Le secteur de la santé recourt de plus en plus au crowdsourcing. Cette méthode de production participative est surtout utilisée au service de la promotion de la santé, mais aussi pour la recherche et les soins. D’après une étude* menée par des chercheurs français de l’Inserm, la santé publique et la psychiatrie sont les deux disciplines qui ont le plus recours au crowdsourcing. Les résultats de leurs travaux ont été publiés le 15 mai 2018 dans le Journal of Medical Internet Research.
Les 1ers pas du crowdsourcing en santé
L’origine du crowdsourcing remonte à 1714, quand le gouvernement britannique a offert 20 000 £ à toute personne capable de calculer la position longitudinale d’un bateau. Utiliser l’intelligence collective pour effectuer une tâche humaine ne pouvant être automatisée n’est donc pas un nouveau concept. Avec les 2,3 milliards d’utilisateurs d’internet et les 6 milliards de détenteurs d’un téléphone mobile, le crowdsourcing a évidemment pris une toute autre ampleur. Cette technique a d’abord été utilisée dans des domaines scientifiques, mais pas médicaux. Or, cette technique représente une opportunité majeure pour mener à bien des missions de recherche qui reposent sur l’intelligence humaine.
Une cartographie menée par l’Inserm
Des chercheurs français de l’Inserm ont donc voulu cartographier les différentes applications du crowdsourcing en santé. Ils ont donc mené une revue systématique des études ayant eu recours à cette méthode de production participative. Ils les ont classées en 3 catégories distinctes :
- la promotion de la santé : surveillance des pathologies, éducation à la santé, interventions comportementales…
- la recherche en santé : études sur des médicaments, essais cliniques…
- les soins : diagnostic, pratique médicale, prise d’un traitement…
Ensuite, les auteurs de l’étude ont identifié l’utilité du crowdsourcing. Il pouvait en effet servir à résoudre un problème, collecter des données ou surveiller une population.
Les résultats de leurs travaux, qui incluaient l’analyse de 202 études, ont été publiés le 15 mai dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR).
Résultats
- Plus de la moitié (53,5%) des études ont été publiées au cours des deux dernières années ;
- 45% des publications concernaient la promotion de la santé, 37,5% la recherche et 19,3% les soins ;
- Dans plus de la moitié des cas, les études portaient sur crowdsourcing dit « actif (49% pour traiter des données et 5,9% pour résoudre des problèmes) et dans 45% des cas, le crowdsourcing servait à faire du « data mining » et à surveiller l’état de santé de populations ;
- L’oncologie était la discipline qui avait le plus souvent recours au crowdsourcing pour résoudre des problèmes ;
- Dans 53% des cas, une incitation financière était prévue, souvent inférieure à 1$ pour effectuer une tâche, dont la durée était souvent inférieure à 10mn ;
- Dans un quart des études, un système de validation de la qualité des données était prévu ;
- Le profil des « crowdworkers » était bien souvent mal renseigné, la taille moyenne de l’échantillon se situait autour de 500.
Une technique sous-exploitée
Cette revue systématique montre notamment la montée en puissance du crowdsourcing en santé. La dernière étude comparable sur le sujet date de 2014 et ses auteurs n’avaient identifié que 8 spécialités médicales recourant à cette technique. Les chercheurs français en ont recensé une vingtaine. Cependant, le crowdsourcing reste sous-exploité.
« En ce qui concerne la recherche, un aspect fondamental du crowdsourcing est qu’il permet d’effectuer des recherches avec les patients et pas seulement sur eux, soulignent les auteurs. Cependant, les études avec les patients en tant que « crowdworkers » représentaient seulement 10% de nos études incluses… Or, en 2013, la plateforme PatientsLikeMe comptait plus de 220 000 membres partageant des données de santé sur plus de 2 000 maladies et affections. L’utilisation de ces données et la réalisation de recherches avec ces données représentent un défi majeur et une réelle opportunité de collecter de grandes quantités de données sur les symptômes des maladies, l’efficacité des médicaments ou les événements indésirables pour résoudre un grand nombre de problèmes de santé avec une meilleure approche de la vie réelle. »
La fiabilité des résultats en question
Les avantages du crowdsourcing sont nombreux – peu coûteux, rapide, accès à une diversité de profil…- mais ils ne doivent pas masquer les faiblesses. Le principal doute que suscite cette technique porte sur la validité des résultats. Sur les 202 études sélectionnées par les chercheurs de l’Inserm, seulement 36 comparaient les « crowdworkers » à un groupe contrôle. Par ailleurs, la diversité des profils n’est pas aussi importante que l’on pourrait l’imaginer. Dans la majorité des cas, ils étaient recrutés aux Etats-Unis et étaient des trentenaires avec un haut niveau d’éducation. Pour optimiser l’utilisation du crowdsourcing en santé, les auteurs de ce travail estiment que la logistique de recrutement et les caractéristiques des participants doivent être mieux renseignées.