La MACSF, mutuelle d’assurance pour professionnels de santé, a publié, au cours du mois de septembre 2018, une étude visant à préciser la perception qu’ont les médecins de la « médecine du future ».
Ce travail, réalisé sur la base des résultats à un questionnaire envoyé au cours du mois de mai 2018 à environ 8000 médecins sociétaires âgés de 18 à 65 ans, qu’ils soient hospitaliers, salariés, libéraux ou internes et quelle que soit leur spécialité, visait en effet à interroger les médecins à propos de l’intégration à leur pratique future d’avancées technologiques telles que l’intelligence artificielle, la robotisation, la télémédecine, les applications de e-santé et autres objets connectés : comment imaginent-ils la médecine qu’ils exerceront demain ? Quels espoirs et quelles craintes génèrent un virage technologique de la santé ?
Si la plupart des médecins ont reconnu que l’innovation fera prochainement partie de leur quotidien, beaucoup d’autres résultats se sont révélés très hétérogènes : seule la moitié des médecins interrogés ont affirmé croire que les start-ups de la e-santé pourront révolutionner la médecine, moins d’un quart des chirurgiens, obstétriciens et anesthésistes interrogés se disent enthousiasmés par la médecine du futur, seulement 12% des médecins généralistes ont affirmé percevoir la médecine du futur comme un rêve, et deux tiers des médecins considèrent que les patients ne sont pas prêts pour l’avènement d’une telle médecine.
En effet, la médecine du futur, assistée par des innovations telles que l’IA et de nombreux objets connectés, suscite chez les médecins un engouement lié à une potentielle disparition des taches répétitives et génératrices d’erreurs comme de nombreuses craintes : émergence de nouvelles inégalités de santé, de motivations mercantiles éloignées des principes déontologiques de la profession, de risques liés à une insuffisante protection des données des patients, d’une dérive éthique – de maîtrise absolue, d’homme augmenté, etc.
Pour les médecins, l’innovation fera prochainement partie du quotidien
D’après la plupart des médecins interrogés, l’innovation fera rapidement partie de l’exercice quotidien de la médecine.
En effet, 73% des médecins pensent que la télémédecine et la consultation à distance feront partie de leur quotidien professionnel en 2030. De même la moitié des médecins croit que les robots et l’intelligence artificielle feront partie de la pratique quotidienne à cet horizon 2030, et 91% des interrogés considèrent comme probable l’utilisation au moins occasionnelle des robots dans leurs pratiques futures.
Cependant, l’étude révèle que les spécialistes que la MACSF considère comme « les plus concernés » par l’innovation imaginent percée de l’innovation plus rapide que les autres médecins. Par exemple, si 63% des anesthésistes, obstétriciens et chirurgiens pensent que les chambres seront connectés en 2030, ce chiffre s’abaisse à 41% pour les généralistes.
L’innovation suscite des attentes…
D’après le sondage, les médecins attendent que l’innovation, non substituable aux médecins, permette d’optimiser la réalisation de certains actes, d’éviter des erreurs et de dégager du temps médical : 73% des interrogés considèrent que l’IA pourra accompagner la réalisation d’actions longues et répétitives, 71% que l’IA permettra moins d’erreurs mais ne pourra se substituer aux médecins pour répondre aux questions des patients, 45% que ces innovations permettront d’avoir plus de temps pour le patient et pour la formation.
… comme des craintes
Position de la profession vis-à-vis des patients
Pour 73% des médecins, dont 82% des généralistes, la principale crainte suscitée par l’intégration des innovations technologiques à la pratique médicale concerne la déshumanisation des soins. Déshumanisation qui pourrait s’accompagner, pour la plupart des sondés, d’une déconsidération des professionnels de santé par les patients (seuls 9% des médecins pensent que ces innovations permettront aux patients d’avoir plus de considération pour les professionnels de santé).
Peur des dysfonctionnements techniques
En deuxième position des appréhensions suscitées par l’émergence de l’innovation vient la crainte des bugs informatiques, ressentie par 67% des médecins.
Angoisses générées par la problématique de la protection des données
L’absence de protection des données personnelles inquiète 45% des médecins tant pour l’avenir de leurs patients que pour leur propre futur.
En effet, le Règlement général sur la protection des données (RGPD), le code de déontologie médicale ainsi que la loi informatique et liberté prévoient que le médecin doit veiller à la protection des dossiers, au secret de ses correspondances, qui constituent une donnée objective du dossier médical, ainsi qu’à l’usage et à l’accessibilité des données du patient : les professionnels de santé semblent redouter une augmentation du poids de leur responsabilité, déjà lourde.
Appréhension de dérives « mercantiles » et génératrices d’inégalités
A l’occasion de cette étude, plusieurs médecins ont exprimé une angoisse quant aux inégalités que peuvent générer les objets connectés ; « l’usage de ces objets reste pour l’instant réservé à un certain profil : un patient équipé en réseau efficace, vivant sur une partie du territoire où il est possible d’envisager le maintien à domicile parce que suffisamment riche en structures d’aide à domicile, et qui soit assez formé pour tirer parti de la technologie développée dans ces objets. Un profil qui ne correspond pas, justement, à celui des patients les plus fragiles », explique Stéphanie Tamburini, juriste pour le groupe MACSF.
« Certains médecins craignent une approche mercantile et trop liée aux appétits des GAFA », a ajouté la MACSF.