La start-up Embleema a lancé le 17 juillet 2018 PatientTruth, une application fondée sur la technologie de la blockchain et constituant un dossier personnel numérique de santé alternatif au dossier patient officiel.
Selon Robert Chu, fondateur d’Embleema, PatientTruth a d’abord été conçue dans l’objectif de « rendre aux patients la main sur leurs données médicales » : si elle donne actuellement aux utilisateurs la possibilité de concentrer toutes leurs données de santé sur cette unique application et de faciliter l’échange d’informations avec l’équipe médicale, l’objectif est, à terme, de permettre aux patients de vendre leurs données de santé à des fins de recherche aux industriels ou entités publiques de leur choix.
Ces informations médicales, collectées par les patients dans leur cadre de vie réel, sont précieuses pour la recherche dont les protocoles actuels, en plaçant les sujets dans un environnement contrôlé, biaisent l’effet réel des molécules testées.
En outre, en attendant que cette commercialisation des données soit possible à partir de 2019 aux États-Unis, Embleema offre aux patients transférant des données dans PatientTruth une compensation, sous forme de crypto-jetons.
Fonctionnement de l’application et type de données générées
A l’heure actuelle en Europe, seules les données générées par les objets connectés Fitbit peuvent être transférées dans l’application : ces informations concernent en particulier des indicateurs de l’activité physique de l’utilisateur (nombre de pas réalisés, distance parcourue par jour, énergie dépensée, nombre d’heures de sommeil, etc.).
Aux États-Unis, les données recueillies dans le dossier médical numérique (qui sera généralisé en France en 2019) peuvent également être envoyées vers PatientTruth.
Aussi, les fonctionnalités de l’application d’Embleema permettent à l’utilisateur :
- de visualiser son historique médical si le patient est Américain ainsi que son activité physique telle qu’elle est mesurée par les objets Fitbit pour tout utilisateur ;
- de télécharger, d’enregistrer ses documents médicaux dans PatientTruth ;
- de sécuriser l’accès à ses données par un système d’identification fort et un système de clés de sécurité ;
- d’ouvrir cet accès aux personnes (professionnels de santé, entités publiques, industries, etc.) de son choix, d’où le développement de l’application à partir du protocole décentralisé des « smart contracts » proposés par la plateforme Ethereum, qui permettent de sécuriser à la fois le recueil et l’échange d’informations. L’utilisateur a ainsi la possibilité de déterminer qui peut accéder à son dossier et sous quelles conditions ;
- de recevoir des jetons de cryptomonnaie en compensation du transfert dans l’application de ses données de santé et d’indicateurs de son activité physique issus de Fitbit.
Donner aux patients le contrôle de leurs données de santé
Fournir un espace sécurisé adapté au recueil de la totalité des données de santé des utilisateurs
PatientTruth est présentée par ses concepteurs comme garantissant un haut niveau de sécurité : les données transmises dans l’application sont infalsifiables, traçables par le patient, qui peut y visualiser son historique médical complet.
Les informations médicales des patients, réunies dans une seule application, devraient par ailleurs permettre de favoriser les échanges avec les professionnels de la santé.
Permettre aux patients de contrôler le partage de leurs informations médicales
L’application donne aux patients la possibilité de consentir à un partage de leurs données produites en conditions de vie réelles avec des industries pharmaceutiques ou des autorités de santé à des fins de recherche : dans le futur, Embleema souhaite donner la possibilité aux patients de vendre leurs données de santé à des promoteurs d’investigations cliniques au lieu de leur offrir une compensation pour le transfert de leur données dans l’application.
« La blockchain n’a pas vocation à remplacer le dossier numérique du patient mais à restaurer un équilibre au sein du système de santé en donnant aux patients un moyen de contrôler totalement l’utilisation de leurs données médicales », affirme le Dr John D. Halamka, professeur « innovations en santé » à la Harvard Medical School, CIO au Beth Israel Deaconess Medical Center et membre du conseil consultatif d’Embleema.
Ces données médicales représentatives de la santé et des pratiques hygiéniques réelles des patients sont en effet précieuses pour la recherche.
Des données précieuses pour la recherche clinique
Actuellement, le développement des médicaments est principalement fondé sur des données collectées dans des environnements de recherche, très contrôlés et éloignés de la réalité quotidienne des patients : ces méthodes ne permettent pas de mesurer l’efficacité des molécules testées dans un environnement de vie réel. Aussi, 32 % des médicaments autorisés par la FDA voient leurs indications thérapeutiques, liste de contre-indications ou d’effets indésirables, etc., modifiés en phase 4 des essais cliniques, soit après la commercialisation de la molécule.
Aujourd’hui, ce suivi des effets du médicament après sa mise sur le marché (phase 4) est également peu efficace : le recueil des données est lent et peu précis, notamment du fait du manque d’implication active des patients dans cette phase, d’après l’entreprise.
Selon Embleema, la technologie de la blockchain pourrait permettre de partager des données précises avec les équipes de recherche afin d’accélérer le développement de nouvelles molécules thérapeutiques, par exemple.