« Notre but premier est de devenir le Netflix des solutions d’IA en radiologie », a déclaré à Health & Tech Intelligence Florence Moreau, directrice technique et cofondatrice de la start-up Incepto Medical, lors d’une interview accordée en novembre 2018. La jeune société propose en effet une plateforme web unique contenant un catalogue d’applications et de solutions d’intelligence artificielle.
« Les radiologues, qui voient défiler sous leurs yeux plus de 50 000 coupes dans la même journée, sont demandeurs de ce type d’innovations pour gagner du temps et le passer auprès de leurs patients », ajoute-t-elle, précisant que son équipe envisage un développement à l’échelle européenne.
Au cours de l’entretien, l’entrepreneuse est revenue en détail sur les spécificités de l’offre proposée par Incepto Medical et a partagé sa vision du développement de l’IA dans le domaine de la radiologie, convaincue que la machine ne remplacera jamais l’humain mais qu’elle pourra, au contraire, faire figure d’un soutien de taille pour alléger la charge de travail des radiologues et donc améliorer le diagnostic en limitant omissions et erreurs dans la lecture des nombreuses images que ces professionnels de santé ont à traiter chaque jour.
« La collaboration avec les médecins est au cœur de notre démarche »
Incepto Medical a été créé à Paris en janvier 2018. Depuis quand avez-vous réellement lancé votre activité ?
Après avoir enregistré les statuts de l’entreprise en janvier, nous avons démarré très vite, avec un premier tour d’amorçage de 950 000 euros.
Nous sommes 15 collaborateurs à l’heure actuelle, dont trois cofondateurs, moi-même [Florence Moreau est experte en développement de logiciels médicaux en radiologie et spécialisée en mathématiques appliquées], Antoine Jomier, le président, qui apporte son expertise dans le domaine du business et de la vente en imagerie médicale, et le Dr Gaspard d’Assignies, radiologue senior, qui s’intéresse depuis longtemps à l’utilisation de intelligence artificielle (IA) en radiologie.
Vous dites offrir un écosystème collaboratif pour inventer, développer et distribuer des applications en intelligence artificielle et radiologie dédiées au diagnostic et au traitement des pathologies. Quelles solutions proposez-vous concrètement ?
La collaboration avec les médecins est vraiment au cœur de notre démarche.
Tout d’abord, parce que nous répondons à leurs besoins multiples et spécifiques, selon leurs spécialités (cancérologue, spécialiste du genou, etc.), en leur proposant une plateforme unique contenant un catalogue complet d’applications et de solutions d’IA : notre but premier est en somme de devenir le Netflix des technologies d’intelligence artificielle en radiologie. Les radiologues, notamment, qui voient défiler sous leurs yeux plus de 50 000 coupes dans la même journée, sont demandeurs de ce type d’innovations pour gagner du temps et le passer auprès de leurs patients.
En parallèle, des médecins de premier plan nous aident à co-créer des applications médicales : notre approche consiste donc à apprendre avec ces experts la réalité clinique. Au fond, ce sont eux qui savent ce qu’ils veulent faire « dire » à l’IA. De plus, avant de lancer un produit, nous voulons être sûrs qu’il soit bien validé cliniquement. Leur éclairage est précieux et incontournable.
Nous remarquons qu’il y a une envie croissante de la part des établissements de soins de travailler sur les questions d’intelligence artificielle mais ils ne savent pas forcément dans quel sens aller. Incepto Medical est là pour les accompagner dans leur démarche ainsi que pour faire le lien entre le monde de la technologie et l’activité clinique.
Avez-vous déjà noué des partenariats ?
Nous avons déjà signé trois contrats et un potentiel de 10-15 accords à venir. Nous allons notamment travailler avec le groupe suisse de centres d’imagerie médicale de proximité 3R (Réseau radiologique romand) sur l’IRM du genou et avec le groupe hospitalier Paris Saint-Joseph sur l’occlusion intestinale.
Nous allons creuser leurs idées pour voir si, scientifiquement, elles ont du sens et valent la peine d’être développées.
« Nous n’envisageons pas une IA comme substitut du médecin »
En octobre, lors de votre intervention à l’événement Inno Generation de Bpifrance, vous avez indiqué que l’intelligence artificielle n’avait pas pour vocation, selon vous, à remplacer le médecin. « Il ne suffit pas d’identifier une anomalie, il faut un expert en arrière-plan pour pouvoir correctement interpréter l’image et fournir un diagnostic précis. Si on enlève l’humain, ça ne fonctionne pas ! » (voir article en lien ci-contre)
Oui, notre conviction c’est que le médecin est une pièce maîtresse du domaine de la santé, qui est le domaine de l’humain par excellence. Il y aura encore besoin de radiologues demain.
Certes, l’IA peut intervenir en amont, en aide de lecture de l’image plus ou moins automatisée pour accompagner les médecins mais nous n’envisageons pas une intelligence artificielle comme substitut du médecin. Les patients ne sont pas et ne seront jamais prêts, je crois, à accepter que ce soit une IA qui leur annonce un cancer.
Il existe plusieurs sociétés spécialisées dans l’IA en radiologie, telles que Therapixel et Gleamer. En quoi vous démarquez-vous ?
Nous ne sommes pas sur le même axe. Therapixel, par exemple, est une entreprise qui développe une solution pour un domaine très précis, la mammographie. Loin d’être un concurrent, c’est au contraire un partenaire business potentiel avec lesquels nous pouvons engager un dialogue pour intégrer son produit à notre plateforme.
Actuellement, chaque développeur de solutions d’IA se présente sur le marché avec son propre algorithme, ce n’est pas évident pour les professionnels de santé de savoir vers quel produit se tourner. Nous, nous leur proposons d’avoir accès à cette offre en une seule fois, sur une même plateforme.
De plus, par notre biais, ils n’auront pas à subir le coût d’intégration dans l’hôpital.
À l’occasion des Journées francophones de la radiologie (JFR), Oliver Clatz, P.-D.G. et cofondateur de Therapixel, avait tenu à rappeler qu’il était primordial que le radiologue comprenne le fonctionnement et les limites des algorithmes automatisant l’analyse des images médicales car il sera « le seul responsable en cas d’erreur » (voir article en lien ci-contre). Les questions de responsabilité vous préoccupent-elles ?
C’est très important de s’interroger sur ce sujet, et pas seulement du point de vue du radiologue mais aussi du point de vue du concepteur de l’algorithme. Nous discutons de ces problématiques très en amont du processus d’intégration clinique.
Un développement européen
Quels sont vos objectifs pour les mois et les années à venir ?
Notre mission est d’être le pont entre la technologie de l’IA et les médecins. Aujourd’hui, une cinquantaine d’applications utilisant l’intelligence artificielle existent ou sont en cours de développement dans le monde : il faut aider les médecins à recenser les plus performantes, à y accéder et à les utiliser. Il faut aussi leur permettre de créer leur propres applications, adaptées à leurs besoins.
Nous visons le marché européen qui est naissant et recèle énormément de potentiel. Cet angle européen, nous l’avons depuis le départ : un de nos actionnaires historiques est d’ailleurs l’ancien président de la Société européenne de radiologie (Paul Parizel).
Côté financement, notre prochaine étape est le lancement d’un tour de financement de série A (objectif non divulgué). Il ne faut pas que nous perdions de temps car certains pays comme les États-Unis, Israël et la Chine sont déjà bien avancés sur le marché.