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  • Health Data Hub : le DMP pourrait « fluidifier » la gestion des données par les patients (E. Bacry)

    Emmanuel Bacry, directeur scientifique du futur Health Data Hub (HDH), plaide pour « structurer » le DMP de façon à faire remonter les données « utiles à la recherche d’intérêt public ». Entendu par la Mecss le 6 octobre 2019 à l’Assemblée nationale, il estime que le citoyen n’aura pas peur de partager ses informations « si on garantit ses données, s’il sait que l’État est derrière, (…) où elles vont et dans quel but on pourra les utiliser ».

    « Dans mes rêves les plus fous, je me dis que pour toute application présente dans notre smartphone et qui recueille des données de santé, le citoyen devrait pouvoir dire « je les donne à l’État » », déclare Emmanuel Bacry. Le DMP « peut avoir son rôle à jouer dans ce processus », souligne-t-il : il pourrait notamment être « la plateforme d’objection » à disposition du citoyen quand il « ne veut pas que ses données soient utilisées pour certaines choses », et cela « fluidifiera terriblement » le processus. Il prévoit à cet égard que la Cnil pourrait bloquer des projets du Health Data Hub « parce que l’accord du citoyen n’est pas clair ».

    « Les start-ups disent « on aimerait bien pouvoir remonter dans le DMP après un diagnostic réalisé par un objet connecté pour prévenir le médecin au lieu de passer par des circuits extrêmement compliqués » » témoigne le directeur scientifique du HDH. Selon lui, ces sociétés « aimeraient pousser les données dans le DMP, avoir les autorisations, être agréées » et « cela semble envisageable ».

    En dehors de la plateforme de recherche que constituera le Health Data Hub, « il faut aussi une plateforme de production » qui « n’existe pas » actuellement, « une plateforme dans laquelle les applications en production pourraient aller piocher, que les médecins pourraient aller consulter directement », estime Emmanuel Bacry. Selon lui, « le DMP est un peu l’embryon de cela ». Cependant, précise-t-il, « autoriser des applications à lire dans le DMP serait beaucoup plus complexe : si on veut fluidifier [la démarche], des applications devraient être certifiées pour ce faire ».

    Aujourd’hui, « la façon dont transitent les données de santé doit faire peur à tout le monde, c’est terrifiant », commente l’expert : cela se passe « sur des disques durs qu’on porte dans nos poches, les plus grosses bases transitent comme ça ». « Le système est tellement mal fichu, complexe, que personne ne veut l’utiliser et que tout le monde se passe les bases sous le manteau ». Pour lui, « on ne peut pas faire pire que ce qui se passe aujourd’hui » et, quand on fluidifiera cette circulation avec un pipeline, « ce sera infiniment mieux ».

    Le Health Data Hub, future « plus belle base de données de santé au monde »

    « Nous avons la chance d’avoir en France certaines bases de données centralisées comme le SNDS historique d’avant Ma Santé 2022, l’ancien Sniiram, c’est une force spécifiquement française », rappelle Emmanuel Bacry devant la Mecss. Selon lui, « si on arrive à les réunir, à les mettre dans un format commun, dans 5 à 10 ans tous les chercheurs du monde entier viendront y travailler et toutes les entreprises [puisqu’] on aura probablement la plus belle base de données de santé au monde ».

    Homogénéiser les bases de données de santé

    Pour parvenir à ce résultat, il faut homogénéiser les bases de données de santé en France, « un travail titanesque », commente l’expert, qui indique cela « va prendre énormément de temps» . En France, c’est « un gros bazar » contrairement aux pays nordiques où lorsque la décision politique est prise cela peut aller beaucoup plus vite. Pour le chercheur, « ce n’est de la faute de personne, c’est juste que chacun a dû faire avec ses moyens, de sorte qu’on se retrouve avec de très belles bases mais plus ou moins structurées et dans des formes excessivement différentes ».

    Emmanuel Bacry dessine le projet d’«un portail unique qui devrait être capable de faire remonter à la demande de nombreuses bases de données de santé et de les chaîner entre elles ». « À la fin de l’année on aura identifié ces bases là », annonce-t-il, et il faudra « les mettre au catalogue du hub, trouver une valorisation qui revienne aux producteurs et mettre en place les interfaces ». Cela prendra selon lui « quelques années si on met les moyens financiers mais aussi organisationnels » avec des structures « agiles » et qui « attirent les jeunes talents ».

    « Travailler avec les producteurs » des données

    « Il n’y a pas de propriété des données de santé »

    Pour récupérer les données, « il faut travailler avec les producteurs de façon extrêmement rapprochée », estime le directeur scientifique du Health Data Hub : sans cela, il n’y a selon lui « aucune chance que les projets aboutissent [car] c’est eux qui font le travail ». « On doit demander l’avis du producteur, il doit pouvoir dire ce qu’il pense du projet car il connait les données mieux que tout le monde mais il ne faut pas pour autant lui garantir de droit de veto, explique-t-il. Il se sent propriétaire de ces données [mais] il n’y a pas de propriété des données de santé ». Emmanuel Bacry indique qu’« il ne faut pas qu’un producteur puise mettre un veto parce que l’utilisation ne lui plaît pas ». « Sur un sujet chaud avec une urgence sanitaire, il faut que tous les chercheurs puissent s’attaquer tout de suite au projet [et ne pas] donner la priorité a celui qui a travaillé dessus », complète-t-il.

    « Un gros risque de non-ouverture de données »

    « On trouve des producteurs prêts à tout donner sans conditions mais d’autres ont un mal fou à se séparer de leurs données », affirme le directeur scientifique. Il rapporte avoir « mis deux ans et demi pour récupérer les données de services d’urgence qui sont toutes sauf nominatives ».

    Alors qu’on évoque souvent les risques afférents à l’ouverture des données, Emmanuel Bacry souligne qu’« il y a un gros risque de non-ouverture de données » : il souligne qu’avec le Health Data Hub, « on arrivera à détecter beaucoup plus rapidement les médicaments qui posent problème » dans les affaires de pharmacovigilance.

  • Anatomopathologie, lames numériques, IA et télémédecine : naissance de l’anatomopathologie digitale

    Comme la radiologie – sous l’influence d’innovations technologiques ou organisationnelles telles que la numérisation des images, l’intelligence artificielle (IA) ou la télémédecine -, l’anatomo-cyto-pathologie (ou anatomopathologie), discipline permettant de diagnostiquer des maladies à partir de prélèvements tissulaires au moyen de techniques notamment microscopiques, se transforme. Dans ce contexte, le fonds Nominoë a équipé le CHU de Rennes d’une solution combinant « numérique et IA pour améliorer la qualité et la fiabilité des diagnostics anatomopathologiques », indique-t-il dans un communiqué publié début octobre 2019. 

    Pour mieux cerner le marché de la pathologie digitale, exercice numérique de l’anatomopathologie, Health & Tech Intelligence présente une analyse du sujet, avec :

    •  quelques repères historiques clés sur le développement du numérique en anatomo-cyto-pathologie (qui intervient dès la fin des années 50) et un retour détaillé sur la technologie de la lame virtuelle, fondement du développement de l’histopathologie numérique ;

    • un état des lieux des avancées dans le domaine en France, des percées qui trouvent leur application dans les prises en charge (diagnostic) mais également dans les champs de l’enseignement et de la recherche. Malgré des obstacles à la fois organisationnels ou technologiques qui persistent et au moyen d’innovations telles que les lames virtuelles, l’anatomopathologie se transforme en histopathologie digitale, autorisant une augmentation du le niveau d’exactitude des diagnostics et un accès plus égalitaire aux spécialistes sur le territoire.

    La technologie de la lame virtuelle comme fondement du développement de l’histopathologie numérique

    Définition et propriétés

    En juin 2015, Catherine Guettier, anatomopathologiste et chercheuse à l’Inserm affirmait déjà que le développement de l’histopathologie digitale, soit d’un exercice de l’anatomo-cyto-pathologie assisté par des technologies numériques, était d’abord permis par technologie de la lame virtuelle.

    Cette technologie consiste en la numérisation de toute la section tissulaire d’une lame de verre (d’un prélèvement de tissu préparé pour une observation au microscope). Les images obtenues, nombreuses et de haute qualité, peuvent alors être partagées entre professionnels, observées et analysées derrière un écran, au moyen de softwares réalisant un stitching de ces images (méthode consistant à combiner plusieurs images se recouvrant, dans le but de produire un panorama ou une image de haute définition) et permettant de les visualiser.

    Ces lames virtuelles ont pour caractéristiques intéressantes :

    • de ne pas s’altérer au cours du temps, contrairement aux lames de verre ;
    • de pouvoir être partagées et ainsi d’être consultables dans des banques notamment via internet ;
    • de pouvoir être annotées ;
    • de permettre la comparaison de différents marqueurs au sein d’une même région de l’image ;
    • de pouvoir être analysées par le spécialiste avec l’aide d’outils d’analyse d’image et de solutions d’intelligence artificielle (IA).

    Notons qu’une fois acquises, ces lames virtuelles doivent pouvoir suivre les mêmes phases préanalytiques et analytiques que les lames de verre.

    Quelques systèmes d’acquisition de lames numériques

    Après préparation du tissu, les lames numériques peuvent être obtenues au moyen de microscopes spécifiques et de scanners dédiés développés récemment par différents industriels.

    Par exemple, Roche Diagnostics commercialise une gamme de scanners dédiés à la numérisation de lames de verre, dont le Ventana IScan Coreo utilisé notamment par le CHU de Nîmes. La même entreprise produit également un autre scanner, baptisé « Ventana iScan HT », permettant de scanner plus rapidement une plus grande quantité de lames et destiné aux établissements souhaitant numériser l’intégralité des lames produites.

    Solution de gestion (traçabilité) des lames

    Une fois les clichés acquis, les lames virtuelles, comme les lames de verre, doivent être tracées.

    Encore une fois, des industriels commercialisent des solutions permettant de tracer ces clichés tout au long de leur vie.

    Par exemple, Roche Diagnostics commercialise le logiciel Ventana Virtuoso, qui permet une gestion avancée des lames. « Chaque image est accompagnée des données du patient, fournies par le code-barres placé sur la lame [permettant d’associer] plusieurs lames d’un même patient », indique l’entreprise dans un communiqué. Cette solution est complétée par le middelware (intergiciel) Ventana Vantage, permettant également de suivre et de tracer les données d’histopathologie des patients.

    Analyse des lames virtuelles

    Les solutions d’analyse des lames virtuelles permettent notamment :

    • de faciliter le comptage les noyaux cellulaires ;
    • de faciliter la mesure des distances et des aires ;
    • d’estimer l’intensité des marquages et de quantifier des immunomarquages (technique de biologie cellulaire où une protéine exprimée par une cellule est identifiée par un anticorps de synthèse) ;
    • d’identifier les images d’intérêt et de trier les clichés (noyaux tumoraux/noyaux non tumoraux, cellules en interphase/cellules en mitose).

    Par exemple, le logiciel de traitement d’images Ventana Virtuoso accompagnant les scanners de la gamme Ventana iScan de Roche Diagnostics facilitent la quantification de marquage nucléaire (RH, Ki67) ou membranaire (HER2) alors réalisée automatiquement au sein de régions sélectionnées manuellement sur la lame virtuelle par l’anatomopathologiste.

    Logiciels d’aide au diagnostic

    Ces solutions consistent en des algorithmes d’aide au diagnostic et à la décision thérapeutique dont les performances pourront s’améliorer au cours des prochaines années avec les progrès réalisés dans le domaine de l’IA et du machine learning (apprentissage automatique).

    Quelques-uns de ces algorithmes déjà existants sont :

    • la technologie FlexMIm, conçue pour accompagner des pathologistes dans la détection ou l’analyse de zones suspectes pré-cancéreuses, de zones suspectes cancéreuses ou de tumeurs sur des biopsies MICI, de prostate ou de sein.
    • le logiciel Ventana Virtuoso de Roche, également centré sur l’analyse de lésions cancéreuses (pourcentage de cellules tumorales, scoring de la maladie) repérables sur des biopsies de sein.

    1er champ d’application des lames virtuelles : le diagnostic  

    Télédiagnostic en anatomie pathologique

    La télépathologie est l’application de la télémédecine en anatomo-cyto-pathologie. Ce mode d’exercice de l’anatomopathologie s’est réellement développé dans les années 2010 au moyen du partage facilité entre spécialiste des lames alors numérisées.

    • Contexte : pénurie de spécialistes

    L’anatomo-cyto-pathologie est une spécialité rare en France : il existe une relative pénurie de médecins anatomopathologistes souvent regroupés dans de vastes structures. Or, les actes d’anatomo-cyto-pathologie apparaissent de plus en plus complexes et nombreux, et l’on recourt de plus en plus à ces médecins spécialistes pour des doubles lectures visant à confirmer des diagnostics (l’Inca recommande par exemple une double lecture des lames et frottis lors d’une suspicion de cancer rare).

    De plus en plus de professionnels se tournent donc vers la télépathologie pour partager à distance des lames préparées et numérisées dans un premier établissement de soins éventuellement extemporanément (en peropératoire afin de guider la prise en charge chirurgicale) avec des anatomopathologistes situés dans un second site.

    En pratique, le site primaire qui réalise la demande de consultation est équipé d’une caméra numérique à haute résolution, d’un numériseur de lames et d’un ordinateur doté de logiciels de lecture des images. Le site qui propose les services d’un expert doit comporter un poste de travail performant, des logiciels de lecture d’images et un écran à haute résolution spatiale et à haute luminance permettant d’afficher les images transmises avec netteté. « Parfois, on recourt parallèlement à la visioconférence pour vérifier la qualité de la technique ou guider l’acquisition des images fixes », précise l’ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec dans son guide d’anatomopathologie.  

    • Exemples de réseaux

    Un premier exemple de dispositif de télépathologie français est le réseau MESOPATH de relecture à distance des mésothéliomes. Coordonné par des anatomopathologistes de Caen, il est fondé sur l’utilisation des lames numériques et s’intègre dans un réseau international d’experts.

    Un second exemple est le réseau de télépathologie d’Île-de-France, qui liait entre elles, et ce dès 2015, 18 structures (CHU Bicha ; CHU Cochin ; CHU HEGP ; CHU Pitié Salp. ; CHU Saint Antoine ; CHU St Louis ; CHU Trousseau ; CHU A. Paré ; CHU A. Béclère ; CHU K. Bicêtre ; CHU P. Brousse ; CHU H. Mondor ; CHG Pontoise ; CHG Eaubonne ; CHG Villeneuve St George ; CHG Marnes La Vallée/Meaux ; CHG Versailles ; CHG Montfermeil ; ACP Bièvres ; La Croix St Simon) ancrées dans un territoire comportant 12 millions d’habitants. Ce réseau avait dès lors recours à un hébergeur agréé de données de santé et s’appuyait sur le soutien de partenaires industriels tels que Tribvn ou Orange Healthcare pour l’installation et la maintenance de la plateforme centralisée de télépathologie Téléslide.

    2ème champ d’application des lames virtuelles : l’enseignement

    Dans le champ de l’enseignement, les lames virtuelles peuvent tant trouver des applications dans la formation initiale des anatomopathologistes que dans la formation continue de ces médecins spécialistes.

    En effet, les lames virtuelles peuvent être partagées lors de programmes de formation à distance (téléenseignement) ou lors d’e-conférences. Elles peuvent également être le support de systèmes de tutorat, de travaux pratiques interactif sur ordinateurs ou tablettes ou d’évaluations et examens.

    Formation initiale des médecins

    Les lames de verre sont traditionnellement utilisées dans les études de médecine afin d’observer des tissus normaux en histologie, des lésions tissulaires anormales en pathologies, des frottis sanguins ou des lames de selles en parasitologie, etc. Depuis 2005 environ, ces lames se numérisent, permettant aux étudiants d’accéder à des images de microscopie depuis les ordinateurs de l’Université ou dans le futur depuis leur propre ordinateur, tablette ou smartphone.

    Ce nouveau support d’apprentissage permet d’agrandir des détails peu visibles en microscopie photonique, d’annoter les lames pour en guider la compréhension, de diminuer les coûts de la formation (diminution de l’utilisation du matériel de microscopie fragile).

    Cependant, ces lames virtuelles au format souvent lourd peinent encore à être partagées et demeurent stockées sur quelques ordinateurs de l’université. Les serveurs des universités devront être redimensionnés pour que ces images puissent être accessibles à distance en période de révision ou dans le cadre d’examens. Par ailleurs, l’une des questions qui se posent à ce sujet est de savoir si le recours à ces lames permet réellement d’augmenter le niveau d’interaction étudiant-professeur lors des cours ou travaux pratiques d’histologie pathologique.

    En France, 2 centres semblent être précurseurs dans le domaine de la formation initiale des étudiants au moyen de ces lames virtuelles :

    • l’université Paris-Sud, qui propose un enseignement numérique aux étudiants au moyen de la solution Téléslide ;
    • Sorbonne Universités, pilote du projet Médilame, utilisé notamment par les étudiants en médecine de l’université Pierre et Marie Curie (UPCM) et prochainement également mis à disposition des étudiants de biologie de l’UPMC et de parasitologie du Muséum national d’Histoire naturelle.

    Formation continue des anatomopathologistes

    En France, au regard du nombre réduit d’anatomopathologistes libres pour dispenser des enseignements à leurs pairs, l’offre de formation continue est très faible. Aussi, les lames virtuelles sont utilisées dans ce cadre avant tout pour pallier la rareté des anatomopathologistes formateurs et le manque de temps dont disposent les spécialistes pour se former.

    Des programmes tels que la e-formation centrée sur l’analyse des biopsies de foie fondée sur l’utilisation de lames virtuelles, et conçue par la Société française de Pathologie (SFP) en 2012, se sont donc multipliés.

    Des industriels mettent également à disposition de leurs clients libéraux ou le plus souvent hospitaliers des logiciels de télé-enseignement destiné en particulier à la formation universitaire des spécialistes. À ce titre, Roche commercialise la solution Ventana Vector, logiciel de formation dédié à l’histologie et l’histopathologie permettant, à partir d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone doté d’une connexion internet, d’accéder à une bibliothèque de lames numériques présentant des cas normaux, pathologiques complexes ou rares.

    3ème champ d’application des lames virtuelles : la recherche

    Un troisième domaine d’application de la technologie des lames virtuelles est celui de la recherche.

    Un premier enjeu de leur utilisation concerne le partage des résultats ou données de recherche. En effet, les lames numérisées peuvent faciliter le partage des données entre les hôpitaux et les équipes de recherche ainsi qu’entre les équipes de recherche elles-mêmes.

    Un deuxième enjeu concerne l’analyse des données : on attend des chercheurs à la fois qu’ils développent de nouveaux outils d’aide à l’analyse des clichés et qu’ils découvrent, à l’aide de ces nouveaux outils, de nouveaux phénomènes histologiques.

    Enfin, ces lames pourraient également permettre l’essor des publications interactives en anatomopathologie.

    Ainsi, la plateforme d’imagerie du groupement hospitalier (GH) Paris Sud, ouverte aux chercheurs de unités des hôpitaux du GH permet :

    • d’analyser les images de lames numérisées non à des fins médicales mais de recherche ;
    • de lire les immunomarquages de façon automatisée ;
    • de réaliser des analyses en recourant à des puces à ADN et ainsi d’étudier le niveau de transcription des gènes à l’échelle des tissus.

    Difficultés liées au développement de la pathologie digitale

    Aspects légaux

    L’utilisation des lames virtuelles pose d’abord des questions d’ordre légal et réglementaire. Parmi ces questions :

    • Les systèmes de numérisation des lames doivent demeurer des dispositifs médicaux de classe III (risque le plus élevé) comme le décidait la FDA en 2012 alors que les microscopes optiques sont des dispositifs médicaux de classe I ? ;
    • Comment garantir que le consentement libre et éclairé du patient a été recueilli avant réalisation de l’acte de télépathologie ? ;
    • Comment et pour combien de temps stocker ces lames numériques ?

    Aspects organisationnels 

    Les enjeux du développement de l’histopathologie digitale sont autant organisationnels que techniques.

    Ils concernent notamment les exigences de rapidité (moins de 30 minutes de réponse pour un télédiagnostic extemporané, moins de 3 jours pour une téléexpertise) communément pratiquées.

    Un risque du développement de la pathologie numérique est également lié avec le maillage territorial de la médecine de spécialité : une surutilisation de la télépathologie ne risquerait-elle pas de conduire à une centralisation des sites production des lames d’une part et des sites d’expertise d’autre part, soit à une séparation physique des centres chirurgicaux et de spécialités diagnostiques (imagerie, anatomopathologie, etc.) ?

    De plus, la digitalisation de l’anatomopathologie modifie les pratiques professionnelles :

    • des techniciens qui, dans le même temps qu’ils acquièrent de nouvelles compétences en imagerie, portent de nouvelles responsabilités qui changent leur profession ;
    • des pathologistes, qui doivent de plus en plus réaliser des diagnostics sans palpation, accepter une aide collégiale pour le diagnostic extemporané et une nouvelle relation de confiance avec le technicien qui réalise à distance la numérisation des lames ;
    • des chirurgiens des sites primaires ;
    • des personnels dédiés à l’installation et la maintenance des matériels et SI hospitaliers.

    Aspects techniques 

    Le site requérant de la téléexpertise doit disposer d’une plateforme de visioconférence, d’un scanner de lames et d’un logiciel de mise en ligne en interface avec le système de gestion du laboratoire local respectant les normes de sécurité (en particulier des données de santé) en vigueur. L’acquisition numérique en e-stacking est par ailleurs attendue pour mieux explorer l’épaisseur des coupes tissulaires, technique qui augmentera cependant le temps de numérisation et les volumes de stockage.

    Le site requis doit disposer d’une station de télépathologie autorisant une visualisation optimale des lames virtuelles et la bonne réalisation d’un compte rendu. Le développement d’algorithmes intelligents est d’ailleurs attendu pour faciliter l’affichage optimisé des régions d’intérêt de la biopsie.

    Les deux sites doivent pouvoir être liés par un débit minimal rendant nécessaire le recours à un réseau dédié.

    Notons par ailleurs que l’objet sur lequel se fonde le diagnostic reste l’échantillon tissulaire, bien physique, qui nécessite encore l’intervention des pathologistes pour des marquages complémentaires : il sera toujours nécessaire de retourner, dans certains cas, au tissu.

    Exactitude et rapidité des diagnostics

    Pour que les diagnostics soient aussi rapides et fiables à partir des lames numériques qu’à partir des lames de verres, il est nécessaire de former les anatomopathologistes spécifiquement à l’analyse de ce nouveau type de lames.

    En effet, sans formation préalable sur ce support numérique particulier, les diagnostics réalisés par les pathologistes sont moins fiables et rendus moins rapidement qu’à partir d’une visualisation directe des coupes tissulaires après préparation de lames de verres en microscopie photonique. Après une formation, les diagnostics rendus à partir des lames virtuelles égalent en exactitude et en rapidité ceux donnés après examen des lames de verre.

    Cependant, pour que la fiabilité et la rapidité des diagnostics rendus à partir des lames virtuelles surpassent celles associés aux diagnostics classiques, il faudra développer plus d’algorithmes intelligents d’aide à l’analyse des images et à la prise de décision.

    Aspects économiques

    Malgré les coûts de scanner, des softwares, des serveurs et de leur maintenance, des personnels dédiés à la numérisation et à l’entretien des outils, etc. et l’investissement initial important lié à l’achat de matériel, il semble, selon une étude réalisée en 2014 (Can digital pathology result in cost savings? A financial projection for digital pathology implementation at a large integrated health care organization) que la pathologie soit rentable à plus long terme.

  • Téléconsultation : la Société française de santé digitale lance une enquête auprès des praticiens

    « Quels freins identifiez-vous pour vous lancer ? Quels sont les points sur lesquels vous auriez besoin d’être formés ? » Tel est le type de questions posées par la Société française de santé digitale (SFSD, ex Société française de télémédecine) dans le cadre d’une enquête sur la téléconsultation lancée le 21 octobre 2019 à destination des professionnels de santé (médecins, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes…).

    Objectif : connaître les interrogations des praticiens à propos de la téléconsultation pour mieux les accompagner dans le changement et permettre à la santé digitale de rentrer dans leurs pratiques, indique la SFSD, le tout pour « prendre de bonnes décisions collectives ». L’idée est d’identifier les freins à la pratique de l’acte et les ressources nécessaires pour les lever.

    Le questionnaire (5 questions, 1 minute de sollicitation au total) est accessible sur le site Enquete-telemedecine.carteblanchepartenaires.fr.

    Les réponses recueillies serviront de support à une table ronde, organisée sous la forme d’un webinaire le 3 décembre 2019, de 19h à 19h45, par la SFSD, en partenariat avec les URPS, France Assos Santé, AVECsanté (ex FFMPS), Carte Blanche Partenaires et Nile. Les intervenants pourront échanger à distance avec les professionnels de santé et répondre à leurs questions en direct. Les inscriptions sont à réaliser par le biais d’un formulaire en ligne (suivre ce lien).

  • Un outil d’aide à la détection du cancer colorectal via IA (Medtronic) testé par 2 hôpitaux AP-HP

    Deux établissements de l’AP-HP ont testé, en avant-première, GI Genius, un dispositif d’aide à la détection précoce des polypes colorectaux basé sur l’intelligence artificielle (IA). Les polypes sont les précurseurs du cancer colorectal : leur ablation permet de réduire l’incidence du cancer chez les patients. La solution a été expérimentée sur 10 personnes par l’équipe du Pr Robert Benamouzig, chef du service de gastro-entérologie de l’hôpital Avicenne en août 2019, puis par l’équipe du Pr Stanislas Chaussade, chef de service de gastroentérologie de l’hôpital Cochin, en septembre, précise l’AP-HP dans un communiqué publié le 17 octobre 2019.

    GI Genius se présente sous la forme d’un boîtier associé au matériel habituel utilisé lors d’une coloscopie. Au cours de l’examen médical, la solution analyse de manière systématique l’ensemble des images reçues. Lorsqu’une anomalie évocatrice de polypes colorectaux est repérée, elle informe l’équipe soignante en projetant en temps réel sur l’image de la coloscopie un cadre vert autour de la zone concernée et en émettant un bip sonore

    Le dispositif a été développé par Cosmo Pharmaceuticals, une entreprise pharmaceutique basée en Irlande spécialisée dans le traitement de certains troubles gastro-intestinaux et de l’endoscopie, et est commercialisé en Europe par Medtronic (Irlande), spécialiste des technologies médicales. La solution, qui présente une sensibilité de 99,7 %, est marquée CE et est désormais disponible en Europe. Elle a été présentée par Medtronic lors du congrès mondial de gastroentérologie au printemps 2019.

    L’AP-HP : des travaux de recherche basés sur des sytèmes d’IA

    « De manière plus globale, au sein des hôpitaux de l’AP-HP, des travaux de recherche basés sur des méthodes d’intelligence artificielle permettent le développement d’algorithmes d’aide au dépistage, au diagnostic et à la prise en charge des patients », indique l’établissement dans son communiqué.

    EDS de l’AP-HP : 1ère plateforme sécurisée de données de santé à bénéficier d’une autorisation de la Cnil

    Ces travaux sont notamment rendus possibles avec l’utilisation de l’Entrepôt de données de santé de l’AP-HP (EDS), qui regroupe les données administratives et médicale de plus de 8 millions de patients hospitalisés ou venus en consultation au sein des 39 établissements du groupe.

    « L’EDS est la première plateforme sécurisée de données de santé, hébergée par un centre hospitalo-universitaire (CHU), à bénéficier d’une autorisation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés faisant ainsi de l’AP-HP, depuis plus de deux ans, le premier CHU autorisé à réutiliser les données des patients admis dans ses hôpitaux, à des fins de recherche scientifique et d’innovation dans le domaine de la santé », note l’établissement.

  • Télésurveillance : état des lieux du programme Etapes et enjeux post expérimentation (Snitem)

    31 000 patients sont suivis dans le cadre d’Etapes (Expérimentation de télémédecine pour l’amélioration du parcours en santé) et 80 structures (industriels, fournisseurs de solutions ou de services) sont inscrites dans le programme. La fin des expérimentations réalisées dans ce cadre sera effective fin 2021. Afin de proposer de manière pérenne aux patients et aux professionnels la télésurveillance médicale, les industriels doivent faire face à des enjeux réglementaires (passage des DM de la classe I à la classe IIA conformément au règlement européen 2017/745) et d’évaluation, mais aussi techniques et organisationnels. C’est ce qui ressort, entre autres, de l’atelier organisé par le Snitem le 18 octobre 2019 sur la télésurveillance et sa place dans les pratiques aujourd’hui.

    Ont participé à la session : Armelle Graciet, directrice des affaires industrielles du Snitem, et Bruno Regnault, directeur général d’Abbott Médical France.

    Programme Etapes : état des lieux

    • En 2014, l’article 36 de la LFSS instaure par le biais du programme Etapes le principe des expérimentations de télésurveillance sur 5 pathologies (insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance rénale chronique, insuffisance respiratoire chronique, prothèses cardiaques implantables), prévues dans un premier temps sur 9 régions puis généralisées à tout le territoire.
    • En 2018, l’article 54 de la LFSS reconduit Etapes pour une durée de 4 ans. La fin des expérimentations réalisées dans ce cadre sera effective fin 2021.

    Bilan (fin août 2019) : 31 000 patients suivis, 80 structures inscrites dans le programme

    À fin août 2019, 31 000 patients sont suivis dans le cadre d’Etapes et 80 structures (industriels, fournisseurs de solutions ou de services) sont inscrites dans le programme.

    la répartition est la suivante :

    • diabète : 1 070 patients / 17 structures ;
    • insuffisance cardiaque : 2 200 patients / 18 structures ;
    • insuffisance respiratoire chronique : 428 patients / 48 fournisseurs de solutions (19 solutions) ;
    • insuffisance rénale chronique : 255 patients / 9 structures ;
    • prothèses cardiaques : 27 000 patients / 4 structures.

    Le peu de patients est lié au mode de recueil des données et la complexité de la mise en place du dispositif

    • Mode de recueil : les chiffres sont relevés par la DGOS sur l’envoi des données par les structures, des chiffres qui ne sont peut-être pas exhaustifs ;
    • Une mise en place complexe : prescription médicale (avec revalidation régulière de l’admissibilité du patient à la télésurveillance), contractualisations, maturité des acteurs (établissements, ARS, etc., pas toujours bien informés)… Autant de procédures et facteurs qui entraîne une mise en place du dispositif assez sont longue.

    Toutefois, il est à noter que la courbe s’infléchit positivement en 2019 et que les patients s’avèrent partants pour ces modes de prise en charge. À titre d’exemple, la solution connectée proposée par Abbott pour les personnes diabétiques fait état de 70 000 patients suivis.

    L’après Etapes : réglementaire et évaluations (Cnedimts), 2 enjeux majeurs

    • Enjeux réglementaires :
      • la génération d’alertes par les solutions techniques prévues par les cahiers des charges Etapes dans un but d’intervention médicale ou de modification de la prise en charge implique une qualification de DM a minima de classe I au titre de la directive 93/42/CEE. À compter du 26 mai 2020, conformément au règlement européen 2017/745, les solutions techniques (qualifiées de DM) devront répondre à une procédure de marquage CE a minima de classe IIA. Cette nouvelle classification nécessite que l’entreprise soit certifiée ISO 13485 et implique nécessairement l’intervention d’un organisme notifié.
    • Enjeux d’évaluation : Le programme ETapes doit être évalué par l’Irdes cahier des charges par cahier des charges, puis solution technique par solution technique afin d’aider les décideurs. En particulier, le fait d’être évalué positivement dans le cadre du programme ne permet pas à l’industriel de prétendre auprès de la Cnedimts à un remboursement sans réaliser de nouvelles études cliniques. Il faudra donc trouver une solution pour les patients télésurveillés entre la fin d’Etapes et la validation Cnedimts (1 à 2 ans plus tard).

    Les autres enjeux sont d’ordre

    • technique : intégration des solutions dans les systèmes d’information des établissements – SIH (interopérabilité et sécurité);
    • organisationnel, y compris pour les industriels :
      • réorganisation nécessaire de l’activité du service ;
      • problématique de disponibilité du personnel pour assurer le suivi au quotidien des alertes  :
        • exemple : mise en place d’un centre d’appel pour le suivi de 28 000 patients diabétiques ayant un patch de lecture de glycémie, soit 28 000 appels de patients à gérer par mois, nécessitant la mise en place de 90 agents ;
      • délégation de tâches habituelle à l’hôpital – plus difficile à mettre en place en libéral ;
      • question de responsabilité ;
    • financier : pérennité du financement post Etapes.

    La télésurveillance hors Etapes : d’autres solutions existent

    Il existe également d’autres solutions qui peuvent être proposées, pour d’autres pathologies que les 5 du programme. Il s’agit de solutions :

    • portées par des régions ;
    • trouvant une solution de droit commun : exemple avec Moovcare et le suivi du cancer du poumon ;
    • s’inscrivant dans le cadre de l’article 51 : 3 projets adressent la télésurveillance (diabète gestationnel, greffes hépatiques et suivi de prise d’anticoagulants).

    Concernant la sortie d’Etapes, les travaux du « mode d’emploi » prendront place en 2020. L’objectif est la généralisation de la télésurveillance sans restriction de pathologies ni de typologies de patients.

  • Symposium « Les 3 Sphères » par Docaposte : « La e-santé rend-elle plus heureux ? » (25/11/2019, Paris)

    « Et si le numérique en santé contribuait au bonheur ? » C’est la question centrale du symposium « Les 3 Sphères », organisé par Docaposte, filiale numérique du groupe La Poste, le 25 novembre 2019 à Paris sur le thème « La e-santé rend-elle plus heureux ? ».

    Experts, institutionnels et patients partageront leurs expériences et convictions au cours de l’événement.

    Au programme :

    • la vision internationale : USA, Canada, Italie ;
    • la volonté des institutionnels français, nationaux et territoriaux ;
    • la parole aux patients et professionnels de santé ;
    • des projets concrets en France au service d’une ambition : numérique et santé for good ? ;
    • la clé de voûte : la confiance dans le numérique en santé ? ;
    • la révélation d’une innovation e-santé qui contribue au bonheur.

    Pour les inscriptions, envoyer un email à gaelle.picard@docaposte.fr.

    La e-santé, c’est :

    • « mieux guérir et accompagner les patients mais c’est aussi prévenir, informer, conseiller, soutenir, simplifier… ; permettre à chacun de devenir acteur de sa santé ;
    • aider les professionnels de santé, médico-sociaux et les institutionnels pour alléger leurs tâches quotidiennes et les rapprocher de leurs patients comme des citoyens ;
    • nourrir la science pour offrir à tous la qualité de vie à laquelle on aspire », contextualisent les organisateurs de l’événement.

    Parmi les intervenants :

    • Nicolas Bouzou : essayiste et économiste ;
    • Professeur Gérard Fletcher (Italie) : professeur de politique et coordinateur du programme européen MyHealthMyData de blockchain en santé ;
    • Sandrine Degos : fondatrice du think tank et présidente de Care Insight ;
    • Michel Nadeau (Canada) : P.-D.G. de Tactio, un des leaders de la e-santé en Amérique du Nord ;
    • Chahra Louafi : directrice du fonds Patient Autonome à Bpifrance ;
    • Et des scientifiques, des médecins, des représentants de patients ainsi que d’autres intervenants, acteurs clés du secteur.

    L’événement sera animé par Fabien Guez, médecin et journaliste télé spécialisé dans la santé.

  • La CAIH retient la start-up Lifen pour la dématérialisation et l’optimisation des courriers

    La Centrale d’achat de l’informatique hospitalière (CAIH) choisit Lifen, une start-up spécialisée dans l’échange sécurisé de documents médicaux, comme « attributaire unique de son marché pour la dématérialisation et l’optimisation des courriers ».

    Dans ce cadre, la société va proposer au 1 100 établissements de santé adhérents à la CAIH d’intégrer sa solution logicielle pour la dématérialisation et le traitement postal de leurs courriers médicaux, précisent les 2 partenaires dans un communiqué publié le 16 octobre 2019.

    Lifen, fondé en 2015, a mis au point un logiciel qui analyse de manière automatique les documents médicaux afin de faciliter l’échange des informations entre les établissements de soins publics et privés et la médecine de ville, le tout par le biais de messageries sécurisées de santé (MSSanté) ou par voie postale. La solution est interopérable avec les dossiers patients informatisés (DPI) et les logiciels des cabinets libéraux. Selon les chiffres communiqués par Lifen, son logiciel assure le partage de plus de 5 millions de documents médicaux par an après de plus de 90 000 praticiens.

    L’intégration de cette solution permet aux établissements « de dématérialiser en moyenne plus de 85 % des courriers et de diviser par 3 les budgets postaux, faisant ainsi économiser 3 heures de traitement hebdomadaire aux secrétaires médicales« , indiquent la CAIH et la start-up. À noter que le dispositif est facturé aux établissements selon un modèle de paiement à l’usage, soit en fonction du volume de documents échangés.

    De manière plus précise, le logiciel développé par Lifen permet :

    • d’envoyer de façon dématérialisée des courriers médicaux par le biais d’une messagerie sécurisée, garantissant délivrabilité et traçabilité ;
    • d’intégrer automatiquement les comptes rendus médicaux au sein du DMP ;
    • d’accéder à un annuaire de professionnel de santé mis à jour sur une base quotidienne et agrégeant diverses sources (MSSanté, Apicrypt, RPPS) ;
    • de dématérialiser les envois de documents vers les patients.

    Les données hébergées sur la solution sont traitées par OVH, certifié hébergeur de données de santé (HDS) et Lifen, certifié HDS aussi.

    Une complémentarité avec les plateformes et services régionaux des ARS et GCS

    « Nous avons sélectionné Lifen pour ses performances de dématérialisation et sa complémentarité avec les plateformes et services régionaux proposés par les ARS et GCS, commente Michel Treins, président de la CAIH. Cette nouvelle offre va permettre aux établissements d’accélérer leur transformation digitale concernant l’envoi des courriers médicaux. »

    La solution de Lifen figure également, depuis juillet 2018, dans le catalogue de l’Union des groupements d’achats publics (Ugap).

    Lifen : 20 millions d’euros levés en juin 2019

    Pour rappel, Lifen a levé 20 millions d’euros en juin 2019 dans un tour de table de série B mené par Partech, Idinvest Partners,​ Majycc eSanté Invest et ses investisseurs historiques, Serena et Daphni. La start-up avait déjà recueilli 7,5 millions d’euros en mars 2018 dans le cadre de sa première levée de fonds.

    De nouvelles fonctionnalités vont être mises en place

    Cette dernière opération va permettre à Lifen « d’accélérer le déploiement de sa solution de communication médicale à l’ensemble des établissements publics et privés ainsi qu’aux praticiens libéraux », indique la société dans un communiqué.

    La start-up souhaite aussi doubler ses effectifs, notamment sur les profils développeurs, opérations et ventes.

    Elle ambitionne également de mettre en place de nouvelles fonctionnalités souhaitées par les acteurs de santé comme la simplification du remplissage du DMP et la traçabilité du parcours de soins entre médecines de ville et hôpitaux, « l’objectif étant d’offrir aux établissements et praticiens une coordination simple, efficace et sécurisée pour leurs patients », ajoute Amélie Faure, operating partner à Serena.

  • PLFSS 2020 : le texte adopté en commission, la « clause de sauvegarde » pour les DM supprimée

    La commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale adopte le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2020. Elle supprime la clause de sauvegarde prévue pour les dispositifs médicaux (DM) par l’article 15 du texte (adopté le 17 octobre 2019) : l’amendement AS 108 déposé en ce sens par le député Paul Christophe (Agir) a été adopté lors de la séance du 15 octobre, avec avis favorable du rapporteur général Olivier Véran (LREM). En commission, Paul Christophe s’est fait le relais de la « véritable inquiétude » ressentie par les industriels d’un secteur « très hétérogène » face à la clause de sauvegarde, un dispositif « difficilement applicable aux dispositifs médicaux » et qui «  fait peser une menace sur un écosystème d’entreprises innovantes », déjà confrontées au « défi colossal » de l’application du règlement européen MDR.

    La commission a amendé le 16 octobre l’alinéa 121 de l’article 28 du PLFSS, qui prévoit que certains dispositifs médicaux à usage individuel figurant sur une liste établie par arrêté « peuvent faire l’objet d’une remise en bon état d’usage en vue d’une réutilisation par un patient différent de celui l’ayant initialement utilisé ». Après adoption de 6 amendements identiques, avec le soutien du rapporteur général, le texte énonce que « la réalisation de cette remise en bon état d’usage « est » – et non plus « peut être » – subordonnée au respect de critères permettant de garantir la qualité et la sécurité sanitaire d’emploi du dispositif médical » en question, ainsi qu’« à une procédure d’homologation des centres ou des professionnels autorisés à réaliser cette remise en bon état d’usage ».  Il s’agit selon les termes du député Gilles Lurton (LR) de « garantir le meilleur état d’usage » des DM, « notamment parce que les dispositifs médicaux visés par ces dispositions sont utilisés par des personnes particulièrement fragiles ».

    L’idée d’une consigne obligatoire sur les DM contenue dans l’article 28 a fait l’objet de vifs débats en commission lors de la séance du 16 octobre mais tous les amendements concernant cette disposition ont été rejetés. Le rapporteur général a émis un avis défavorable, jugeant que ces textes, qu’il attribue à France Assos Santé, n’étaient « pas suffisamment aboutis en l’état ». Il a appelé « à ce qu’ils soient retravaillés afin de pouvoir servir de base au débat en séance publique » et projeté de « faire évoluer le dispositif dans le cadre d’une initiative parlementaire ».

    À NOTER : le PLFSS sera examiné en séance publique à l’Assemblée nationale à partir du 22 octobre.

    Article 28 du PLFSS : les interrogations du rapporteur général

    Le rapport remis par le rapporteur général Olivier Véran au nom de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale permet de préciser les dispositions de l’article 28, qui modifie les conditions de prise en charge des dispositifs médicaux.

    Cet article permet la prise en charge par l’Assurance maladie de dispositifs médicaux réutilisés, s’ils offrent toutes les garanties de sécurité sanitaire nécessaires. Il instaure par conséquent un système de « consigne » incitant les assurés à rendre le dispositif lorsqu’ils n’en n’ont plus l’usage.

    Le rapporteur général, médecin hospitalier de profession, affirme dans son commentaire qu’il « soutient pleinement cette disposition » mais « s’interroge sur certaines modalités de son application« , qu’il a appelé en commission à préciser lors de l’examen en séance publique. Ses interrogations sont les suivantes :

    • « Quel partage de responsabilité pour ces dispositifs médicaux réutilisés, en cas de problème, entre le fabriquant et le centre de reconditionnement ? » ;
    • « Quelle articulation entre le nouveau système d’information prévu pour les dispositifs réutilisés et le nouveau règlement européen 2017/745, qui prévoit la mise en place d’un système d’identification unique des dispositifs, appelé IUD ? » ;
    • « Quelle articulation entre les dispositions prévues par cette mesure et celle de ce règlement, notamment de son article 17 relatif aux dispositifs à usage unique et leur retraitement ? Pourquoi ne pas préférer ce terme de retraitement au terme de remise à neuf ? » ;
    • « Quel sera le montant de la consigne fixée ? Comment, dans la pratique, l’Assurance maladie restituera-t-elle cette consigne à l’assuré ? Comment et par qui cette consigne sera-t-elle récupérée en cas de décès de l’assuré ? » ;
    • « Quelle est aujourd’hui la maturité de la filière de retraitement de ces dispositifs médicaux ? »
    • « Qui vérifiera que les distributeurs informent bien l’assuré de la possibilité d’acquérir ces produits, afin le cas échéant d’appliquer la sanction prévue ? ».
  • Étude : beaucoup de marketing et de faux espoirs dans les applis mobiles dédiées au cancer (BMJ Open)

    Des chercheurs écossais de l’université d’Aberdeen ont mené une revue exploratoire de la littérature sur les applications mobile dédiées au cancer. Ils en ont étudié 151 et ont constaté que la plupart d’entre elles sont développées par des organisations commerciales. Quant aux promesses d’autonomisation dans la lutte contre le cancer, elles sont tempérées par le fait que beaucoup d’allégations de santé sont exagérées. Les résultats de cette étude ont été publiés en septembre 2019 dans le BMJ Open.

    Cancer : des applis pour rendre les patients plus autonomes

    Pas moins de 200 applications de santé viennent chaque jour grossir les rangs des magasins type Apple Store et Google Play. Une bonne partie d’entre elles sont consacrées au cancer. Elles s’inscrivent dans la tendance à l’empowerment et à l’autogestion de la maladie. Les auteurs d’une étude parue en 2012, dans laquelle 295 applications avaient été analysées, avaient conclu qu’elles avaient une portée limitée et visaient principalement à fournir des informations et à sensibiliser sur le cancer.

    Des chercheurs écossais de l’université d’Aberdeen viennent, quant à eux, de mener une étude sur les applis mobiles à destination des personnes vivant avec le cancer mais aussi de celles qui sont en rémission ou guéries. Leur objectif est de classer et d’organiser les applications – gratuites et payantes – de manière à ce que les cliniciens, les développeurs d’applications et les décideurs puissent donner un sens au marché international actuel des applications mobiles pour les personnes souffrant ou ayant souffert d’un cancer.

    Ayant constaté que « les applications deviennent beaucoup moins pertinentes après les quelques centaines de résultats », ils ont donc décidé de limiter leur recherche dans l’App Store d’Apple aux 500 premiers résultats du terme « cancer ».

    Sur les 1 265 applis sélectionnées dans un premier temps, les auteurs de ces travaux n’en ont finalement sélectionné que 151 ; ils ont exclu celles qui ciblaient uniquement les médecins mais aussi qui étaient devenues indisponibles au cours de l’étude.

    Les résultats de ces travaux ont été publiés dans la revue BMJ Open.

    Résultats : un paysage hétérogène

    • 60 % des applis portaient sur tous les types de cancer (14 % étaient dédiées au cancer du sein).
    • 90 % étaient téléchargeables gratuitement.
    • 64 % d’entre elles ont été développées par des sociétés privées, 20 % par des associations caritatives, 10 % par des organisations de santé, 5 % par des universitaires.
    • 43 % avaient été téléchargées moins de 100 fois (source Google play uniquement).
    • Elles portaient sur 3 thèmes principaux : la lutte pour la vie, reprendre de l’autonomie et du contrôle ainsi que s’orienter dans les différentes étapes.
    • Les applis étaient nombreuses à contenir des métaphores, comparant le cancer à un envahisseur, un ennemi contre lequel il faut livrer une bataille.
    • Le réseautage social et l’accès à des groupes de pairs étaient souvent conseillés dans un but de soutien émotionnel.
    • La majorité des applis se présentaient comme une méthode permettant de s’impliquer activement dans l’autogestion.
    • 16,6 % des applis permettaient aux utilisateurs de saisir et de stocker des informations concernant leurs soins, tels que les résultats d’analyse.
    • 16 % offraient l’accès à une communauté en ligne (réseau social), et quelques-unes offraient aussi une interaction avec des professionnels de la santé.
    • Les thérapies complémentaires et alternatives constituaient un élément important chez 7,9% des applis.
    • Quelques applis vantait les mérites de produits miracles, type « le brocoli ou la tomate guérit le cancer ».

    Des promesses exagérées

    Dans leur conclusion, les auteurs de cette étude ont tenu à souligner que « des applications semblaient faire des affirmations exagérées, par exemple, sur les aliments qui guérissent le cancer et les régimes qui réduisent les tumeurs ». Des applications « commercialisent même des produits avec une efficacité douteuse (par exemple, l’eau Kangen ou l’Aloe Vera) », ajoutent-ils. Par ailleurs, ils estiment que l’utilité potentielle des applications sérieuses peut être compromise par le fait qu’elles apparaissent dans les magasins aux côtés de celles qui le sont moins.

    Des magasins d’applications plus regardants…

    Des questions demeurent donc sur le rôle clinique des applications anticancéreuses, leur incidence sur les soins médicaux et sur les résultats cliniques. « Cependant, certaines des applications que nous avons examinées ont aidé les utilisateurs à générer des listes de questions pouvant être abordées lors de rendez-vous ou pour faciliter l’enregistrement vidéo ou audio de consultations », précisent les chercheurs.

    Actuellement encore, médecins et patients ont potentiellement du mal à se repérer dans ce marché foisonnant des applis mobiles. Les auteurs de l’étude proposent donc que « les magasins d’applications assument davantage leurs responsabilités quant au contenu des applications qu’ils proposent ».

  • ExclusifDéveloppement de l’usage de la donnée et de l’IA : AMI pour professionnels de santé (gouvernement)

    Le gouvernement lance auprès des professionnels de santé (PS) un appel à manifestation d’intérêt (AMI) sur le développement de l’usage de la donnée et de l’intelligence artificielle (IA). Cet AMI, ouvert le 9 octobre 2019, est à « destination exclusive des organisations professionnelles : conseils nationaux professionnels (CNP), leurs structures fédératives et les collèges professionnels ne disposant pas d’un CNP », indiquent les services du Premier ministre.

    Le but est d’engager les PS dans la réflexion et l’implémentation de la transformation numérique en santé afin d’orienter les futures actions de l’État en matière de données de santé et d’IA. L’appel « vise à identifier les freins et les leviers à activer pour libérer l’usage de la donnée et de l’intelligence artificielle, dans l’objectif de servir au mieux les patients, les soins courants et les besoins de la recherche », précise le gouvernement.

    Cet AMI est organisé conjointement par le ministère des Solidarités et de la Santé (Health Data Hub et Délégation ministérielle du Numérique en Santé) et le Grand Défi « Amélioration des diagnostics médicaux par l’intelligence artificielle », dirigé par Olivier Clatz.

    Le dossier de réponse, téléchargeable ici, doit être rempli en ligne via le site Demarches-simplifiees.fr, accessible via ce lien, avant le 15 novembre 2019. À noter qu’une réunion d’information sur l’AMI est organisée le 29 octobre, de 13h45 à 16h00 au 20, avenue de Ségur, 75007 Paris. Les inscriptions, obligatoires, sont à réaliser sur Eventbrite.fr.

    Nature des soutiens apportés

    « L’objectif de cet appel est de recenser largement les besoins et attentes des professionnels de santé, indique le gouvernement. Il vise à identifier les demandes communes à plusieurs professions, ainsi que les meilleures propositions afin d’orienter les actions publiques à venir. »

    Ces actions pourront être soutenues par le Grand Défi du Conseil de l’innovation, le Health Data Hub et la Délégation du numérique en santé.

    Ce soutien pourra prendre la forme :

    • d’un investissement de l’État dans une ou plusieurs structures numériques permettant de développer l’usage des données (soins courants, recherche) et leur exploitation par l’intelligence artificielle (IA) ;
    • d’un investissement de l’état pour la constitution de bases de données ouvertes : cet investissement pourrait intégrer le financement d’une prestation d’annotation de données par les professionnels ;
    • du financement de challenges visant à mettre en compétition la communauté de recherche (public et privé) pour apporter des solutions algorithmiques à des enjeux de santé majeurs ;
    • d’un investissement de l’État pour le développement et la mise à disposition d’outils logiciels ouverts permettant d’accélérer l’usage de la donnée de santé ;
    • du financement de projets de recherche, sur appel à projet, et sur les thématiques d’intérêt proposées ;
    • du financement de projets d‘expérimentation, sur appels à projets à destination des entreprises et sur les thématiques d’intérêt proposées, soit sous forme de projets individuels, soit sous forme de programmes collaboratifs associant plusieurs entreprises et des laboratoires ;
    • d’un financement direct aux organisations sous forme de subventions pour ces prestations d’accompagnement des mécanismes d’intervention de l’État : cet investissement pourra porter sur le financement de personnels, d’études, de colloques/workshops, de déplacements, ou tout autre prestation nécessaire à la réalisation des propositions.

    Les réponses seront analysées pour guider les futures actions de l’État

    Le dossier de réponse a pour but de recueillir la vision des professionnels de santé. Les différentes réponses seront analysées pour guider les futures actions de l’État listées ci-dessus. « Les organisations sont invitées à consulter largement leurs membres afin de faire remonter les propositions les plus représentatives », est-il noté.

    L’AMI ne doit pas nécessairement être complet pour être accepté

    « Toutes les sections du dossier de réponses ne sont peut-être pas pertinentes pour chaque profession. L’AMI ne doit pas nécessairement être complet pour être accepté, explique le gouvernement. De même, les réflexions peuvent être en cours de structuration sur certains sujets proposés. Les répondants sont encouragés à partager leurs réflexions, même encore en développement, afin de stimuler les actions futures de L’État. »

    Des rendez-vous individuels avec les représentants des organisations professionnelles pourront être par ailleurs sollicités postérieurement au dépouillement de cet AMI afin de détailler certaines réponses.

    Calendrier

    • 9 octobre : ouverture de l’AMI ;
    • 29 octobre : Organisation d’une réunion d’information sur l’AMI, de 13h45 à 16h, au 20, avenue de Ségur, 75007 Paris ;
    • 15 novembre : clôture de l’AMI ;
    • 1er décembre : début des consultations individuelles des organisations et premières mises en œuvre des actions.