En France, plus de 4 millions de personnes vivent aujourd’hui avec un diabète, une proportion passée de 5,6 % en 2015 à 6,48 % de la population en 2023. Pathologie chronique au cœur des inégalités sociales et territoriales, le diabète se présente désormais comme une maladie « polypathologique », associée à de multiples comorbidités et à des complications lourdes, avec plus de 10,9 milliards d’euros de dépenses pour l’Assurance maladie en 2023.
- 537 millions d’adultes vivaient avec un diabète dans le monde en 2021, et la Fédération internationale du diabète projette 783 millions en 2045.
- Un article récent évoque déjà 589 millions de personnes diabétiques en 2024 dans le monde, avec 853 millions attendues d’ici 2050.
- 4 364 820 personnes étaient prises en charge pour un diabète en France en 2023, soit 6,48 % de la population.
- En parallèle, plus de 3,8 millions de personnes étaient traitées par médicament pour un diabète en 2023 (5,6 % de la population).
- Le diabète représente 10,925 milliards d’euros de dépenses remboursées par l’Assurance maladie en 2023, dont 8,889 milliards pour les soins de ville.
- Le diabète a été responsable de plus de 33 902 décès en 2024 en France, avec un âge moyen au décès de 80 ans, et plus de 85 000 morts en 2021 selon une autre source.
- Chez les personnes de 45 ans et plus traitées pour un diabète, les complications podologiques entraînent 981 hospitalisations pour plaies du pied et 286 amputations de membre inférieur pour 100 000 personnes en 2023.
- Le diabète multiplie par 2 à 4 le risque de complications cardiovasculaires, et la rétinopathie diabétique est première cause de cécité chez les moins de 65 ans en France.
- 54 % des Français déclarent n’avoir jamais réalisé de dépistage du diabète, et 35 % des personnes diabétiques estiment que leur diagnostic a été tardif (57 % chez les 15-34 ans).
Une épidémie mondiale qui se renforce et se chronicise
Le diabète est défini comme une maladie chronique caractérisée par une hyperglycémie – un excès de sucre dans le sang – liée à un défaut de sécrétion ou d’action de l’insuline. Au niveau mondial, la Fédération internationale du diabète estimait à 537 millions le nombre d’adultes (20-79 ans) atteints de diabète en 2021, soit 10,5 % de la population mondiale de cette tranche d’âge, avec une projection à 783 millions en 2045. D’autres estimations récentes évoquent 589 millions de personnes diabétiques en 2024, pour 853 millions en 2050, illustrant l’ampleur croissante de ce fardeau. La progression touche tous les continents, y compris des régions longtemps moins concernées comme l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique latine. Cette dynamique globale se traduit directement en France, où la maladie s’inscrit dans la durée, avec une incidence en hausse et une espérance de vie améliorée des personnes diabétiques : davantage de cas, et des patients qui vivent plus longtemps avec la maladie.
6,48 % de la population touchée en 2023 : un « effet épidémie » bien installé
En France, le nombre de personnes vivant avec un diabète augmente régulièrement depuis des années. Selon la Fédération Française des Diabétiques, plus de 4 millions de personnes étaient atteintes en 2023, la prévalence passant de 5,6 % en 2015 à 6,48 % en 2023.
Les données de l’Assurance maladie confirment cette tendance :
- 4 364 820 patients ont été pris en charge pour un diabète en 2023,
- Soit une prévalence de 6,48 % tous âges et tous sexes confondus.
Santé publique France, de son côté, rapporte que plus de 3,8 millions de personnes étaient traitées par médicament pour un diabète en 2023, ce qui représente 5,6 % de la population. La différence entre ces chiffres reflète notamment la diversité des sources (prise en charge globale vs traitement pharmacologique, définitions utilisées). Les projections sont inquiétantes : si les tendances observées entre 2015 et 2021 se poursuivent, 520 000 personnes supplémentaires pourraient être atteintes par le diabète en 2027 par rapport à 2021, dont 500 000 par un diabète de type 2 et 20 000 par un diabète de type 1.
Disparités d’âge, de sexe et de territoire
Les données de prévalence mettent en lumière de fortes disparités :
- Le pic de prévalence se situe entre 80 et 84 ans : 25,60 % des hommes et 17,98 % des femmes de cette tranche d’âge vivent avec un diabète.
- Globalement, 55 % des personnes diabétiques sont des hommes et 45 % des femmes.
- Dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), cette tendance s’inverse : les femmes sont plus touchées, avec par exemple 59 % de femmes parmi les personnes diabétiques en Guadeloupe et en Martinique.
Les disparités régionales sont marquées :
- Les prévalences les plus élevées sont observées dans les DROM, les Hauts-de-France et l’Occitanie, avec des valeurs pouvant atteindre 11,72 % en Guadeloupe, presque le double de certaines régions métropolitaines.
- À l’inverse, des régions comme la Bretagne (4,81 %), les Pays-de-la-Loire (5,47 %) ou l’Île-de-France (5,89 %) présentent des prévalences plus faibles.
Ces données confirment que le diabète est une maladie de plus en plus fréquente, mais aussi une pathologie profondément ancrée dans les contextes démographiques, sociaux et territoriaux.
Le diabète, maladie polypathologique par excellence
Le diabète de type 2, qui représente plus de 90 % des cas, est étroitement associé au surpoids, à l’obésité, à la sédentarité, à des habitudes alimentaires déséquilibrées et parfois à des troubles du sommeil. Il coexiste souvent avec d’autres facteurs de risque cardiovasculaires : hypertension artérielle, hypercholestérolémie, tabagisme, consommation excessive d’alcool. Le ministère de la Santé souligne qu’au-delà de 45 ans, le diabète est la maladie la plus fréquente dans un cumul de maladies, illustrant son caractère fortement polypathologique. Les données de la CNAM détaillent cette polypathologie : parmi les personnes prises en charge pour un diabète en 2023, les principales comorbidités sont :
- Maladie coronaire chronique : 15 %
- Maladies respiratoires chroniques (hors mucoviscidose) : 12 %
- Traitements antidépresseurs ou thymorégulateurs : 10 %
- Traitements anxiolytiques : 10 %
- Troubles du rythme ou de la conduction cardiaque : 10 %
- Affections de longue durée pour d’autres causes : 7 %
- Artériopathie périphérique : 5 %
- Insuffisance cardiaque chronique : 4 %
Cette liste illustre à quel point le diabète s’inscrit dans un paysage de multimorbidité : maladies cardiovasculaires, troubles respiratoires, souffrance psychique et autres affections chroniques se superposent chez un même patient. Les inégalités sociales renforcent ce caractère polypathologique : la prévalence du diabète est 1,3 fois plus élevée chez les hommes et 1,7 fois plus élevée chez les femmes vivant dans les communes les moins favorisées, par rapport aux communes plus aisées. Chez les moins de 60 ans, le diabète est deux fois plus fréquent chez les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire.
Complications chroniques : cœur, reins, yeux, pieds, bouche…
L’hyperglycémie chronique abîme les vaisseaux sanguins de gros et de petit calibre, ainsi que les nerfs, exposant à toute une série de complications.
Complications cardiovasculaires
Les personnes vivant avec un diabète ont 2 à 4 fois plus de risque de développer une complication cardiovasculaire. Le ministère de la Santé rappelle que les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès chez les personnes diabétiques.
- En 2023, parmi les personnes de 45 ans et plus traitées pour un diabète :
- Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) représentent un taux d’incidence standardisé de 589 hospitalisations pour 100 000 personnes.
- Les infarctus du myocarde transmural (avec sus-décalage du segment ST) atteignent 223 hospitalisations pour 100 000 personnes.
Complications rénales
Les complications rénales liées au diabète (néphropathies diabétiques) favorisent l’élévation de la pression artérielle, aggravent les dommages rénaux et augmentent le risque cardiovasculaire. Le diabète, associé à l’hypertension artérielle, représente l’une des premières causes de maladies rénales chroniques.
Complications oculaires
La rétinopathie diabétique est une complication majeure :
- elle constitue la première cause de cécité en France chez les moins de 65 ans,
- elle touche environ 50 % des personnes vivant avec un diabète de type 2.
Non dépistée à temps, elle peut évoluer vers un œdème maculaire diabétique, avec des troubles visuels graves et irréversibles.
Complications podologiques et amputations
Les complications au niveau des pieds sont fréquentes :
- 20 à 25 % des personnes diabétiques présenteront une plaie du pied au cours de leur vie,
- Environ 10 000 amputations par an en France sont liées au diabète, avec un risque d’amputation pour 10 % des personnes vivant avec la maladie.
Les données 2023 de Santé publique France confirment cette lourde charge : chez les personnes de 45 ans et plus diabétiques, on observe 981 hospitalisations pour plaie du pied et 286 amputations de membre inférieur pour 100 000 personnes.
Complications bucco-dentaires
Enfin, environ une personne diabétique sur deux souffre d’une maladie parodontale (gingivite, parodontite). Ces infections des gencives sont à la fois cause et conséquence d’un déséquilibre glycémique, et leur prévention fait partie intégrante de la prise en charge. Sur le plan de la mortalité, la Fédération Française des Diabétiques indique que le diabète a été responsable de plus de 33 902 décès en 2024, avec un âge moyen au décès de 80 ans. Une étude Ifop pour Sanofi évoque plus de 85 000 décès en 2021, soulignant l’ampleur du phénomène selon les définitions retenues pour l’attribution des décès.
Un dépistage encore trop tardif malgré la progression de la maladie
Si le diabète progresse, le dépistage ne suit pas. L’étude Ifop pour Sanofi, réalisée en 2023, montre que :
- 54 % des Français déclarent ne jamais avoir réalisé de dépistage du diabète,
- la part de personnes ayant déjà fait un test est passée de 56 % en 2009 à 46 % en 2023,
- Un quart des Français a déjà évité ou repoussé un test (VIH, diabète, cancer…) par peur du diagnostic.
Ce recul du dépistage a des conséquences directes sur la prise en charge :
- 35 % des personnes diabétiques estiment que le diagnostic de leur diabète a été tardif,
- Ce sentiment grimpe à 57 % chez les 15-34 ans.
La Fédération Française des Diabétiques souligne qu’environ 28 % des patients atteints de diabète de type 2 sont diagnostiqués au stade des complications nécessitant une hospitalisation.
En parallèle, Santé publique France met en évidence la hausse du diabète de type 1 chez les moins de 20 ans :
- De 20 300 jeunes en 2012 à 31 400 en 2023,
- Soit une augmentation continue, justifiant l’importance du diagnostic précoce pour éviter les formes graves comme l’acidocétose ou le coma.
L’Observatoire de prévention de l’acidocétose de l’AJD rapporte qu’en 2023, plus de 4 enfants ou adolescents sur 10 de moins de 15 ans ont été diagnostiqués « trop tard », avec une acidocétose modérée (24,9 %) ou sévère (17,5 %), voire un coma diabétique (3 %).
10,9 milliards d’euros de dépenses CNAM et des parcours de soins à réinventer
Pour l’Assurance maladie, le diabète représente en 2023 :
-
- 10 925 millions d’euros de dépenses totales remboursées, dont 8 889 millions d’euros de soins de ville (consultations, médicaments, biologie, soins infirmiers, transports…),
- 891 millions d’euros pour les hospitalisations,
- 1 146 millions d’euros de prestations en espèces (indemnités journalières…).
Un article consacré au centre Diabet’ reprend un ordre de grandeur similaire : le diabète représente « près de 10,9 milliards d’euros de dépense nationale annuelle », confirmant le poids économique de la pathologie. Au-delà du coût, le parcours de soins reste complexe. Le médecin généraliste à l’origine du Pôle Diabet’, premier centre de santé pluridisciplinaire dédié intégralement au diabète en Europe, rappelle que le suivi d’un patient diabétique représente en théorie quatre rendez-vous par an, mais que la séparation des spécialités et les délais peuvent faire monter ce chiffre jusqu’à treize consultations annuelles. Le centre Diabet’ rassemble au même endroit des spécialistes de la rétinopathie, de la néphropathie, de la podologie et d’autres complications, afin de :
- Simplifier le parcours de soins,
- Réduire les délais entre examens et consultations,
- Désengorger les hôpitaux en assurant le suivi des patients qui ne nécessitent pas une prise en charge lourde.
Prévenir et retarder les complications : un enjeu structurant de santé publique
La prévention du diabète et de ses complications est intégrée aux grandes politiques nationales de santé :
- La Stratégie nationale de santé 2018-2022 et le plan « Priorité prévention » posent le cadre de lutte contre les maladies chroniques, avec un accent sur la promotion de la santé (alimentation saine, activité physique, réduction de la sédentarité) et la réduction des inégalités de santé.
- Le Programme national nutrition santé (PNNS4) et la Stratégie nationale sport-santé soutiennent la mise en place d’environnements favorables aux comportements protecteurs.
- L’activité physique adaptée (APA) est reconnue comme une thérapeutique non médicamenteuse : la loi permet de la prescrire aux personnes atteintes d’affections de longue durée, dont le diabète. Des référentiels spécifiques existent pour le diabète de type 1 et de type 2.
Sur le terrain, ces stratégies se heurtent toutefois à la réalité d’une pathologie silencieuse, souvent méconnue, marquée par un dépistage tardif et une forte charge en comorbidités.