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  • IA, homme numérique, nanomédecine et HAD au cœur du Big Bang Santé du Figaro (Paris, le 18/10/2018)

    Au cours du troisième Big Bang santé du Figaro, qui se tiendra à la maison de la chimie (Paris) le 18 octobre 2018, seront abordés sous la forme de courtes conférences ou de tables rondes quatre grands thèmes d’innovations en santé : l’intelligence artificielle, l’homme augmenté, la nanomédecine et la santé à domicile.

    Onze intervenants (chercheurs, médecins, entrepreneurs, historiens, etc.), en proposant un « triple regard, scientifique, économique et éthique », tenteront de sensibiliser les participants du Big Bang à l’importance de ces innovations en santé.

    L‘inscription, payante, peut-être réalisée via le lien ci-contre.

    09h00-09h20 : Ouverture

    « Quel avenir pour l’Homo sapiens ? »

    Intervenant : Yves Coppens, paléontologue et Professeur émérite au Collège de France.

    Thème 1 : Le Big Bang de la nanomédecine

    09h20-09h35 : Keynote

    « Faut-il avoir peur des nanotechnologies ? »

    09h35-10h10 : Débat

    « L’infiniment petit peut-il révolutionner la médecine ? »

    10h10-10h25 : Pitch start up

    10h25-10h40 : Keynote

    « Quel avenir pour la micro chirurgie? »

    Intervenant : Jacques Marescaux, chirurgien et fondateur de l’IRCAD.

    10h40-11h00 : Pause

    11h00-11h15 : Keynote

    « En Antarctique, la santé à l’épreuve des conditions extrêmes »

    Intervenant : Jêrôme Chappellaz, Directeur de l’Institut Paul-Emile Victor. 

    Thème 2 : Le Big Bang de la santé à domicile

    11h15-11h30 : Keynote

    « Quand les robots deviendront les compagnons du grand âge »

    Intervenante : Laurence Devillers, Professeur à l’Université Paris-Sorbonne et chercheuse au Laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur (Limsi) du CNRS.

    11h30-12h05 : Débat

    « Quelle place pour la médecine à domicile ? »

    12h05-12h20 : Pitch start-up

    12h20-12h35 : Keynote

    « Le point sur la loi bioéthique »

    Intervenant : Jean-François Mattéi, Professeur émérite de génétique médicale, ancien ministre.

    12h35-14h00 : Pause

    14h00-14h20 : Keynote

    « De Pasteur à nos jours, l’innovation peut-elle sauver le monde ? »

    Intervenant : Erik Orsenna, écrivain

    Thème 3 : Le Big Bang de l’intelligence artificielle dans la santé

    14h20-14h35 : Keynote

    « Comment l’Intelligence artificielle pénètre la santé et la médecine »

    14h35-15h10 : Débat

    « La France peut-elle s’imposer dans l’intelligence artificielle médicale ? »

    15h10-15h25 : Keynote

    « Comment la Silicon Valley lutte contre le cancer avec l’intelligence artificielle »

    15h25-15h40 : Pitch start-up

    Orateur : Thibault Duchemin Fondateur d’Ava

    15h40-16h00 : Pause

    16h00-16h15 : Keynote

    « Le Génopole a 20 ans ; quelles sont les nouvelles frontières de la thérapie génique ? »

    Oratrice : Marianne Duranton, Présidente de Génopole

    Thème 4 : Le Big Bang de l’homme numérique

    16h15-16h30 : Keynote

    « L’homme a-t-il atteint ses limites ? »

    Orateur : Jean-François Toussaint, Directeur du Laboratoire de l’IRMES/ INSEP

    16h30-16h45 : Keynote

    « Faut-il augmenter l’homme ? »

    16h45-17h00 : Keynote

    « Les projets fous d’Elon Musk »

    Orateur : Alexandre Cadain, PDG d’Anima, Ambassadeur IBM Watson AI XPRIZE, ancien collaborateur d’Hyperloop Transortation Technologies

    17h00-17h15 : Keynote

    « Et si on faisait remarcher les tétraplégiques ? »

    17h15-17h30 : Conclusion

    « A quoi ressemblera le monde en 2500 ? »

    Orateur : Joël de Rosnay, Conseiller d’Universcience

    17h30 : Le mot de la fin

  • BATX

    Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaominull

  • Création d’un écosystème national en IA par le Conseil professionnel de la radiologie française

    L’intelligence artificielle a été au cœur des échanges des radiologues début juin 2018 : la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR) a organisé, le 2 juin 2018 à Lyon, un séminaire sur l’IA et la radiologie puis, le 5 juin 2018, lors des 2es Mardis de l’imagerie sur le thème « L’IA : rêve ou cauchemar du radiologue ? », les radiologues invités par la Société française de radiologie (SFR) ont souhaité communiquer leur volonté d’utiliser l’IA dans leur pratique quotidienne. 

    A cette occasion, Dr Jean-Philippe Masson, Président de la FNMR, a annoncé la création, par l’ensemble des composantes du Conseil professionnel de la radiologie française (G4), d’un projet d’écosystème en Intelligence Artificielle dédié à l’imagerie médicale. Il s’agira d’utiliser les données images et les interprétations de quelques 500 millions de dossiers traités par la radiologie française dans son ensemble, afin de faire progresser la santé des patients.

    Ce système sera indépendant, notamment des GAFAM et des BATX Chinois.

    Le contenu de ce projet ambitieux n’est pas arrêté, à commencer par son financement.

    L’IA ne remplacera pas l’expertise professionnelle

    Au cours des rencontres, le Pr Laure Fournier de Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) a expliqué l’intérêt de l’IA pour les radiologues :  « ‘L’IA, qui interviendra tant dans la détection, la classification et dans le compte-rendu d’une pathologie révélée par un examen d’imagerie, sera à l’origine d’une transformation des pratiques des radiologues. Les outils de Deep Learning proposeront, très bientôt, des algorithmes d’interprétation et des algorithmes de décision. » Le Dr Marc Sinz du Groupe hospitalier Paris Saint Joseph a pris le soin de souligner le rôle que gardera le radiologue dans l’assurance de la pertinence des examens et de la technique utilisée pour explorer une pathologie donnée. « L’IA permettra au radiologue de revenir à la clinique et de reprendre contact avec le patient, avec lequel il était moins proche depuis quelques années, accaparé par le développement des outils technologiques dont il fait usage au quotidien ».

    L’expérience du radiologue restera primordiale dans l’utilisation de l’IA, puisqu’il validera, en dernier ressort, l’analyse de la machine, de nombreux faux positifs pouvant se faire jour et pouvant provoquer des interprétations non cohérentes pour un junior par exemple. Sur ce point, le Pr Anne Cotten du CHRU de Lille a tenu à signaler diverses actions qui seront mises en place lors des Journées Francophones de Radiologie (JFR), programmées du 12 au 15 octobre 2018 au Palais des Congrès de Paris, comme l’espace forum IA, des échanges entre radiologues, industriels ou start-ups sur ce thème, ainsi que le challenge IA, durant lequel des sociétés d’organes proposeront des cas cliniques avec plusieurs modalités d’imagerie.

  • Vivalto Santé lance une appli d’aide à la préparation de l’hospitalisation et au suivi des patients

    Vivalto Santé a annoncé, dans un communiqué daté du 31 mai 2018, le lancement d’une application de préparation et de suivi de l’hospitalisation destinée aux patients : Vivalto Santé mobile.

    Après la commercialisation de son serious game ChimioOrale en 2016, le groupe veut, par cette nouvelle application, poursuivre le déploiement de ses projets de digitalisation. Vivalto Santé rejoint ainsi dans ce domaine d’autres entreprises, qui ont également récemment choisi de développer des outils numériques d’accompagnement de l’hospitalisation, notamment Ramsay Générale de Santé (qui avait lancé, il y a un an, Ramsay services, plateforme numérique de services pour les patients et accompagnants des personnes hospitalisées) ou la start-up Satelia (qui déploie à Bordeaux une plateforme de télésuivi en chirurgie ambulatoire).

    Fonctionnalités de l’application Vivalto Santé Mobile

    Pour aider les patients à préparer leur hospitalisation, les suivre au cours de cette hospitalisation puis lors du retour à leur domicile, l’application propose :

    • d’« accéder à l’annuaire de tous les praticiens d’un établissement », de prendre rendez-vous en ligne avec ces professionnels recensés dans l’application et de suivre son « agenda synchronisé des rendez-vous de consultations » ;
    • de procéder à « son admission administrative complète en ligne » en prenant en photo les documents requis (justificatif d’identité, carte vitale) ;
    • de « préparer son séjour depuis son domicile » : par cette fonctionnalité, le patient peut s’assurer de la réception et de la complétude de son dossier, et éventuellement sélectionner certains services d’hôtellerie pour son hospitalisation (réservation d’une chambre individuelle, accès à la télévision, commande de repas supplémentaires pour les accompagnants, etc.) ;
    • de « garantir le suivi du parcours de soins », via plusieurs fonctionnalités d’Ambulis (Rhadius) (« recommandations et services liés à l’intervention ou l’hospitalisation en amont ou en aval du séjour ») que Vivalto Santé a intégrées à son application ;
    • de « régler le solde du séjour » par un paiement à distance.

    Modalités de fonctionnement de cet outil

    Supports de fonctionnement

    L’application est téléchargeable gratuitement. D’après le communiqué de Vivalto santé, elle fonctionne sur PC, Mac, smartphones et tablettes.

    Un réseau de partenariats formés entre Vivalto Santé et 26 établissements de santé (notamment en régions Bretagne, Normandie, Ile-de-France, Nouvelle Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes, soit 1 700 praticiens ou 3 800 lits, places et postes) alimente par ailleurs l’application.

    Interaction avec l’outil

    Outre l’affichage d’un agenda digital et la possibilité de payer en ligne, l’application permet :

    • d’échanger des informations par SMS avec les établissements ou les praticiens ;
    • de répondre à des questionnaires ;
    • de prendre des photos, tant pour réaliser son administration en ligne que pour enrichir le dossier médical du patient, ces photos pouvant « générer ou non des alertes auprès des équipes soignantes pour assurer un […] suivi du patient » ;
    • prendre des constantes, dans le cadre du suivi du patient.

    Le groupe Vivalto santé affirme par ailleurs que cette application est sécurisée.

  • « Le croisement de données cliniques et médico-sociales est l’avenir de la recherche médicale »-AFRCOs

    La question des études et de l’utilisation des données multi-sources a été débattue au cours d’une table ronde intitulée « Les études en vie réelle multi-sources : futur Gold Standard ? » réunissant des représentants de l’industrie pharmaceutique, des fabricants du dispositif médical, de CROs (Contract Reasarch Organizations) et de la HAS (Haute autorité de santé). Cette conférence se déroulait dans le cadre du 10e Colloque sur les données de santé en vie réelle organisé par l’AFCROs le 7 juin 2018.

    Il est ressorti du débat que le grand défi demeurant dans le processus de gestion et d’exploitation des données, et des données massives notamment, est celui de la qualité des données et de leur format, et la capacité de les interpréter sans entraîner de biais et notamment dans le cadre des études post-inscription des industriels.

    Le projet de l’entrepôt de données de l’AP-HP fait figure de proue dans ce processus de création de base de données hospitalières entamé par les établissement de santé français, et fait état des difficultés rencontrées face à l’homogénéité des données cliniques, aux capacités technologiques à mettre en œuvre et les complexités réglementaires. Il apparaît aujourd’hui que l’avenir de la recherche médicale est dans le croisement des données cliniques et médicales en provenance d’entrepôts de grands centres hospitaliers avec les données du Système National des Données de Santé (SNDS).

    Les GAFAM sont devenus des acteurs incontournables de l’économie de la données, leur place dans les données de santé a été discutée – actuellement en France et en Europe la loi encadre l’exploitation des données de santé réservée à des projets avec un objectif scientifique clairement défini.

    C’est une table ronde qui a réuni Patrick Blin, Vice-président du CEREES ; Cécile Déal, Medical data generation Manager chez Janssen ; Pr Philippe Lechat, directeur de la recherche clinique et du développement à l’AP-HP ; Sybil Pinchinat, membre du groupe de travail RWD (Real Data World) de l’AFCROs ; Marion Pinet, Evaluateur études en vie réelle de la HAS et Marie-Eve Velard, Director of Market Access and Public Affairs chez Allergan. Elle a été animée par Hubert Méchin, médecin et consultant dans le domaine des études post-inscription pour les technologies de santé.

    L’analyse de données : gare au biais d’interprétation

    Sybil Pinchinat, biostatisticienne et représentante des CROs affirme qu’il n’y a pas de doute à avoir quant à la pertinence de l’usage des données contenues dans les bases du SNDS médico-sociales et autres types de bases de données. 

    Les points de vigilance concernent la robustesse et la fiabilité des données exploitées et leur interprétation, car disposer de données massives ne suffit pas pour en tirer des conclusions valables.

    Elle rappelait que les études ad-hoc en post-inscription sont par définition des études multi-sources : les professionnels de santé comme patients y contribuent. Mais des données en provenance de la pharmacie ou de l’entourage proche du patient ou des données environnementales notamment liées à la pollution sont également prises en compte.

    Les modes de recueil sont de plus en plus variés et citait l’exemple du « digitosome », une notion évoquée au cours du colloque, et qui regroupe les données issues des réseaux sociaux, d’applications smartphone, objets et dispositifs médicaux connectés.

    Tout comme dans le cas des données du SNDS dont la pertinence n’est plus à prouver, elle insiste sur le fait que seules ces sources n’ont pas une grande valeur, mais qu’elles peuvent apporter de la valeur ajoutées couplées à des études préexistantes.

    L’entrepôt de données de l’AP-HP en cours de développement

    Le Pr Philippe Lechat, directeur de la recherche clinique et du développement à l’AP-HP, a évoqué le développement en cours de l’entrepôt de données médicales à l’échelle de l’ensemble des 39 établissements qui composent l’AP-HP.

    Il s’agit d’une initiative datant de plusieurs d’années qui repose sur le déploiement du DPI uniforme, qu’il qualifie d’entreprise ambitieuse, puisqu’il doit réunir pour plus d’un million de patients hospitalisés sur une année :

    • des données cliniques (comptes rendus d’hospitalisation et opératoires) ;
    • des donnés biologiques ;
    • des données d’imagerie ;
    • des données sur le codage PMSI ;
    • des données sur le circuit du médicament.

    L’entrepôt réunit toutes les données du DPI utilisable dans le cadre de la recherche. Le principal enjeux dans le cadre de l’export des données cliniques issues des comptes rendus tient à l’analyse textuelle.

    L’autre enjeux de taille qui caractérise cette ère du partage de données relève de la compétition entre équipes médicales qui a nécessité la mise en place d’une gouvernance définie. La gouvernance de l’information des patients et des professionnels de santé a été mise en place et a nécessité une autorisation de la CNIL (premier entrepôt autorisé en France).

    Un comité scientifique a été mis en place pour valider les projets d’exploitation de ces données qui doivent avoir une valeur scientifique et concernent notamment des études de faisabilité, des études d’épidémiologie, le grand potentiel, et de pharmacologie. Les partenariats avec des externes sont les bienvenus mais soumis à condition:

    • la collaboration doit s’inscrire dans le cadre d’un contrat avec l’AP-HP ;
    • le partenaire externe doit venir au sein de l’AP-HP et ne jouit que d’un droit d’usufruit des données qui ne quittent pas les systèmes de l’AP-HP ;
    • seuls les résultats d’études sont exportables.

    L’avenir de la recherche médicale consistera à croiser les données cliniques et médicale en provenance d’ entrepôts de grands centres hospitaliers avec les données du SNDS.

    Actuellement, 7 data scientists travaillent à la validation et l’harmonisation des données. Des disparités conséquentes ont été identifiées dans la façon de produire des données au sein même de différents laboratoires au sein d’un même établissement. Ils travaillent avant tout à la structuration de l’entrepôt et à l’élaboration des méthodes de soumission de requêtes dans la base pour générer des données pertinentes.

    Des initiatives similaires sont en train de voir le jour au sein de tous les CHU de France (Lyon, Lille, Bordeaux, etc.).

    Priorité : déploiement à échelle nationale

    Le Pr Philippe Lechat soulignait qu’à l’heure actuelle nous en sommes à l’étape de  constitution d’entrepôts à l’échelle des établissements de santé ou des groupement hospitaliers et que, dans une seconde phase, il s’agira d’abord de les connecter entre eux. Tous les établissements hospitaliers français sont en train d’y réfléchir ou ont déjà entamé les démarches nécessaires.

    Ce n’est qu’ensuite qu’on pourra réfléchir à un potentiel réseau à échelle européenne ou internationale afin de mettre en œuvre des recrutements de patients dans le cadre d’études cliniques qui est le sujet le plus prégnant concernant les coopérations internationales. Il rappelle qu’il ne faut pas omettre les problèmes de sécurité  ou de garantie de confidentialité des données que cette mise en réseau pose.

    Échange à échelle internationale et l’implication des GAFAM

    La question du croisement de données issues des bases de données du SNDS avec d’autres bases de données à échelle européenne ou internationales a également été posée.

    Il est tout à fait possible, rappelle Patrick Blin, vice-président du CEREES, de faire des études entre plusieurs pays. Elles reposent sur l’utilisation de données gérées au niveau local, mais qui sont agrégées au sein d’un espace sécurisé, un système informatique qui satisfait à toutes les normes de sécurité. Il rappelle également que l’exportation des données issues du SNDS était formellement interdite, mais que cela n’empêchait pas l’exploitation de ses données dans le cadre d’objectifs légalement acceptables.

    Actuellement, du point de vue légal un projet d’exploitation de ces données est à même d’être autorisé si un responsable de traitement résidant dans un pays membre de l’Union européenne est dédié au projet, ce qui rend les coopérations européennes tout à fait réalisables.

    Quid des GAFAM

    Le rôle des GAFAM dans la gestion et l’exploitation des données a été abordé également. Ces grands groupes industriels ont commencé par envahir le domaine des données en agrégeant des données relatives au bien-être ce qui a débouché sur le développement soutenu d’applications mobiles dédiées à cet aspect de la santé quotidienne.

    Aujourd’hui Apple fait le même pari dans le domaine des données de santé en s’associant avec les cliniques de Mayo et de Cedars Sinai. Et cela pose la question de la place et du rôle de cet industriel dans l’exploitation et la fourniture de base de données de santé.

    Le Pr Philippe Lechat, directeur de la recherche clinique et du développement à l’AP-HP, a rappelé que ce type d’association se heurte à de nombreux freins d’ordre sociétal ou éthique. Des représentants des CROs mettaient en avant que ce n’est pas la disponibilité des données à grande échelle qui constituait un avantage mais la disponibilité de données qualifiées et la capacité à les mobiliser afin de répondre à un objectif de recherche clairement défini.

    Conformément à la réglementation actuellement en vigueur, rappelle Patrick Blin, vice-président du CEREES, et notamment les exigences émanant du RGPD, il est impossible d’envisager un accès par les GAFAM aux données issues de bases de données du système national de santé.

  • Etude : le machine learning détecte avec précision l’une des complications du cancer du sein

    Les algorithmes d’apprentissage automatique sont capables d’identifier le lymphœdème – l’un des principaux effets secondaires du traitement du cancer du sein – avec une précision de 94%. C’est le résultat auxquels sont parvenus des chercheurs de l’Université de New York. Leur étude* publiée le 29 mai 2018 dans la revue mHealth met en évidence la supériorité de l’intelligence artificielle sur les méthodes de dépistage traditionnelles.

    Les femmes opérées d’un cancer du sein connaissent bien le lymphoedème du membre supérieur. Ce gonflement du bras provoqué par un ralentissement, voire un blocage de la circulation de la lymphe, est l’un des principaux effets secondaires de leur traitement. Les femmes ayant subi un curage axillaire et de la radiothérapie sont particulièrement à risque. Appelé aussi « gros bras », le lymphoedème apparaît souvent discrètement, parfois des années après la chirurgie.

    C’est pourquoi l’Institut national du cancer (Inca) conseille aux femmes de « rester vigilante » et « à l’écoute de leur membre afin de pouvoir signaler au plus vite les premiers signes de lymphoedème » car une détection précoce permet de réduire les symptômes qui peuvent douloureux et invalidants. Mais ce dépistage s’avère très délicat.

    L’apprentissage automatique confronté à 26 symptômes

    Des chercheurs américains ont donc voulu évaluer l’intérêt de l’intelligence artificielle pour détecter le lymphoedème. « Les cliniciens diagnostiquent souvent un lymphœdème en se basant sur l’observation d’un gonflement », a déclaré le premier auteur de l’étude, professeur agrégé de sciences infirmières au NYU Rory Meyers College of Nursing. Cependant, au moment où le gonflement peut être observé ou mesurée, le lymphœdème remonte généralement à un certain temps, ce qui peut conduire à de mauvais résultats cliniques. » Les chercheurs se sont tournés vers l’apprentissage automatique car cette technique a montré sa pertinence dans le traitement de données indépendantes les unes des autres, comme le sont les symptômes du « gros bras ».

    4 types d’algorithmes comparés

    Quelque 355 femmes, issues de 45 états américains, ayant été traitées pour un cancer du sein ont donc été incluses dans l’étude. Pour chacune d’entre elles, les chercheurs ont recueilli des informations d’ordre démographiques et cliniques. En outre, il leur a été demandé si elles éprouvaient l’un des 26 symptômes du lymphoedème.

    Les auteurs de l’étude ont ensuite utilisé ces datas pour nourrir cinq types d’algorithmes différents :

    • 2 modèles d’arbre décisionnel
    • 1 gradient boosting
    • 1 réseau de neurones artificiels
    • 1 machine à vecteurs de support

    Résultats : une précision de plus de 93%

    Les résultats de leurs travaux sont parus le 29 mai 2018 dans la revue mhealth. Ils ont précisé que « compte tenu de la nature progressive du lymphœdème et du fait qu’une intervention précoce permet de meilleurs résultats cliniques, il était extrêmement important d’atteindre une très grande sensibilité même si cela se fait au détriment d’une spécificité réduite. Notre objectif était d’atteindre une sensibilité élevée de plus de 95%, tout en conservant une spécificité suffisamment élevée, d’au moins 85%. »

    • Le lymphoedème était survenue en moyenne 4,6 ans après le diagnostic de cancer
    • Le réseau de neurones artificiels a obtenu le meilleur résultat : 95,65% de sensibilité, 91% de spécificité et une précision globale de 93,8%
    • Les autres algorithmes affichaient des taux de précision allant de 81 à 76%.

    Un dépistage précoce grâce au machine learning

     » Ces résultats fournissent la preuve initiale que l’utilisation d’un algorithme de classification bien entraîné pour détecter le lymphœdème basé sur le rapport de symptôme en temps réel en utilisant un système de santé mobile basé sur le web et le mobile est supérieur à une approche statistique standard », écrivent les auteurs de l’étude.

    Une réduction des coûts de santé

    En outre, les chercheurs notent que cette évaluation du lymphœdème en temps réel encourage les patients à se surveiller sans avoir à consulter un professionnel de la santé. Le système pourrait alerter les patients à risque afin de planifier des visites cliniques pour une évaluation plus poussée.

    Grâce au machine learning et donc à la détection précoce, « nous pouvons espérer réduire les coûts des soins de santé et optimiser l’utilisation des ressources, déclarent les auteurs. Et nous pourrions limiter les risques de lymphœdème progressant vers des stades plus sévères ».

     

  • Formation médicale en ligne : Invivox lève 2,8 M€ via le fonds Patient Autonome de Bpifrance

    Invivox, plateforme de formation médicale en continu, annonce une levée de fonds de 2,8 millions d’euros, menée par Bpifrance, via le fonds Patient Autonome, qui réalise son premier investissement : telle est l’annonce faite par communiqué le 7 juin 2018.

    Cette somme servira à la start-up en vue d’accélérer son développement et faire de la France un hub de formation pour les médecins du monde entier. 

    ISAI, fonds d’entrepreneurs qui accompagne des sociétés internet à fort potentiel, avait déjà investi 1,2 million d’euros dans Invivox en mars 2016, avant son lancement en janvier 2017.

    Découvrir de nouvelles techniques opératoires

    Le marché de l’éducation médicale ne cesse de se développer. Alors qu’il était estimé à 25,9 milliards de dollars en 2015, il devrait atteindre 38,4 milliards de dollars en 2024. La valeur de l’expertise portée par les médecins français est reconnue et permet à la France d’être un acteur de premier plan dans la formation médicale. Lancée en janvier 2017, la plateforme Invivox met en relation des médecins du monde entier qui se déplacent chez leurs confrères pour découvrir une nouvelle technique opératoire ou encore une nouvelle approche thérapeutique. Invivox participe également à donner aux formations une visibilité internationale à travers ses campagnes digitales. A titre d’exemple, des médecins de plus de 64 pays se sont formés chez des experts français, ce qui participe à l’ambition d’Invivox de faire de la France la référence mondiale pour la formation entre pairs.

    A ce jour, la start-up bordelaise compte plus de 1 400 formateurs dans une douzaine de spécialités médicales. Pour enrichir son offre de formation, la société a noué des partenariats avec plusieurs hôpitaux en France, comme le CHU de Rouen ou l’hôpital européen Georges-Pompidou, et aux États-Unis, à l’image de Johns Hopkins à Baltimore.

    Un projet porté par le fonds Patient Autonome

    Pour rappel, les fonds alloués à une start-up dans le cadre du fonds Patient Autonome sont censés servir à finaliser un prototype, valider sa pertinence et sa portée sur un marché ou stabiliser une stratégie de développement à l’international. « Pour le premier investissement du fonds Patient Autonome, nous avions à cœur de cibler le thème de la formation des médecins qui sont les premiers acteurs concernés par la révolution numérique dans le domaine de la santé. Par le biais de la formation, Invivox accompagne l’ouverture du corps médical à l’innovation mondiale, quelle qu’elle soit, et participe de fait à son rayonnement », a déclaré Chahra Louafi, directrice du fonds Patient Autonome de Bpifrance.

  • Patient monitoring and big data : Medopad strengthens its presence in Singapore

    The UK government announced in late May 2018 that it has been supporting promising companies secure deals around the world, including British artificial intelligence and mobile technology firm Medopad.

    In May, the London-based company – specializing in patient monitoring applications and data analytics – signed two new partnerships with healthcare organizations in Singapore and  Bahamas, creating 100 jobs in Great Britain.

    The Department for International Trade supports Medopad

    The Department for International Trade (DIT) provided advice and guidance on technical, financing and contracting issues. Medopad’s Chief executive, Dan Vahdat, said that the guidance from DIT helped the company to ensure « crucial meetings ».

    Diabetes: a partnership with Singapore agency A*STAR

    DIT’s global network also provided assistance which allowed the UK firm to win a contract with Singapore’s Agency for Science, Technology and Research, better known as « A*STAR« .

    Through this partnership, Medopad and the Singapore organization will jointly develop a monitoring tool to better manage diabetes for 400,000 sufferers, Digitalhealth.net said.

    Medopad is also looking to expand into the United States. The company recently signed a Memorandum of Understanding with the US’s Johns Hopkins University in order to explore new healthcare solutions using machine learning and patient monitoring technologies.

    The DIT also invests in a Chinese university

    TusPark, the science park development body of Tsinghua University in Beijing, is also one of the company which have benefited from assistance from DIT. The UK organization has invested £8 million (€9m; US$10.7m) to create an innovation center in Newcastle, North East England.

    TusPark: £200 million invested in 5 buildings at Cambridge Science Park

    TusPark recently invested $200 million (€229m; US$267m) in five new buildings at Cambridge Science Park, the oldest science park in the United Kingdom, directly creating 14 jobs and offering companies the opportunity to create thousands more in the process.

    The Science Park will include a state-of-the-art « biohub » to provide companies working on innovative healthcare products and technologies with labs and office space.

  • Surveillance des patients et big data : Medopad renforce sa présence à Singapour

    Le gouvernement britannique a annoncé fin mai 2018 qu’il aidait les entreprises prometteuses à conclure des accords à travers le monde, dont la société experte en intelligence artificielle et en technologie mobile Medopad.

    Courant mai, l’entreprise basée à Londres – spécialisée dans les applications de surveillance des patients et l’analyse de données – a signé deux nouveaux partenariats avec des organisations de soins à Singapour et aux Bahamas, créant ainsi 100 emplois en Grande-Bretagne.

    Le Département du commerce international soutient Medopad

    Le Département du commerce international britannique (DIT) a fourni ces derniers mois à Medopad des conseils et des orientations sur des questions techniques, de financement et de passation de marchés. Le directeur général de Medopad, Dan Vahdat, a déclaré que les recommandations du DIT avait aidé l’entreprise à mener à bien des « réunions cruciales ».

    Diabète : un partenariat avec l’agence singapourienne A*STAR

    Le réseau mondial du DIT a par ailleurs fourni à l’entreprise anglaise une assistance qui lui a permis de remporter un contrat avec l’Agence pour la science, la technologie et la recherche de Singapour, plus connue sous le nom d’« A*STAR ».

    À travers ce partenariat, Medopad développera conjointement avec l’organisme singapourien un outil de surveillance visant à mieux gérer le diabète pour 400 000 personnes, précise le site Digitalhealth.net.

    Medopad cherche aussi à s’étendre aux États-Unis. La société a récemment signé un protocole d’accord avec l’université américaine Johns Hopkins dans le but d’explorer de nouvelles solutions de soins utilisant le principe de l »apprentissage automatique (machine learning) et des technologies qui facilitent la surveillance des patients.

    Le DIT investit aussi dans une université chinoise

    TusPark, l’organisme de développement du parc scientifique de l’Université Tsinghua à Pékin, fait également partie des entreprises à avoir bénéficié d’une aide du Département du commerce international britannique. L’organisme gouvernemental a versé 8 millions de livres sterling (9 M. € ; 10,7 M. US$) pour financer la création d’un centre d’innovation à Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre.

    TusPark : 200 M. £ investis dans 5 bâtiments au Cambridge Science Park

    TusPark a récemment investi 200 millions de livres (229 M. € ; 267 M. US$) dans cinq nouveaux bâtiments au sein du Cambridge Science Park, le plus ancien parc scientifique du Royaume-Uni, créant directement quatorze emplois et offrant aux entreprises la possibilité d’en créer des milliers d’autres dans le cadre du projet.

    Le parc scientifique comprendra un « biohub » à la pointe de la technologie afin de permettre aux entreprises travaillant sur des produits et des technologies de santé innovants d’avoir accès à des laboratoires et à des espaces de bureaux.

  • PHW18 : « Nous développons un accompagnement psychosocial le plus en amont possible » (O. Frézet, MSPB)

    Fondée en 1863 et reconnue d’utilité publique en 1867, la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle (MSPB) intervient dans les domaines sanitaires, social et médico-social. Toujours soucieuse d’évolution, elle est engagée dans la création d’un ensemble hospitalier civilo-militaire pour 2022 et un centre spécialisé d’accès aux soins somatiques des personnes en situation de handicap.

    A l’occasion de la Paris Healthcare Week 2018, l’équipe de Health & Tech Intelligence s’est entretenue avec Olivier Frézet, Directeur des branches médico-sociales de la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle (MSPB) et Béatrice Falize-Mirat, Directeur Scientifique de Care-Insight.

    Olivier Frézet décrit le mode de fonctionnement des équipes Urgence Nuit et de soutien aux aidants à domicile mises en place par la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle en 2014, qui transforment sensiblement la prise en charge des personnes dépendantes à domicile.

    Quelles sont vos fonctions au sein de la MSPB ?

    Olivier Frézet : Je suis directeur des branches médico-sociales de la Maison de Santé Protestante de Bordeaux-Bagatelle (MSPB), qui couvrent différents établissements, services et métiers :

    • un Ehpad de 62 lits et une structure d’hébergement temporaire de 15 lits. Il n’existe en France qu’une soixantaine de structures proposant des services d’hébergement temporaire ;
    • un SSIAD doté de 182 places pour les personnes âgées, 10 places pour les personnes en situation de handicap et 10 places pour les personnes atteintes de la maladies d’Alzheimer. Le SSIAD évolue en SPASAD, service polyvalent d’aide et de soins à domicile, (CPOM signé le 30 juin 2017 avec le SAAD Agapes) ;
    • deux équipes qui sont dans le PAERPA de Bordeaux , l’Equipe Urgence Nuit d’une part, qui est unique en France, et l’équipe de soutien aux aidants à domicile (ESAD) d’autre part ;
    • une MAIA : Méthode d’action et d’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie. Je coordonne enfin les assistants sociaux et les psychologues qui interviennent dans tous les services de la Fondation.

    Quelles sont les finalités des deux équipes du PAERPA ?

    Olivier Frézet : Nous voulons développer un accompagnement psychosocial le plus en amont possible des situations de crise pour en prévenir l’apparition. Je suis persuadé que plus nous travaillons en amont de façon transdisciplinaire, avec différentes professions (dont les sphères d’action s’interpénètrent) et non pas de manière pluridisciplinaire, (où chaque professionnel agit seul « dans son coin »), plus nous pouvons aider le couple aidant-aidé dans la construction de son projet de vie.

     

    Avez-vous été précurseurs dans le développement de l’aide et du soin à domicile ?

    Olivier Frézet : L’un des services de la Fondation, l’hospitalisation à domicile, a été crée en 1975. C’est l’un des plus anciens HAD de France et l’un des plus importants en suivis quotidiens de malades au domicile. De plus, Bagatelle est porteur de la plateforme d’appel pour les HAD sur le département.

    Le SSIAD a été fondé en 1982.

    La structure d’accueil temporaire pour personnes âgées, le Relais, a été créé en 1988. C’était innovant à l’époque et ça le reste aujourd’hui. En effet, ce type de structure, une sorte d’entre-deux, permet des temps de pause pour le couple aidant / aidé et participe activement au soutien à domicile. Ce type de structure est très important dans le maillage du territoire et dans le sens du soutien aux aidants.

    De plus, nous sommes, il me semble, toujours les seuls à disposer d’une équipe Urgence nuit (créée en 2014) et une équipe de soutien aux aidants sous cette forme.

     

    Ces modèles (accueil temporaire) sont-ils nombreux en France ? Quelles en sont les spécificités ?

    Béatrice Falize-Mirat : Dans ce modèle, il faut savoir optimiser l’utilisation des lits et gérer des situations très courtes. L’équilibre financier est une véritable difficulté. Le défi consiste à accueillir des patients un, deux, trois jours sans que cela ne soit programmé. Il faut qu’un lit soit disponible, qu’on puisse le remplir à un instant T et qu’il soit disponible par la suite sans perdre d’argent.

    Comment assurer ces admissions et sorties incessantes ?

    Olivier Frézet : Cela peut s’avérer difficile mais ce n’est pas impossible. Etant à l’origine assistant de service social, j’ai toujours été très à l’écoute des aidants. S’agissant du couple aidant-aidé, quand l’aidant atteint une situation de crise, nous lui permettons de se rendre dans une structure d’hébergement temporaire, nous lui offrons un suivi de la personne dépendante, mais lui permettons aussi de se poser, d’être reconnu, et d’être épaulé.

    Nous voulons respecter sa volonté tout au long de son séjour dans nos services. Pour nous, il est partenaire pour le séjour, car il connait au quotidien le résident. Certaines structures imposent une durée particulière de séjour. Nous, nous accueillons le couple aidant/aidé en fonction de ce qu’ils désirent. Même si la prise en charge est payante, nos prix restent relativement corrects. 

    Les promoteurs se montrent frileux pour des raisons économiques et logistiques, mais nous affichons un taux de remplissage à 90%. Cela signifie que si l’on est inscrit dans un réseau, si l’on est connu et reconnu, les gens viennent car il y a un véritable besoin et qu’ils nous font confiance. Il faut qu’il y ait des structures qui permettent des alternances.

    Ce relais, cette structure d’hébergement temporaire intervient à un moment potentiel de césure dans le parcours des aidants comme des aidés ; 80% des personnes que nous recevons viennent du domicile. Nous nous inscrivons dans le sens « de la rupture et de la reprise », et de l’alternance entre structure où les individus se reposent et retour au domicile. Nous sommes vraiment dans une démarche de soutien à domicile nous permettant en plus de faire des liens avec les services du domicile qui connaissent la situation.

    Le Conseil d’Administration de la Fondation a toujours maintenu la structure malgré les résultats financiers déficitaires, prenant en compte l’importance d’un tel lieu.

    Autour de quel projet s’articule cette démarche de soutien à domicile ?

    Olivier Frézet : Nous plaçons le projet de vie du couple aidant-aidé au centre. Quand l’équipe de soutien aux aidants a été créée, l’idée était précisément d’offrir par exemple au médecin généraliste (ou au pharmacien, ou à l’infirmier libéral…) une équipe venant en complément, sur un versant professionnel autre.

    Nous étions partis de l’exemple suivant : une fille accompagne sa mère âgée chez son médecin généraliste pour un renouvellement de prescription. La fille « explose » pendant la consultation, car elle éprouve des difficultés croissantes pour venir en aide à sa mère dépendante. Le médecin ignore comment réagir car il n’est pas nécessairement informé de toutes les potentialités d’aide.

    Notre souhait est d’offrir à la fille, elle-même d’un certain âge, une aide qui ne se substitue pas à la sienne, mais vienne la compléter. Nous lui offrons une palette d’aide avec différents professionnels : psychologue, assistant social, ergothérapeute, Technicien Coordinateur de l’Aide Psychosociale aux Aidants (TC APSA) et une secrétaire qui fait entre autres, le lien.

    Le TC APSA est issu d’une licence professionnelle qui, pour l’heure n’est proposée qu’à Bordeaux. Ce technicien est chargé, dans un premier temps, de se rendre au domicile de la personne pour évaluer le degré de difficulté qu’il peut y avoir au niveau de « l’aidance ». Ensuite, il orientera vers les professionnels de l’équipe suivant la difficulté.

    C’est dans le dispositif général de l’aidance tel que nous le conceptualisons, théorisons et opérationnalisons sur Bordeaux (à savoir l’Aidance définie comme l’ensemble de tout ce qui englobe le lien aidant/aidé, avec les acteurs et les institutions que cela implique), que nous développons nos actions, que notre expérience de l’ESAD nous permet de repérer et de mieux coordonner les divers opérateurs de reliance, que nous nous efforçons à une évaluation transdisciplinaire le plus en amont possible du coupe Aidant/Aidé.

    Et parce que nous visons une prévention très en amont des problématiques du couple, nous intervenons très tôt au domicile, à l’aide d’équipes légères, réactives, avec l’objectif de co-construction d’un projet de vie… Sans jamais oublier que nous sommes, d’abord et avant tout, des « porte-voies », dans le sens de parcours.

    De plus et pour aller plus loin, nous travaillons sur nos concepts (Reliance et Aidance), nos outils ; ainsi nous avons créé une grille de repérage de la fragilité de l’aidant, très simple, avec 9 items (santé, alimentation, sommeil…). C’est surtout un outil de transmission de situation nécessitant l’intervention de l’équipe spécialisée.

    Nous voulons aller à la rencontre de la personne, dans son altérité. Ce n’est pas une démarche verticale avec le « sachant qui ordonne ». Il s’agit de l’accompagner, d’être présent à ses côtés, d’évaluer ses potentialités et non pas seulement ses incapacités. C’est toute la valeur du travail social, de l’accompagnement que l’on se doit de faire auprès des gens. C’est « l’aléa » cher à Edgar Morin. On co-construit, avec la personne aidée, son projet de vie.

    Comment faire dialoguer tous ces acteurs entre eux ? Sur quels supports de communication et de coordination vous appuyez-vous ?

    Olivier Frézet : L’équipe Urgence nuit et l’équipe de soutien aux aidants sont inscrites dans le PAERPA de Bordeaux depuis juin 2015. Cela signifie que nous sommes reliés à d’autres équipes par le biais d’une plateforme portée par le CCAS de Bordeaux. Les résidents de Bordeaux de plus de 75 ans appellent un numéro. Ils sont ensuite répartis selon leurs besoins sur l’une de nos équipes.

    On utilise également PAACO/Globule, un logiciel performant qui offre une messagerie sécurisée nous permettant de relier les différents intervenants.

    La coordination, je la visualise très bien au niveau du soins. En revanche, au niveau du social, il ne s’agit pas de coordination mais d’articulation car on place le projet de la personne au milieu de notre démarche. L’objectif de tout travailleur social est de travailler « à sa fin ». Il est présent auprès de la personne pour qu’elle réacquiert les bases de son autonomie, à savoir le « choix de vie que je veux pour moi dans un cadre légal », à la différence de la dépendance où je suis contraint de dépendre de mon prochain.

    Au sein de l’ESAD, le TC APSA reste référent d’une situation dans le temps : six mois après, si la personne a un nouveau besoin, elle appelle l’équipe ou la plateforme précitée.

    Depuis la création, en 2014, nous avons suivi plus de 620 couples aidant/aidés.

    Il est intéressant de noter qu’à la différence de ce que l’on peut entendre, la demande de répit des aidants n’intervient qu’à hauteur de 8%. 41% de l’ensemble des situations a nécessité l’intervention dans au moins 3 domaines différents (organisation du domicile, éléments financiers, ouvertures de droits, orientation vers des associations…).

    L’écoute, le conseil, l’orientation vers les associations spécialisées, l’accompagnement,… toute cette « guidance » permet d’aider l’aidant. Nous sommes en fait des « facilitateurs » pour l’aider à trouver les « bonnes portes » au bon moment.

    Béatrice Falize-Mirat : Une autre chose dont il faut témoigner, c’est le retour à domicile géré par l’équipe Urgence nuit. Il faut être capable de déterminer si une personne est capable de rentrer chez elle ou non. Vous avez mis en place une solution qui permet de répondre à cet enjeux et qui est actuellement unique en France.

    Olivier Frézet : Absolument, cette solution est unique en France, et nous voudrions la dupliquer. Par exemple : une personne chute et se fracture le poignée, c’est un événement fréquent. Dans ce cas-là, un binôme aide-soignant/infirmier est appelé par le service d’urgences de Bordeaux Métropole. Ce binôme se rend aux urgences pour rencontrer la personne, l’urgentiste et l’équipe de soin pour instaurer une relation de confiance.

    Si la situation relève bien de l’équipe – ce n’est pas de l’hospitalisation à domicile, c’est une situation où la personne nécessite une surveillance légère -, le binôme aide-soignant/infirmier suit l’ambulance. La personne les retrouve à son retour à domicile et l’équipe lui prodigue les soins et services nécessaires (fermer les volets, cuisiner, chercher les médicaments à la pharmacie de garde, etc.).

    Le lendemain matin, une autre équipe intervient à son tour. Elle compte trois personnes : une infirmière, chargée de prévenir le médecin généraliste, une aide-soignante et une auxiliaire de vie (aide à la toilette, courses, préparation de repas, etc.).

    Aux termes de quelques jours, nous transférons la situation aux infirmiers libéraux, SSIAD ou une association d’aide à la personne. On est sur une durée moyenne de prise en soins située entre 4 et 5 jours. Qu’il s’agisse de l’équipe urgence nuit ou de l’équipe de soutien aux aidants, nous ne sommes pas là pour capter ou accaparer les personnes. Nous intervenons à des moments où la fragilité est accrue, ou rien n’existait, et nous transférons ensuite la situation à d’autres services, quand ceux-ci sont en capacité d’intervenir. Nous faisons de la reliance.

    Avez-vous formé ces professionnels à travailler en binôme ou en trinôme ?

    Olivier Frézet : Lorsque l’on a créé ces deux équipes en avril 2014, on a fait travailler ensemble une équipe de travailleurs sociaux (l’équipe de soutien aux aidants) et une équipe de soignants (équipe urgence nuit) pendant quinze jours, n’ayant aucune situation réelle, pour qu’ils apprennent leur langage respectif. Ils ont travaillé ensemble sur la façon de constituer un dossier, de s’organiser, d’intervenir… de croiser leurs connaissances. Après un an d’exercice, on a constaté que 70% des situations de l’équipe urgence nuit, étaient transmises à l’équipe de soutien aux aidants…

    Quand on entre dans le monde de la dépendance, on entre dans un univers fait de codes et de langages particuliers. Personne n’y est préparé. Il faut quelqu’un à côté, un traducteur qui accompagne.

    Chacun s’accorde à dire que les trois mondes (Sanitaire, Médico-Social et Social) sont séparés. Il faut dépasser ce constat et créer des passerelles entre ces mondes, des passeurs et donc des traducteurs. Ces équipes (urgence nuit et de soutien aux aidants) sont les passeurs et permettent à la personne, en fonction de sa situation, d’obtenir l’aide dont elle a besoin.

    Vous disiez vouloir généraliser ce modèle en France. Comment convertir les professionnels à ces nouvelles pratiques ? 

    Olivier Frézet : Il faut déjà essayer de convertir les décideurs et les acteurs. Nous sommes en train de réaliser une « recherche -action », avec l’INSERM à Bordeaux, une étude sur l’impact de nos équipes auprès des aidants. Nous voulons montrer et démontrer l’utilité de nos pratiques pour aller ensuite solliciter des décideurs financiers et les convaincre de la pertinence de nos modèles.

    Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Agence régionale de Santé Nouvelle Aquitaine. Elle nous avait permis d’expérimenter ces deux équipes pendant un an avant l’entrée dans le PAERPA.

    Nous voudrions essaimer notre modèle – et c’est la raison pour laquelle nous travaillons en étroite collaboration avec une association de Chartres de Bretagne ASSIA. Après partages ensemble, ils ont constitué une équipe (un temps plein TC APSA et un temps plein psychologue) à partir de 2017 via également le PAERPA. Ils sont venus deux jours à Bordeaux afin de partager nos outils, notre façon de faire. Nous sommes également en contact avec des acteurs d’autres régions.

    Le contexte politique vous semble-t-il favorable à la pérennisation et à la généralisation de ce modèle, avec notamment l’entrée en vigueur de l’article 51 de la LFSS 2018 qui soutient les innovations organisationnelles ? Pensez-vous pouvoir vous appuyer sur ces leviers juridiques ?

    Olivier Frézet : Je pense effectivement qu’il faut s’appuyer sur ces leviers. Même en l’absence d’innovations « pures », notre objectif est de promouvoir des solutions qui fonctionnent bien. Au niveau du PAERPA de Bordeaux, nous constatons qu’il y a une oreille attentive. 

    Se pose également la question de l’aidance salariée. Il faut absolument que l’expérience que l’on a acquise au niveau de l’équipe de soutien aux aidants soit élargie à d’autres dispositifs pour les salariés dans les entreprises.

    En 2017, la Fondation Bagatelle a créé un mi-temps TC APSA. Avant la mise en place de ce poste, nous avions interrogé les 1 500 salariés de la fondation sur l’opportunité de ce dispositif : seuls 29 répondants se déclaraient personnellement concernés. Aux termes de l’année d’expérimentation, le TCAPSA était intervenu auprès de 42 personnes…

    Au delà des plateformes que l’on peut et que l’on doit créer, il faut permettre à ce professionnel de l’aidance (ou plus largement, une équipe pluridisciplinaire) d’agir au sein des entreprises. Il contribuera à faire baisser l’absentéisme et participera de l’amélioration de la qualité de vie au travail du salarié. Nous sommes précurseurs de ce point de vue là, au regard des équipes que l’on a mises en place en 2014 et du savoir-faire qu’elles ont acquis au cours des années.

    Nous avons participé à l’écriture d’un livre publié au un titre évocateur : L’aide aux aidants : à l’aide ! Concepts, modèles, méthodes et défis (Eyrolles, 2015). Nous intervenons également dans des articles ou congrès sur les thèmes de l’aidance, de la reliance.

    Béatrice Falize-Mirat : Il faut également évoquer l’âge des aidants. Ce sont souvent des personnes âgées de 60 ans qui viennent en aide à leur parents âgés de 85 ans. Aujourd’hui, les aidants ont l’âge des aidés d’il y a 20 ans… Ce ne sont plus des gens qui travaillent, ce sont souvent des gens seuls et fragiles.

    Olivier Frézet : Il y a de nombreuses enquêtes sur cette thématique. Mais la situation d’aidance concerne tout le monde. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il y a un terreau fertile, et des réseaux à activer pour mettre en place l’aidance au cours des prochaines années.