« Nous souhaitons éviter à chaque patient cardiaque de recourir à une intervention chirurgicale d’urgence, une opération qui coûte cher, entraîne beaucoup de stress pour la famille et présente des risques élevés pour le patient. Un suivi adéquat et un soutien efficace peuvent nous permettre d’atteindre cet objectif. » (Elle Quan)
Elle Quan, récemment nommée directrice pays aux Philippines par Citta.ai, une entreprise spécialisée en intelligence artificielle médicale, détaille à H&TI ses ambitions et sa vision du marché de la health tech philippin, encore balbutiant mais très prometteur selon l’experte si le pays parvient à intégrer de manière durable les nouvelles technologies au sein de son système de santé.
Objectif N°1 : pallier la pénurie de cardiologues aux Philippines
Citta.ai vous a confié début février 2018 le poste de directrice de la société aux Philippines. Quel est exactement votre rôle dans l’entreprise ?
Ma mission est d’ouvrir le marché philippin pour y déployer une nouvelle technologie comme celle proposée par Citta.ai. Il n’y a actuellement qu’un seul autre acteur dans ce domaine : une entreprise Apple. Nous aimerions nous concentrer sur le développement de marchés comme les Philippines car une technologie comme celle que nous avons élaborée aura une incidence directe sur la prestation de soins et son prix sera abordable pour les familles philippines classiques.
« Avec seulement 14 cardiologues par million de personnes aux Philippines, la recherche sur l’IA de Citta et son application aideront à surmonter la grave pénurie de cardiologues au sein du pays. Disposer d’un cardiologue à portée de la main disponible à tout moment aura un impact sur chaque famille philippine dont l’un des membres souffre d’une maladie cardiaque », avez-vous récemment déclaré dans un communiqué. Citta envisage-t-il aux Philippines de se concentrer uniquement sur les patients cardiaques ou d’autres maladies vont-elles être ciblées ?
Nous avons également mis au point des moniteurs et une technologie basée sur l’IA pour les patients atteints de diabète. Pour notre approche initiale, nous pensons qu’il est plus urgent de répondre aux besoins en technologies de cardiologie aux Philippines. Plusieurs acteurs sont déjà présents sur le marché du diabète.
Quel est l’objectif de l’entreprise aux Philippines sur le long terme ?
Nous visons à devenir le chef de file dans la fourniture de technologies de cardiologie basées sur l’IA fiables, accessibles et réellement novatrices aux Philippines. Nous souhaitons éviter à chaque patient cardiaque de recourir à une intervention chirurgicale d’urgence, une opération qui coûte cher, entraîne beaucoup de stress pour la famille et présente des risques élevés pour le patient. Un suivi adéquat et un soutien efficace peuvent nous permettre d’atteindre cet objectif.
« Si j’avais mon mot à dire, j’aimerais que le dispositif [Citta] soit gratuit »
Les fournisseurs de soins peuvent utiliser les plateformes SaaS de Citta pour déployer leurs solutions de surveillance à distance des patients en quelques minutes. La solution Citta a-t-elle déjà été lancée sur le marché philippin ?
Pas encore. Nous commençons tout juste à entamer des conversations avec des dirigeants d’hôpitaux.
Quels ont été les premiers retours de la profession ?
Tous ceux à qui nous avons parlé du projet sont enthousiastes et veulent en savoir plus. Nous allons mettre en place notre première série de réunions avec notre Pdg à l’occasion de sa visite à Manille en avril 2018.
Devrez-vous adapter la solution de Citta à l’infrastructure philippine ?
Nous sommes conscients que la connectivité internet pourrait ne pas être aussi forte que dans des pays comme Singapour mais nous sommes confiants car nous pensons que la situation devrait s’améliorer bientôt.
Quels aspects de votre dispositif souhaiteriez-vous modifier en tant que directrice de la société aux Philippines ?
Ce serait le coût ! Nous avons pour mission de sauver des vies, d’engendrer des économies et d’améliorer la qualité de vie. Nous aimerions donc que chaque patient dispose d’un appareil. Si j’avais mon mot à dire, j’aimerais que le dispositif soit gratuit… Si nous trouvons le bon partenaire, nous pourrions peut-être y parvenir.
Vie privée : « L’analyse des données est le nouveau paradigme de la santé »
Pensez-vous que les Philippins sont réceptifs à ce genre de nouvelle technologie ?
Les hôpitaux et les cliniciens philippins sont très réceptifs aux nouvelles technologies. Ils sont prêts. Il suffit juste de leur fournir la technologie appropriée pour qu’ils puissent obtenir de meilleurs résultats en matière de soins avec un faible niveau d’investissement. Nous avons les capacités de déployer un programme avec un investissement quasiment nul au sein de l’hôpital. Nous sommes ravis de pouvoir mettre en place un tel projet.
Vous allez collaborer avec des hôpitaux et des compagnies d’assurance santé. Comment pouvez-vous rassurer les patients qui peuvent hésiter à partager leurs données avec des sociétés privés par exemple ?
Les systèmes d’analyse des données de santé et des informations patients sont en train de devenir le nouveau paradigme du bien-être et de la santé. De nombreuses personnes utilisent leurs appareils Fitbit et partagent ainsi leur fréquence cardiaque, leurs habitudes de sommeil, etc. Le dispositif de Citta recueille le même type d’informations. Notre force est notre IA qui interprète les données et fournit des informations précieuses aux professionnels de la santé. L’établissement du traitement sera toujours réservé aux cardiologues pratiquants.
N’est-il pas compliqué de partager ses données privées avec une compagnie d’assurance d’un point de vue éthique ?
Je crois que détenir des informations permettant de savoir quelles sont les risques de développer telle ou telle maladie font partie des exigences des compagnies d’assurance.
Ce que nous offrons profite à la fois aux patients et aux payeurs. Par exemple, certains organismes couvrent les patients déjà atteints de diabète, à condition qu’ils puissent prouver qu’ils savent gérer leur maladie. Les appareils de surveillance comme le nôtre incitent les patients à bouger, à surveiller leur alimentation ou à consulter un spécialiste si quelque chose ne va pas. Il offre aux patients une protection supplémentaire tout en permettant aux assureurs de mieux gérer leurs coûts en incitant les patients à contrôler leur état de santé.
« Nous voulons devenir un précurseur dans l’industrie des soins aux Philippines »
Au cours de votre carrière, vous avez travaillé en étroite collaboration avec des cadres supérieurs de la santé dans des hôpitaux, les domaines pharmaceutique et de la medtech, des institutions de recherche et le secteur public dans toute l’Asie. Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels le système de santé philippin est aujourd’hui confronté ?
Je pense que l’un des principaux problèmes est le faible niveau d’intégration des nouvelles technologies. Les Philippines peuvent sauter le pas et utiliser les innovations disponibles sur le marché pour fournir des soins de qualité, rentables et efficaces. Les soignants philippins sont parmi les meilleurs au monde, les médecins sont bien formés, de nouveaux établissements de soins sont en train d’être construits dans le pays et les installations vieillissantes sont actuellement en rénovation. Le déploiement de nouvelles technologies semble être la pièce manquante pour une mise à niveau parfaitement réussie.
Citta vise à démocratiser le système de diagnostic basé sur l’intelligence artificielle. Selon vous, comment l’IA peut-elle aider à améliorer le système de santé philippin ?
L’utilisation de l’IA dans le domaine des soins s’étend à un large spectre. Elle aide à établir un diagnostic, améliore l’engagement du patient mais aussi la mise en place des plans de traitement. Il y a un manque très important de cardiologues aux Philippines. Or, Citta permet d’alerter les patients si le dispositif estime qu’ils ont besoin de consulter au plus vite un professionnel de la santé. Imaginez comment le système de santé pourrait positivement évoluer si les patients sont informés qu’ils risquent de faire une crise cardiaque dans les trois jours à venir !
Pensez-vous que les Philippines pourraient occuper une place importante sur le marché de la santé numérique dans les années à venir ?
La e-santé a transformé la prestation des soins dans des économies plus avancées, telles que Singapour, le Japon ou la Corée du Sud. C’est juste une question de temps pour que les économies émergentes comme les Philippines suivent le mouvement. L’impact des technologies sur l’offre de soins va être de plus en plus important, permettant d’établir des diagnostics, de mettre en place des traitements et d’assurer une rééducation de manière plus rapide, moins coûteuse et plus qualitative.
Nous voulons devenir un précurseur dans l’industrie des soins aux Philippines. L’un des nos objectifs est d’éduquer les hôpitaux, les cliniques, les HMOs et les groupes pharmaceutiques ainsi que les assurances sur la manière dont la technologie, en particulier l’intelligence artificielle, peut pallier le manque de spécialistes, augmenter l’engagement des patients et la fidélité des clients tout en mettant en avant leur propre marque en tant qu’innovateurs.