Organisée par le Club Afrique de la Presse Parisienne (CAPP) en collaboration avec l’agence d’information AfricaPresse.Paris et la plateforme d’affaires et de recrutement Convergence, la conférence « Entreprendre en Afrique : les atouts de la Tunisie dans le secteur de la santé » s’est tenue à Paris, le 20 juin 2018.
Cinq orateurs étaient invités à y prendre la parole, modérée par Alfred Mignot, directeur de AfricaPresse.Paris et Président du Club Afrique de la Presse Parisienne :
– Philippe de Fontaine Vive Curtaz, Vice-Président honoraire de la BEI ;
– Mounir Mouakhar, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Tunis ;
– Monder Khanfir, Vice-Président du Tunisia-Africa Business Council ;
– Dr Maher Zahar, PDG de MIRE ;
– Dr Khaldoun Bardi, Chirurgien et membre de l’Académie européenne de médecine.
Ces cinq orateurs ont unanimement déclaré que la Tunisie était un « pays du seuil », soit un pays riche de nombreux atouts présentant de ce fait un potentiel de développement intéressant. D’après les intervenants, la Tunisie veut prochainement devenir une plateforme régionale de santé éventuellement numérique et de recherche : pour soutenir le développement de la santé en Tunisie, 7% du PIB sont dépensés dans le système de santé (pour un profil sanitaire comparable aux pays de l’OCDE), 43 % étant délivrés par le secteur privé.
L’objectif est à la fois de rendre la Tunisie attractive pour les entreprises de la santé et les investisseurs d’une part, et pour les patients africains et européens d’autre part.
L’attractivité de la Tunisie vis-à-vis des entreprises et des investisseurs
La santé et la recherche en santé en Tunisie : des secteurs réunissant des professionnels recherchés
D’après les intervenants, le système d’éducation et d’enseignement tunisien forme un personnel médical, paramédical et technique très qualifié et d’autant plus recherché que moins coûteux qu’en France, par exemple.
Par ailleurs, concernant les domaines de la recherche et du développement, la Tunisie a, selon les intervenants, un profil intéressant du fait de ses 6 000 chercheurs, de son technopôle et de ses 111 laboratoires qui lui permettent d’occuper le 46ème rang dans le classement des pays publiant le plus de travaux de recherche scientifique. En outre, la Tunisie est associée à l’UE dans le programme Horizon 2020 : dans ce cadre, ses équipes peuvent postuler et prendre part aux mêmes programmes de recherche que les laboratoires européens.
Les supports du profil R&D de la Tunisie : infrastructures et TIC
- Les infrastructures tunisiennes
Outre ses nombreux laboratoires, la Tunisie dispose d’environ 2 000 centres de médecine, parmi lesquels 167 hôpitaux dont 23 CHU. Ces centres sont répartis dans le territoire d’une façon relativement homogène, de façon à ce que tout Tunisien puisse avoir accès à un centre de soins à moins de 30 km de chez lui. Ce réseau d’établissements auxquels sont associées des équipes de recherches dessine un système de petites localités réunissant soignants, chercheurs et population locale : du point de vue du Dr Maher Zahar, cette facilité d’accès à la population permet de mesurer facilement l’impact de tel ou tel nouveau dispositif ou phénomène et contribue à rendre le profil R&D de la Tunisie intéressant.
- Maîtrise des techniques d’information et de communication
Le Président de la chambre de commerce de Tunis a rappelé que la Tunisie « est à la pointe des techniques d’information et de communication (TIC) » : ce domaine représente à l’heure actuelle 11 % du PIB de la Tunisie, pays ayant exporté en 2017 1 milliard de dinars de logiciels et de services informatiques.
Pour faire de la Tunisie une référence internationale, « l’objectif de la Tunisie […] est de créer 80 000 emplois dans ce secteur des TIC » a indiqué Mounir Mouakhar.
Investissements et santé numérique
Les intervenants ont indiqué que la Tunisie bénéficie d’un système de « législation souple » dans le domaine de la finance. L’objectif de cette souplesse est d’encourager les investissements étrangers dans le domaine de la santé et de la recherche en santé, investissements en majorité drainés par la santé numérique.
Le tourisme médical en Tunisie, miroir de l’attractivité du système de santé du pays
Constat : un pays relativement attractif pour les patients
Le tourisme médical mène, à l’heure actuelle, environ 400 000 patients étrangers (dont 3% européens) en Tunisie.
La Tunisie est notamment la deuxième destination africaine la plus prisée dans le cadre du tourisme de la santé, et la deuxième destination mondiale dans le tourisme de la santé pour des soins de thalassothérapie, après la France.
Cependant, la Tunisie reste classée 36ème sur 41 destination mondiale en santé, les pays comparables à la Tunisie en termes de développement économique et de situation géographique (Liban, Jordanie) étant toutefois moins bien classés que la Tunisie.
Différents types de tourisme médical
D’après le Dr Khaldoun Bardi, le terme de « tourisme médical » réunit au moins trois phénomènes qui expliquent le classement de la Tunisie et son attractivité pour les patients :
- le tourisme du bien-être, représenté par la thalassothérapie, la balnéothérapie, etc. : dans ce cadre, la Tunisie jouit d’une situation géographique intéressante (proche de l’Europe, donc facile d’accès pour les patients européens) et de nombreuses infrastructures disponibles. De plus, la médecine, qui du fait des avancées technologiques devient de plus en plus préventive et associée au bien-être d’après le Dr Maher Zahar, pourrait dans le futur mener vers la Tunisie de plus en plus de touristes à la recherche de « bien-être » ;
- le tourisme pour les soins dentaires, ophtalmologiques et esthétiques : de même que le précédent tourisme, il concerne des patients atteints par des pathologies peu invalidantes et peu prises en charge par les systèmes d’assurance maladie et de sécurité sociale étrangers. Le caractère bon marché de ces soins en Tunisie attire donc fortement la patientèle étrangère, et elle pourrait l’attirer plus encore si les établissements tunisiens obtenaient des accréditations nécessaires pour devenir une destination de tourisme médical pour les assurances plus que simplement pour les ménages ;
- le tourisme de la santé menant à la prise en charge de patients très malades. Dans ce cadre, un alignement des procédures tunisiennes de prise en charge des pathologies lourdes sur les protocoles européens ou américain demeure à mettre en œuvre afin de développer ce dernier type de tourisme médical en Tunisie.
Finalement, un dernier point a été soulevé lors de la clôture de la conférence : la satisfaction des Tunisiens vis-à-vis de leur propre système de santé. D’après les intervenants, la population tunisienne serait satisfaite de son système de santé, comparable, pour des raisons historiques, au système de santé français. Cependant, ces dernières années, de nombreux mécontentements auraient été exprimés. Ceux-ci seraient explicables, selon le Dr Zahar, par la baisse du pouvoir d’achat en Tunisie, qui rendrait difficile l’accès aux soins.