Health & Tech Intelligence revient cette semaine sur l’actualité de l’été 2018. Aujourd’hui, retrouvez les informations de l’innovation en santé dans les domaines « acteurs » et « écosystème ».
Dans un communiqué daté du 30 juillet 2018, Matignon a annoncé avoir pris acte de la décision de Yves Lévy de retirer sa candidature à un renouvellement à la présidence de l’Inserm.
« Depuis son arrivée [au sein de l’institut] en 2014 [au poste de P.-D.G], Yves Lévy aura impulsé une nouvelle dynamique afin de répondre aux défis de la révolution biologique et technologique et de renforcer les positions de la France dans la recherche en santé au niveau international », commente le gouvernement.
Dans un message adressé à l’ensemble des personnels de l’organisme, le Pr Lévy, époux de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, explique avoir décidé de renoncer à un second mandat afin d’éviter toute suspicion de conflit d’intérêts. « Je ne veux enlever aucune chance à l’Inserm, et nous placer dans une situation dans laquelle l’institut ne pourrait pas pleinement interagir avec ses tutelles. »
Le médecin immunologiste, spécialiste de l’infection par le VIH, « sera prochainement appelé à d’autres fonctions » mais reste en charge de l’intérim à la tête de l’Inserm, « dans les conditions définies lors de la formation du gouvernement », précise le communiqué. Il assure cet intérim depuis le 12 juin 2018, date d’expiration de son mandat de quatre ans.
Le processus de recrutement de son successeur sera « relancé » dans les prochaines semaines. Il avait en effet déjà commencé, des candidats ayant été entendus le 21 juin 2018 à huis clos par une commission ad hoc. Seuls deux d’entre eux ont rendu publique leur candidature respective : Jessica Zucman-Rossi (Inserm, Université Paris-Descartes) et Philippe Froguel (CNRS, Université de Lille et Imperial College de Londres).
Une position critiquée
Yves Lévy a dans un premier temps envisagé de maintenir sa position à la tête de l’Inserm avant de décider de se retirer face aux critiques que son poste suscitait, le gouvernement étant partagé entre la satisfaction du travail effectué par le haut fonctionnaire et les soupçons de conflit d’intérêt dont il faisait l’objet en raison de la nomination en 2017 de son épouse, Agnès Buzyn, au gouvernement.
Le gouvernement assure avoir évité « tout conflit d’intérêts »
La ministre de la Santé estime que les critiques sont infondées. À plusieurs reprises, elle a souligné que la cotutelle de l’Inserm avec le ministère de la Recherche avait été retirée par décret dès le mois de mai, au profit du Premier ministre. Elle a également affirmé « ne pas [s’]impliquer dans la carrière de [son] mari ».
De son côté, « le gouvernement rappelle que l’ensemble des procédures permettant d’éviter tout conflit d’intérêts entre l’Inserm et la ministre des Solidarités et de la Santé ont été mises en œuvre de façon continue depuis mai 2017 » (communiqué).
Une nomination pointée du doigt depuis plusieurs années
D’autres réticences avaient été exprimées lors de la nomination du Pr Lévy : Agnès Buzyn était alors, de 2011 à 2016, présidente de l’Institut national du cancer (INCa), groupement d’intérêt public dont l’Inserm est membre ; les époux siégeaient donc ensemble au conseil d’administration de l’INCa.
En réponse, Yves Lévy avait indiqué à l’époque que le budget de l’INCa était déterminé « en amont, au niveau ministériel, et [qu’]aucun des dirigeants de ces instituts [ne pouvait le] modifier ».
« Je ne veux enlever aucune chance à l’Inserm »
Dans un message adressé à l’ensemble des personnels de l’Inserm et rendu public, le Pr Lévy est revenu en détail sur son choix :
« Dans le cadre d’un second mandat, j’ai proposé un programme ambitieux pour poursuivre la transformation de l’Inserm, et le positionner comme le « fer de lance » de la recherche biomédicale française, en renforçant sa capacité d’adaptation aux évolutions des politiques nationales, à la compétition internationale, en anticipant la réponse aux défis scientifiques, technologiques et de santé. L’Inserm est le seul institut à pouvoir assurer un continuum de la recherche fondamentale à la recherche clinique, à la santé publique et l’aide à la décision publique.
Dans la situation personnelle qui est la mienne, je considère que toutes les conditions ne seront pas réunies pour conduire ce projet ambitieux. Prenant en compte l’évolution des politiques publiques qui s’annoncent dans l’enseignement supérieur et la recherche, à l’hôpital, et dans le champ de l’innovation, je ne veux enlever aucune chance à l’Inserm, et nous placer dans une situation dans laquelle l’institut ne pourrait pas pleinement interagir avec ses tutelles.
Pour ces raisons, je décide ainsi aujourd’hui de retirer ma candidature à un second mandat. »
Yves Lévy