Une méta-analyse reposant sur les données de près de 15 000 adultes démontre que les prises en charge des consommations problématiques d’alcool sur internet peuvent être efficaces. Ces dernières permettent de réduire la quantité d’alcool ingérée et de s’en tenir à des niveaux de consommation à faible risque, notent les auteurs de ces travaux* publiés le 18 décembre 2018 dans Plos Medicine, qui soulignent que de tels programmes pourraient avoir un impact majeur dans la mesure où ils ont la capacité de toucher un grand nombre de personnes.
Alcool : des interventions brèves via internet
La consommation d’alcool augmente au niveau mondial. La mortalité, la morbidité et les dommages sociaux liés à cette habitude sont donc, eux aussi, en progression. Des moyens de lutter contre cette consommation problématique – à ne pas confondre avec la dépendance – sont connus. Les preuves de l’efficacité d’interventions brèves n’ont cessé de s’accumuler.
Ces outils, plus élaborés que le simple conseil, peuvent se limiter à une seule session (6 maximum). Ces séances consistent à ouvrir le dialogue sur le sujet, à faire le point sur la consommation et à construire un projet d’accompagnement si le patient est prêt à changer ses habitudes.
Pourtant, l’impact réel de ces interventions brèves sur la réduction de la prévalence de la consommation problématique d’alcool dans la population générale s’est avéré été décevant. Cet échec est dû au faible nombre de soignants formés à cette prise en charge et ainsi à la faible proportion de patients susceptibles d’en bénéficier.
Les données de près de 15 000 patients analysées
Des chercheurs de l’université libre d’Amsterdam (VU University) ont mené une méta-analyse pour mesurer l’efficacité de ces interventions brèves dans les consommations problématiques d’alcool.
Ils ont analysé les données de 14 198 patients adultes ayant participé à 19 essais contrôlés randomisés et présentant divers profils de problèmes d’alcool. Ils ont également obtenu des données post-traitement pour 8 095 participants.
Les résultats de cette méta-analyse ont été publiés le 18 décembre 2018 dans la revue Plos Medicine.
Résultats
- Les interventions basées sur internet permettent de réduire la consommation d’alcool hebdomadaire de 381 à 329 grammes d’éthanol.
- Les résultats étaient meilleurs dans le groupe de patients que dans le groupe contrôle : 5 unités d’alcool consommées chaque semaine en moins et une meilleure réponse au traitement ont été observés.
- Les patients étaient plus susceptibles que les témoins de se conformer à une consommation à faible risque.
- Les résultats du traitement ne diffèrent pas de manière significative entre les consommateurs réguliers, les gros buveurs et les « binge drinkers » (consommateurs d’alcool de manière importante sur un temps réduit).
- Les personnes de plus de 55 ans présentaient une probabilité plus élevée d’observer les recommandations de consommation d’alcool à faible risque que les personnes plus jeunes.
- La consommation hebdomadaire moyenne a diminué d’environ 20 grammes d’éthanol de plus pour les hommes que pour les femmes et pour les participants moins instruits que pour les plus instruits.
- Les interventions guidées par un soignant ont eu un impact plus fort sur les résultats du traitement que celles entièrement automatisées.
Toucher le plus grand nombre de personnes par le biais de sessions en ligne
Cette méta-analyse montre que les interventions en matière d’alcool basées sur internet réduisent efficacement la consommation moyenne hebdomadaire d’alcool et permettent de respecter les limites de consommation à faible risque.
Les auteurs estiment que « les avantages pour la santé de ce type d’intervention pourraient être substantiels car de tels programmes peuvent atteindre un grand nombre de buveurs à problèmes en raison de leurs procédures d’entrée rapides et de leur évolutivité facile. »
Avec ou sans intervention humaine ?
À l’avenir, des recherches devront être menées pour identifier les catégories de personnes pour lesquelles de telles interventions fonctionnent le mieux, analyser le fonctionnement des interventions et déterminer les contextes dans lesquels la prestation est la plus favorable.
Il faudra notamment déterminer quelles populations de patients pourraient bénéficier le plus de l’orientation vers des formes non guidées et lesquelles seraient plus susceptibles d’être guidées par des médecins généralistes ou d’autres professionnels.