Le géant de l’internet chinois Baidu place l’intelligence artificielle (IA) au centre de son développement futur, notamment dans le secteur de la santé.
L’entreprise fait face depuis quelques mois à plusieurs problèmes, avec en tête le départ inattendu d’Andrew Ng, chercheur star recruté en 2014 par le P.-D.G. Robin Li pour représenter le groupe dans le domaine de l’IA.
Baidu abandonne la santé mobile au profit d’un centre de santé basé sur l’intelligence artificielle
Début février 2017, le géant du web a fermé son centre dédié aux soins de santé mobile pour se recentrer sur une recherche et une innovation plus « intelligente » dans le secteur de la santé, basée sur l’intelligence artificielle.
Kirk Boodry, un analyste du cabinet de recherche anglais New Street Research, estime que la fermeture du centre focalisé sur la santé mobile serait davantage liée à une volonté d’économie, l’unité étant apparemment sous-performante par rapport aux autres pôles de l’entreprise. Les équipes du centre de santé mobile de Baidu se concentraient sur le développement de produits et de services liés à la télémédecine,tels que la prise de rendez-vous en ligne ou les téléconseils médicaux sur le web. Des technologies jugées « faibles » par Robin Li, le P.-D.G. du groupe.
L’homme d’affaires a récemment déclaré lors d’un forum que l’intelligence artificielle pouvait « redéfinir » l’industrie des soins de santé. Il estime que ce secteur et les technologies dédiées à la gestion des big data pourraient permettre de développer des modèles plus performants de tests génétiques mais aussi de faciliter le développement de nouveaux médicaments.
À la recherche d’un modèle économique durable
L’embauche début 2017 de Lu Qi au poste de président et de directeur opérationnel du groupe fait également partie de cette stratégie de restructuration. L’ancien cadre de Microsoft a été recruté après que l’activité publicitaire en ligne du groupe a été entachée par un scandale survenu sur sa plateforme de santé : un jeune patient atteint d’un cancer est décédé après avoir cherché un traitement alternatif sur une liste payante proposée sur le site de Baidu. L’image de l’entreprise a été ternie et le gouvernement chinois a alors décidé de contrôler de manière plus stricte la publicité en ligne.
Depuis cette affaire, le groupe chinois a décidé de se concentrer davantage sur l’intelligence artificielle. En matière de santé, il a lancé en octobre 2016 Melody, un robot de conversation basé sur l’IA capable de fournir des informations pertinentes aux médecins afin de les aider à établir des diagnostics et des options de traitements plus précis.
Cependant, Baidu va devoir surmonter de sérieux défis en termes de positionnement stratégique, estime Kirk Boodry. « La croissance de son activité principale de publicité sur internet ralentit et la concurrence des médias sociaux augmente, a-t-il avancé. L’entreprise possède de bonnes qualifications technologiques mais il est difficile de monétiser la recherche en IA. Au fil du temps, les efforts [de l’entreprise], notamment dans le domaine de la conduite autonome, pourraient être un moyen de le faire mais le modèle de l’entreprise n’a pas encore été développé. »
Sur le déclin, Baidu innove en IA pour remonter la pente
Fondé en 2000 par Robin Li, 7e fortune de Chine selon Forbes, le leader de l’internet chinois envisage de devenir le chef de file du déploiement de l’intelligence artificielle au sein du pays. En 2015, il détenait 80,80 % de part de marché, contre 9,20 % pour Google, révèlent des estimations du blog de marketing China Internet Watch. La société a par ailleurs créé en 2016 un fonds de 200 millions de dollars (189 M €) consacré à l’IA, à la réalité augmentée et au deep learning, ainsi qu’un fonds de 3 milliards de dollars pour investir dans des start-up high tech, souligne Reuters.
Mais ce projet ambitieux dédié à l’intelligence artificielle est contrecarré par la survenue de plusieurs coups durs pour l’entreprise.
Le 21 mars, Andrew Ng annonce son départ de la société. Britannique d’origine hongkongaise, le génie de l’intelligence artificielle était le point fort de Baidu dans le secteur de l’IA. Ex-employé de Google, il a été recruté dans l’optique d’internationaliser la société et d’en faire une référence sur le marché mondial de l’intelligence artificielle.
Après l’annonce de sa démission, l’action de Baidu a décroché de 4 % dès le 22 mars par rapport au pic enregistré deux jours auparavant et les journaux chinois ont commencé à spéculer sur les capacités du groupe pékinois à percer dans le domaine de l’IA.
Une claque pour le groupe, accompagnée par d’autres déboires.
- le bénéfice de Baidu a chuté de 14 % en 2016 ;
- ses recettes publicitaires diminuent, notamment parce que la société est concurrencée par la plateforme d’e-commerce Alibaba et par Tencent, entraînant une baisse de son chiffre d’affaires au troisième trimestre 2016 et un recul annoncé au quatrième trimestre, compris entre 1,7 % et 4,6 % ;
- la société a réalisé un mauvais investissement en rachetant en février Raven Tech, une start-up chinoise spécialisée dans l’IA
Création d’un deuxième laboratoire dédié à l’IA
En pleine crise, le géant chinois ne lâche rien pour autant. Le 31 mars, il a annoncé l’ouverture d’un deuxième laboratoire dédié à l’IA au sein de la Silicon Valley, en complément de celui qu’il gère depuis 2014 à Sunnyvale (Californie).
Le nouvel établissement sera composé de 150 chercheurs, détaille le groupe média chinois Caixin.
Selon les analystes, Baidu souhaiterait se transformer en un groupe exclusivement spécialisé en IA. L’intelligence artificielle est « le cœur de notre stratégie pour la prochaine décennie », affirme d’ailleurs Robin Li. Dernière preuve en date : début 2017, le P.-D.G. du groupe a confié la présidence de la société et le poste de directeur opérationnelle à Lu Qi, un Shanghaïen formé aux États-Unis et réputé pour être un expert très pointu en intelligence artificielle, assure Robin Li. Avec le recrutement de ce spécialiste renommé, qui détient 40 brevets aux États-Unis, l’entreprise se dit confiante dans la capacité de Baidu à devenir « un leader mondial de l’intelligence artificielle ».
IA : le groupe chinois devra faire face à ses concurrents Alibaba et Tencent
Baidu souhaite s’imposer sur le marché de l’intelligence artificielle dans différents secteurs, notamment dans la santé, l’automobile et l’électronique. Il a commencé entre autres à travailler sur la création d’une voiture autonome en 2014 et sur une enceinte connectée pour concurrencer la Echo conçue par Amazon. Fin mars, les chercheurs de Baidu ont également prouvé que l’IA pouvait conserver les informations enregistrées par le passé, tout en assimilant de nouvelles connaissances, une étape importante dans l’avenir de cette nouvelle technologie.
Baidu n’est cependant pas la seule entreprise chinoise à miser sur l’IA. En mars, Didi Chuxing, que l’on surnomme le « Uber chinois », a inauguré son premier centre californien de R&D centré sur l’intelligence artificielle. Tencent et Alibaba investissent eux aussi massivement dans le domaine. Par ailleurs, la Commission nationale de développement et de réforme chinoise (NDRC), une agence centrale d’aménagement en Chine, a révélé la création d’un programme visant à élaborer un marché local de l’IA d’une valeur de plus de 15 milliards de dollars (14 Mds €) d’ici 2018.