Le Think Tank Economie-Santé, développé par Les Echos Events et dirigé par le dr Philippe Leduc, publie chaque année une recommandation issue de ses travaux.
La publication du 4 avril 2018 montre que le système de santé français est confronté à une double problématique :
• il est inadapté face aux évolutions de la démographie (vieillissement de la population) et de l’épidémiologie (forte croissance des pathologies chroniques) et doit renouveler son modèle ;
• une vague d’innovations reposant tant sur des progrès technologiques (génomique, biotechnologie, numérique, télémédecine, etc.) qu’organisationnels ouvre de nouvelles perspectives prometteuses. Celle-ci doit pouvoir servir à transformer le système de santé afin qu’il maintienne et augmente la qualité des soins et la prévention pour tous, assure sa soutenabilité financière et améliore les conditions de travail des professionnels de santé.
La recommandation 2018 du Think Tank propose notamment de :
• inscrire la lutte contre les inégalités de santé dans toutes les politiques publiques d’innovation en santé ;
• renforcer dans chaque territoire la lutte contre les inégalités de santé grâce aux innovations ;
• accompagner grâce au NTIC les personnes les plus éloignées de la prévention.
Le Think Tank Économie Santé propose des mesures pour mobiliser l’innovation afin de réduire les inégalités de santé
« Ne pas profiter de la transformation actuelle du système de santé pour réduire les inégalités en santé serait pire qu’une erreur : ce serait une faute, il faut bien en prendre conscience. Il convient de faire en sorte que les innovations, à chaque fois que cela est possible, soient un puissant levier pour réduire les inégalités de santé », pointe Séverine Perriot, Responsable marketing Les Echos Events.
Pour sa recommandation 2018, le Think Tank s’est basé sur de nombreux rapports, tels « Innovation et système de santé », du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (Hcaam), « Accès aux soins : Promouvoir l’innovation en santé dans les territoires » de la Mission d’évaluation et de contrôle de la sécurité sociale du Sénat, « Les nouvelles technologies de santé. Concilier accès, valeur et viabilité », de l’OCDE et sur les expériences de professionnels de santé, d’industriels, de start-ups, des GAFA, de sociétés de conseil, des pouvoirs publics, etc.
Les 6 mesures préconisées sont :
Impliquer tous les acteurs de santé
- Demander à tout porteur d’un projet d’innovation, s’il souhaite s’inscrire dans une démarche publique vis-à-vis des institutions ou des autorités nationales, d’inclure dans son cahier des charges la question des inégalités de santé sur le mode déclaratif.
- Rappeler que la réduction des inégalités de santé est l’une des quatre priorités de la Stratégie nationale de santé – que la démarche des porteurs de projet d’innovation en santé soit publique ou privée. Du côté du secteur privé, l’engagement de réduire les inégalités en matière de santé, surtout grâce aux innovations, devrait également devenir un axe essentiel de la politique de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), en particulier pour les entreprises de santé.
Inscrire la lutte contre les inégalités de santé dans toutes les politiques publiques d’innovation en santé
- Le ministère des Solidarités et de la Santé doit enrichir sa feuille de route sur l’importance des innovations pour réduire les inégalités de santé. Plus particulièrement, la Délégation à l’innovation en santé doit davantage guider les innovateurs et coordonner les actions des autres ministères. La DIeS doit surtout s’attacher à faire évoluer le cadre pour permettre aux innovations les plus prometteuses d’accéder au marché dans de bonnes conditions le plus rapidement possible, en veillant à ce que celles-ci réduisent les inégalités de santé ou, à tout le moins, ne les aggravent pas.
- La HAS doit intervenir de manière beaucoup plus marquée en ce domaine. Le Think Tank a recensé un faible nombre d’actions de l’autorité en ce sens ; en 2015, en publiant des recommandations pour réduire les inégalités d’accès pour la greffe rénale ; en 2010, en affirmant que le renforcement de la prévention de la carie implique de réduire les inégalités en santé ; ou encore, en 2017, en soulignant l’intérêt de s’appuyer sur des médiateurs et interprètes pour améliorer l’accès aux soins des personnes vulnérables et éloignées du système de santé.
- Les pouvoirs publics, d’une manière générale, doivent davantage accompagner les professionnels pour faciliter et repérer les innovations, en simplifiant le financement, l’expérimentation et l’évaluation.
- Un guide (papier et/ou électronique) pour les porteurs de projet doit être réalisé. Celui-ci devrait lister toutes les instances et institutions qui peuvent les aider, en insistant sur le levier qu’est la réduction des inégalités de santé.
Introduire dans les systèmes d’information la mesure de l’impact sur les inégalités de santé des innovations entreprises
En France, on dispose de beaucoup de données de santé, mais de peu d’informations, les systèmes n’étant ni réellement paramétrés ni interopérables pour cela. Sur l’item des inégalités de santé, il faut favoriser ce développement, en particulier dans le recueil des données de santé en vie réelle. De même, les big data devront être utilisés en ce sens.
Réduire les hétérogénéités de pratique et les écarts de prise en charge entre les « informés » et les « non informés »
L’information des patients et le développement et le contrôle (par un engagement ferme des pairs) des référentiels métiers et des procédures en établissement comme en ville doit reposer sur :
• des aides informatives simples, claires, fiables et lisibles sur les pathologies et les traitements (risques/bénéfices) en s’inspirant, par exemple, du travail du groupe Cochrane ;
• une transparence totale et assumée des données de santé, en particulier de morbidité et mortalité, des différentes structures. Ceci nécessite un traitement plus performant de ces différentes données de santé (Sniiram, PMSI, celles générées par les équipes de soins, etc.). Une stratégie nationale des données de santé doit être affirmée pour en faire un outil utile.
Renforcer dans chaque territoire la lutte contre les inégalités de santé grâce aux innovations
Sur un territoire, certains publics ont des difficultés pour accéder à des soins de qualité : il faut donc veiller à ce que soit proposée (en préservant la liberté individuelle) une aide adaptée à ces personnes par un recensement et un suivi électronique, associé ou non à un coordonnateur santé. Ce qui implique la « modernisation » des contrats locaux de santé (CLS), justement créés pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé, mais qui sont à la peine.
Accompagner les personnes les plus éloignées de la prévention
- En particulier en ce qui concerne le tabac, l’alcool, la sédentarité et l’alimentation, en utilisant davantage les nouvelles technologies de l’information et de la communication et les réseaux sociaux. En ce domaine, tester, expérimenter, évaluer et recommencer, avec vigueur et ténacité.
- Accélérer franchement la réduction de la fracture numérique.
Le Think Tank Economie-Santé a listé une série d’exemples d’innovations prenant en compte les inégalités de santé. Pour télécharger le document complet de la recommandation 2018, suivre ce lien.
Un blog est disponible pour échanger ou débattre avec la vingtaine d’experts du Think Tank.