Alain Foret, qui dirigeait depuis un an de la société Care Labs, a annoncé le 6 mars la « dissolution anticipée » de cette startup installée à Pérols (Hérault) et connue pour avoir inventé les « chèques santé ».
Cette décision entraîne sa « cessation immédiate d’activité », et une « mise en liquidation amiable » affirme-t-il dans un communiqué: elle a été prise « après avoir constaté l’absence de chiffre d’affaires depuis la création, des pertes cumulées de 4,7 M€, ainsi que l’absence de modèle économique viable et de perspectives ». Les sept salariés qui restaient en poste seront licenciés.
Un concept prometteur
Care Labs avait inventé les « chèques-santé », premier titre prépayé et dématérialisé de prestation santé destiné à financer tout ou partie des consultations et prestations de santé peu ou pas remboursées par la Sécurité sociale ou la mutuelle: téléconseil médical, ostéopathie, automédication, semelles orthopédiques, dentisterie, audioprothèse, orthodontie.
La société avait été fondée en 2014 par Vincent Daffourd avec pour objectif de remédier à la renonciation aux soins par manque de moyens, ainsi qu’au problème des dépassements d’honoraires, alors que 300 000 professionnels de santé n’étaient pas remboursables.
Ce titre était commercialisé auprès des entreprises, des comités d’entreprises, des collectivités, des mutuelles, des associations et des services sociaux. Il se présentait sous la forme d’une carte à puce ou d’un crédit utilisable à partir d’une application mobile.
Des obstacles réglementaires et commerciaux
Selon le fondateur la première déconvenue est arrivée en 2015 quand l’Acoss (Agence centrale des organismes de sécurité sociale) a exclu le chèque santé de la liste des prestations éligibles aux réductions de charges sociales. La société a alors décidé de vendre ses prestations aux assureurs santé, puis aux grands groupes afin qu’ils les proposent à leurs propres clients. Nouveau problème, les délais de paiement se sont révélés trop longs.
Nouveau départ
Prenant les rênes de la société en mars 2018 après le départ du fondateur, Alain Foret comptait « accélérer le développement de l’entreprise », et « poursuivre la mise en place du tiers payant dématérialisé à destination de toutes les mutuelles pour la partie hors nomenclature » (non remboursés par la Sécurité sociale). Ces espoirs se fondaient notamment sur le fait que la solution Care Pay, nouvelle offre construite autour du parcours du patient, avait réussi à séduire en septembre 2017 Cegedim Insurance Solution, n°1 des logiciels et services dédiés à l’assurance de personnes.
Fin de partie
Finalement Care Labs aura réalisé « moins de 20 000 € » de chiffre d’affaires en trois ans d’activité, après avoir levé plus 7 M€ en deux tours, dont un de 5,2 M€ en février 2017. « Le choix de la liquidation amiable a été fait, tant qu’il restait encore dans les caisses de quoi solder le passif » explique Alain Foret à nos confrères du site Maddyness, ajoutant qu’ « au final, les investisseurs auront quasiment tout perdu ».
Care Labs avait été distinguée en 2016, par le Prix de l’entrepreneur et de la start-up de l’année en Méditerranée, organisés par EY et « L’Express », dans la catégorie des start-ups à fort potentiel ayant fait preuve d’innovation sur leur marché. La société avait été présentée en 2018 par le magazine Challenges comme la start-up montpelliéraine présentant la plus forte valorisation de l’écosystème, entre « 50 et 100 M€ ».