Une semaine avant un passage aux urgences, les requêtes santé sur Google d’un patient font plus que doubler. C’est le principal enseignement d’une étude* menée par des chercheurs américains de la Penn Medicine de l’université de Pennsylvanie. Ces travaux, publiés le 20 février 2018 dans la revue BMJ Open, montrent que ce flux de données (requêtes sur internet et données issues du dossier médical) représente une mine d’informations qui permettrait d’anticiper leurs besoins avant leur arrivée aux urgences.
Les requêtes santé sur Google : une promesse encore mal exploitée
Google traite environ 100 milliards de recherches par mois. Plus de 72 % des adultes américains déclarent utiliser internet pour des questions liées à la santé. Plusieurs chercheurs se sont déjà penchées sur cette mine d’informations et ont cherché à la faire parler. Le projet Google Flu Trends, lancé en 2008, visait par exemple à établir un lien entre les épidémies et la recherche des symptômes liés à la grippe. Cependant, ces rapports surestimaient souvent le fardeau de l’épidémie.
À l’heure actuelle, des tentatives sont en cours pour analyser ces requêtes santé sur internet afin d’améliorer la santé non pas à l’échelle populationnelle mais au niveau individuel. C’est évidemment plus difficile du point de vue logistique car les historiques de recherche et les problèmes de santé individuels sont privés et nécessitent un consentement pour chaque internaute.
Une étude centrée sur les urgences
Des chercheurs de la Penn Medicine ont donc mené une étude visant à répondre à 3 questions :
- Les patients partageaient-ils leurs données de recherche afin de pouvoir les analyser en association avec leurs dossiers de santé électroniques ? ;
- Les recherches sont-elles différentes lorsqu’elles ont lieu après visite aux urgences ? ;
- Que recherchent les patients ?
Pour mener à bien leurs travaux, l’équipe de l’université de Pennsylvanie a approché 703 patients cherchant des soins de courte durée aux urgences d’un grand système universitaire entre mars 2016 et mars 2017. Tous les participants potentiels étaient âgés de 18 ans ou plus et ont été incités à partager leurs antécédents de recherche ainsi que leurs données de santé issus de leur dossier électronique. Pour les encourager à répondre, les chercheurs avaient organisé un tirage au sort, avec à la clé une carte-cadeau de 40 dollars US (environ 35 €).
Les résultats de cette étude ont été publiés le 20 février 2019 dans BMJ Open.
Résultats
- Sur plus de 300 patients ayant déclaré avoir un compte Google, 49 % étaient disposés à partager avec des chercheurs l’accès à leurs historiques de recherche et à leurs dossiers médicaux.
- 6 % des 591 421 requêtes de recherche uniques portaient sur la santé.
- Dans les 7 jours précédant une visite aux urgences, 15 % des requêtes concernent la santé.
- 56 % des recherches sur internet portaient sur les symptômes, 53 % sur les informations hospitalières et 23 % sur le traitement ou la gestion de la maladie.
Ces travaux met également en évidence des lacunes dans la communication médecin/patient. Un participant a par exemple recherché « Quelle est la taille d’une noix », suivi de « Qu’est-ce qu’une tumeur fibreuse ? ». Son dossier médical a révélé que le patient avait été informé qu’il était porteur d’une tumeur fibreuse de la taille d’une noix lors d’une précédente consultation à l’hôpital mais l’historique des recherches ultérieures suggérait que le message n’avait sans doute pas été compris.
Mieux réguler les urgences hospitalières grâce à Google
Dans les jours qui précèdent une consultation aux urgences, les participants ont souvent recherché plusieurs fois des sujets liés à la santé avant de prendre la décision de se rendre à l’hôpital.
Ces résultats suggèrent donc une capacité d’anticiper la demande même pour les patients qui se rendent au service des urgences. « On peut imaginer prévoir la demande de services hospitaliers de la même manière que les annonceurs prédisent les ventes », écrivent les auteurs de l’étude.
Fluidifier la communication médecin-patient
Certes, l’échantillon de patients – plutôt féminin et jeune – n’était pas tout à fait représentatif de l’ensemble des patients. En outre, la fonction de saisie automatique de Google a pu fausser les thématiques de recherche. Cependant, cette étude est la première à associer des données de recherche Internet à des données du dossier médical au niveau individuel.
« Savoir ce que les patients recherchent avant de se rendre aux urgences peut nous aider à anticiper leurs besoins et à les orienter vers les meilleures sources de soins, estiment les auteurs, expliquent l’équipe de la la Penn Medicine. Savoir ce qu’ils recherchent par la suite nous indique comment nous pouvons mieux communiquer et aider les patients dans leur parcours. »