Le suivi des patients souffrant de tuberculose grâce à une application mobile serait plus efficace que la prise en charge habituelle, montre une étude randomisée et contrôlée réalisée par une équipe de l’University College London et publiée le 21 février 2019 dans The Lancet. Selon ces travaux, les patients équipés de cette appli qui permet d’enregistrer et d’envoyer par vidéo la prise de médicaments étaient plus observants que ceux du groupe contrôle. En outre, cette technique dite de TOV (traitement sous observation vidéo) s’est révélée beaucoup moins chronophage pour les équipes soignantes.
Tuberculose : l’enjeu majeur de l’observance
Depuis le début des années 90, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise la mise en place d’une « observation directe de la thérapie » (DOT). Cette méthode, qui consiste à ce que le malade prenne son médicament journalier sous le regard d’un soignant ou d’une autre personne, mais pas d’un membre de la famille), a pour but d’améliorer le taux d’observance, peu élevé dans le cas de la tuberculose. Le schéma thérapeutique (prise de médicaments tous les jours ou 5 jours par semaine et en auto-traitement le week-end) rend le DOT très lourd à gérer pour les équipes et pour les patients qui doivent se déplacer.
Une appli vidéo pour un meilleur suivi à distance
Les progrès de la vidéo sur smartphone ont permis d’envisager une autre stratégie, plus légère : le traitement sous observation vidéo (TOV), qui est commandé comme alternative au DOT. À l’origine, cela nécessitait un appel vidéo en direct (TOV synchrone) entre le patient et l’observateur.
Plus récemment, des applications pour smartphone permettant l’enregistrement et la transmission de clips vidéo pour un visionnage ultérieur (TOV asynchrone) ont été développées. Cette procédure est actuellement utilisée dans certaines cliniques aux États-Unis mais le niveau de preuves est encore faible du fait du nombre limité d’essais contrôlés randomisés disponibles. En outre, le TOV n’a pas encore été évalué chez des patients socialement complexes.
Une étude menée dans 22 centres
Des chercheurs britanniques de l’University College London ont mené le premier essai randomisé, contrôlé, en double aveugle et multi-centrique comparant un TOV asynchrone et le DOT traditionnel.
Quelque 226 patients souffrant de tuberculose (non multi-résistante) ont été recrutés dans 22 centres de soins puis randomisés en 2 groupes. La majorité d’entre eux avaient connu la prison, la rue, la toxicomanie, l’alcoolisme ou des pathologies mentales.
Ceux appartenant au groupe TOV se voyaient remettre un smartphone : ils ont été formés à l’enregistrement et à l’envoi de vidéos via l’appli dédiée. Ils devaient transmettre une vidéo chaque jour lors de la prise du traitement. Des observateurs de traitement formés visionnaient les vidéos via un site web protégé par mot de passe. Afin de répondre aux préoccupations selon lesquelles une réduction des contacts en face à face pourrait conduire à une non-détection des effets indésirables, les patients ont été encouragés à signaler les effets indésirables du médicament sur les vidéos.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 21 février 2019 dans The Lancet.
Résultats : efficace et économe
- 70 % des patients suivis via l’application mobile atteignaient un taux d’observance d’au moins 80 % alors qu’ils n’étaient que 31% dans le groupe contrôle.
- Après 6 mois de suivi, l’observance se maintenait à 77 % dans le groupe vidéo.
- Il n’y avait pas de différence dans le taux de positivité dans les cultures de crachats.
- Le personnel consacrait en moyenne 3,2 minutes par prise médicamenteuse dans le groupe vidéo, contre 56 minutes dans le groupe TOV lors d’un contrôle à domicile et 15 minutes au centre de soins.
- Le coût de la prise en charge pour 6 mois était de 5 700 livres (environ 6 650 €) pour 5 prises par semaine, contre 1 645 livres (environ 1 920 €) avec l’appli vidéo, soit un coût 3 fois moins important.
Une prise en charge vidéo pour l’hépatite C ?
Le traitement sous observation vidéo s’est donc révélé très efficace. Même dans des populations socialement complexes, le taux d’abandon du traitement de la tuberculose était plus faible que dans le groupe « observation directe de la thérapie ». L’absence de contacts humains n’a eu aucune incidence sur les événements indésirables. En outre, le système est nettement plus économique, même en incluant le coût des téléphones et des forfaits.
Certes, l’étude présente quelques limites – des bugs informatiques, l’exclusion des tuberculoses multi-résistantes – mais les chercheurs estiment que ces résultats sont généralisables à l’ensemble des patients car les malades étaient issus de 22 centres et avaient des profils très différents.
Par ailleurs, compte tenu de l’accueil très favorable réservés par les patients au TOV, les auteurs de ces travaux estiment que ce type de prise en charge pourrait être décliné dans le cadre d’autres maladies, telles que l’hépatite C.