Health & Tech Intelligence lance une série de notes et entretiens dédiés à la blockchain afin de présenter des cas d’usage de cette technologie en santé et de permettre aux acteurs d’en tirer avantage. Les publications et rendez-vous, réalisés en partenariat avec Issao Ueda, expert blockchain, auront lieu tout au long de l’année 2019. Cette seconde analyse est dédiée au secteur médical : au milieu hospitalier mais également à l’ensemble des professionnels de santé.
Le précédent article de la série présentait les raisons de la pertinence de l’utilisation de la blockchain dans le secteur de la santé avec un point d’attention sur le secteur pharmaceutique.
Ce deuxième volet porte sur le milieu médical, pour lequel les atouts de la blockchain sont essentiellement l’interopérabilité (le fait de pouvoir utiliser un outil unique et transverse), une traçabilité optimale et une automatisation de nombreux processus métier, le tout à travers une solution unique. MYPL, Medicalchain et Kidner font partie des sociétés leaders dans ce domaine précis.
1. Quels atouts de la Blockchain pour le secteur médical ?
Si elle n’est pas appelée à remplacer les systèmes d’information de santé existants, la blockchain apporte plusieurs atouts à des structures très complexes et difficilement évolutives :
- Le sujet de l’interopérabilité n’est pas récent dans le secteur de la santé : le Cadre d’interopérabilité des systèmes d’information de santé (CI-SIS) existe depuis 2012 et fixe de nombreuses règles de partage de données de santé entres acteurs. Néanmoins, il est souvent délicat d’interfacer de façon simple plusieurs éléments clefs des institutions de santé (notamment les registres patients et les données d’études). L’une des raisons principales est l’absence d’existence d’une solution unique pouvant interconnecter l’ensemble des SI de santé. La blockchain est une solution qui, de par sa nature décentralisée, permet à chaque structure et établissement de santé de participer et de partager les informations de façon sécurisée grâce à une structure unique. La Blockchain n’est cependant pas non plus la panacée, il s’agit avant tout d’une solution technique : il faut que ces données soient entièrement numériques et qu’un standard de partage soit validé en amont.
- Afin de garantir la sécurité et le bon usage de cet outil, il convient d’offrir aux utilisateurs de cette solution une traçabilité irréprochable. Le fonctionnement de la blockchain permet d’offrir un suivi infalsifiable de l’enregistrement, la modification et la consultation des données qu’elle contient ou auxquelles elle permet d’accéder. C’est notamment la raison pour laquelle l’Estonie a utilisé la solution Guardtime qui utilise la blockchain pour sécuriser l’accès aux données de santé de sa population. Toute mise à jour et tout accès aux dossiers de santé est enregistré dans la blockchain, aucune de ces informations ne peut être altérée.
- Enfin, les smart contracts, une technologie associée à la blockchain, représente également un potentiel d’amélioration considérable pour le secteur de la santé. Il ne s’agit pas de contrats mais de programmes. Ces programmes vérifient en temps réel que les conditions sont remplies pour exécuter des instructions préprogrammées. Ces scripts permettent ainsi une forte automatisation de processus de validation. Grâce à la blockchain, il est de plus extrêmement simple de garantir l’impossibilité de modifier ces programmes, renforçant la confiance.
2. Quels sont les acteurs ?
À l’image du gouvernement estonien, de plus en plus de projets utilisent la blockchain pour aider le secteur médical en France :
La solution MYPL est un outil innovant d’aide à la décision médicale : il permet de fluidifier les réunions de concertations pluridisciplinaires (RCP) grâce à une interface de partage efficace. La blockchain garantit l’interopérabilité du système pour l’ensemble des institutions médicales ainsi que la sécurisation des données de santé.
- Citons également la plateforme Kidner, qui propose d’aider les patients en attente de greffe de rein à trouver un donneur de façon plus efficace : grâce à l’utilisation de la blockchain et de smart contracts, cette plateforme permet de comparer en temps réel des listes de donneurs et de receveurs de reins de façon transparente, sécurisée et automatique. En cas de compatibilité, le médecin et les professionnels de santé sont automatiquement notifiés.
- À l’international, la solution anglaise Medicalchain propose une solution encore plus avancée : un dossier patient entièrement décentralisé et des services à distance tels que les téléconsultations, rendant les patients acteurs de leur santé grâce à l’utilisation de la blockchain pour l’authentification et la traçabilité des actions effectuées sur cette plateforme.
- Notons également qu’IBM s’est positionné au début de l’année sur la question de l’interopérabilité grâce à sa collaboration avec plusieurs acteurs de l’assurance santé américaine et l’utilisation de la technologie blockchain.
Ces innovations doivent se faire de pair avec la mise en place de normes et de partenariats entre les différents acteurs de la santé, ce que font les acteurs cités précédemment. La blockchain n’est pas la solution globale aux problématiques actuelles du secteur de la santé mais bien un outil dont l’utilisation va faciliter la manière de répondre à ces problématiques.