artificielle et de la robotique dans certains cursus spécialisés de l’enseignement supérieur.
- Proposition 4 : Confier à un institut national de l’éthique de l’intelligence artificielle et de la robotique un rôle d’animation du débat public sur les principes éthiques qui doivent encadrer ces technologies.
- Proposition 5 : Accompagner les transformations du marché du travail sous l’effet de l’intelligence artificielle et de la robotique en menant une politique de formation continue ambitieuse visant à s’adapter aux exigences de requalification et d’amélioration des compétences.
La rendre utile et « respectueuse des valeurs humanistes »
Pour qu’elle profite à tous :
- Proposition 6 : Redonner une place essentielle à la recherche fondamentale et revaloriser la place de la recherche publique par rapport à la recherche privée tout en encourageant leur coopération.
- Proposition 7 : Encourager la constitution de champions européens en intelligence artificielle et en robotique.
- Proposition 8 : Orienter les investissements dans la recherche en intelligence artificielle vers l’utilité sociale des découvertes.
- Proposition 9 : Élargir l’offre de cursus et de modules de formation aux technologies d’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur et créer – en France – au moins un pôle d’excellence international et interdisciplinaire en intelligence artificielle et en robotique.
- Proposition 10 : Structurer et mobiliser la communauté française de la recherche en intelligence artificielle en organisant davantage de concours primés à dimension nationale, destinés à dynamiser la recherche en intelligence artificielle, par exemple autour du traitement de grandes bases de données nationales labellisées.
- Proposition 11 : Assurer une meilleure prise en compte de la diversité et de la place des femmes dans la recherche en intelligence artificielle.
Démystifier l’intelligence artificielle
Pour faire tomber les barrières d’acceptabilité sociale :
- Proposition 12 : Organiser des formations à l’informatique dans l’enseignement primaire et secondaire faisant une place à l’intelligence artificielle et à la robotique.
- Proposition 13 : Former et sensibiliser le grand public à l’intelligence artificielle par des campagnes de communication, l’organisation d’un salon international de l’intelligence artificielle et de la robotique et la diffusion d’émissions de télévision pédagogiques.
- Proposition 14 : Former et sensibiliser le grand public aux conséquences pratiques de l’intelligence artificielle et de la robotisation.
- Proposition 15 : Être vigilant sur les usages spectaculaires et alarmistes du concept d’intelligence artificielle et de représentations des robots.