Plus de 2 milliards d’euros seront consacrés au plan « santé, changement démographique et bien-être » durant les trois dernières années (2018-2020) du programme de financement « Horizon 2020 » de l’Union européenne, révèle la Commission européenne dans un rapport publié le 27 octobre 2017.
Les initiatives fiancées dans le secteur de la santé seront centrées sur trois axes :
– une meilleure santé et de meilleur soins, la croissance économique et les systèmes de santé durables ;
– la transformation numérique dans le secteur de la santé et des soins ;
– le développement de solutions numériques fiables et d’une cybersécurité solide en matière de santé et de soins.
H&T fait la synthèse des propositions majeures présentées par la Commission dans le domaine de la e-santé, les principales préoccupation étant la numérisation de l’industrie et la renforcement de la cybersécurité, à la fois pour les patients et les organisations de soins.
Santé : les 4 défis de l’Union européenne
Selon l’analyse des auteurs du rapport, l’UE est actuellement confrontée à quatre principaux défis de santé :
- 1. des coûts de santé et de soins élevés et potentiellement non viables, une situation principalement due à la prévalence croissante des maladies chroniques, à une population vieillissante nécessitant des soins plus diversifiés et à des demandes sociétales croissantes ;
- 2. l’influence sur la santé des facteurs environnementaux externes, y compris les changements climatiques ;
- 3. le risque de ne plus être en mesure de protéger les populations contre les menaces de maladies infectieuses ;
- 4. les inégalités dans le secteur de la santé et notamment au niveau de l’accès aux soins.
« L’Europe doit investir dans la recherche, la technologie et l’innovation pour développer des solutions intelligentes, évolutives et durables qui permettront de surmonter ces défis, précise la Commission européenne dans son rapport. Elle doit travailler avec d’autres acteurs mondiaux et saisir toutes les opportunités de leadership. »
La création d’un cloud européen de la santé
Parmi les axes de recherches envisagés dans le domaine de la e-santé, on retrouve :
- l’exploration du potentiel numérique de l’innovation dans le domaine de la santé et des soins, y compris la construction d’un « cloud européen de la recherche et de l’innovation en santé » ;
- la stimulation de l’innovation dans l’industrie des soins en Europe en explorant l’application des technologies de pointe, l’amélioration de la santé de la main-d’œuvre et la promotion de la science réglementaire (la science réglementaire contribue à évaluer la sécurité, l’efficacité, la qualité et la performance de l’ensemble des activités et des produits médicaux mis sur le marché / source : Université Paris-Descartes).
Voici un aperçu des propositions clés dans le secteur de la e-santé mises en avant dans chacun des trois axes présentés par la Commission européenne.
1. L’amélioration du système de santé passera par les nouvelles technologies
Le premier axe identifié par la Commission se concentre sur l’amélioration des services de soins, la croissance économique et la mise en place de systèmes de santé durables. Il se divise en cinq centres d’intérêt :
- la médecine personnalisée ;
- une industrie innovante de la santé et des soins ;
- les maladies infectieuses et l’amélioration de la santé mondiale ;
- les systèmes de santé et de soins innovants – l’intégration des soins ;
- le décodage du rôle de l’environnement, y compris le changement climatique, pour la santé et le bien-être.
Médecine personnalisée et big data : une alliance entre l’UE et le Canada
Parmi les projets en e-santé cités dans cette première partie figure l’établissement d’une collaboration phare avec le Canada pour le stockage, l’intégration et le partage de données humaines afin de permettre le déploiement d’approches en médecine personnalisée.
« L’UE possède une vaste expérience dans la création et la gestion de référentiels de données pour soutenir la recherche biomédicale. (…) Une expertise similaire existe au Canada, notamment via l’IHEC (International Human Epigenome Consortium) et (…) le PhenomeCentral, un référentiel pour les cliniciens et les scientifiques travaillant sur les maladies rares humaines », indique le rapport.
L’Europe avance qu’il existe un besoin reconnu d’outils permettant aux chercheurs de gérer, d’échanger et de préserver efficacement leurs données. Les référentiels de données sont dispersés dans le monde entier et sont généralement encadrés par des normes incompatibles entre elles. Selon l’Union Européenne, il est urgent de mettre en place une meilleure intégration des référentiels publics, un partage coordonné des données et un stockage durable des données de grande valeur.
Pour cette collaboration internationale, la contribution de l’UE sera comprise entre 4 et 6 millions d’euros. « Néanmoins, cela n’empêche pas la soumission et la sélection de propositions demandant des montants différents, précise les auteurs du programme. En plus des pays de l’UE associés au projet et du Canada, d’autres partenaires internationaux pourront être envisagés [et] la participation des PMEs est encouragée. »
Impacts attendus :
- une intensification du partage, de la réutilisation, de la collaboration et de la découverte des connaissances dans le domaine de la santé, tout en garantissant la sécurité juridique de l’utilisation des données ;
- une intégration de diverses données sur la santé et sur les maladies dans des domaines nécessitant l’analyse d’un volume important d’informations tels que la médecine personnalisée ;
- une recherche plus efficace grâce à une réduction de la duplication des expériences ;
- le développement d’un réseau d’infrastructures de recherche et de bases de données dans l’UE et au Canada créateur de synergies entre les activités en cours et contribuant à l’émergence de nouvelles découvertes qui répondent aux défis sociétaux définis dans le projet « Horizon 2020/32 » ;
- le renforcement de la position de l’UE et du Canada dans le domaine des sciences et une plus grande collaboration entre le milieu universitaire et l’industrie, une évolution qui se traduira par davantage d’innovations, d’emplois et de croissance ;
- une contribution unique au marché numérique en pilotant des solutions de recherche en informatique médicale ;
- la poursuite des priorités « Open science » et « Open to the world » et une contribution au Health Research and Innovation Cloud, l’un des clouds thématiques de l’European Open Science Cloud (EOSC), dont le but est de rassembler un maximum de données de recherches européennes sur un espace virtuel.
2. Accélérer la transformation numérique des services de santé
« Transformation numérique en santé et dans le domaine des soins » est l’axe n°2 sur lequel l’Union européenne souhaite se consacrer dans le secteur de la santé. L’objectif ici est de soutenir la gestion de la santé et du bien-être tout en favorisant la participation des citoyens et en facilitant la transformation des services de santé en modèles davantage numérisés, centrés sur la personne et les communautés.
Par ce projet, l’UE espère contribuer à la maximisation du potentiel de l’économie numérique dans le secteur de la santé en vue d’un développement durable au bénéfice de la société, de l’environnement et des citoyens.
Les différentes initiatives soutenues par l’Union européenne porteront sur la santé en ligne, la santé mobile (mHealth) et les TIC dans l’optique de garantir un vieillissement actif et en bonne santé de la population.
Les propositions seront centrées sur les sujets suivants :
- Le développement des technologies basées sur le big data et l’intelligence artificielle afin de surveiller l’état de santé et la qualité de vie des patients après le traitement du cancer.
> Contribution de l’UE (entre 2018 et 2020) : entre 3 et 5 millions d’euros. - La mise en place d’environnements de travail et de vie adaptables intelligents favorisant un vieillissement actif et en bonne santé de la population.
> Contribution de l’UE : entre 3 et 4 millions d’euros. - La mise en œuvre à grande échelle de l’innovation numérique dans le secteur des soins au sein d’une société vieillissante.
> Contribution de l’UE : entre 2 et 5 millions d’euros. - L’exploitation de tout le potentiel de la recherche en médecine in silico* pour élaborer des diagnostics et des thérapies personnalisés dans des environnements basés sur le cloud.
> Contribution de l’UE : entre 10 et 15 millions d’euros.* Néologisme désignant une recherche effectuée au moyen de calculs complexes informatisés.
- L’établissement d’un prototype permettant un échange interopérable des dossiers de santé électroniques (DSE) européens.
> Contribution de l’UE : entre 6 et 10 millions d’euros. - L’élargissement de l’identification univoque des produits médicinaux.
> Contribution de l’UE : entre 5 et 8 millions d’euros. - Le développement de services de santé et de soins numériques.
> Contribution de l’UE : entre 5 et 6 millions d’euros. - La mise en place à grande échelle de pilotes de soins intégrés personnalisés et axés sur les résultats.
> Contribution de l’UE : entre 4 et 6 millions d’euros. - Le soutien à l’investissement dans le déploiement d’environnements de vie intelligents permettant de bien vieillir.
> Contribution de l’UE : 1 million d’euros maximum. - Le soutien à l’adoption à grande échelle de plateformes de services ouvertes dans le domaine du vieillissement actif et en bonne santé de la population.
> Contribution de l’UE : 1,5 million d’euros. - Le soutien au développement de la coopération internationale en matière de transformation numérique dans le secteur de la santé.
> Contribution de l’UE : 2 millions d’euros maximum. - Le soutien aux stratégies visant l’adoption rapide de services de santé et de soins numériques.
> Contribution de l’UE : 3 millions d’euros. - Le soutien à une initiative d’innovation numérique dans le domaine de la santé et des soins dans le contexte d’une stratégie de marché numérique unique.
> Contribution de l’UE : 4 millions d’euros.
3. Cybersécurité : vers une mise en place de solutions numériques fiables
Le troisième et dernier centre d’intérêt de la Commission européenne dans le secteur de la santé concerne l’instauration de solutions numériques fiables et d’un système de cybersécurité solide.
L’objectif est de mettre au point des technologies et des solutions multidisciplinaires en matière de santé et de soins, en mettant l’accent sur la cybersécurité afin d’assurer la confidentialité des données ainsi que la sécurité et la protection des infrastructures de santé et de soins.
Ce projet répond au besoin de solutions basées sur les TIC sécurisées et axées sur l’utilisateur. Le but est de permettre la détection précoce des risques et la mise en place d’interventions centrées sur l’analyse de données volumineuses en agrégeant diverses sources de données nouvelles et existantes (telles que les dossiers médicaux, les registres, les plateformes sociales et autres) ainsi que de données comportementales.
L’UE pourra ainsi contribuer au développement de deux domaines prioritaires : « la numérisation et la transformation de l’industrie et des services européens » et « la stimulation de l’efficacité de l’Union européenne en matière de sécurité ».
Numérisation et transformation de l’industrie et des services européens
L’initiative « Digitizing European Industry » comprend le lancement d’un ensemble d’initiatives en faveur de la construction de plateformes industrielles numériques du futur. « L’industrie européenne doit conclure des accords portant sur le développement de fonctions et d’interfaces pour les plateformes, les architectures de référence et les protocoles d’interaction qui ont le potentiel de créer des marchés et des débouchés commerciaux menant à des écosystèmes et à des normes viables », précise la Commission.
Les initiatives financées par l’UE dans ce cadre devraient grandement contribuer à la construction de plateformes de e-santé mais aussi à l’interopérabilité entre les plateformes existantes et à l’intégration de technologies numériques pertinentes telles que l’IoT, l’IA, la photonique (l’étude et la fabrication de composants permettant la génération, la transmission, le traitement ou la conversion de signaux optiques), la robotique, le cloud et les systèmes d’analyse des big data.
Les propositions seront centrées autour de la thématique suivante :
- Le développement d’une vie intelligente et saine à domicile.
Le défi est ici de favoriser le déploiement à grande échelle de solutions numériques intégrées qui amélioreront la qualité de vie des citoyens tout en démontrant des gains d’efficacité significatifs dans la prestation de soins à travers l’Europe.
> Contribution de l’UE : entre 15 et 20 millions d’euros pour les actions en faveur de l’innovation.
L’amélioration de l’efficacité de l’UE en matière de sécurité
Les propositions seront centrées autour des thématiques suivantes :
- La mise en œuvre d’une série d’outils pour évaluer et réduire les cyber-risques dans les hôpitaux et les centres de soins pour protéger la vie privée et les données des patients mais aussi les infrastructures.
> Contribution de l’UE : entre 3 et 5 millions d’euros. - La sensibilisation et le développement de programmes de formation sur la cybersécurité dans les hôpitaux.
> Contribution de l’UE : 1 millions d’euros au maximum.
D’autres projets viendront s’ajouter au programme d’ici 2020 si la Commission européenne les juge suffisamment pertinents, l’objectif étant de respecter le budget prévisionnel établi entre 2018 et 2020, soit une enveloppe de 2,005 milliards d’euros.