À l’occasion de la conférence de haut niveau « Health in the Digital Society. Digital Society for Health » qui s’est déroulée du 16 au 18 octobre 2017 à Tallinn, Health&Tech Intelligence a eu l’occasion de participer à la visite privilégiée de l’Hôpital régional d’Estonie du Nord (Põhja-Eesti Regionaalhaigla (PERH)), organisée par HIMSS (Healthcare Information and Management Systems Society).
Né le 25 juillet 2001 de la fusion de la fusion de plusieurs établissement de santé afin d’améliorer la qualité des soins à échelle régionale, cet hôpital est devenu le centre pionnier en innovation technologique et organisationnelle et en e-santé, avec un système d’information complètement intégré.
L’innovation a été abordée à travers des réalisations pratiques au sein de l’hôpital :
• le parcours du patient fluidifié au sein du service de radiologie, qui a été pensé en collaboration avec les professionnels de santé ;
• l’application iPalat3 utilisée par les médecins pour le suivi de leurs patients ;
• les ambulances équipées de e-services.
Les principes de base de la marque de fabrique e-santé de l’établissement
L’établissement a été imaginé comme un centre d’échange de savoir-faire et constitue la plaque tournante du système de soins dans le nord de l’Estonie. Son rayonnement régional passe également par :
- la formation d’autres professionnels de santé aux méthodes et traitements de pointe ;
- l’introduction de l’innovation dans les fonctions support (informatique, ingénierie) et les aspects organisationnels.
Imbi Kivi-Sild, la directrice du département « e-Hôpital » du PERH, a caractérisé l’établissement comme :
- employant plus de 3 900 professionnels de santé, dont plus de 500 médecins ;
- incorporant 7 cliniques et 32 centres de soins spécialisés ;
- étant, entre autres, un des plus modernes du pays ;
- fournissant des soins pour plus de la moitié des malades souffrant d’un cancer à l’échelle du pays.
Pour illustrer l’optimisation du parcours patient, on peut citer deux chiffres :
- la durée moyenne de séjour à l’hôpital est passée de 9,6 jours en 2011 à 9,2 jours en 2015 ;
- les soins ambulatoires augmentent :
- le nombre de visites de médecins en ambulatoire s’élevait à 252 645 en 2011 contre 255 776 en 2015 ;
- le nombre de visites d’infirmiers en ambulatoire s’élevait à 20 319 en 2011 et a plus que doublé pour atteindre 52 087 en 2015.
Un système d’information central et centralisant
En Estonie, 4 fournisseurs de systèmes d’information hospitalier se partagent actuellement le marché, mais la tendance est à la convergence et l’objectif est d’arriver à 2.
Au sein du PERH, les systèmes d’information sont nombreux. Pratiquement chaque spécialité a son propre système d’information répondant à ses besoins spécifiques. Ainsi, une vingtaine de systèmes d’information cohabitent et communiquent parfaitement entre eux.
Toutes les données générées par les spécialités sont disponibles à l’ensemble du personnel de l’hôpital, mais également à l’ensemble des professionnels de santé du pays, grâce à un système d’information central.
La gestion de l’identité et de l’identification
Dans un établissement où la e-santé a son propre département, l’identité numérique est une question de fond.
L’entrée à l’hôpital, le passage d’un service à un autre ou d’un espace à un autre est soumis à authentification grâce à une carte électronique individuelle validée via des boîtiers installés à l’entrée de chaque espace.
Pour ce qui est de la gestion des données médicales du patient, sachant que les citoyens estoniens disposent d’un dossier électronique, afin d’alimenter celui-ci dans le cadre d’une consultation ou une intervention, le personnel médical est invité à se connecter au réseau sécurisé de l’hôpital. Chaque connexion est soumise à l’émission d’un mot de passe à usage unique et permet d’identifier le membre du personnel à l’origine de l’action.
À cet effet, tous les membres du personnel médical sont équipés d’un iPad personnel et sont identifiés électroniquement.
Le système d’information recueille donc toutes les actions émanant d’un compte utilisateur associé à un professionnel de santé.
Le mode de gestation de l’innovation
Plusieurs instances ont en charge l’introduction des pratiques numériques au sein de l’établissement:
- le département e-Hôpital, qui pilote l’innovation ;
- le département de technologie médicale, qui est transversal, étudie l’import de la technologie dans les pratiques médicales, mais également dans l’organisation ;
- les professionnels de santé de l’établissement participent activement à l’introduction de l’innovation ; c’est ainsi que le service de radiologie a été réorganisé et le parcours patient correspondant repensé en impliquant les radiologues.
Un parcours patient « zéro papier » et fluide au service de radiologie
Andruss Paats, radiologue et directeur du département de technologie médicale, a fait la visite guidée de service radiologie dans le cadre de soins programmés, car la radiologie pratiquée dans le cadre des urgences est assurée par une unité dédiée et incorporée au sein du service des urgences. Un parti pris au bénéfice d’une organisation fluide du parcours de soins.
La gestion électronique du flux de travail au sein du service a été mise en place en 2006 et a permis une optimisation de la gestion du temps.
Les patients envoyés au PERH pour un examen d’imagerie se présentent au guichet du service sans ordonnance : celle-ci est déjà rentrée dans le système informatique et le réceptionniste la retrouve grâce à l’identifiant national du patient.
On leur attribue un numéro et ils patientent jusqu’à ce qu’il s’affiche en haut d’une cabine, signe qu’ils peuvent procéder. L’émission du numéro avertit le radiologue de l’arrivée du patient. À partir de ce moment, au système national de gestion des dossiers électroniques des patients et du système de gestion des rendez-vous de l’hôpital s’ajoute le système du service de radiologie via lequel les machines sont télécommandées et paramétrées depuis la cabine du radiologue, située au fond de la salle de radiologie et inaccessible au patient. Les verrouillage et déverrouillage automatiques des cabines du patient le guident dans le déroulé de l’examen. Le système de communication vocale via microphone permet au radiologue de donner les instructions nécessaires au patient.
Le radiologue procède à la capture d’images qui sont enregistrées sur son poste et dans le système. Depuis le poste mis à disposition, il accède au dossier du patient et aux images réalisées et peut faire son compte-rendu grâce à un logiciel de reconnaissance vocale.
Le temps d’attente est optimisé et les flux de personnes parfaitement gérés.
Application iPalat3, un outil analytique et de suivi quotidien des médecins de l’hôpital
Le docteur Indrek Seire, chirurgien, nous fait la démonstration depuis son iPad des applications dont il dispose pour le suivi de ses patients.
Il s’agit d’une solution faite sur mesure par la compagnie Helmess et développée en 2008 et qui est la propriété du PERH. Helmess a développé un service adapté à chaque spécialité médicale. Depuis 2013, les médecins on accès aux données du système informatique en mobile, via leur iPad, et peuvent se connecter à distance, mais pour cela doivent passer exclusivement via le réseau du PERH, sécurité des données oblige. Depuis 2014, une nouvelle interface a été développée et offre un excellent confort visuel au médecin.
La solution permet de consulter l’historique d’un patient à travers les différents diagnostiques dont il a fait l’objet. Elle est particulièrement adaptée au suivi long, notamment des patients atteints d’un cancer.
Via son application, le médecin peut :
- accéder aux résultats d’analyses médicales automatiquement numérisées dans le dossier électronique du patient ;
- ajouter des notes aux comptes-rendus médicaux;
- filtrer les informations selon leur nature (donnée, résultats, types d’acte médical, etc.), qui peuvent être présentées sous forme de tableaux et de graphiques analytiques.
Indrek Seire vantait les avantages de la solution dans le cadre du suivi oncologique des patients, où l’application permet d’établir des corrélations entre les actes chirurgicaux et les données telles que les constantes vitales ou les marqueurs spécifiques.
Le système centralisé auquel est intégrée son application lui permet d’accéder aux données du patient générées par une autre spécialité comme les comptes rendus radiologiques, mais également les examens d’imagerie.
Lorsque des actes et examens médicaux sont réalisés au sein d’un autre établissement, les données sont moins détaillées, mais accessibles néanmoins.
e-Ambulances
Le chef du centre d’urgence de l’hôpital régional d’Estonie du Nord, Arkadi Popov, a fait la démonstration des services numériques dont sont équipées les ambulances desservant le service d’urgence du PERH.
Les ambulances disposent en premier lieu d’un système de géolocalisation par satellite et sont toutes équipées d’un écran de navigation. Leur position est communiquée en temps réel au centre de régulation médicale qui peut localiser toutes les ambulances sur le territoire national et envoyer l’ambulance la plus proche sur les lieux de l’intervention. C’est une initiative du ministère de l’Intérieur estonien qui a été mise en place en 2010.
Les ambulanciers disposent tous d’un iPad personnel dont l’utilisation est soumise à identification et qui leur permet de transférer des informations et des données liées à une intervention à l’établissement de santé qui se chargera d’accueillir le patient via le dossier électronique de ce dernier. Le déploiement de ce projet a été initié en 2007 et a été achevé en 2010.
Les ambulances permettent également de faire des téléconsultations. En 2010, par manque de professionnels de soins dans les îles, le gouvernement a décidé d’équiper les ambulances d’un système de visioconférence afin de permettre à du personnel non médical de donner les premiers soins, ce qui impliquait l’assistance d’un médecin à distance. Donc, un ambulancier ou un volontaire fait appel au médecin qui est basé au PERH en envoyant un e-mail d’alerte. Le médecin a accès sur écran à toutes les constantes vitales du patient secouru et a un contact visuel pour vérifier les gestes et pour constater l’état du patient.